Préparatifs
« Echouer à planifier, c’est planifier son échec » : on ne saurait trop insister sur ce point. La planification de cette croisière a commencé immédiatement après notre dernier voyage au début du mois de mars 2022. Ce sera ma quatrième navigation à Lamu et la deuxième sur mon propre bateau, un catamaran Richard Woods Elf 26 modifié de 1996. Je surveillais les tendances météorologiques depuis plusieurs mois, et Fritz avait déjà commencé à établir les itinéraires météorologiques. Nous avions initialement prévu de partir le 19 janvier, mais un cyclone près de Madagascar a provoqué un vent et des vagues impressionnants dans le nord du Kenya. Le gros temps est passé, et Fritz a déterminé que 13 h le mercredi 1er février serait le moment idéal pour partir. Nous avons été rejoints par Amir, que j’avais rencontré quelques semaines auparavant, et mon matelot à plein temps Emmanuel « Manu » s’est également joint à nous : ce serait sa troisième navigation vers Lamu. La veille du départ, Fritz et moi nous sommes rendus à Malindi pour que nous puissions faire les démarches nécessaires auprès des douanes kényanes et obtenir le certificat qui nous permettrait de nous rendre à Lamu et de faire notre avitaillement. J’ai également profité de cette journée pour avertir le Centre régional de coordination des secours maritimes du Kenya (RMRCC) par courrier électronique (RMRCC@kma.go.ke). Je les ai également joints par téléphone le lendemain pour les informer de notre départ, et j’ai régulièrement gardé le contact avec eux au cours de notre croisière dans la baie d’Ungwana : c’est un vrai plaisir de traiter avec eux et ils vous appelleront sur votre téléphone portable si vous oubliez l’heure limite de votre enregistrement.
Jour 1 – De Watamu à Ras Ngomeni
Après une bonne nuit de sommeil, nous avons chargé le catamaran. Amir, qui avait pris un bodaboda (moto-taxi locale) depuis la ville voisine de Malindi, nous a accueillis à l’Ocean Sports Resort de Watamu, au Kenya, où nous avions amarré notre multicoque pendant la saison kaskazi (de décembre à avril). Nous sommes partis à l’heure prévue, à 12h55. Nous avons zigzagué d’avant en arrière pour nous placer sur la bonne trajectoire en direction de Lamu. Fritz a même réussi à faire fonctionner « Otto », le pilote automatique, pour la première fois en 7 ans ! Nous avons bien navigué, mais juste après la tombée de la nuit, Otto a commencé à faire des siennes et à nous faire tourner en rond. Nous avons découvert plus tard que les batteries du bateau ne pouvaient pas répondre à ses besoins en énergie : avec au moins 5 téléphones, 2 tablettes et 2 chargeurs supplémentaires à bord, je vous laisse imaginer notre consommation, surtout lorsque plusieurs de ces gadgets tournent avec Navionics. A ce stade, nous n’avancions plus, car nous naviguions dans la baie d’Ungwana (également connue sous le nom de baie de Formosa), qui devient féroce la nuit. Comme il n’y avait pas de port sûr à moins de 50 milles, j’ai décidé d’opérer un demi-tour vers Ras Ngomeni, siège du programme spatial italien et site de la plate-forme spatiale de San Marco, et nous avons jeté l’ancre à notre endroit préféré pour la nuit juste avant minuit.
Jour 2 – De Ras Ngomeni à Lamu
Nous nous sommes levés à 5h20 afin d’être prêts pour un départ au lever du soleil. Nous avons rapidement découvert que nous étions pris dans un filet de pêcheur qui s’était enroulé autour de nous, mais ils se sont montrés très conciliants et nous ont aidés à nous en libérer. Alors qu’ils repartaient dans leur pirogue, ils ont dit à Manu qu’ils avaient faim, nous leur avons donc donné un paquet de 2 kg de riz non ouvert. Lorsque je pars pour un long voyage, je prévois normalement quelques paquets de cigarettes, même si je ne fume pas, et une caisse de bouteilles d’eau à distribuer aux pêcheurs que nous rencontrons en chemin (à bord, notre eau potable est pompée dans une bouteille d’eau de source de 20 litres). Nous avons mis le cap sur Tenewe sur la rive nord de la baie d’Ungwana, et le pilote automatique a cette fois-ci très bien fonctionné (du moins tant qu’il y avait du soleil et que la batterie n’était pas déchargée). Nous sommes passés devant Kinyika, un paradis pour les oiseaux et les tortues, et nous sommes arrivés à Lamu juste avant le coucher du soleil, rejoignant ainsi la « parade » des boutres sur leur parcours du coucher du soleil. C’est alors que le moteur n’a pas daigné démarrer : il a commencé à vrombir, puis s’est arrêté. Nous avons dû être remorqués par Hassan, marchand d’art londonien, et surtout batelier de notre ami Nicholas, qui était venu nous accueillir. Nous avons jeté l’ancre pour la nuit à Fisheries près du Floating Bar de Lamu, un mouillage que nous avons partagé avec plusieurs énormes boutres. Hassan a rassemblé « l’équipage intrépide » et nous a tous emmenés dîner chez Nicholas, au sommet de la colline de Lamu, où nous avons profité de douches chaudes et de toilettes qui ne bougeaient pas. Nous avons été heureux de constater que nous n’avions utilisé que deux jerrycans de carburant depuis Watamu, contre quatre l’année dernière (plus de 140 litres).
