Pendant longtemps, le bateau de voyage le plus utilisé – en multicoque tout du moins – était le catamaran de plus ou moins 40 pieds. Le plus emblématique de ces bateaux de voyage étant le Prout Snowgoose. On trouvait aussi sur les mouillages autour du monde les Outremer (38 et 40), le fameux Edel Cat 35, les Louisiane, Fidji et Athena du chantier Fountaine Pajot, les Lagoon 37 puis 380, les Catana (381 – 39 – 40), les Privilège 12 et 37, mais aussi les Kennex 380, Azuli et autres Escale 39… Des bateaux aussi différents que possible, tous nés avant l'an 2000, mais tous capables d'emmener – et surtout de ramener – leurs équipages, pour la plupart familiaux, autour du monde. Aujourd'hui, le créneau des 40 pieds est principalement occupé par les grands chantiers, qui proposent tous un bateau qui est souvent l'entrée de gamme dans le monde du multi. Ces catamarans sont bien sûr confortables, offrent 3 ou 4 cabines doubles, 2 salles d'eau et des volumes qui feraient rêver les navigateurs des années 90. Quant aux performances, elles restent tout à fait convaincantes dans le cadre d'une navigation en famille ou en couple, avec des bateaux, qui plus est, capables d'emmener une charge utile plus qu'intéressante en voyage, et le tout pour un budget raisonnable. Embarquons donc à bord des Bali 4.0, Broadblue Rapier 400, Lagoon 40, Leopard 40, Lucia 40, Nautitech Open 40 et Seawind 1190…
Des carènes pour tous les goûts
Dans cette famille des 40 pieds capables de vous emmener en voyage, on ne trouve que des catamarans, et aucun trimaran. Mais ces catamarans ont des spécificités de carènes bien différentes les unes des autres. On trouve deux écoles : la première consiste à proposer la surface mouillée le plus modeste possible pour offrir de belles performances avant tout, quitte à n'offrir qu'une capacité de charge plus limitée. Le Broadblue Rapier 400 et le Seawind 1190 Sport sont clairement dans cette famille.
Les Lagoon et Leopard assument de leur côté leurs carènes larges à la flottaison pour un volume maximum, et surtout une importante capacité de charge (en gros 20 % du déplacement), pratiquement 50 % supérieure à celles des deux premiers. Les Lucia, Nautitech Open 40 et Bali 4.0 sont clairement à ranger dans la seconde famille – comme les Leopard et Lagoon. Ils offrent du volume et de la capacité de charge, mais restent dans un poids contenu pour offrir le meilleur compromis possible entre performance et charge… Nous verrons plus loin ce qu'il en est réellement sur l'eau…
Du côté des appendices, on fait dans le classique avec des ailerons fixes pour (presque) tout le monde et des tirants d'eau allant de 1,12 m à 1,35 m. Seul le Seawind justifie son appellation "Sport" avec le choix de dérives portant son tirant à 2,10 m au maximum (et 0,60 m dérives relevées).
Plans de voilure
Comment garder un bateau facile à manœuvrer en équipage réduit tout en étant performant et en offrant du volume pour le voyage… C'est la délicate équation que les architectes doivent résoudre avec ces unités qui doivent tout savoir faire très bien ! Logiquement, les bateaux les plus lourds proposent les surfaces de voile les plus généreuses, et avec souvent en prime des grand-voiles à corne en option permettant d'aller chercher un peu plus de puissance dans les hauts et donc donc d'offrir de meilleures performances par petit temps. A noter la tendance de plus en plus marquée des voiles d'avant autovireuses pour faciliter les manœuvres des équipages familiaux… On les retrouve chez le Lagoon, le Bali, le Rapier, le Seawind et le Nautitech. Quoi qu'il en soit, tous les chantiers proposent aussi en option d'équiper ces catamarans de gennaker ou de Code 0, ou encore de spi asymétrique. Un choix de voile qui s'avérera très utile lors des traversées un peu longues au portant, et qui permettra d'améliorer plus que sensiblement les moyennes tout en offrant à l'équipage le plaisir des réglages. On fait de la voile, que diable !
Plans de pont : audacieux !
En proposant des plans de voilure approchant ou dépassant allègrement les 100 m2 (un Snowgoose ne dépassait pas les 66 m2, pour un poids lège de 5,2 tonnes, il est vrai), les chantiers ont dû énormément faire progresser les plans de pont pour permettre aux équipages familiaux ou aux couples de naviguer confortablement et en sécurité sur des bateaux pourtant déjà bien toilés. Tout se passe maintenant du poste de barre, et les accastillages modernes permettent de gérer facilement et seul toutes les manœuvres, sans avoir besoin de faire monter sur le pont tout l'équipage à chaque virement de bord… Deux bateaux sortent par ailleurs du lot : le Nautitech, qui offre deux postes de barre situés à l'arrière des flotteurs. C'est un must pour se faire plaisir à la barre en ayant une parfaite vision du plan d'eau. Mais on y est moins protégé en cas de mauvais temps… ou de soleil écrasant sous les tropiques. Et puis le Bali, qui offre un semi-flybridge. On aime ou on n'aime pas le concept, mais force est de constater que le poste de barre est agréable à utiliser, avec une visibilité panoramique. Et le toucher de barre mécanique est un point fort du bateau. Lagoon a lui aussi beaucoup travaillé sur les safrans et la transmission pour offrir une barre plus sensible, directionnelle et agréable. Sur le Seawind, on apprécie la qualité du plan anti-dérive, et le plaisir de barre est réel. Mais la position du barreur qui regarde vers l'avant à travers… le carré reste perturbante, même si c'est là le poste de barre le plus protégé de tous avec celui du Rapier.
