Que vous partiez quelques mois, une année ou cinq ans, vous allez rapidement changer de manière de vivre en naviguant. Tout à coup, suivre l'actualité vous semble tout simplement sans intérêt, vous récupérez vos e-mails une fois par semaine au maximum, vous portez beaucoup plus d'attention à vos leurres ou à votre gréement qu'à votre téléphone portable, et l'apéro quotidien avec les bateaux-copains a avantageusement remplacé la réunion avec le patron de la fin de journée… Bref, vous vous êtes "tropicalisé", et surtout vous avez pris conscience que certaines choses valaient plus d'être vécues que d'autres. Alors, comment cela va-t-il se passer à la fin de votre voyage, lorsqu'il faudra reprendre une vie dite "normale" ?
AN-TI-CI-PER
La règle d'or pour un retour en douceur est d'anticiper. C'est l'avis général de tous les navigateurs au long cours. Revenir un beau matin à votre port d'attache, après quelques mois ou quelques années, sans savoir ce que vous allez faire est la garantie de se retrouver rapidement en déprime...
Car, avant le départ, vous avez une multitude de problèmes à résoudre, vous devez tenter de répondre à de nombreuses questions, qui sont toutes plus essentielles les unes que les autres dans le cadre de votre navigation à venir. Pendant le voyage, il y a le quotidien : entretenir le bateau, choisir le prochain mouillage, trouver la bonne recette pour préparer le poisson que vous venez de pêcher, faire les clearances, donner rendez-vous à la famille qui vient en vacances, et retrouver les bateaux-copains. Bref, une vie pleine et entière qui ne laisse que peu de temps pour se poser la question de l'après.
Pourtant, un beau matin, le voyage s'achève, et c'est une nouvelle aventure qu'il faut trouver pour se donner, à nouveau, une raison de profiter de la vie, souvent loin de son bateau chéri et de ces mouillages idylliques qui vous ont tant charmé.
La règle est donc l'anticipation. Mettre le bateau en vente au moins six mois avant la fin de son périple est le meilleur moyen de commencer à se projeter dans l'après. La situation actuelle est plutôt favorable. La revente ne devrait pas trop poser de problèmes, surtout pour un bateau bien entretenu, à l'historique connu et vendu au prix du marché. En ce moment, comptez entre 4 et 6 mois maximum pour un bateau de grande série. Moins pour un bateau très recherché, plus pour les bateaux plus "ésotériques" et moins connus. L'essentiel est donc de se faire aider pour évaluer justement le prix de son bateau, que l'on a toujours tendance à surévaluer – mon bateau, c'est le plus beau !... Et c'est là l'erreur qui peut coûter très cher. Il y a un prix pour vendre, et un prix pour garder son bateau : à vous de faire votre choix.
Quand les premières annonces sont diffusées, vous commencez à préparer votre retour. Où allez-vous vivre ? Si vous êtes parti pour une année sabbatique, peut-être avez-vous gardé votre logement, ou l'avez-vous simplement mis en location. Dans ce cas, c'est plus simple. Sinon, il faut louer un logement pour le retour. L'idéal étant d'avoir quelqu'un "au pays" pour vous aider et vous permettre de passer directement du bateau à la nouvelle maison...
Retrouver une activité aussi intéressante et prenante…
Et puis il y a l'occupation : pour les retraités, pas de soucis, vous allez bien trouver quoi faire, même si vivre une nouvelle passion aussi prenante que le voyage en bateau n'est pas toujours facile... Pour les actifs, il convient de retrouver un emploi ou de reprendre celui que vous aviez avant de partir. Et ce n'est pas toujours simple après avoir écumé les plus beaux mouillages de la terre pendant des mois ou des années. Certains arrivent à reprendre une vie dite "normale" et retrouvent leur poste ou un équivalent. Pour eux, le voyage aura été une parenthèse enchantée. D'autres changent complètement de vie, n'arrivant pas à revenir en arrière et à reprendre "leur vie d'avant". Stéphane est ainsi passé de la direction d'un grand équipementier sportif à la direction générale du chantier Outremer (voir nos news des chantiers). La passion de la voile et des bateaux était trop forte ! Hervé Nieutin, auteur avec sa femme Marie du best-seller "Histoire de partir", après une année en famille aux Antilles, a définitivement quitté le monde de l'informatique dans lequel il s'éclatait avant de partir pour trouver un travail plus près de la nature.
