« Nous construisons des catamarans parce qu’ils sont plus respectueux de la planète que les monocoques »
Depuis sa création, Sunreef Yachts a suivi une route un peu différente et surtout plus écologique que nombre de ses concurrents, et cela, sans pour autant sacrifier le confort à bord. Pour en savoir un peu plus, nous avons demandé à Nicolas Lapp, le vice-président de la marque, quelle était la philosophie du chantier en matière de protection de l’environnement.
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Publié le
03/07/2025
Par
Dominique Salandre
Numéro :
HS24
Parution :
Aug.
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Sep.
2025
Nicolas Lapp : En fait, la préoccupation environnementale est présente dès le lancement de Sunreef. Nous avons choisi de construire des catamarans parce qu’ils sont moins gourmands en carburant, et donc plus respectueux de la planète que les monocoques.
Ensuite, il y a eu le projet avec Laurent Bourgnon, en 2008, où nous avons conçu un catamaran avec des étraves allongées pour être plus efficaces et améliorer la consommation de carburant.
Dans la même démarche, en 2013, nous avons construit un multicoque en fibres de carbone pour un client qui voulait un catamaran léger et rapide. Cela a permis de diminuer la consommation et le carbone est également un matériau recyclable.
Enfin, à bord de cette unité, nous avons aussi installé un circuit séparé pour la climatisation, ce qui, pour le chantier, a marqué le début de l’utilisation d’un parc de batteries. A la suite de ce projet, nous avons utilisé de plus en plus de batteries lithium pour l’électroménager à bord.
Nous sommes arrivés à un point ou le seul élément qui manquait, c’était la motorisation électrique ; en 2017, nous avons donc lancé nos premiers modèles équipés de moteurs électriques, un 50 pieds à voile, et le 60 E, un powercat électrique.
C’est aussi à cette période que nous avons commencé à utiliser des panneaux solaires, puis nous avons décidé de passer nos batteries en 620 volts, et très rapidement les générateurs, les moteurs et tout l’équipement électrique du bord au même voltage.
Enfin, en 2022, les premiers modèles de la série Eco, avec des panneaux solaires intégrés dans les coques, ont été lancés. Toutefois, la démarche ne s’arrête pas là : nous pensons chaque catamaran dans son ensemble et nous essayons toujours de trouver le système le plus efficace, celui qui consomme le moins d’énergie. Cela passe par l’électroménager, mais aussi par les climatisations à gaz ou encore des chaudières cinq à six fois moins gourmandes que les modèles traditionnels.
NL : Oui et non. En fait, nous avons vite constaté que l’offre, sur le marché des équipements nautiques, n’était pas adaptée à ce que nous voulions faire. Nous sommes donc partis d’une feuille blanche et nous avons entièrement créé notre système d’alimentation électrique pour nos catamarans. Pour cela, nous avons trouvé des composants que nous avons pu adapter, mais parfois, il a fallu inventer des éléments, c’est par exemple le cas des panneaux solaires intégrés dans la coque. Il s’agit d’un brevet Sunreef, et aujourd’hui, nous en sommes déjà à la quatrième génération, car nous ne cessons pas d’améliorer nos produits.
Nous avons récemment battu un record en installant une puissance électrique d’un mégawatt sur un Sunreef 80.
De même, quand un système fonctionne, on le généralise. Aujourd’hui, les modèles non Eco intègrent de nombreux éléments utilisés d’abord sur les versions Eco, à commencer par les batteries ou par les circuits électriques, qui sont désormais en 48 volts sur tous nos modèles.
MM : Est-ce que cette préoccupation environnementale se limite au circuit électrique et au mode de propulsion ?
NL : Non, comme je l’ai évoqué, nous pensons le multicoque dans son ensemble. Cela signifie que nous essayons d’utiliser des produits plus respectueux de la planète à toutes les étapes de la fabrication. Par exemple, nous utilisons des résines biosourcées, mais aussi du carton recyclé, de la fibre de basalte et beaucoup de produits à base de plantes comme la fibre de lin. Dès que nous le pouvons, nous utilisons des produits composites qui peuvent être recyclés..
MM : Est-ce que vous nous préparez des surprises dans le futur ?
NL : Absolument ! A bord de nos multicoques, nous testons des technologies qui vont détecter la présence d’une personne dans une cabine. Cela va permettre de communiquer au système qu’une cabine est inoccupée, et donc d’optimiser la climatisation ou de mieux gérer les lumières, une fois encore pour réduire la consommation d’énergie.
Au niveau de la propulsion, même si la tendance est au powercat, je reste persuadé que la voile est un des meilleurs moyens de se déplacer sur l’eau. Cependant, cela reste encore peu performant et, surtout, c’est un peu compliqué pour un néophyte. Dès lors, nous travaillons sur un système qui va rendre l’utilisation de la propulsion à voile beaucoup plus simple, notamment avec des voiles ailes. L’idée est de rendre la voile beaucoup plus accessible, plus performante, et donc de convaincre plus de plaisanciers de se diriger dans cette voie. Nous travaillons activement sur plusieurs prototypes, et les premiers résultats sont encourageants. Enfin, nous souhaitons améliorer l’hydrogénération, qui représente elle aussi une excellente source d’énergie si elle est bien utilisée.
MM : Quelle est aujourd’hui la part des modèles Eco dans vos ventes ?
NL : J’avoue que, quand nous avons lancé les séries Eco en 2022, je ne m’attendais pas à un tel succès. Les clients ont vraiment adhéré à ce concept, et aujourd’hui, cela représente 50 % de nos ventes, même si chaque catamaran Eco reste un peu plus cher. Dès lors, même le reste de la gamme devient un peu plus écologique, avec des composants venus des séries Eco.
La toute nouvelle série Ultima 55, que nous venons juste de lancer, est d’ailleurs disponible en version classique ou en version hybride et, à ce jour, la plupart des commandes concernent des modèles hybrides. Outre l’aspect écologique, ces catamarans hybrides n’ont plus besoin d’embarquer de générateurs et, à chaque fois qu’ils naviguent à petite vitesse, cela se fait en mode électrique.
MM : Sunreef produit des modèles de plus en plus grands ; pensez-vous qu’il sera difficile de continuer à proposer des versions green sur de très gros catamarans ?
Nous sommes actuellement en train de produire trois modèles de 43 m de long et ce sont tous des modèles Eco. En fait, peu importe la taille du bateau, si l’on prend le temps de chercher, on peut vraiment trouver des solutions et des équipements qui consomment beaucoup moins, il faut juste penser de manière différente, et c’est ce que nous faisons chez Sunreef.