Près de 400 annonces sur le site de votre magazine préféré. Plus de 1 000 sur la plate-forme des courtiers professionnels. Compliqué de faire un choix de prime abord. Longueur, poids, équipement, année, performance, nombre de cabines, de toilettes, cuisine en haut ou en bas, flybridge ou pas… oubliez tout ! Simplifiez le sujet. En vrai, il n’y que deux variables : programme et budget. Si vous êtes clair sur ces deux points, un premier tri va très rapidement s’opérer et vous dégager l’horizon.

La première étape est donc de prendre le temps de bien définir votre cahier des charges en répondant à dix questions :
Quel équipage à bord ?
Quelle expérience ?
Quelles personnalités ?
Quelles sont vos motivations ?
Emmenez-vous votre maison avec vous ou voyagez-vous léger ?
Êtes-vous plutôt contemplatifs ou sportifs ?
Sensibles au confort, ou vous contentez-vous du minimum?
Quelque talent de bricoleur ou allergique au moindre tournevis ?
Combien de temps allez-vous naviguer chaque saison ?
Dans quelles zones ?
Sous quel climat ?
Question difficile et surprenante peut-être à ce stade, mais combien de temps prévoyez-vous de garder votre futur bateau avant de le revendre ?
Vous commencez à y voir plus clair ? Une deuxième lame va encore épurer votre horizon. La définition du budget. Si celui-ci était illimité, sans doute seriez-vous plus tentés par l’achat d’un bateau neuf, à l’exacte mesure de ce que vous souhaitez. Quel que soit son niveau, il est important de bien définir vos limites. La tentation étant de toujours dépenser un petit peu plus. Mais nous avons un mantra à la rédaction : "Le meilleur des bateaux, c’est d’abord celui-que l’on peut se payer." Se payer ET en profiter. Donc, autant ne pas s’endetter à vie et… ne plus pouvoir partir naviguer. Sans oublier qu’une réserve de trésorerie est nécessaire pour faire face au quotidien, à l’entretien, et aux inévitables petits ajustements techniques que vous découvrirez ou que vous vous offrirez.

Voilà, le cadre étant défini, il est temps faire une première sélection et de partir à la découverte des premières unités. Multicoques Mag, sites de petites annonces entre particuliers, sites de brokers professionnels, constructeurs, bouche à oreille, radio ponton…, tous les moyens sont bons ! Un e-mail ou un appel téléphonique vont donner une première impression : degré de réactivité, précision des réponses, connaissance du bateau et, non négligeable, amabilité. En tout cas, il faut ressortir de ce premier contact avec une idée de l’historique du bateau, un inventaire détaillé et un reportage photo très complet. Jusqu’ici, ça colle ? Mais au fait, où est-il amarré, ce bel oiseau ? Et jusqu’où êtes-vous prêts à aller chercher le bateau de vos rêves ? En effet, l’avion permet d’aller voir des bateaux partout dans le monde à tarif abordable, et les prix peuvent être très attractifs dans certaines zones éloignées. Mais, sauf exception, est-ce bien raisonnable d’acheter un bateau à 8 000 km de vos bases ? Néanmoins, plus l’unité et le budget seront importants, plus loin vous n’hésiterez pas à vous projeter pour trouver la perle rare. De la Méditerranée à la mer du Nord, il n’y a que 15 jours de mer. Remonter un catamaran des Antilles à New York au printemps est un plaisir. Relier la Nouvelle-Calédonie ou Tahiti à l’Australie est tout à fait abordable.

