Nous avons choisi le film adhésif
Par Michel Fischbach

Michel est né en 1961. Cardiologue à Bordeaux, il pratique la voile depuis sa tendre enfance. Féru de multicoques depuis des années, il est parti en 2013 pour un périple de 5 mois autour de la Méditerranée en famille sur son Lagoon 380. Il a acheté Caretta (l’ex-Fredocean, un Eclipse 472 très préparé) en novembre 2015, dans le but d'un tour du monde de 4 ans en famille dont le départ est prévu début septembre 2017 (voir son blog www.catamarancaretta.fr)
Un autocollant sur une coque de bateau ? L'idée aurait pu paraître saugrenue jusqu'à peu ! Pourtant, il y a déjà plusieurs années que le "total covering" est pratiqué sur les voitures et les bateaux de course. On garde tous en tête le fabuleux look du trimaran Pierre 1er de Florence Arthaud lors du Rhum 1990 ! Restait à savoir si la durabilité du produit était compatible avec le bateau de monsieur Tout-le-monde. Le "covering" ou "wrapping" ne se développe vraiment sur les bateaux que depuis quelques années, mais même les grands chantiers l’utilisent. C'est cette solution que nous avons choisie pour notre catamaran au moment de sa rénovation, et nous ne le regrettons pas ! Un peu de technique : il existe schématiquement trois types d'adhésifs vinyle de qualité croissante : le monomère, le polymère, plus résistant, et enfin le couché, qui comporte plusieurs couches, comme son nom l'indique ! Ce dernier est le plus couramment posé sur les bateaux, car il autorise une grande souplesse pour la pose en 3D avec une source de chaleur. Il est très résistant aux UV, à l'eau de mer et à l'abrasion.
Quels sont les avantages du film adhésif par rapport à une peinture ?
- D'abord le prix : environ 6 000 € pour un cata de 11 m pose comprise (c'est entre la moitié et le tiers d'une bonne peinture !).
- La préparation : sur une coque propre, le ponçage n'est pas indispensable.
- Le temps d'immobilisation : 48 h pour notre cata qui mesure 15,70 m !
- Santé et écologie : pas de solvant toxique, et le PVC est recyclable.
- Gamme de couleurs et d'effets impressionnante : la personnalisation n'a de limite que votre imagination ! Effet carbone, nacré, irisé, cuir …
- La pose décorative peut se limiter à une partie du navire.
- Réalisable sur presque tout support composite ou aluminium.
- La durabilité de la brillance est sans doute plus importante qu'une peinture.
- Résiste bien aux UV, aux grands écarts de température, à tous types de produits de nettoyage et à la plupart des solvants.
- Réparation très facile en collant un morceau.
- Protection des coques neuves : on peut l'enlever facilement et retrouver après des années un gelcoat neuf !
Et les inconvénients ?
- Pose délicate et technique à réaliser par un professionnel formé et certifié.
- Recul encore assez faible : la plupart des produits sont garantis 5 ans, mais après ?
- Le film est très fin (150 µ au max) et va épouser tout les défauts d’une coque mal préparée
- Les couleurs mates, mais aussi les effets structurés (carbone, cuir) et les nacrés et irisés vieillissent beaucoup plus vite. Ils ne sont souvent garantis que deux ans.
- Résistance à l'abrasion probablement plus faible qu'une peinture : les défenses devront avoir des chaussettes et même un tablier de bordé !
- Attention aux couleurs sombres ! La température peut monter très vite, mais c'est le même problème pour une peinture ! Caretta est en gris-marron et, bien que l'adhésif soit très brillant, la coque au soleil est très chaude !
- Nettoyage parfois problématique (coulée de rouille, caoutchouc).
Malgré tout cela, nous sommes très contents de notre covering. Avec un recul de presque deux ans, il vieillit bien pour l'instant et la brillance masque les défauts et les rayures.
Et vous avez vu le look ! Ce n'est plus le même bateau...
Nous avons choisi un traitement peinture complet
Par Jean-Marc Coste et Yvette-Noëlle Duigou

Jean-Marc, ancien ingénieur du son passé à l’aménagement intérieur de maisons, est devenu un véritable spécialiste du strip planking. Les exigences de qualité du couple ont permis la construction d’une unité exceptionnelle que nous avons choisie pour illustrer le débat peinture ou adhésif.
Après quelques navigations sur des multicoques de série et l’essai d’un Looping 54’, notre décision est prise de construire un Looping 50’. La vente de notre entreprise d’aménagement intérieur de maison est rondement menée, et un hangar se libère chez Patrick Luscher (l'architecte du Looping). Sous l’œil de celui-ci, la construction débute en décembre 2005, pour une mise à l’eau en décembre 2009. Les premiers essais avec le voilier (Delta Voiles) se déroulent en février 2010. Enchaînement rapide de virements de bord, ensuite, au portant, j’ai trouvé que l’étang de Thau était petit lors des runs à 20 nœuds ! Première traversée vers la Corse avec trois équipiers, la tramontane s’installe, 15 puis 25 nœuds ; nous avons le plaisir d’une séquence de surf à 17 nœuds de moyenne pendant 6 heures ! Nous avons toujours beaucoup de plaisir à naviguer avec notre bateau, mais nous ne naviguons plus assez pour garder une telle unité, et allons le céder à une famille voyageuse. Ce Looping est d’après les professionnels de notre entourage particulièrement réussi, et digne des plus grands chantiers aux dires d’un expert. Nous l’avons fabriqué avec passion en strip planking (bois époxy sous sandwich verre carbone Kevlar), matériau qui permet un poids en charge prêt à partir de 10,5 t, gage d’une sécurité importante et d’une vitesse élevée. Pour Cattleya, notre choix a bien sûr été la peinture. La construction de la coque a été particulièrement soignée, en respectant les recommandations de Patrick Luscher, et sous l’œil de mon gendarme (ma compagne) : ponçage parfait, peu d’enduit de rebouchage, ce qui montre la qualité de finition de la coque. Ensuite, application d’un enduit époxy pistolable, peinture époxy 2 couches (au pistolet, bien sûr !), puis peinture bi-composants 4 couches accompagnée des conseils du fabricant.
Pourquoi une peinture ! La raison principale est que Cattleya est tout en galbes et rondeurs. La coque, les coffres, les renforts, les poutres, les listons, etc. Cet ensemble monobloc présente des formes délicates à épouser avec les adhésifs. Même si le produit dispose d’une élasticité importante, il y aura des raccords, et c’est moche, les raccords ! Pour les bateaux de série aux formes plus développables, il est plus facile de travailler l’adhésif sur des panneaux droits et de cacher ces raccords. N’empêche, pour réaliser un bel et bon adhésif (covering, wrapping, disent les anglophones !), il faudra une préparation de fond irréprochable, donc un investissement temps équivalent à une peinture, car le moindre défaut apparaîtra ! L’argument principal des poseurs d’adhésifs par rapport à la peinture réside dans le gain des opérations de masquage lors de la préparation, vrai ! Mais surtout dans le cas d’un refit (la préparation antérieure n’est pas à refaire !). Pour un catamaran de 15 mètres, il faut 2 jours à 2 personnes pour un masquage efficace, mais ensuite, en une journée à deux personnes, les coques sont peintes en 4 couches. La peinture de Cattleya a 8 ans ; nous venons de caréner, et après un lustrage, elle apparaît comme neuve ! Ce système d'une peinture soigné protégera efficacement et en profondeur le composite bois époxy encore pendant plusieurs années avant de devoir être ravivé par un simple voile.