ODK : Véritas tantam est le fruit des constatations d’un homme d’un certain âge – moi – sur le monde dans lequel il a vécu et la manière dont il le perçoit aujourd’hui. Je m’intéresse également à la façon dont ce monde est appréhendé par la nouvelle génération. Notre société est en constante mutation, l’important étant de garder le cap au milieu des tempêtes, de tenter de rester libre dans une société de plus en plus contrainte et surtout de ne pas sombrer dans les idéologismes et la pensée unique. Je me suis toujours méfié des affirmations de ceux qui veulent changer le monde au lieu de se poser la question si ce n’est pas à eux de changer eux-mêmes et de s’adapter. J’ai eu la chance de faire un métier où l’on devait s’adapter en permanence. S’adapter aux réalités maritimes, aux distances, à la météo qui sont immuables. Cette vie m’a donné un regard différent grâce à ce que j’ai traversé. Regardons donc le monde avec tendresse et bienveillance sans passer notre temps à s’ériger en victime. C’est une perte de temps. Soyons les enthousiastes de la vie et non les naïfs de notre existence. Vivre n’est pas un dû, c’est une chance.
OdK : Les années 1970/1980, c’était une tout autre époque. Ni mieux ni moins bien, tout simplement différente. Nous naviguions sans GPS, sans téléphone, sans électronique ni cartes météo, avec cette délicieuse réalité d’être seuls avec la mer et notre sens marin. Avec les mêmes doutes, les mêmes risques, mais toujours le même enthousiasme. La génération Pen Duick avait déjà tout inventé, de l’utilisation de flotteurs longs aux matériaux composites pour la construction, les mâts ailes et même l’usage du carbone. Il y avait déjà l’essentiel de l’innovation. Depuis, les recherches et leurs applications ont eu une progression phénoménale. Comment ne pas être admiratif de ces trimarans qui volent à plus de 40 nœuds. Nous flirtions probablement déjà (sans voler) avec ces vitesses, mais sur un court laps de temps et avec des conditions de mer et de vent très spécifiques. Maintenant, ils les tiennent, ces 40 nœuds ! C’est sidérant de beauté…
Vous savez, le monde fonctionne par paliers tous les 10 ans. 10 ans de progrès, 10 ans de stagnation. Peut-être irons-nous encore plus loin, ou abandonnerons-nous cette quête un jour pour passer à autre chose. On n’en sait rien.
La raison de la course, c’est qu’à un moment, l’homme va faire mieux.
OdK : La course au large était déjà phagocytée par les organisateurs. Ce sont les organisateurs qui décident, pas les marins. De la route, de la taille des bateaux, de leur poids et ainsi de suite. Depuis quand est-ce que les bureaucrates décident ce qui se passe sur la mer et décident de qui va naviguer ou pas ? Clarisse Crémer écartée du prochain Vendée Globe pour cause de maternité est l’exemple parfait de ce dysfonctionnement. Et pourtant, elle était parfaitement légitime pour avoir déjà terminé le Vendée Globe, une Jacques Vabre, etc. Les courses au large n’existent que parce qu’il y a des marins, point !
OdK : J’ai eu le plaisir de faire partie de l’équipe du Team France aux Bermudes en 2016.
On retiendra, depuis San Francisco, que, des monocoques historiques en passant par les catamarans puis aux monocoques désormais volants, ce sont les foils qui ont totalement changé la donne. Les allers et retours de savoirs ont ainsi fait passer les foils de l’America’s Cup à la course au large. Avec les performances sidérantes que l’on connaît. Quand l’homme s’applique à faire mieux, en sort-il toujours du bien ? Mais le mieux n’est-il pas, parfois, l’ennemi du bien, selon l’adage populaire ?
OdK : Ocean Alchemist a été conçu en 1998 comme un trimaran de course par Hervé Deveau, l’un des pionniers du virage technologique de la construction des voiliers de compétition (il a été membre des designers de BMW Oracle), et moi-même, entourés d’une équipe de passionnés d’innovation – Marc Van Peteghem pour le dessin, Hubert Desjoyeaux pour la construction sans oublier Didier Ragot. J’ai vécu des années enchanteresses aux côtés de ces hommes talentueux.
Conçu, initialement, pour suivre médiatiquement des courses transocéaniques, Ocean Alchemist a été construit en carbone aux chantiers CDK dans le Finistère avec des performances exceptionnelles : ultra léger – 12 tonnes à vide pour 30 mètres de long et 12 mètres de large –, 650 CV pour une vitesse selon la charge de 22 à 30 nœuds, autonomie de 9 000 milles à vitesse de croisière, soit 1,5 l au mille. Autant de caractéristiques qui nous ont permis d’aller là où les autres ne vont pas…
Veritas tantam potentiam habet ut non subverti possit
Date de parution : 24/11/2022
Editeur : Le Cherche-Midi
Langue : français
Format : 14 x 21 cm
Nombre de pages : 208
Prix public : 18,90 €
Un palmarès en 8 records
1989 : Record du tour du monde en solitaire en 125 jours 19 heures 32 minutes et 33 secondes sur Un autre regard (ex-Poulain), un trimaran de 23 mètres.
1997 : Trophée Jules Verne en 71 jours 14 heures 22 minutes sur Sport-Elec, un trimaran de 27,40 mètres.
2004 : Trophée Jules Verne en 63 jours 13 heures et 59 minutes sur Géronimo.
2005 : Tour de l’Australie, The Challenge, en 17 jours 12 heures 57 minutes.
Record de la traversée de l’océan Pacifique de Los Angeles à Honolulu en 4 jours 19 heures 31 minutes.
2006 : Record San Francisco-Yokohama en 14 jours 22 heures 40 minutes.
Record Yokohama-San Francisco en 13 jours 22 heures 38 minutes.
Traversée entre Yokohama et Hong Kong en 4 jours 17 heures 47 minutes et 23 secondes.