Alors ça y est, vous avez vos nominés, un premier "triumvirat" (a minima) de bateaux à absolument visiter, vous avez préparé votre check-list et toutes les questions à poser absolument ? Alors c’est parti ! Petit truc de vieux briscard, arrivez une bonne heure avant le rendez-vous fixé. Cela permet d’observer à distance, il serait malpoli d’arriver si tôt, l’activité du bord, voire la capacité réelle des moteurs à démarrer vraiment à froid ! Ça y est, c’est l’heure, bienvenue à bord. Surtout prendre son temps. Circuler, sur le pont, dans le cockpit, à l’intérieur, entrer, sortir, s’asseoir, trouver sa place, en navigation, en veille, au mouillage. Si le bateau est encombré d’effets personnels, essayez d’en faire abstraction pour vous projeter dans ce qu’il sera une fois que vous l’aurez mis à votre goût. Au-delà de ce ressenti subjectif, mais ô combien important, il convient également d’opérer une revue plus rationnelle du bien sur lequel vous allez investir quelques dizaines ou centaines de milliers d’euros/dollars. On se tente une petite liste, non exhaustive ?

Premier regard circulaire, avec un peu de recul, aux étraves et aux bordés, à la recherche de chocs ou de réparations grossières. Un tour lent, et d’un pas insistant, sur le pont, le roof et le cockpit, pour détecter une éventuelle délamination. Descendre dans les soutes à voiles avant, les coquerons arrière, passer la tête dans les poutres, soulever les planchers, inspecter toutes les cloisons pour qu’aucun défaut structurel apparent ne puisse vous échapper. Au fait, les portes se ferment-elles et s’ouvrent-elles toutes bien ? Faire tourner la barre à roue de butée à butée : pas trop de frottements, ni de flottement? Vérifier le fonctionnement des winchs, l’état du gréement courant. Quel âge ont les voiles ? Sont-elles bien protégées du soleil ? Si le vent est aux abonnés absents et que vous pouvez dérouler le génois, profitez-en pour vérifier l’état des jonctions sur le tube d’enrouleur. Posez un regard acéré sur les cadènes de haubans, d’étai, le pied de mât, les jonctions coques/poutres : des fissures à ces endroits stratégiques doivent vous alerter. Pas forcément rédhibitoires, elles doivent par contre déclencher impérativement des investigations plus poussées.

Faire démarrer les moteurs, enclencher marche avant et marche arrière pour valider que l’embrayage ne nécessite pas une force herculéenne, contrôler l’échappement et l’évacuation de l’eau de mer de refroidissement. L’état général des coquerons moteurs, l’historique des révisions vous donneront très vite une bonne idée du soin apporté par les actuels propriétaires à ces onéreux engins. A l’intérieur, au-delà de l’aspect général et du bon état de fonctionnement de l’équipement proposé, on s’attachera à détecter toute trace de fuite sur les hublots, de présence d’humidité dans les bas de cloisons, sous les coussins, les matelas, les fonds de placard. Si l’objet de tous vos désirs cumule les années, les milles et les propriétaires, il y a fort à parier que l’installation électrique sera un beau capharnaüm. Des câbles en bon état, bien repérés, bien fixés sont quand même un plus appréciable, mais à l’impossible nul n’est tenu ! Est-ce que les batteries rechargent bien ? Tiennent-elles la charge sans être branchées au quai ? Quel est l’état des réservoirs d’eau ? De gasoil ?

Enfin, si l’eau de la marina n’est ni trop froide ni trop polluée, si vous faisiez un petit tour sous l’eau ? Comme vous avez pris soin d’amener masque et tuba, vous pourrez ainsi aller vérifier l’état des safrans, des anodes, des hélices, arbres ou sail drives, des dérives ou ailerons fixes, contrôler les œuvres vives. Pas de panique autour de l’osmose. Tout bateau polyester a de l’osmose à des degrés variables. Cela se traite, ou pas. Car aucun bateau n’a jamais coulé, à notre connaissance, des suites de ce phénomène. En parlant de sécurité, si vous jetiez un coup d’œil à la date de péremption du tuyau de gaz ? Au livret du radeau de survie ? Au coffret de fusées de détresse ? Allez, on vérifie que l’annexe n’est pas "grillée" aux UV, que son moteur démarre au quart du deuxième tour, et on aura une bonne idée de l’ensemble, non ? Tous les voyants vous semblent au vert ? Attention, même si vous êtes en "veille" depuis des années et si vous avez une excellente idée de ce qui se fait et à quel prix sur le marché, une règle d’or : ne JAMAIS acheter le premier bateau visité. Il faut en avoir vu au moins deux autres. Cela évite les emballements intempestifs, les erreurs de débutant et les regrets… éternels !