En général, la réussite du retour passe immanquablement par la mise en place d'un nouveau projet, souvent professionnel, parfois artistique. Olivier Mesnier, dont vous lisez les aventures dans notre magazine, a ainsi rédigé deux livres (Voyage autour du monde – tomes 1 et 2) pour raconter son aventure autour du monde. Il est ainsi passé de patron de chantier nautique à auteur à succès, mais aussi expert maritime et journaliste pour Multicoques Mag. Un vrai changement de vie ! Geoffroy de Bouillane a, lui, décidé de faire durer son année sabbatique un an de plus pour écrire un livre sur son aventure personnelle avec sa famille autour de l'Atlantique sur son Outremer 45 ("Un temps pour un rêve"), avant de recommencer à travailler dans la finance. Un sas indispensable, selon lui. Il a aussi choisi de se mettre à son compte, comme beaucoup de retour d'un voyage, ne supportant plus l'idée d'avoir un "petit chef" au bureau après avoir été le Cap'tain pendant tant de mois ou d'années...
Car, partir en année sabbatique (ou plus) reste forcément comme l'aventure d'une vie. Il y a le voyage à proprement parler, mais aussi les années passées à le préparer en amont. En moyenne, les lecteurs de Multicoques Mag mettent 3 ans entre la décision effective de partir et le jour du départ… Trois ans à ne penser qu'à ça, puis une, deux ou trois années à vivre à 100 % son rêve ; forcément, en rentrant, il reste des tonnes de souvenirs, mais aussi un grand vide qu'il faut absolument combler…
Ecrire un livre ou faire un film, faire vivre un blog, rencontrer les candidats au départ sur les salons nautiques ou via Internet ou des associations, donner des conseils permet entre autres de continuer – un temps – le voyage, et c'est surtout un bon moyen de partir sur une nouvelle aventure, une nouvelle occupation.
D'autres vont replonger à fond dans le boulot. C'est incroyable, mais c'est une part non négligeable des lecteurs du magazine. Retour à fond après un break. Souvent avec comme objectif de vivre une nouvelle aventure – tout aussi prenante –, mais aussi de remplir la caisse de bord et de pouvoir repartir…
Selon les personnalités et l'intérêt du travail ou de l'occupation retrouvé, l'atterrissage prend plus ou moins longtemps. Entre deux ou trois mois et plusieurs années avant de se sentir à nouveau à l'aise dans la société terrienne…
Le théorème de Gilles
"Si tu veux faire un beau voyage, prépare ton retour." Cette phrase a été longtemps la préférée de Gilles Ruffet, journaliste émérite au magazine, et qui s'occupe toujours aujourd'hui de la rubrique "Cartes Postales". Pendant des années, cette maxime a été son leitmotiv. Et un jour, après une belle préparation, il est parti en famille pour un tour du monde devant durer 3 ans. Son idée était simple : continuer à écrire pour le magazine, et ainsi "ne pas être déconnecté avec la "vraie vie" pour pouvoir, à son retour, recommencer son travail de journaliste nautique. Seulement voilà : en chemin, il a mouillé en Polynésie. Cela fait maintenant 5 ans qu'il est parti, et à chacun de nos échanges, la date du retour semble de plus en plus lointaine. Son nouveau théorème ? "Un programme – et donc la date du retour – est fait pour être chamboulé afin de profiter à fond de la vie." Et force est de reconnaître qu'il a sacrément raison.
Alors, ce retour ?
Nous avons la chance d'être ou d'avoir été en contact avec entre 1 000 et 1 500 familles ayant voyagé en bateau – nous n'avons jamais pris le temps de les compter – depuis la création du magazine. Ces centaines de navigateurs ont tous en commun d'avoir vécu une aventure extraordinaire dont le retour fait intégralement partie. L'anticiper, c'est s'offrir la chance de profiter à fond du moment pendant le voyage. Mais le retour est aussi le début d'une belle aventure qu'il vous faudra inventer.
Enfin, sachez que la très grande majorité de ceux que nous avons suivis dans le magazine, en voyage pour quelques mois ou plusieurs années, parlent toujours du jour prochain où ils repartiront…
Et les enfants ?
C'est incroyable, mais, quel que soit leur âge, les enfants ont une capacité d'adaptation infinie: vous les mettez sur un bateau et, en quelques jours, ils acquièrent les réflexes indispensables à la vie à bord, attentifs à la consommation d'eau comme à la sécurité. Après moins de deux ou trois semaines, il est quasi impossible de différencier un enfant qui a vécu toute sa vie en bateau, d'un autre qui vient à peine de commencer cette vie si particulière... Et pour le retour, c'est exactement pareil. Le plus dur pour eux : remettre des chaussures ! Pour le reste, ils se réadaptent en quelques semaines, et sont même ravis de retrouver leurs copains après cette escapade maritime. Une raison de plus d'oser partir !