Vous vous attendiez peut-être à des débuts plus "sexy", mais soyons pratiques d’entrée, si on veut quitter le port, il faut que les moteurs fonctionnent ! Et pour cela, il faut qu’ils démarrent. Vérifier que les batteries sont en bon état est une action des plus simples. Qu’elles se rechargent bien quand le moteur tourne en est une seconde d’importance, surtout si vous vous décidez à les changer.
Dans tous les cas, pour partir avec un maximum de sérénité, prévoyez a minima une importante révision : vidange, filtres huile air gasoil, turbine, courroies. Vous pouvez d’ores et déjà budgéter 800 euros TTC par moteur. Si vos engins ont beaucoup d’heures, à ce travail de base, il faudra idéalement remplacer les silent-blocks, faire tarer les injecteurs, le jeu des soupapes et réviser l’échangeur, ce qui devrait entraîner un surcoût d’environ 2 000 euros TTC par moteur. A ce niveau de facture, si plus de travaux sont à prévoir, autant dire qu’il vaut mieux repartir sur un échange standard (moteur reconditionné pour 5 000 euros environ par moteur) ou un radical changement pour du neuf, mais la facture s’envole alors à plus de 12 000 euros l’unité.
Sur une unité d’occasion, de nombreux acquéreurs sont tentés de remplacer leurs moteurs par des modèles plus puissants. Même si d’origine les constructeurs proposent effectivement deux motorisations, la plus faible ne peut pas être totalement inadaptée. En effet, au risque de la lapalissade, ce n’est pas le moteur qui fait avancer le bateau, mais l’hélice ! Avant de vous lancer dans l’aventure périlleuse et coûteuse d’un changement de motorisation, nous ne saurions que trop vous conseiller de vous pencher sur l’adaptation d’une hélice plus performante. Pour une fraction du prix d’une sur-motorisation, vous pouvez vous offrir une hélice à pas variable haut de gamme qui vous apportera un surcroît de puissance, notamment en marche arrière, et une moindre consommation (gagner 500 tr/min à vitesse égale est très réaliste). Comparées aux hélices fixes, elles offrent une traînée bien réduite sous voile et leur pas réglable permet de les adapter à la situation : longue traversée dans la pétole ou courts bords contre le vent dans une mer hachée. A environ 2 000 euros l’unité, c’est un très bon investissement.

Après une bonne révision et une excellente préparation, un bateau d'occasion pourra vous emmener jusqu'au bout de vos rêves…
Maintenant que nous sommes "sortis du port", il est temps de s’intéresser à un autre "moteur", vélique celui-là ! A commencer bien sûr, question de sécurité, par son support, le gréement. Un simple contrôle visuel confirmera que les barres de flèches sont en bon état, sans fissure et sans enfoncement dans le mât. Si le bateau est très ancien, il faudra changer ce que l’on appelle "les diagonaux". S’ils ont plus de dix ans, on changera sans hésiter les haubans. C’est d’ailleurs le plus souvent une obligation qui figure dans votre contrat d’assurance. Enfin, au moindre doute, l’étai, qui est très sollicité en torsion par l’enrouleur de génois, sera lui aussi remplacé. Pour l’ensemble, prévoyez un budget de 10 000 euros TTC.