Mais maintenant, ça y est. Vous en avez vu suffisamment et vous avez décidé que c’était celui-là et pas un autre ? Félicitations ! Mais il y a encore quelques étapes à franchir avant de larguer les amarres l’esprit tranquille. L’objet de ce modeste article n’étant pas un cours de négociation commerciale, admettons que vous soyez tombés d’accord sur un prix qui satisfasse acheteur et vendeur, ce qui reste la base d’une bonne relation future. L’idéal est alors de signer un compromis de vente, valable, sauf exception, de un à deux mois, le temps de faire procéder à une expertise et, éventuellement, de boucler le financement. Ce compromis de vente s’accompagne généralement du versement d’un acompte, souvent de 10 % du montant de la transaction. Si l’affaire est traitée par un professionnel, celui-ci gardera l’acompte sous séquestre jusqu’à la bonne finalisation de la vente. Pour peu que le professionnel en question soit fiable financièrement, c’est un intermédiaire qui rassurera vendeur et acquéreur. L’expertise est une étape incontournable. Elle est aux frais et au choix de l’acquéreur. Renseignez-vous auprès de votre assureur s’il peut vous fournir une liste d’experts agréés. Sinon, le bouche à oreille et la réputation sont les meilleures cartes de visite dans une profession peu ou pas réglementée. L’expertise comportera dans tous les cas une inspection au sec et un essai en mer. Sinon, comment valider l’état des voiles, le fonctionnement de l’électronique, du dessalinisateur, des moteurs en charge… ?

Si elle venait à déceler un défaut rendant le bateau impropre à la navigation, la vente pourrait être annulée, et l’acompte intégralement remboursé à l’acquéreur. Si elle ne relève rien de majeur, alors le courtier encaissera les fonds pour le compte du vendeur et les lui versera une fois la radiation de pavillon effectuée. Dans le cas d’une transaction entre particuliers, l’affaire est plus tendue. Soit le vendeur cède la propriété sans être sûr à 100 % de recevoir in fine le montant de la vente. Soit l’acquéreur vire les fonds convenus sans garantie absolue de devenir propriétaire au cas où le bateau est saisi ou hypothéqué. Inconcevable quand les montants deviennent importants. A propos d’argent, si le bateau est en cours de leasing, savez-vous que celui-ci est cessible ? De même, s’il est vendu hors taxes (bateau en société ou pavillon extracommunautaire), peut-être est-il encore éligible à ce moyen très économique de financer son bateau pour les résidents fiscaux de l’Union européenne.

Voilà, tout s’est bien passé. Acte de vente et radiation du précédent pavillon en poche, vous voilà prêts à devenir le propriétaire de plein droit aux yeux de l’Administration de votre pays. Dans l’euphorie de ce moment unique, n’oubliez pas d’assurer votre bateau à compter du jour même de la signature de l’acte de vente, voire la veille. Mieux vaut une journée de trop qu’une journée sans assurance, c’est là que les accidents arrivent. Il ne faudra pas oublier non plus d’effectuer le changement de propriétaire auprès des autorités compétentes pour la VHF, l’AIS, la balise EPIRB, le radeau de survie, le téléphone satellite, le numéro MMSI… Il ne reste plus qu’à choisir un nom pour le plus beau bateau du monde, le vôtre. Mais au fait, peut-on changer le nom d’un bateau d’occasion ? Et si oui, quel rituel effectuer pour ne pas attirer le mauvais œil ? Nous vous laissons juge. Nous ne sommes pas superstitieux… ça porte malheur. Mais nous vous souhaitons bon vent et de magnifiques voyages à bord de votre beau bateau. Et n’oubliez pas de nous envoyer des cartes postales !