Jour 3 – Lamu
Nous nous sommes offerts une grasse matinée, et après le petit déjeuner, Manu et Amir (mécanicien de formation) ont inspecté le moteur et ont réalisé que l’interrupteur d’arrêt était déconnecté ! Hassan est venu nous chercher et nous avons fait le tour de la ville de Lamu en passant devant l’hôpital des ânes (les ânes sont le principal moyen de transport à Lamu, où les automobiles sont interdites). Fritz et moi nous sommes occupés de l’impression des formulaires des douanes et de l’enregistrement auprès de l’autorité portuaire du Kenya. En effet, nous devions encore nous acquitter des formalités douanières, même si nous naviguions à l’intérieur du Kenya : il s’agit d’un vieil héritage colonial, bien avant que les voiliers de plaisance ne fassent leur apparition sur les côtes kényanes. Nous avons ensuite grimpé la colline après le marché pour nous enregistrer auprès des garde-côtes au poste de police. Plusieurs fois par an, nous organisons des apéritifs virtuels depuis le pont de mon bateau pour mon Rotary Club au Kenya. Nous invitons des Rotariens du monde entier à partager des histoires et les actions de leurs clubs, et à boire un verre en regardant le coucher du soleil. Cette fois-ci, c’était à Lamu, et nous avons été rejoints par plusieurs membres du Rotary Club local (les « Sailors », comme ils se surnomment eux-mêmes). Nous avons jeté l’ancre devant le Majlis Resort sur l’île de Manda et avons regardé la procession de dix boutres de style mozambicain. Comme d’habitude, le coucher de soleil de Lamu derrière les dunes de Shela ne nous a pas déçus.
Jour 4 – Floating Bar de Lamu
Le moment culminant de la journée suivante (et l’un des points non réalisés de ma bucket list de l’année précédente) a été de naviguer sur quelques centaines de mètres jusqu’au Floating Bar de Lamu et de nous y amarrer. Comme nous avions des difficultés à nous amarrer, le personnel nous a suggéré de jeter l’ancre, et je leur ai annoncé que, si je n’y parvenais pas, nous ne pourrions pas déjeuner ici. Il semble alors que l’ensemble du personnel soit venu nous aider à accoster et à nous amarrer le long du quai. Habituellement, la nourriture dans ce genre d’endroit n’est pas à la hauteur de l’atmosphère, mais le mbuzi (chèvre) et le samaki (poisson) frais étaient tout aussi bons que l’endroit était agréable. J’ai hâte d’y retourner ! Nous y avons rencontré des croisiéristes allemands qui venaient d’arriver de Kilifi (Kenya) et qui n’étaient pas ancrés très loin de nous. Nous sommes allés faire un autre tour au coucher du soleil (je ne m’en lasse jamais, surtout à Lamu !) avec nos amis Nicholas, sa femme Miriam, son neveu Brian et Hassan.
