Lagrado : un Lagoon 400 toujours vaillant !

Entrons directement dans le vif du sujet ! En arrivant dans l’enceinte du salon, nous découvrons le catamaran calé sur le plan incliné de mise à l’eau, au cœur de l’événement ! Une vraie bonne idée d’exposer ainsi ce catamaran en période d’exploitation, et d’en autoriser la visite au public ! En compagnie de Romain Villeneau et Odon van Gaver, nous procédons à une évaluation détaillée de toutes les zones du navire. Planchers ouverts, l’accès aux fonds, aux vannes, aux réseaux techniques est possible ; suivent ensuite les cales moteurs, les transmissions de barre, les réservoirs, puis les aménagements intérieurs, et enfin le pont, le poste de pilotage, le mât, le gréement et l’installation de mouillage. La deuxième étape se concentre sur l’extérieur, l’aspect des bordés, des carènes, des safrans et des saildrives.

Coup d’œil général : une bonne surprise !
La première impression est nettement positive pour ce bateau de 5 ans et 1/2 ; d’autant que Kiriacoulis a joué le jeu et n’a procédé qu’à un nettoyage complet, sans opérer de préparation spéciale, qui n’aurait eu aucun sens pour la démonstration. Les selleries extérieures ont été changées, car il s’agit là d’un vrai consommable très exposé aux ultraviolets, mais aucun polish de coques n’a été effectué. L’antidérapant de pont à base de pointes de diamant issues du moule est en bon état, comme les capots et charnières. Les balcons, chandeliers, cadènes en inox ne présentent pas de coulures de rouille ou de séquelles de chocs, et les panneaux de roof en polycarbonate sont impeccables (leurs surfaces planes, de petites dimensions unitaires, sont peu exposées aux UV). Le lazy bag et les protections textiles de la Navstation sont impeccables.
Carènes et appendices

L’antifouling époxy/cuivre appliqué par Kiriacoulis Point d'Amure, à Bormes-les-Mimosas, semble avoir parfaitement rempli son rôle, et les œuvres vives ne présentent pas de traces de chocs ou blessures. Les ailerons, leurs bords d’attaque et les semelles d’échouage sont en bon état apparent, et ne présentent pas d’autres témoins d’usure que quelques griffures superficielles (pendilles, marques de posées sur terre-pleins). Les safrans ont bonne apparence et fonctionnent bien, sans jeu anormal, quelques traces d’usure superficielle à la base traduisent la rencontre avec de petits objets flottants ou des pendilles, voire un raguage pour le bâbord ; normal pour ces appendices très exposés (à traiter tout de même !). Pas d’observation particulière pour les saildrives et les hélices bipales fixes.
Coques et bordés
Les étraves de catamarans sont des zones également très exposées en manœuvres portuaires, et absolument pas prévues pour un usage de pare-chocs ; dans le cas de Lagrado, elles semblent étonnamment dépourvues de signes de maltraitance, tout comme les jupes. Les puits de lumière et les hublots, installés dans des réservations, sont en bon état, comme l’ensemble des bordés, témoins d’une utilisation précautionneuse ! Les trappes de survie sont en bon état, comme les déflecteurs d’eau et d’air en inox placés à l’extérieur. Le dessous de nacelle est impeccable, comme l’aile de mouette. L’aspect général du gelcoat est tout à fait satisfaisant, et un polish professionnel utilisant les produits ad hoc, un bon outillage rotatif et du savoir-faire redonneront l’éclat du neuf. Les trampolines d’origine sont encore en bon état, sans aucune maille déchirée.
Les cales moteurs
On disait à l’époque des bordés en bois classique que la pourriture se cachait derrière les meubles et les vaigrages inaccessibles de la cuisine et sous la voûte, où il était impossible de pénétrer après la pose du pont ; aujourd’hui, la salle machine peut reprendre l’adage à son compte, elle traduit de façon évidente la négligence et les mauvais traitements. A bord de Lagrado, l’approche est saine, à bâbord comme à tribord, une corrosion superficielle des embouts connectiques du pilote, des rotules de biellette et de l’équerre d’accouplement des transmissions est provoquée par la stagnation de l’eau de mer dans le plateau-cuvette supérieur, qui évacue mal l’eau. Un plancher d’insonorisation protège la cale elle-même (en plus du capot d’étanchéité, bien sûr !), mais l’oxydation est un prédateur redoutable ! Le plancher d’insonorisation lui-même (en CP) est indemne. Les alternateurs sont en parfait état, comme le carter de distribution et la culasse pour ces moteurs qui comptabilisent 1800 h de fonctionnement. Les connectiques électriques sont saines et les fonds impeccables.
Aménagements intérieurs, poste de pilotage et fonds de coques
Ces équipements sont très exposés aux injures du temps (et aux négligences d’utilisation), pourtant, Lagrado a brillamment traversé ses 15 semaines (minimum) de location annuelles. Les planchers ne présentent aucune trace de reprise d’humidité par les champs (rédhibitoire si l’eau a envahi les fonds, ne serait-ce qu’une fois, ou si un orage a frappé en l’absence de l’équipage avec les capots ouverts). Les fonds sont nets, les varangues en CP corniérées aux fonds sont impeccables, et par transparence, on distingue le très bon état du balsa utilisé en âme. Le carré et les cabines sont presque sans défaut, si l’on excepte un léger fléchissement des coussins du carré. Les parements en Alpi chêne clair ont parfaitement résisté, comme la robinetterie et les éléments de cuisine (gazinière, four, tiroirs, placards). Le verdict est identique dans les cabines et salles d’eau (hublots ouvrants, vaigrages, interrupteurs électriques). Au poste de pilotage, la barre, les manettes d’inverseurs, la banquette (textile et structure) sont en parfait état de service ; l’électronique (pilote, lecteur de cartes, anémomètre, sondeur, loch) fonctionnent ; mais la matière plastique des écrans a mal résisté aux UV (défaut d’installation des protections, sensibilité particulière de cette gamme ?).