Une fois ces importants préalables évacués, il est grand temps de vous faire plaisir ! Dans le dossier "Voiles", il y a deux aspects : le remplacement des voiles de base (grand-voile et génois) et l’optimisation de l’ensemble par l’acquisition de voiles complémentaires, en adéquation avec les conditions météo attendues dans votre programme, et actualisée dans leur matériau, leur forme et leurs accessoires (emmagasineur, enrouleur, chaussette…). Car ne nous cachons pas, si la technique (fiabilité et performance) est bien plus qu’un alibi, l’esthétique de belles voiles neuves dans des matériaux high-tech participe beaucoup au plaisir et à la fierté de barrer votre joli bateau, n’est-ce pas ? Mais tentons, si ce n’est de rester raisonnables, au moins d’être le plus rationnels possible. Les voiles d’origine en Dacron, si elles ont bien été protégées des UV, sont quasiment increvables dans leur structure, leur profil, lui, souffre très vite. Surtout que génois sur enrouleur et grand-voile doivent tenir par tous les temps, et leur réduction partielle quand le vent monte favorise des déformations très asymétriques. Pour faire simple : si vos voiles ont moins de cinq ans, une simple révision fera probablement l’affaire. Au-delà de dix ans, et pour un programme hauturier, un changement est à envisager sérieusement. Entre les deux, cela tiendra beaucoup au budget que vous êtes disposé à y consacrer, et à la gestion de vos priorités. Soyons fous, changeons tout ! Pour les deux voiles plates, trois matériaux et trois niveaux de budget sont possibles : entre le traditionnel Dacron, un surclassement en coupe orientée type Hydranet, ou carrément craquer pour des membranes désormais très résistantes, on vote sans hésiter pour la solution intermédiaire : performance, résistance, esthétique, le tout pour un budget encore raisonnable, vous voilà avec un beau duo grand-voile / génois (moins de 12 000 euros pour la première, environ 5 000 euros pour le second).

Les moteurs doivent être parfaitement contrôlés et remis en état, questions de sécurité et de confort !
Pour compléter ce tableau devenu idyllique, et si votre multicoque n’est pas équipé d’un gennaker, c’est LA voile à acquérir en priorité. Facile d’utilisation grâce à son emmagasineur au bout d’enroulement sans fin, elle est polyvalente, de 60 degrés du vent apparent dans les airs les plus légers, au portant jusqu’à 25 nœuds, voire presque vent arrière (155 degrés environ) pour les longues traversées, une fois le point d’amure basculé du bout-dehors central à l’étrave au vent. Compter environ 8000 euros TTC pour la voile et son emmagasineur.
Emmagasineur… Et si on jetait un coup d’œil à l’accastillage ? Premier coup d’œil sur l’enrouleur de génois. Si le tambour ne pose pas souvent de problème, vérifiez par contre méticuleusement les jonctions des tubes alu entre eux. Très sollicités, du jeu dans les éclisses laissent invariablement une trace noire sur votre voile, indice imparable qu’il est grand temps de faire quelque chose avant que l’ensemble ne parte en morceaux façon puzzle. Le risque est alors d’endommager gravement votre voile, voire de vous mettre en fâcheuse posture si vous ne pouvez plus enrouler à un moment crucial. Les vis, années et environnement salé aidant, seront immanquablement devenues solidaires des profils et des éclisses. Soudées. Mieux vaut repartir sur des profils et des pièces de jonction neuves. Quelques centaines d’euros. Un moindre mal au regard du prix d’un ensemble neuf, et de la tranquillité d’esprit que vous aurez de savoir ces pièces cruciales flambant neuves.
Encore plus important avant de larguer les amarres, un bon refit passe par un système de mouillage totalement fiable voire un peu surdimensionné. Guindeau, longueur de chaîne et ancre de taille qui ne souffre aucun critique, voilà 2 500 euros qu’il ne faut surtout pas hésiter à investir.

Le choix des voiles est essentiel : forme, tissu, coupe... Il faudra faire des choix selon votre programme et... votre budget !
Vous voilà paré pour naviguer vite et loin. La dernière chose que vous pouvez encore faire pour vous rendre la vie plus belle, c’est de faciliter les manœuvres. Si les winches sont usés, n’hésitez pas à les remplacer par des modèles d’une taille supérieure. Vous vous en féliciterez à chaque empannage, chaque changement de voile, chaque virement. S’il vous reste un peu de budget, sachez qu’à la rédaction, malgré notre jeunesse et notre puritanisme, nous ne disons pas non à la présence d’au moins un winch électrique à bord. Par exemple au niveau de la drisse de grand-voile. Mais sur lequel vous saurez renvoyer un bout d’enrouleur, une écoute voire ponctuellement une amarre. Vos biceps vous diront merci. N’hésitez pas non plus à remplacer toute poulie antédiluvienne par des modèles dernier cri et là encore largement dimensionnés, vous économiserez beaucoup d’énergie. Quant aux drisses, remplacer le standard polyester par du spectra, ou même, si cela est possible, moufler la drisse de grand-voile, représente un investissement raisonnable pour un confort de manœuvre vraiment appréciable au long cours. Pour le plaisir des yeux et de jolies photos, un nouvel easy-bag pour la grand-voile sera la cerise sur le bateau (copyright L. Peyron).