Du volume et des coques
S'il y a un point fort sur tous ces catamarans, c'est bien sur le volume habitable que vous allez le trouver. 3 ou 4 cabines doubles, un espace carré cockpit incroyable pour des bateaux de 12 m, ces multicoques peuvent vous emmener à nombreux, loin et confortablement. Bali, Nautitech, Seawind et Rapier proposent un espace totalement ouvert entre carré et cockpit, qui ne font plus qu'un. C'est un bon moyen pour offrir une sensation d'espace incroyable dans une taille de bateau qui ne nous a pas habitués à de tels volumes. Une mention spéciale pour le Rapier, qui propose de nombreuses versions d'aménagement différentes (roof long ou court, cuisine dans le carré ou en coursive…). Sur le Leopard, on retrouve le maintenant classique cockpit avant accessible depuis l'intérieur. Plus que l'espace disponible (relativement restreint), le vrai point positif est son accessibilité, l'aération que cette ouverture procure au mouillage et la circulation dans le bateau qui est totalement revue et très pratique. Le Bali, avec sa plage avant entièrement rigide, propose un véritable espace de vie à l'avant. Tout l'équipage peut en profiter en même temps. Le panneau coulissant est là aussi très pratique, aussi bien pour l'aération du bord que pour passer les plats (ou l'apéro) entre la cuisine et le cockpit avant. Le Seawind offre (comme le Bali) une porte qui disparaît totalement dans le toit du bimini, ce qui procure une sensation d'espace incroyable. Sur le Seawind, la cuisine est en coursive, l'espace de vie dans le carré semble donc encore plus important. Chez Lagoon et Fountaine Pajot, les aménagements sont plus classiques, avec des espaces carré cockpit bien définis, de beaux espaces à l'avant pour profiter des navigations par beau temps ou du mouillage. L'avantage évident de cette organisation est de pouvoir choisir entre l'intérieur et l'extérieur selon la météo, pour recevoir ses amis ou manger en famille.
Performances
Nous connaissons bien tous les modèles présentés ici et nous avons déjà navigué avec chacun d'entre eux, souvent plusieurs fois et dans des conditions météo très différentes. Mais, n'ayant jamais pu les réunir sur un même plan d'eau avec des équipages de niveau équivalent et un jeu de voiles standard, il est difficile de dire lequel est le plus rapide intrinsèquement. Il n'en reste pas moins que le meilleur indicateur d'un voilier sous voile, c'est son ratio voilure/poids. Et à ce petit jeu, les choses sont très claires, avec le Broadblue Rapier qui offre un rapport incroyable de 17,2 m2/tonne, le Seawind avec 13,87 m2/tonne et les autres catas qui tournent autour des 10 m2/tonne… Pourtant, lors de nos différents essais, le Rapier a atteint les 16 nœuds et le Lagoon (7,47 m2/t)… 15 nœuds en pointe (dans 25 nœuds de vent à chaque fois) ! Eh oui, le rapport poids/puissance ne suffit pas à lui seul à expliquer les performances d'un bateau. Et sur un bateau de voyage, il ne faut pas non plus oublier que l'on est chargé (la palme revient ici au Leopard, capable d'embarquer plus de 4 tonnes sans problème) et que les performances moyennes – et la facilité avec laquelle on peut les tenir – sont bien plus importantes que les pointes de vitesse.
A ce petit jeu, au portant, tous nos catamarans naviguent sereinement à une dizaine de nœuds de moyenne. Les douze nœuds pourront même être atteints si vous choisissez les bonnes options (gennaker/Code 0/spi asy et surtout hélices repliables), qui vous feront à elles seules gagner plus d'un nœud de moyenne.
Au près, il n'y a en revanche pas photo, c'est une allure que nos catas à coque large n'apprécient guère. Un bon point pour le Seawind et ses dérives profondes, et aux Leopard, Nautitech et Bali, qui avec leurs coques à redans s'en sortent un peu mieux (45° de l'apparent sur mer plate).
Budget
Ce créneau du marché est particulièrement concurrentiel. Et les prix des catamarans de 40 pieds proposés par les grands chantiers se tiennent vraiment à peu de chose près. Le Broadblue Rapier et le Seawind sont un peu à part sur le marché, et sont aux deux extrémités des prix. Reste qu'une fois acheté, il faudra équiper le catamaran de votre choix des options qui vous paraissent indispensables. Et à ce petit jeu, tous les chantiers ne sont pas égaux. Il est donc essentiel de faire faire un devis avec les mêmes options chez les constructeurs qui vous intéressent le plus avant de faire votre choix. Enfin, sachez que les Bali, Lagoon, Leopard, Fountaine Pajot et Nautitech ont déjà produit plusieurs dizaines voire centaines de ces catamarans de 40 pieds. Ils sont donc – pour les plus anciens – faciles à trouver sur le marché de l'occasion…

