Le chantier Marsaudon Composites est une exception dans le paysage industriel français du nautisme. Constructeur d'unités de course, restaurateur de prototypes, sous-traitant de chantiers réputés, mouliste respecté, il est également le créateur d'une famille de catamarans parmi les plus rapides du monde : les TS. Multicoques Mag vous les a fait connaître puisque nous avons essayé en Bretagne lors de leurs sorties de chantier respectives les TS5 FR 189 et GB 160 et les TS42 FR 171 et GB 142. Ce rendez-vous festif, en janvier dernier, dans les eaux tièdes et bien ventilées des Petites Antilles, a été l’occasion de parfaire encore nos connaissances de ces deux séduisants modèles – merci aux équipages d'Addictive Sailing, Amalia, Baie du Monde 2, Elektra, Flotte, Halucine, Liman, One Way, Passion et Sea Fox.
Un alizé en pleine forme
Réunir neuf TS sur une flotte de trentre-trois pour ce premier rassemblement de propriétaires en Martinique, c’était un sacré petit challenge que l'équipe de Lorient a tenu à relever pour sa deuxième année aux commandes. Le résultat ? Assurément un vrai succès de convivialité, mais également une mémorable rencontre de marins sur l'eau. Déjà parce que l’alizé était bien au rendez-vous. Entre le Marin, Sainte-Anne, les anses d'Arlet, la baie de Fort-de-France et les passages à raser l’emblématique du rocher du Diamant, les parcours préparés par Fred Blandin et Régis Guillemot ont constitué une piste d'essai rapide grandeur nature pour nos bolides. Sur les petits parcours, le différentiel entre les TS5 et les 42 est resté étonnamment modeste tant la virtuosité de ces catas de 12,98 m semble en mesure de rivaliser avec leur grands frères. Lors des manches plus ouvertes et dans des conditions de vent musclées (25 à 38 nœuds), la foulée des TS5 sous grand-voile à un ris et gennaker s'est avérée irrésistible. Jamais moins de 15 nœuds au GPS, souvent entre 17 et 21 avec des pointes au-delà de 24 : les TS5 ont fait parler la poudre ! Le 52 Baie du monde 2 n'était cependant jamais très loin. A bord de notre TS5 Addictive Sailing mis à l'eau en novembre et transaté en décembre, nous disposions d'une belle version (cloisons et planchers carbone) et, malgré un léger embonpoint consécutif à sa vocation charter (paddles, gros dessalinisateur, équipement confort) et un avitaillement de sybarites, nous pouvions parfois faire jeu égal avec le ténor incontesté de la flotte Halucine. Ce TS5, parfaitement optimisé pour la performance, déjà vainqueur dans sa classe du Trophée des Multicoques 2019, était mené à la cravache par les cousins Guillemot et leur équipage. L'homogénéité technique de la flotte, dans ces conditions musclées, a favorisé des régates au contact au profit des cavaliers seuls. Et la motivation générale, dans un alizé tonique et généreux en rafales, a permis de démontrer tout à la fois la maîtrise des skippers et la tolérance des machines poussées parfois à la limite. Par 25 à 30 nœuds, tous les catamarans étaient sous grand-voile haute. Lors de la dernière manche (anse d'Arlet-Marin par l'intérieur du Rocher du Diamant), cet enthousiasme a su créer une véritable ambiance de régate au couteau avec quelques figures de style impressionnantes. La connaissance du site et la virtuosité de l'équipage du très radical Halucine lui ont permis de conserver sa position de leader. L'arrivée au large de Sainte-Anne, GPS bloqué à 20 nœuds et gerbes d'embruns dignes d’une soirée mousse, a été particulièrement spectaculaire. A terre, au Marin et aux anses d’Arlet, les (vraies) soirées musicales et animées resteront pour moi mémorables à tous points de vue – quelle est belle, la plaisance en multicoque !