A propos de confort, il est un élément qui ne s’est imposé que récemment sur nos bateaux croisière, qui a longtemps fait fuir les puristes, et continue à rebuter les maniaques de la chasse au poids, c’est le bimini rigide ! Entre du basique et du renforcé carbone pour garder un devis de poids raisonnable, les prix varient du simple au triple (de 6 500 à 18 000 euros TTC), mais la protection, l’accès à la bôme et la possibilité d’y adjoindre des panneaux solaires sont vraiment incomparables. Pour peu que vous vous offriez une sellerie de cockpit toute neuve (de 3 500 à 5 500 euros TTC assises et dossiers, selon la longueur de vos banquettes et le matériau retenu), le confort des catamarans les plus modernes s’offre à vous !
Une fois passé à l’intérieur, deux domaines doivent être étudiés : la technique et les aménagements. Pour ces derniers, les prix peuvent varier significativement d’un bateau à un autre, mais n’oubliez pas de faire chiffrer remplacement des vaigrages, réfection des vernis ou des peintures si cela est nécessaire. Plus rationnels sont les choix techniques où pas moins de quatre sujets sont à aborder :

Les winches méritent aussi un contrôle poussé. Et si vous devez les changer, c'est peut-être l'occasion de passer à plus grand et de modifier le plan de pont ?
1/ L’électricité :
Attention, si le circuit est hors d’âge, la facture peut s’avérer salée. Idéalement, vous vous contenterez de vérifier que le chargeur est bien dimensionné et en bon état, investirez potentiellement dans un bon convertisseur, et surtout vous assurerez que la prise de quai est bien protégée par un disjoncteur différentiel. Sinon, une mise aux normes à moindre frais s’impose. Dans tous les cas, un diagnostic soigné du parc de batteries de services s’impose. Si votre bateau est équipé de batteries classiques, il y a fort à parier que vous devrez les changer. Alors autant gagner un peu en capacité et surtout opter pour la technologie AGM. Pour moins de 2000 euros TTC vous disposerez de 660 Ah, avec de meilleures performances. Si leur surpoids vous chagrine, il y a toujours la possibilité de passer en lithium. Un must, certes, mais à plus de 10 000 euros TTC, sans compter tous les périphériques spécifiques qu’il faudra immanquablement changer (chargeur, alternateurs, régulateurs…). Plus simple, et extrêmement efficace en matière de consommation (divisée par 5) et donc d’autonomie, changer toutes les ampoules halogènes ou à filament du bord par leurs homologues à leds qui durent en plus jusqu’à 20 fois plus longtemps. Cela vaut bien un petit investissement. Et ce aussi bien dedans que dehors pour les feux de navigation. Avec des panneaux solaires de dernière génération. A 500 euros le panneau de 130 W rigide à technologie back contact, il serait vraiment regrettable de se priver d’une source d’énergie aussi propre qu’inépuisable.
2/ L’eau :
Pour le circuit général, si tout fonctionne… ne touchez à rien ! Comme en électricité, si vous vous lancez dans un changement complet du circuit, vous ne savez pas où la facture va s’arrêter. Au pire, en cas de doute, changez le chauffe-eau, et profitez-en si possible pour en augmenter légèrement la capacité. A ce sujet, pour un voyage au long cours, le dessalinisateur est devenu incontournable. Un équipement d’occasion qui a tourné régulièrement est la meilleure garantie de bon fonctionnement. S’il a été inutilisé pendant plusieurs mois, un changement de membranes se révélera incontournable. Pour un équipement neuf, un 100 l/h coûte certes plus de 12 000 euros installé, mais c’est le prix de l’autonomie au long cours ! Enfin, une évolution importante de ces dernières années concerne, pardonnez cette trivialité, les WC. Tout d’abord, les toilettes électriques ne sont plus tabous à bord. Ils s’avèrent de plus en plus solides, voire plus fiables que les modèles manuels, et surtout beaucoup plus faciles à utiliser par des équipiers non affranchis au subtile jeu de la pompe à main, des manettes et des vannes à ouvrir ou fermer selon le moment où l’on se trouve dans le délicat processus d’évacuation. Silencieux, économes en énergie comme en eau, si vous craquez (1 500 euros TTC pièce), vous pourrez même vous offrir le luxe de le brancher sur le circuit eau douce. Une hérésie ? Eh bien non. Comme vu précédemment, leur consommation en eau est optimisée. L’eau douce préservera leur mécanisme, et surtout, maintenant qu’ils sont reliés quasi systématiquement à des réservoirs à eaux noires, réduira les odeurs nauséabondes. Car si votre unité n’est pas équipée, nous ne saurions que trop vous conseiller d’installer au moins un réservoir à eaux noires par coque (1 500 euros TTC). A défaut, de plus en plus de zones dans le monde vous seront interdites d’accès. Avec une simple vanne trois voies, le toilette pourra également fonctionner à l’eau de mer, pour économiser l’eau douce du bord sur les longues traversées, là où il s’évacuera directement vers la mer.