Jour 5 – Manda
Nous avons navigué près de la vieille ville sur le chemin de l’aéroport de Manda Bay, où nous avons jeté l’ancre pendant quelques heures en attendant notre cinquième et dernier membre d’équipage, Muema, qui était avec nous lors de notre dernière aventure, mais n’avait pas pu se joindre à nous dès le début du voyage. Nous nous sommes ensuite dirigés vers l’île de Manda en passant par l’étroit canal de Mkanda jusqu’au Manda Bay Resort. Nous sommes arrivés juste à la fin de la marée basse et avons rencontré un fort courant et des vents contraires ; au final, nous nous sommes assez rapidement échoués. Le canal, qui n’est long que d’environ 3 milles, a été construit par la marine américaine à la fin des années 90 pour desservir leur base militaire sur l’île de Pate. La marée devenue montante est parvenue à libérer facilement notre catamaran au faible tirant d’eau. Le nombre de boutres qui arrivaient de Manda Bay me rappelait l’heure de pointe sur l’autoroute 401 à Toronto ! Soulagés d’être finalement sortis du canal, nous avons remarqué le nouveau corridor de transport Lamu Port, South Sudan, Ethiopia (LAPSSET), mais nous avons rapidement rencontré des vagues et un courant forts dans la baie de Manda. Initialement, je ne voulais pas jeter l’ancre à Manda Bay Resort, qui se présente comme le premier complexe insulaire privé d’Afrique, puisque j’avais appris qu’il était très fréquenté et qu’il fallait compter 6 000 KES (38 € /42 $) par personne pour dîner ! J’avais prévu de mouiller à Manda Toto, mais, la mer étant trop agitée, nous nous sommes arrêtés dans la mangrove, à quelques centaines de mètres du complexe. Nous avons ensuite marché le long de la plage en direction de Manda Toto et d’un centre de villégiature abandonné que j’avais trouvé lors de mon dernier voyage environ quatre ans auparavant. Pendant que nous dégustions des sundowners, Amir est allé faire un tour et, même s’il n’était pas client, a été autorisé à aller voir les baobabs vieux de 1 500 ans et les ruines de Takwa, datant du 9e siècle. Apparemment, Manda est la seule île où l’on trouve des baobabs, car les esclaves en route pour la Perse et l’Arabie mangeaient leurs graines et faisaient du jus avec les fruits. Alors que nous profitions de la nuit étoilée, nous avons vu un drone évoluer dans le ciel au-dessus du port de LAPPSET, en direction de la base militaire américaine de l’île de Pate.
Jour 6 – Manda
Nous sommes partis à l’aube pour naviguer dans l’océan Indien autour de l’île de Manda. Je ne voulais pas repasser par le canal et, en plus, nous sommes venus pour explorer ! Nous nous sommes levés vers 6h30, nous avons quitté le Manda Bay Resort vers 7h30 et nous avons navigué dans l’océan à partir de 8h00. Cependant, il semble que nous ayons traversé des hauts-fonds mal pavés – Navionics indique « Mwamba » au lieu de récif. Heureusement pour nous, c’était la marée haute et nous étions sur un catamaran à faible tirant d’eau. La prochaine fois, nous utiliserons le chenal de navigation commerciale bien balisé. Il nous aura fallu environ 4 heures pour parcourir les 16 milles autour de l’île de Manda. Cette fois, nous avons jeté l’ancre à l’hôtel Peponi, célèbre dans le monde entier. L’une des raisons pour lesquelles nous aimons venir ici est que nos proches peuvent nous voir jeter l’ancre sur la webcam de l’hôtel ! Muema et moi sommes allés chercher de l’eau avec quelques mitungi (jerrycans) à Shela, puis nous sommes revenus au catamaran pour récupérer Fritz et nous rendre dans la ville de Lamu afin de nous dédouaner à la KRA et de nous enregistrer auprès de la Kenya Ports Authority. Nous avons ensuite déjeuné au Stopover Guest House sur le front de mer de Shela. Ma femme Cassandra et moi y avions séjourné il y a quelques années avec ma fille Stasia. Je me souviens d’avoir alors rêvé du jour où je posséderais à nouveau un bateau, et où je pourrais jeter l’ancre à cet endroit. Plus tard, nous avons emmené Nicholas et sa femme Miriam, ainsi que d’autres amis, pour une dernière navigation au coucher du soleil sur la rive sud de l’île de Manda, le long du Majlis Resort, du Fort Shela et de l’île de Manda dans l’océan. Puis nous avons remonté le chenal pour jeter à nouveau l’ancre devant l’hôtel Peponi. Nicholas nous a invités à dîner à Pizza « O » (anciennement Osteria), où j’ai commandé (comme plusieurs autres) un savoureux poulet milanais. Après le dîner, nous avons marché jusqu’à Peponi pour boire un verre et utiliser leurs toilettes terrestres. Nous sommes retournés à pied jusqu’au Boston Whaler de Nicholas pour un dernier transport jusqu’à CassandravillE et, une fois sur place, nous nous sommes rendu compte que nous avions jeté l’ancre très près du rivage à marée basse. Cependant, lorsque nous nous sommes réveillés le lendemain matin, nous étions loin dans le chenal.
