La sécurité, l’école à distance (pour ceux qui ont la chance de partir pour plusieurs mois), ça, vous connaissez. Vous savez bien qu’un enfant qui ne sait pas nager ne peut décemment évoluer à bord sans son gilet et qu’il sera attaché dès que les conditions se dégradent et au cours des manœuvres lorsque personne ne peut vraiment veiller sur lui. Pour les cours, le CNED, ça marche très bien… Ce n’est pas de cela que nous allons parler ici. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est de motiver nos grands enfants ou nos ados à partager notre trip, à savoir une ou deux semaines de location avant d’aller plus loin. Ne nous leurrons pas, en effet : partir sur l’eau en famille, c’est notre dada, pas le leur ! Eux, leur truc, c’est plutôt les clubs de vacances qui regorgent de copains et de piscines. Alors comment faire pour qu’eux aussi s’éclatent ? Nos recettes en 10 points.
Pour amuser les enfants, n'hésitez pas à louer différents jouets : le kayak est toujours apprécié, des petits comme des grands.
Le bon bateau pour une bonne location
Si vous lisez ce magazine, c’est que vous êtes convaincu ou presque que le multicoque est le support idéal pour la croisière. Il n’y a pas photo. Une grande nacelle de plain-pied avec le cockpit, ce même cockpit parfaitement protégé des embruns et du soleil, des jupes à l’arrière pour la baignade, une annexe sur ses bossoirs prête à vous faire découvrir tous les recoins de la côte, un faible tirant d’eau pour profiter à coup sûr des meilleurs mouillages, des cabines aux quatre coins du bateau… Et surtout un bateau qui ne gîte pas ! Plus de confort en navigation, mais également au mouillage, ou un multicoque ne roule pratiquement pas, même quand un fond de houle s’invite sur le plan d’eau. Bref, si vous doutiez encore, le catamaran est bien le must pour la croisière en famille. Reste à choisir le modèle et la taille : la plupart des loueurs proposent des catamarans de grande série – Lagoon, Leopard, Nautitech et Fountaine Pajot principalement. Peu de surprises donc. Pour le confort, le plus grand cata est évidemment préférable… mais reste le budget – 700 à 2 000 euros la cabine par semaine en gros, suivant la saison. Pas d’inquiétude en tout cas : même dans un "petit" Lagoon 380, deux couples et quatre enfants ne se marchent pas dessus !
N'hésitez pas à offrir un cours de surf (ou de plongée...) à votre ado et son visage s'éclairera d'un sourire... qui vous fera chaud au cœur !
Avec ou sans skipper
Si vous n’êtes pas sûr de vous, de vos compétences nautiques, n’hésitez pas une seconde, naviguez avec un skipper ! Il est en effet inutile de se mettre en mode stress : ce sont vos vacances… Et si vous êtes tendu, difficile d’imaginer que votre moitié sera zen elle aussi. Alors vos enfants dans cette ambiance… Un pro connaît le bateau, la région et les conditions locales par cœur, c’est lui qui se lèvera la nuit si l’ancre chasse. Et rien ne vous empêche de vous impliquer à fond pour précisément être capable d’assurer le rôle de chef de bord… dès les prochaines vacances !
Masque, palmes, tuba, et les enfants (comme les grands) du bord s'éclatent toute la journée !
Choisir sa (bonne) destination
Ça peut paraitre tout bête, mais la zone de navigation que vous choisissez compte beaucoup pour une semaine de croisière réussie en famille. Plusieurs critères rentrent en compte. L’accès tout d’abord. S’enquiller trois changements d’avion, trois heures de bus en pleine nuit ou 1 400 km en voiture pour rejoindre votre base de location, ça ne favorise pas une bonne ambiance. C’est au contraire un facteur de stress – pour vous, les parents, comme pour les enfants – et de fatigue. Autant éviter ces plans de baroudeurs – à réserver pour les navigations entre copains. Idem pour le décalage horaire, peu ou prou bien accepté par les enfants de plus de dix ans, difficile à gérer pour les plus jeunes. Bref, la semaine aux Antilles, c’est parfait pour les ados, moins pour les petits. Ensuite, plus que les paysages magnifiques et les mouillages sauvages, les enfants rêvent plutôt de barboter dans des eaux tièdes. Alors, privilégiez Corfou, la Croatie ou la Turquie l’été plutôt que la Bretagne ou les pays scandinaves. Même attention en ce qui concerne la météo : certaines zones sont très ventées l’été – côte ouest du Portugal, mer Egée –, conditions qui génèrent une mer très dure et des manœuvres parfois délicates au port. A éviter ! Mieux vaut naviguer au moteur tous les matins en attendant le thermique de l’après-midi et profiter de mouillages sûrs et confortables.