Bilan

Le bilan est étonnant pour un catamaran de location utilisé environ 80 semaines (locataires et propriétaires) en 5 ans et demi ! Les raisons de cet état de fait très positif (qui ne manquera pas de surprendre certains lecteurs) sont à rechercher dans la professionnalisation des acteurs de la filière location, qui a dépassé le concept "aventure" des débuts de la défiscalisation antillaise. Peut-être aussi dans le respect et le soin portés par les locataires actuels aux bateaux qui leur sont confiés (sous la menace, il est vrai, de dépôts de garantie substantiels !). La responsabilisation des gestionnaires de bases et de l’environnement commercial est également un élément favorable car, bien qu’appartenant souvent à des groupes internationaux, la culture et le savoir-faire historiques des loueurs infusent auprès des équipes souvent animées par des personnes de grande expérience, eux-mêmes utilisateurs et marins confirmés. Ils ont tous compris que l’affaire se joue dans la durée, et que le locataire d’un jour sera peut-être le futur partenaire d’un contrat de gestion, qu’il confiera son bateau à la revente, et renouvellera peut-être son engagement avec une autre unité. Il est aussi un relais d’opinion et un prescripteur ! La préservation du bien est donc inscrite dans les bonnes pratiques quotidiennes ! Le choix du plan d’eau est également un élément d’historique à prendre en compte ; certaines régions maritimes sont plus agressives que d’autres (éloignement technique, marnages, affleurements rocheux, courants, distances importantes à parcourir pour se rendre sur les lieux les plus attractifs, vents forts…) ; elles sollicitent plus les organes mécaniques (moteurs, saildrives, gréement, voiles, accastillage…). Les loueurs l’ont majoritairement compris, et regroupent leurs meilleurs spots autour de destinations de charme faciles d’accès. La présence fréquente des propriétaires de Lagrado sur leur bateau et leur coopération active à l’entretien constituent également un point de compréhension et d’analyse du très bon état de ce bateau, qui sera disponible à l’achat à l’issue de la saison 2017. Que dire en conclusion, si ce n’est que ce catamaran offre un état de vieillissement très satisfaisant, identique (à tout le moins !) à celui d’une unité gérée par un propriétaire compétent, et tout à fait supérieur à de nombreux entretiens individuels improvisés. Lagrado passait la mauvaise saison au sec (5 mois), un autre élément favorable.


