Jonathan, dessine-moi un multi… Episode #1
Ça y est, notre collaborateur Jonathan Jagot a posé sac à terre… mais c’est pour la bonne cause : basé en Afrique du Sud, le jeune aventurier pilote la conception et la construction de son premier catamaran, le Reflex 46.
1
/
1
Publié le
25/09/2025
Par
Jonathan Jagot
Numéro :
233
Parution :
Oct.
/
Nov.
2025
Beaucoup d’entre vous connaissent mes aventures de jeunesse – après tout, cela fait plus de dix ans maintenant que je partage mes récits dans les pages de Multicoques Mag !
Il y avait cette idée, ce besoin presque instinctif : un jour, j’aurai mon propre catamaran.
Pas un que j’achèterai, non. Un qui serait entièrement à mon goût, pensé dans les moindres détails, né de mon imagination et de mes envies de liberté.
A l’époque, je ne connaissais rien aux bateaux, et encore moins à la navigation hauturière. J’étais simplement un enfant qui rêvait et qui dessinait sur un grand calepin, avec une simple règle et un crayon à papier, j’ai passé des heures à esquisser la silhouette de mon multicoque idéal.
Les années ont passé je me suis plongé dans le monde de la mer, j’ai navigué, j’ai vécu à bord. Mille après mille, expérience après expérience, mes idées ont mûri et mon projet est devenu plus concret. J’ai découvert des détails que seuls les marins comprennent, ces petites choses qui rendent un voilier exceptionnel, ou ordinaire. Chaque observation est devenue une amélioration sur mes dessins.
Pour mes 16 ans, mes parents m’ont offert mon premier ordinateur : c’est là que tout est devenu plus sérieux. J’ai découvert Pages et Keynote, les logiciels par défaut sur Apple, suffisants pour donner vie en 2D à mes idées.
J’ai passé des heures à dessiner virtuellement mes coques, mes ponts, mes aménagements intérieurs.
C’était toujours du rêve à ce stade, mais un rêve qui commençait à prendre forme.
Les années ont passé encore, j’ai continué de naviguer avec mes parents, j’ai terminé ma scolarité, et nous avons achevé notre tour du monde à mes 18 ans.
J’ai pensé alors avoir plus de capacités pour me plonger un peu plus en détail dans ce projet, ou du moins lui donner une chance.
Je me suis lancé dans la 3D, sans aucune compétence dans le domaine. En trois mois, j’ai appris à utiliser le logiciel tout seul, en suivant les lignes du catamaran que j’ai dessinées pendant toutes ces années.
Je suis finalement parvenu à créer quelque chose d’intéressant. Après toutes ces heures passées sur mon ordinateur portable, j’ai pu enfin visualiser mon multicoque – quel bonheur !
Tous ces efforts et ces nuits blanches m’ont donc mené à un projet concret… enfin presque ! J’ai en effet rapidement réalisé que je ne faisais qu’alimenter un rêve : comment financer la construction d’un catamaran de plus de 45 pieds quand on a seulement 20 ans ?
Alors, la vie de marin s’est poursuivie. J’ai acheté mon premier voilier, Sagar Rani, un ketch en ferrociment de 52 pieds, et je suis parti autour du monde.
Pendant six ans, j’ai poursuivi les aventures de ma jeunesse avec mes parents – j’ai vécu la meilleure vie que je pouvais imaginer.
Je me suis replongé de temps à autre dans ce projet de catamaran, collectant des informations au gré de mes nouvelles expériences.
J’ai surtout observé et tout noté : les bonnes idées, les mauvaises aussi…
J’ai visité des chantiers, échangé avec des constructeurs et des marins expérimentés. Régulièrement, j’ai testé et comparé différentes formules. J’ai embarqué sur toutes sortes de multicoques, du plus modeste au plus performant.
Mon projet, je l’ai trimballé dans mon sac à dos, dans le disque dur de mon ordinateur, bien sûr, mais surtout dans ma tête. Il a évolué avec moi.
Reflex n’existait pas encore, mais il était déjà là. Il vivait dans mes fichiers virtuels, dans mes carnets griffonnés, dans mes rêves éveillés.
Très vite, j’ai trouvé le nom de mon catamaran : Reflex, comme un appareil photo reflex numérique (DSLR), car je souhaitais que ce soit la photographie qui me permette de réaliser ce rêve.
Puis un jour, après toutes ces années de navigation, je me suis posé un peu dans les îles San Blas pour y faire du charter à bord de Sagar Rani.
Les projets ont évolué : avec ma compagne, nous souhaitions travailler au Panama quelques années, rénover le bateau, puis partir en Alaska. Nous avons donc lancé notre activité de charter, et ce n’est que quelques semaines après le début de la saison qu’une opportunité incroyable s’est présentée… autour d’un ti’punch avec des clients.
Alors que je racontais – passionnément, évidemment – toutes mes aventures résumées plus haut, Holger, tout droit arrivé d’Allemagne, s’est beaucoup intéressé à mon projet de catamaran. Nous avons du coup échangé sur le sujet pendant des heures, et une idée lui est venue.
Sans hésitation, il m’a fait une offre. Nous étions tous les deux bien imbibés de rhum, et je me suis dit que nous ne faisions que rêver ensemble, en imaginant siroter ces mêmes cocktails sur notre futur catamaran luxueux, dans les endroits les plus paradisiaques. Il m’a alors dit : « On en reparlera demain, les esprits clairs. »
Ma nuit fut remplie de joie, de rêves, d’espoir.
Et il s’est avéré que tout cela était bien réel, pas des paroles en l’air ! Je vous épargne les détails qui ont suivi…Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’aujourd’hui, Reflex va voir le jour et que sa construction a commencé en Afrique du Sud. Toutes ces informations que j’ai collectées au fil des années m’ont enfin servi en un mois, j’ai déjà trouvé le chantier et les architectes, tous basés près du Cap.
Je me suis investi à 100 % dans ce projet, qui, finalement, ne faisait que m’attendre…
J’ai vendu mon bateau, et l’équipage – c’est-à-dire ma compagne, mon chat et moi – a réservé ses billets pour l’Afrique du Sud sans plus tarder.
Nous voilà donc basés à Cape Town pour un peu plus d’un an afin que je puisse suivre au quotidien la construction de Reflex.
Pour moi, c’est un rêve incroyable qui se réalise, à 27 ans : je vais enfin avoir mon catamaran de 46 pieds !