En ce qui concerne la sécurité, pas de panique : les loueurs ne sont pas fous et sont les premiers à déserter les pays à risques. Si leur base est en place, vous pouvez y aller les yeux fermés ou presque. Reste à tenir compte de quelques nuances tout de même : naviguer à Marie-Galante ou aux Saintes n’expose pas, statistiquement, à des agressions ou des actes de piraterie. Alors que se promener la nuit dans certains quartiers de Pointe-à-Pitre est peu recommandé. Idem pour le fameux Great Blue Hole, ce cratère sous-marin au large du Belize : plan d’eau sûr, alors que la capitale, Belize City, est infréquentable la nuit.
Pour les plus jeunes, du papier et des crayons sont indispensables : ils adorent ça…
Gérer le mauvais temps
Même si vous avez opté pour une destination a priori calme sur le plan météo comme la mer Ionienne ou le Sud de la Turquie, il peut arriver d’affronter un épisode orageux ou tout simplement de remonter contre le vent établi en mer ouverte. L’exemple type : vous louez quinze jours un catamaran au départ d’Orhaniye – en Turquie encore. Vous filez vers les îles grecques toutes proches et enchanteresses, découvrez Marmaris, Göcek… et vous voilà à Fethiye, soit près de 70 milles pour rentrer… vent de face puisque le Meltem, certes adouci dans cette région, vous pousse vers l’est. Une grosse journée de louvoyage contre un à deux mètres de creux et 25 nœuds ? Laissez tomber ! Partez le soir – le vent a quelques chances de baisser de quelques nœuds et la mer avec – et faites route directe au moteur pendant que l’équipage dort, bercé par les vagues. Et vous, les adultes, organisez des quarts, comme au large !
D’une manière générale, si du vent fort est annoncé, anticipez et trouvez un agréable mouillage ou port de repli, là où les activités variées sont possibles. Et bien sûr évitez, à moins d’être surpris en mer, de naviguer avec des conditions de mer et de vent difficiles. Rien de pire pour dégoûter vos enfants du bateau !
... et, quelques années plus tard, notre jeune dessinateur est devenu un barreur hors pair !
Les bonnes escales
C’est quoi, pour les enfants, un bon mouillage ou un port sympa ? C’est un endroit où ils peuvent se dégourdir les jambes, où il y a une aire de jeux ou une plage pas loin, un village où on peut s’offrir des glaces… Eh oui, la crique encaissée, déserte et bucolique, pile plein est pour le lever du soleil à 6 heures du mat’, ce n’est pas leur truc, à nos ados ! Alors jouez le jeu et ne faites pas votre Robinson – ce sera pour une autre fois. Privilégiez les séjours à terre plutôt que de rester à bord. Ne craquez pas forcément pour la taverne tous les soirs – ça peut finir par coûter cher – mais offrez une petit dessert ou un verre à toute la famille. Il y a beaucoup de monde ? Tant mieux ! Vos enfants pourront faire connaissance avec d’autres marins en herbe, des vacanciers ou des autochtones. L’occasion de parler toutes les langues et peut-être de rencontrer d’autres équipages, pour ensuite, pourquoi pas, naviguer quelques jours de conserve ? Et c’est peut-être vous qui vous ferez des amis. Laissez-vous guider par le hasard, les rencontres… Lâchez prise ! C’est la clé des vacances réussies…
Les jeux de société sont toujours les bienvenus à bord. Bonne ambiance garantie !
Les copains et/ou les cousins
Certaines fratries se suffisent à elles-mêmes : tout le monde joue et s’entend à merveille… Parfait, partez en famille sans vous poser de questions. Mais souvent, une grande sœur ou un un petit frère s’ennuie un peu et traîne volontiers la patte. Dans ce cas, mieux vaut prévenir que guérir. La solution peut-être d’inviter la meilleure copine de l’aînée ou le cousin du petit dernier. Autre formule gagnante : partir à deux couples dont les enfants ont le même âge et s’entendent a priori bien. Le prix à la cabine sera même revu à la baisse, peut-être pourrez-vous ainsi vous offrir deux semaines au lieu d’une ? Des enfants qui jouent ensemble sont heureux et laissent à vous, parents, plus de temps libre. Après tout, vous êtes également en vacances : profitez-en pour dormir tout votre saoul, lisez, nagez…
La pêche reste l'un des moments forts de la croisière, et quel plaisir de manger ce qu'on a soi-même remonté du fond de l'eau.