Petit vade mecum du futur acheteur
On a affaire, ici, à une unité bien construite et bien utilisée (usage et maintenance) ; il n’y a pas eu à la connaissance des propriétaires ou du gestionnaire d’incident notable ou d’avarie, excepté le fléchissement des tubes-bossoirs qui a nécessité un renforcement (corrigé depuis par le constructeur) ainsi que le changement d’un winch électrique (sans doute une utilisation abusive pour un amarrage par vent fort et clapot !) et une intervention mineure sur un saildrive. Quels seront les investissements nécessaires pour l’acheteur au moment de la vente de ce bateau mis à prix 240 000 € HT ?
- Le gréement (avec la martingale et la patte d’oie de gennaker) âgé de 6 ans sera à changer entre 7 et 10 ans selon recommandation de l’expert et exigences du futur assureur. Ce sera l’occasion rêvée pour démonter l’enrouleur et le vérifier.
- Une analyse d’huile confirmera le bon état de la mécanique et alertera en cas de souci. Une révision complète sera effectuée (selon préconisations constructeur : vidanges saildrives et moteur, turbine de refroidissement, vérification injecteurs, démontage collecteur, distribution, filtres, anodes…).
- Les membranes d’étanchéité des saildrives seront à remplacer au bout de 7 ans, selon les préconisations du constructeur.
- Le jeu de voiles fera l’objet d’une révision sur le plancher d’un voilier.
- Un polish pro redonnera aux bordés l’aspect du neuf (avec les réparations de griffures ou petits chocs éventuels).
- Les vannes seront à remplacer au bout de 10 ans, ou avant en cas de dysfonctionnement ou corrosion.
- Le pilote nécessitera un retour à l’atelier du constructeur.
- Démontage, nettoyage ou remplacement des rotules de liaison de barre et des équerres de jaumière.
- Les trampolines selon recommandation expert et/ou constructeur, et l'état.
Petit mémento simplifié de la gestion-location
Toutes les compagnies dans le monde déclinent leurs propositions marketing autour de deux types de contrats principaux : Le contrat à revenus garantis et le contrat avec option d’achat.
- Dans le premier cas (revenus garantis), l’acquéreur est propriétaire du bateau qu’il finance (hors taxes) directement ou en leasing (un premier versement conséquent, variable selon les formules choisies, puis une soixantaine de loyers mensuels). Des loyers (de 7 à 9 % du prix neuf HT) sont versés et viennent en atténuation du montant mensuel du leasing. Le différentiel à payer par le locataire est faible.
- Dans le deuxième cas (l’option d’achat, qui s’adresse la plupart du temps à des destinations de gestion où il est juridiquement difficile pour un particulier d’être propriétaire d’un bateau : Grèce, Turquie, Thaïlande, Polynésie, Croatie…) : le professionnel (via sa filiale locale) se substitue à l’acquéreur, qui paiera le bateau en une seule fois pour environ 65 % de sa valeur neuve HT. Dans ce cas de figure, il n’y a pas de loyers versés, mais le contractant récupère le bateau à l’issue du programme de 5 ou 6 saisons, et acquitte la TVA (si nécessaire) pour en devenir propriétaire, le conserver ou le revendre. Il peut également céder le navire à l’exploitant pour environ 40 % de sa valeur neuve HT, choisir une autre unité et reprendre un autre contrat.
- Les avantages communs à toutes ces formules consistent en bonus sous forme de semaines gratuites de location (de 5 à 12, selon les cas) dans les bases du professionnel, ce qui permet au contractant disponible de bénéficier de possibilités de navigation séduisantes et exotiques. Les montages financiers et les réductions de tarifs obtenus par ces professionnels permettent également des opportunités impossibles à obtenir par un particulier. L’ensemble de la gestion du navire est prise en charge contractuellement (port, assurance, maintenance, renouvellement de matériels…) par des équipes compétentes qui ont obligation de résultat en vue de la bonne exploitation du bateau, et la sortie de contrat est bordée par les différentes possibilités offertes (revente, reprise, poursuite…). La tendance actuelle semble être, pour certains acteurs, la personnalisation des contrats et l’adaptation de l’offre au mode de vie et de navigation des propriétaires, comme les formules permettant l’année sabbatique ou la jouissance d’un maximum de WE, ou celle d’un hiver sabbatique complet.
Le cas particulier de Lagrado : un contrat de gestion avec vente différée
Les propriétaires de Lagrado ont souscrit un contrat de vente différée et mise en exploitation de leur Lagoon 400 à la base Kiriacoulis-Amure de Bormes-les-Mimosas. Le prix du bateau était de 391 000 € HT. Kiriacoulis a financé 170 000 €. Le futur propriétaire paie donc 55 % du bateau ; le pavillon est français. Le calcul simplifié fait avec eux au Salon du multicoque à la veille de la 6e année d’exploitation est le suivant :
apport propriétaires 55 % (soit 221 000 €), duquel il faut retirer les 5 semaines de jouissance dont ils ont réellement profité (un équivalent de 3500 €/semaine x 5 semaines x 6 années), soit 105 000 €, mais également les frais d’entretien (port, carénages, hivernage au sec, grutages, assurance…), soit 108 000 sur la période ; le bateau de 390 000 € HT coûte donc réellement 177 000 € HT, et sa valeur de revente est estimée à 240 000 € HT à l’issue de sa 7e saison ! A l’échéance du contrat, ils ont le choix entre payer la TVA sur l’apport initial et vendre le bateau (avec possibilité d’un leasing pour l’acquéreur), ou repartir pour un autre contrat sur le bateau de leur choix (dans les limites des propositions du loueur), le prix argus du bateau servant d’apport.

