Vous n’avez pas envie de briser la cloche de verre qui semble nous enfermer, vous ? De rompre avec l’instinct grégaire qui justifie à longueur de vie l’adage "qui se ressemble s’assemble" ? La terre n’est pas qu’un atlas poussiéreux posé sur l’étagère. Les océans en recouvrent les deux tiers, alors profitons-en, partons à l’aventure, en découvreurs des autres et de nous-mêmes. Faisons toucher du doigt à nos enfants la nécessité d’apprendre une ou deux autre langues "vivantes". Que leur conscience écologique se forge au feu de la réalité de réserves d’eau douce limitées, d’un volume de déchets produits vite problématique, de notions de gestion d’une énergie électrique devenue tarissable. Allez partons ! Quittons pour un instant ce cocon qui nous rassure, mais qui nous incarcère aussi.
Voilà, c’est ça l’idée, le remède, l’issue de secours : une année complètement off. Même pour les enfants, au pire, cela évitera les conflits quotidiens autour des devoirs. Et l’année scolaire ne sera pas du tout blanche, car, à l’école de la vie, de la mer et de Dame Nature, on apprend tous les jours. 365 jours, un espace-temps minimum, pour casser le rythme effréné de nos vies terriennes. Le temps de décompresser, de se reposer, de retrouver ses esprits, de reprendre le fil de sa vie, de redécouvrir sa moitié, ses enfants, de retisser des liens, de vivre ensemble, vraiment, et pas seulement se croiser. Arrêter de courir après des chimères, retourner aux sources. Nous les voyons revenir, ces couples ressourcés, aux liens renforcés, soudés à nouveau par ce vécu commun, au sens propre, pour une fois. Parce que vivre vraiment ensemble, avec l’amour de sa vie et ses enfants adorés, n’était-ce pas cela, le plan originel ? Pourquoi alors ne pas prendre au pied de la lettre l’expression "embarquer sur le même bateau" ? Se retrouver sur un espace restreint, réapprendre à tolérer l’autre, se frôler, se toucher, se bousculer, s’engueuler, se réconcilier, rire aux éclats, chanter, viva la vida ! Sur un bateau, nous retrouvons l’unité de vie des sociétés dites primitives, mais tellement plus solidaires que nos grands espaces créateurs de solitudes.
Expérimenter avec ses enfants toutes les techniques de pêche, car vous n’y connaissez rien, leur confier un petit quart en début de nuit, les voir nager comme des dauphins, les surprendre contemplatifs sur un coucher de soleil à en oublier leur tablette, les réveiller avec le soleil et une odeur de brioche faite maison, pardon, bateau, dans le four pourtant pas terrible du bord. Ce ne sont là que quelques rares exemples de ce qui va vous arriver durant cette année exceptionnelle et qui seront autant de liens forts tissés à jamais entre vous. Des petites ou des grandes responsabilités introuvables à terre. Abandonner le surgelé et les plats préparés pour se réapproprier la cuisine. Vous connaissez plus grande satisfaction que de manger le produit de sa pêche ? Cuisiner les légumes achetés au marché de Praïa. Boire le jus de la coco fraîche troquée contre trois stylos à bille. Se revitaminer au jus d’oranges pressé à la main au petit matin. Quel repos de retrouver un rythme de sommeil naturel, lever tôt, coucher tôt, selon le rythme solaire. Les journées reprennent du sens, retrouvent une logique. Le temps n’est plus une contrainte, au contraire.
"Quand on aime il faut partir", écrivait Blaise Cendrars. Je viens de comprendre ! Ou plutôt, donnons une nouvelle assertion à ce magnifique texte : "Tu es plus belle que le ciel et la mer". Alors, si la lecture de ce numéro spécial de Multicoques Mag peut, ne serait-ce qu’un tout petit peu, vous aider, vous pousser, suggérer, révéler en vous une envie irrépressible de partir avec votre petite famille, nous en serions tellement heureux. Bien sûr, il va falloir s’organiser, anticiper, prendre quelques risques, mais au bout, nous vous garantissons tout le bonheur du monde, en famille, en bateau.