Leur apprendre à naviguer
Le meilleur truc pour motiver les enfants à comprendre le fonctionnement du bateau, c’est de commencer par leur confier la barre. Ils prennent la mesure du catamaran, le sentent, apprennent à le maîtriser et seront ensuite curieux de connaître son fonctionnement. Viendra alors l’apprentissage des allures, des réglages, la lecture des cartes et de la route. Alors, plutôt que de préparer votre navigation dans votre coin et d’envoyer le spi – s’il y en a un – tout seul sous pilote, faites participer vos petits. Nœuds de chaise pour les écoutes, cabestans pour les pare-battages : autant de simples activités qui mettent le pied à l’étrier. En ce qui concerne les manœuvres, prudence avec les plus jeunes concernant les winches. Les efforts exercés sur les écoutes de nos catamarans sont parfois très importants par bonne brise, alors méfiance pour leurs petits doigts fragiles. "Conduire" l’annexe est également très prisé des enfants. Si les plus petits ne peuvent évidemment la piloter seuls, les ados sont tout à fait capables d’assurer les allers-retours vers le port ou la plage.
La glisse et les activités nautiques
Les sports de glisse se marient bien avec une croisière en catamaran. Aux Antilles, par exemple, d’excellents spots de surf jouxtent les mouillages, protégés à l’intérieur des lagons. Si vous n’avez pas prévu le coup, n’hésitez pas à louer du matériel ou même à offrir un cours aux plus motivés – et pourquoi pas vous ? Idem avec la planche à voile ou le kite, qui se pratiquent un peu sur tous les plans d’eau. Grande activité star de la croisière ? La plongée ! N’oubliez pas d’embarquer masques, palmes et tubas avant de quitter la base. N’hésitez pas à réserver les bonnes pointures à l’avance et à essayer le tout avant de larguer vos amarres ! A vous, pendant la croisière, de sélectionner les meilleurs spots. Et ne pas hésiter à explorer les criques toutes proches avec l’annexe. Autre activité du bord – si elle est autorisée – la pêche ! A la traîne ou la ligne, le poisson frais, il n’y a rien de meilleur. Et c’est fou comme les jeunes pêcheurs aiment manger leurs prises.
Les jeux et distractions à bord
Rien de mieux qu’un bon jeu de cartes ou un vénérable jeu de société pour animer les soirées du bord. Pour les plus jeunes, les Playmobil ou autres personnages sont tout trouvés pour vivre des expériences bien différentes de celles du parquet des chambres… N’hésitez pas à motiver les enfants en lançant avec eux un Uno ou un Scrabble (pour les plus grands). Les ados seront bientôt imbattables aux jeux de cartes et vous regretterez rapidement de leur avoir enseignés. Grands alliés de la croisière, les crayons de couleur et livres adaptés à l’âge de vos enfants. Dans un carré bien aéré, bien protégés du soleil, les enfants adorent barbouiller leurs cahiers de coloriage. Soyez sympa avec eux, épargnez-leur les devoirs de vacances. Vous n’emmenez pas l’ordinateur pour bosser, cette croisière sera bien plus belle si toute la famille profite à fond de cette semaine (ou plus…).
Internet
C’est un fait de société : nos gamins, dès la sixième, sont surconnectés… Jeux ou réseaux sociaux, ils passent une grande partie de leur temps libre les yeux – et les oreilles – rivés sur leurs écrans. Une ou plusieurs semaines de croisière, c’est l’occasion de se déconnecter, précisément. Pas le choix : il n’y a pas Internet à bord et l’usage de la connexion 3G ou 4G à l’étranger coûte les yeux de la tête. Une bonne raison pour couper leur téléphone et leur tablette. Mais à terre, laissez-les se connecter de temps en temps. Ils raffolent tellement de s’envoyer des photos, nos ados… La plupart des bars proposent du Wi-Fi gratuit. A défaut, un téléphone local peut faire office de borne Wi-Fi grâce au Bluetooth. Mais ça, vous n’êtes pas obligé de leur dire !