Remarques des propriétaires rencontrés au salon de La Grande Motte 2017 :
"Nous sommes satisfaits de l’opération avec Lagrado, nous n’avons pas entièrement utilisé nos possibilités de semaines bénéficiaires, mais 5 semaines par an nous ont comblés, et nous allons repartir sur un nouveau contrat. Nous avons été contents de la bonne coopération propriétaire-gestionnaire ; habitant à peu de distance du bateau, il nous a été facile de participer à son maintien en bon état. Globalement, nous analysons l’expérience comme une incitation à naviguer plus dans notre cas ! Nous avons dû, tout de même, traverser une période d’inquiétude lors des premières semaines de location, puis ce sentiment s’est atténué avec le temps et la confiance."
Autres exemples d’offres :
Moorings/Sunsail : 21 bases-destinations
Leopard Sunsail 404 à Saint-Martin en contrat à revenus garantis :
Prix public HT du bateau : 435 000 €
Remise spéciale Salon du Multicoque : 45 000 €
Soit un prix de vente HT de 390 000 €
1re mensualité/apport 21 % : 80 000 €
Durée du programme : 59 mois
Revenu garanti mensuel : 2 995 €
Coût mensuel du leasing : 3 473 €
Coût net pour le contractant : 548 €
Montant du rachat à l’issue du programme : 175 087 €
Coût total incluant le rachat pour le propriétaire : 287 428 €
Valeur de revente estimée : 220 000 € HT
Valeur théorique des 12 semaines annuelles possibles : 300 000 €
Leopard Sunsail 404 en Grèce en contrat à vente différée sans revenus :
Prix public HT du bateau : 435 000 €
Paiement initial 45 % : 184 500 €
Paiement final 20 % (ou remboursement de cette somme par le gestionnaire si choisi par le contractant) : 82 000 €
Durée du programme : 65 mois
Valeur de revente estimée : 220 000 € HT
Utilisation propriétaire : de 4 à 12 semaines
Coût de fonctionnement : Nul
Dream Yacht Charter (45 bases) : Bali 4.0 à Cuba/Cienfuegos en contrat à revenus garantis
Prix public HT du bateau : 447 509 €
Apport personnel de 30 % : 134 252,70 €
Revenu garanti mensuel : 3 356 €
Durée du programme : 60 mois
Coût mensuel du leasing : 3 483 €
Coût net pour le contractant : 127 €
Coût total de l'investissement au terme du contrat : 141 872,70 €
Estimation de la valeur de revente : 223 000 €
Valeur théorique des 12 semaines de navigation annuelles : 252 000 €
Dream Yacht Charter : Bali 4.0 à Cuba/Cienfuegos en contrat à vente différée sans revenus
Prix public total HT : 447 509 €
Apport personnel de 35 % : 156 628 €
Financement mensuel : 0 €
Charge d'exploitation : 0 €
Valeur de rachat finale de 25 % : 111 877 €
Coût total d'investissement : 268 505 €
Estimation de la valeur de revente : 223 000 €
Durée du contrat : 60 mois
Valeur théorique des 8 semaines de navigation annuelles : 180 000 €