Paroles de skippers Très Sympathiques
Le TS5 a des performances monstrueuses
« Après avoir eu la chance de prendre part à quelques belles courses en solitaire et en équipage, je cherchais un bateau qui réponde à l'équation suffisamment confortable pour faire de la croisière familiale avec les performances d’un bateau de course. Les "croisières " en Class 40 avec femme et enfants n’ayant pas été un succès, j’ai commencé à regarder du côté des multicoques en 2017. Sam Marsaudon m’a fait essayer un TS42 optimisé pour la régate, je n’en suis jamais vraiment redescendu… mon Class 40 a vite été mis en vente. J’ai créé Addictive Sailing pour faire découvrir les sensations de la course au large à bord d’un support néanmoins confortable ; le TS5 m’a semblé le modèle le mieux adapté à ce programme. Je n’ai pas été déçu avec un alizé bien établi, nous avons traversé l’Atlantique en 10 jours – avec des journées de 370 milles. Pour tenir ces moyennes-là sur un Class 40, il faut être « dessus », avec la certitude de faire des sorties de route. Sur Addictive Sailing, nous sommes sous pilote en regardant depuis la bannette de veille le spectacle incroyable des étraves. En dix jours, nous n’avons pour ainsi dire jamais barré ; l’excellent pilote NKE ayant parfaitement fait le job sous gennaker. Nous ne nous sommes jamais fait peur. Le TS5 a des performances monstrueuses en restant facile tant que vous anticipez bien les réductions de voilure. Le confort au port comme à la mer est conforme à un catamaran de 50 pieds, et l’apparente simplicité des aménagements est vite compensée par le plaisir de la voile. Je ne connais pas d’autre voilier de croisière capable de naviguer à plus de dix nœuds à 50° du vent réel, à plat, sans épuiser l'équipage et qui dépasse allègrement les 20 nœuds dès qu’on tire un peu sur le manche. »
Brieuc Maisonneuve sur le TS5 Addictive Sailing
Le TS42 reste toujours rassurant et tolère bien les petites fautes
Après avoir eu la chance de faire un tour du monde en tant que skipper sur un Lagoon 55 de 1992 à 1995 pour un propriétaire, nous avons effectué un triangle atlantique en 2008/2009 à bord d’un Outremer 55 Light avec ma femme Tanja et nos deux garçons Nicolas et Julien, âgés alors de 3 et 5 ans. Une envie de repartir nous démangeait car nous venions de faire une transat sur l'Outremer 4X d'un ami. J'ai pu essayer un TS42 avec Sam Marsaudon à Lorient : le ressenti général comme le toucher de barre m'ont beaucoup plu. Nous avons donc commandé ce magnifique exemplaire qui nous a redonné le goût de faire de la voile dans le petit temps. La transat a été bouclée en 13 jours et demi en équipage réduit avec Nicolas et Julien depuis les Canaries sans aucun problème technique. Actuellement en route vers la République dominicaine pour aller voir les baleines à Samana, nous venons de faire les 113 milles entre Deshaies (Guadeloupe) et Gustavia (Saint-Barth) en à peine 10 heures sous Code 0, relax... Plaisir garanti en toute sécurité ! Le TS42 reste toujours rassurant, et tolère bien les petites fautes. Les 15/18 nœuds sont souvent atteints. Notre seul regret : ne pas avoir opté pour un génois à la place du solent. Au chantier, Paul (responsable SAV) et Fred sont toujours à l'écoute pour l'entretien. La Sail and Rhum a été une magnifique occasion de partager nos expériences avec des marins passionnés, et de vivre des régates affûtées... un très beau moment de notre voyage.
Jean-Christophe Mangel à bord du TS42 One Way
Marsaudon Composites : 20 ans de multicoques
Samuel Marsaudon a créé Marsaudon Composites en 1999 et s'est installé en 2001 dans les alvéoles de la base sous-marine reconditionnée de Lorient (ouest de la France EN). Après la construction et le refit de nombreux prototypes, le chantier lance ses propres catamarans, les TS.
Sam est tombé dedans quand il était petit : son père Dominique fut un pionnier de la course au large et de la construction individuelle avec le Maxi catamaran Jean Stalaven – lequel a participé à de nombreuses épreuves des années 1984-88, comme la Course de l'Europe, la Course de la Liberté et la Route du Rhum. Quant au frère de Sam, Vincent, il est directeur de Lorima, le fameux constructeur de gréement.