Le Bali offre un condensé d'évolutions majeures dans le monde du multicoque : cockpit avant entièrement rigide offrant un nouvel espace de vie, un volume modulable carré/cockpit qui se ferme par une porte basculante et un semi-fly, le tout sur un 40 pieds !

Le 40 pieds de Lagoon est un condensé du savoir-faire du no 1 mondial. Il offre des aménagements chaleureux et faciles à vivre, et même… une coque propriétaire pour les familles voyageuses !

A bord du Leopard 40, la priorité est donnée aux espaces de vie, qui sont plutôt bien réussis. Cockpit avant accessible de l'intérieur, volume du carré agréable, vrai cockpit arrière, le Leopard n'en reste pas moins un bon marcheur sous voile…

Le Lucia est un bateau plutôt performant sous voile, et avec lequel il est agréable de naviguer. Mais il n'en est pas moins un bateau de croisière confortable. Un choix judicieux pour le voyage !

La nouvelle version du Nautitech Open 40 renouvelle complètement le concept "open" cher au chantier. Les nouveaux aménagements offrent une meilleure distribution des espaces, et la qualité de fabrication est au top.

A bord du Broadblue Rapier 400, l'espace est roi. Le cockpit/carré est d'un seul tenant, et de nombreuses options sont proposées : roof long ou court, cuisine en haut ou en bas…

A bord du Seawind 1190 Sport, vous découvrez un volume impressionnant. Il faut dire que la cuisine est en coursive et que le système permettant de faire disparaître la porte protégeant le carré dans le roof est juste génial…
FICHES TECHNIQUES |
|||||||
|
Bali 4.0 |
Broadblue Rapier 400 |
Lagoon 40 |
Leopard 40 |
Lucia 40 |
Nautitech Open 40 |
Seawind 1190 |
|
|
Longueur |
11,93 m |
11,99 m |
11,74 m |
12 m |
11,73 m |
11,98 m |
11,90 m |
|
Largeur |
6,72 m |
6,70 m |
6,76 m |
6,72 m |
6,63 m |
6,91 m |
6,50 m |
|
Tirant d’eau |
1,12 m |
1,10 m |
1,35 m |
1,25 m |
1,20 m |
1,32 m |
0,6 / 2,10 m |
|
Déplacement lège |
8600 kg |
5000 kg |
10885 kg |
10530 kg |
8900 kg |
8500 kg |
6000 kg |
|
Grand-voile |
48 m2 / 50 m2 |
58 m2 |
47,5 m2 |
56,4 m2 |
58 m2 |
63 m2 |
59,70 m2 |
|
Génois ou solent |
33 m2 |
28 m2 |
33,8 m2 |
39,5 m2 |
37 m2 |
28 m2 |
23,52 m2 |
|
Motorisation |
2 x 20 à 2 x 40 cv |
2 x 20 à 2 x 30 cv |
2 x 29 à 2 x 45 cv |
2 x 29 cv |
2 x 30 cv |
2 x 20 cv |
2 x 20 cv |
|
Eau douce |
800 l |
350 l |
300 l |
780 l |
2 x 265 l |
2 x 215 l |
700 l |
|
Carburant |
400 l |
2 x 200 l |
2 x 200 l |
360 l |
300 l |
2 x215 l |
270 l |
|
Architectes |
Xavier Faÿ |
Jürgen Peter |
VPLP |
Alexander Simonis/Maarten Voogd |
Berret-Raccoupeau Yacht Design |
Marc Lombard |
Seawind/François Perus/Alan Carwardine |
|
Constructeur |
Catana |
Broadblue Catamarans |
Lagoon |
Robertson & Caine |
Fountaine Pajot |
Bavaria Catamaran |
Seawind catamarans |
|
Année de lancement |
2016 |
2011 |
2017 |
2015 |
2016 |
2017 |
2016 |
|
Prix de base HT |
270 940 euros HT |
209 950 £ HT |
256 000 euros HT |
289 000 euros HT |
274 000 euros HT |
272 000 euros HT |
389 000 US$ |
|
Essai dans Multicoques Mag |
176 |
183 |
186 |
172 |
177 |
187 |
140 (version 1160) |