3/ L’électronique :
Pas toujours facile en l’espèce de déterminer l’effet de mode des vrais éléments de sécurité. Deux équipements sont cruciaux en la matière : un bon pilote automatique à la fiabilité irréprochable et un traceur au poste de barre. Au-delà, libre à vous de vous faire plaisir, mais que la vitesse du bateau, la profondeur, ou l’angle du vent s’affichent sur la dernière génération d’écran au design épuré ou sur des afficheurs quelque peu "datés", au final, seule la qualité de l’information donnée importe vraiment.
4/ Les équipements de confort :
De nouvelles plaques de cuisson, un nouvel évier ne représentent que quelques centaines d’euros de dépense et donnent un coup de jeune à la cambuse en un clin d’œil. Plus onéreux, mais qu’il ne faut pas hésiter à changer préventivement si on a le moindre doute, le réfrigérateur est l’organe vital d’une croisière comme d’une traversée réussie. Mieux pour cette dernière, un petit congélateur (moins de 2 000 euros TTC installé) permettra de varier les menus, d’y incorporer une bonne viande de temps en temps, et de conserver pour des jours moins fastes le produit d’une pêche miraculeuse. Si quelques hivernages au nord ou au sud des tropiques sont au programme, un petit chauffage diesel permet de réchauffer et surtout d’assécher ce qui est devenu votre "home sweet home". Enfin, des sommiers à lattes, de nouveaux matelas bultex et une sellerie de carré flambant neuve finiront de donner une seconde jeunesse à votre perle rare tout en vous garantissant un sommeil profond !
Voilà, il ne vous reste plus qu’à sortir la calculette, à additionner ce que vous prenez et à faire le bilan. Alors ? Bien que le marché du multicoque souffre moins de la crise que le monocoque à voile ou à moteur, en occasion, l’offre reste pléthorique et les prix deviendraient "presque" raisonnables. Alors, le refit est une option à envisager sérieusement, pour peu qu’on l’aborde avec méthode et du temps devant soi. Si en plus on a la chance d’être un peu bricoleur, on peut s’économiser pas mal d’heures d’une main-d’œuvre onéreuse. Ah oui, un dernier petit truc avant qu’on nous le reproche, nous n’avons pas parlé de l’osmose. Curieux dans un dossier refit ? Oui et non. Nous avons une conviction forte sur le sujet : aucun bateau n’a jamais coulé des suites d’un phénomène d’osmose, même important. C’est un frein psychologique puissant aux transactions, mais techniquement, engloutir des dizaines de milliers d’euros dans un traitement curatif nous emble une hérésie. On préfère investir beaucoup moins dans une belle déco. Avec les adhésifs, les possibilités de personnalisation, voire de couleur de coque complète, sont maintenant infinies. Structurellement, elle n’apportera pas plus qu’un traitement osmose, mais on se fera plaisir en regardant ce magnifique et unique bateau !
Ndlr : tous les prix sont donnés à titre indicatif pour un bateau de 40 à 45 pieds.

Derrière le tableau électrique se cachent de nombreux fils, connectiques et autres objets étranges n'adorant pas forcément la vie en milieu humide. A vérifier impérativement !