A eux trois, ces garçons peuvent construire, gréer et faire naviguer n'importe quel multicoque ! Le chantier a d'innombrables machines à son actif : Idec 2 (détenteur du record du tour du monde solo avec Francis Joyon en 57 jours, Prince de Bretagne (vainqueur Rhum 2010), la restauration de l'ex-Crêpes Wahoo 1/Olmix après son foudroiement), le fantastique Paradox 60 dans les moules de Fujifilm, le très radical catamaran de « croisière » MRS 59… autant de one off. Il était donc temps de mettre cette expertise à disposition d'une gamme de catamarans de croisière rapide.
Les TS, comme très simples…
La rencontre entre la culture du respect du devis de poids du chantier et la créativité exigeante de Christophe Barreau donne naissance au TS50 (mis au point avec et pour Françis Joyon) au milieu des années 2000, mais c'est surtout à partir de 2014 que la génération TS prend son essor avec le superbe et performant 42. La foi communicative de Sam Marsaudon dans le potentiel de ce petit surdoué fait le reste : les amateurs éclairés sont convaincus. Régis Guillemot, lui, se fait l'apologue caribéen du concept à travers sa société de location – elle dispose d'un 50 et d'un 42. Fin 2017, le chantier lance le TS5, une version aussi performante que le 50-52, mais dotée d'aménagements plus consensuels (hauteur sous barrot, volume roof et vision panoramique augmentés, ergonomie des descentes améliorée). Le succès est immédiatement au rendez vous, semblant combler l'attente de marins exigeants qui semble-t-il ne trouvaient nulle part ailleurs satisfaction. A sa sortie, le TS5 reprend immédiatement la place d'honneur de catamaran habitable le plus rapide du monde dans sa taille, laissée vacante par son prédécesseur. Des versions upgradées sont mises à l'eau pour des fanas de multicoques ; les scores de cette famille turbulente ne cessent de progresser (25 TS42 et 8 TS5 à l'eau, 6 TS42 et 8 TS5 en commande). Damien Cailliau (directeur général) et Frédéric Blandin (marketing-ressources humaines) sont désormais à la barre du chantier pour poursuivre le développement de ce bel outil situé au cœur de la sailing valley française ; au dernier Nautic à Paris, ils ont annoncé l’étude du TS42.2, évolution du 42 avec un rouf modifié et un génois à recouvrement.
Descriptif technique TS5

Constructeur : Marsaudon Composites
Architecte : Christophe Barreau
Matériau : sandwich mousse/verre/vinylester-polyester procédé infusion. Possibilité de cloisons, poutre avant/compression et mât en carbone
Longueur : 15,24 m
Largeur : 8,60 m
Tirant d’eau : 1,20/3 m
Poids lège : 8600 kg
Longueur du mât : 20 m
Surface de voilure au près : 154 m2
GV : 88 m2
Génois sur enrouleur : 60 m2
Solent : 43 m2
Trinquette : 20 m2
Gennaker : 94 m2
Spinnaker : 210 m2
Motorisation : 2 x 40 CV Yanmar (transmission sail drive)
Carburant : 2 x 110 l
Eau : 2 x 200 l
Prix de base HT : 649 000 €
Descriptif technique TS42.2

Constructeur : Marsaudon Composites
Architecte : Christophe Barreau
Matériau : sandwich mousse verre polyester/vinylester
Longueur : 12,98 m
Largeur : 7,42 m
Tirant d’eau : 1,60 m (version ailerons)/0,90m (version à dérives)
Tirant d’air : 20 m
Poids lège armé : 5835 kg
Longueur du mât : 17,60 m
Surface GV : 56 m2/62 m2 (version à corne)
Solent : 34,4 m2
Trinquette : 15 m2 (option)
Gennaker : 80 m2
Motorisation : 2 x 30 CV Yanmar
Transmissions : saildrive (arbres d’hélices en option)
Carburant : 2 x 90 l
Eau : 2 x 110 l
Nombre de couchettes : 3 doubles (1 single en coursive en option)
Prix HT avec mât aluminium, mis à l’eau à Lorient : 418 000 €