Jours 7 et 8 – Manda – Watamu
Réveillés à 5 heures du matin, nous avons pris un petit déjeuner rapide préparé par Manu (comme à son habitude) et nous sommes partis à 5h55 précisément. Il faisait encore nuit, mais nous avons suivi la voie rapide des pêcheurs pour sortir du chenal en direction de l’océan. Nous avons rapidement utilisé le magnifique et énorme spinnaker rouge et blanc du voilier de Fritz, qu’il m’avait offert comme cadeau d’anniversaire. Nous avons attrapé un thon albacore de 20 kg, que Manu et Muema ont remonté à la main sous spi, car nous ne voulions pas nous arrêter. Nous avons descendu rapidement la baie d’Ungwana tandis que le vent et les vagues continuaient à se renforcer. Nous avons pris un ris, puis un deuxième. Comme on dit, il n’y a pas d’athées en mer, alors nous avons beaucoup prié ! Les vents et la mer se sont calmés vers minuit lorsque nous sommes arrivés à Watamu, après que nous avons choisi une route vers le large directement depuis Lamu plutôt que de nous rapprocher de la côte (et de ses filets de pêche !). Comme la marée était basse, nous avons jeté l’ancre à l’extérieur du récif jusqu’à 2 heures du matin, heure à laquelle nous avons pu traverser le mlango (littéralement « porte », mais dans le langage local, il s’agit du chenal, donc de la porte d’accès à travers le récif). Nous étions debout à 7h30 et nous sommes allés à terre pour prendre un petit déjeuner à Ocean Sports avant de nous rendre chez moi. Quel voyage ! J’ai hâte d’y retourner !
Notes pour la prochaine fois :
- Nous prendrons 2 jours pour naviguer avec la première nuit à l’ancre à Ngomeni, et nous amarrerons peut-être à la jetée de Shela. Nous nous rendrons sûrement au Mike’s Camp à Kiwayu (où j’ai déjà navigué en 2020). - Nous prévoirons un meilleur système de charge pour les téléphones, et peut-être une plus grosse batterie uniquement pour le pilote automatique.
Check météo
Lamu est situé dans l’hémisphère sud, mais juste en dessous de l’équateur – position GPS 2°16’18.08“S, 40°54’7.24“E. Le climat est donc chaud toute l’année, avec toutefois une saison plus fraîche et sèche de juin à septembre, et une saison chaude et humide de novembre à avril. La saison des pluies se cantonne d’avril à mi-juillet, mais elle totalise 700 mm d’eau. Le reste de l’année, les pluies sont faibles – on atteint 920 mm sur l’année – voire inexistantes en janvier et février. Mois le moins chaud : août, avec 23,4 °C de température minimale moyenne et 29 °C de température maximale moyenne. Mois le plus chaud : avril, avec 25,6 °C de température minimale moyenne et 33,1 °C de température maximale moyenne. La température de la mer varie de 25,5 °C (en août et septembre) et 29 °C (avril). L’ensoleillement annuel totalise 3 200 heures. Le vent, d’avril à octobre, est généralement de secteur sud de 12 à 16 nœuds. De novembre à mars, on passe à un régime d’est de 10 à 15 nœuds.
5 points d’intérêt à ne pas manquer à Lamu
• Le front de mer de Lamu. Pour l’agitation, les ânes et l’ambiance ! • Peponi Lodge (Shela). Pour l’atmosphère, les vues, les personnages, la fantastique sélection de boissons. • Le Floating Bar & Restaurant. Rien que pour cet endroit, cela valait la peine de faire le trajet jusqu’à Lamu. J’ai adoré pouvoir m’amarrer à côté. La nourriture, le service (bien que lent) et la vue étaient incroyables. • Naviguer au coucher du soleil. Il n’y a pas de coucher de soleil comme celui de Lamu : tout est dit. Nous avons rejoint la procession des boutres au coucher du soleil 3 ou 4 fois pendant notre séjour. Si je vivais à Lamu, je le ferais probablement tous les soirs, et je ne m’en lasserais jamais. • Manda Bay Lodge. Tout simplement époustouflant. Bien que nous ne soyons pas des clients officiels, nous avons simplement navigué jusqu’à l’hôtel et avons été littéralement accueillis à bras ouverts. Que dire de plus ?