Eté 1984. Deux membres de l’Union Nationale des Multicoques rédigent le dernier bulletin de l’association. André Manchon est propriétaire d’un Tornado, et Gilles Abeloos d’un Victress 40 – plan Piver. Les voilà désœuvrés ou presque quand Gilles propose à André de monter une publication plus professionnelle, dans l’esprit du magazine anglais Multihulls International ou l’américain Multihulls. Le projet prend forme : un accord est trouvé avec l’UNM pour la reprise du titre Multicoques Magazine (Graham : on ne traduit pas ici), et le tandem est soutenu par un investisseur, Jean Gravel.
L’aventure peut commencer. « En mai-juin 1985, le numéro 0 est réalisé dans la cuisine d’André, dans son pavillon de Deuil-la-Barre, près de Paris, se souvient Gilles. Il est adressé aux membres de l’UNM, à mes clients des revues étrangères, aux associations de cata de sport, à des annonceurs potentiels, aux chantiers... On reçoit quelques commandes d’abonnement et quelques contrats publicitaires. Il faut désormais passer aux choses sérieuses et lancer la réalisation du no 1. Problème : aucun de nous n'a la moindre expérience de la fabrication d’une revue, de son édition, de sa distribution... Devant notre totale incompétence à réaliser une revue pro digne de ce nom, pour nous en sortir, nous faisons appel à un journaliste photographe nautique de l’agence SIPA, Gilles Klein. Il nous montre comment faire un chemin de fer (mise en page et contenu). Le numéro 1, avec en couverture une de ses photos de Formule TAG, est également créé dans la cuisine d’André, à l’aide de ciseaux et de bâtons de colle. Suite à un accord avec la Chambre de Commerce et d’Industrie, en tant que créateur d’entreprise, André trouve un bureau à Cergy-Pontoise, bénéficiant d’un secrétariat commun, photocopieuse… le must. Plusieurs numéros verront le jour sous cette nouvelle adresse. Gilles Klein, bien sûr, mais également Christian Février, Erik Lerouge, François Salle, Jean-Luc de Moras, Philippe de Gorostarzu, Charles Chiodi (Multihulls), Jack Heming (Multihull International), Dick Newick, Derek Kelsall, et j’en oublie certains, ont tous participé au lancement des premiers numéros. »
Ces premiers numéros de Multicoques Mag traitent de courses, de voile légère et de croisière. On découvre la présentation du Blue 2 Bénéteau et du Catana 40. Les essais – Bourbon et Catana 40 – démarrent dès le no 2 avec les premiers bords en tant qu’essayeurs des journalistes ; le magazine a donc suivi de près le développement des plus grands constructeurs d’aujourd’hui, pratiquement tous nés dans les années 1980. Pour son édition suivante, début 1986, la rédaction propose un « Spécial Salon » à l’occasion du Salon Nautique de Paris, aujourd’hui appelé Nautic. Ce numéro spécial deviendra notre fameux Guide d’Achat, publié en décembre.
![]() Première publicité de Catana – MM015, 1988. |
![]() Bulletin d’abonnement dans MM003, en 1986. |
![]() « Marc Lombard, un architecte qui monte » – MM004, 1986. |
![]() Premier essai d’un Lagoon – MM020, 1988. |
![]() Première publicité pour le Cannes Yachting Festival – MM006, 1986. |
![]() Première publicité de Fountaine Pajot – MM006, 1986. |
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1986-1994 : une autre époque…
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Jean-Christophe Guillaumin |
22 ans à la barre de Multicoques Mag !
Pro du monde de la presse, Jean-Christophe Guillaumin a repris les rênes de Multicoques Mag en 1997. Une aventure d’eau salée qui va durer plus de 20 ans. « En 1996, aux Antilles, on dirigeait avec Corinne Consani le magazine Créola. Mon projet était de partir en famille à bord d’un multicoque – en monocoque, je suis malade comme un chien ! – pendant deux ou trois ans. J’étais abonné au magazine, et d’un coup, je ne le recevais plus… En 1997, j’ai donc racheté les deux titres, Multicoques Mag et Multihulls World. Mon idée, c’était de réaliser le magazine que je voulais lire. Comment partir en famille, le choix du multi, son équipement… La plupart des articles que j’ai commandés et publiés, c’étaient les réponses à mes questions. Au départ, la ligne éditoriale, c’était course au large, cata de sport et croisière. A l’époque, le marché du multicoque habitable était négligeable – 5 à Cannes contre 60 aujourd’hui, idem au mouillage. Mon objectif était de trouver un modèle économique avec ces trois thématiques, d’élargir le lectorat et d’établir des passerelles. Petit à petit, le monde du cata de sport est devenu plus pointu, plus pro ; on s’est logiquement concentrés sur la croisière – Multicoques Mag est devenu le support du voyage en multicoque. On est arrivés au bon moment, on a tous explosé au début des années 2000. Les constructeurs se sont professionnalisés, nous aussi avec les supports numériques. Jusqu’en 2008, on a connu une progression de 20 % par an. Plus de lecteurs, plus de reportages, plus de photos ; tout ce qui traitait du multicoque a progressé. Le point d’orgue a été la création du Salon du Multicoque, avec lequel nous avons depuis la première édition entretenu un lien très fort. Mais le vrai coup de génie dans l’histoire de magazine, c’est la version US ; on la doit à André Manchon.»
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Philippe Echelle |
Essayeur en chef depuis 1998
Passionné de tout ce qui va vite – ski, voitures et bien sûr multicoques –, Philippe a essayé près de 200 nouveautés pour Multicoques Mag. « Mon premier essai pour Multicoques Mag, c’était en 1998. Jean-Christophe m’avait appelé pour proposer à un journaliste de découvrir un petit Wharram de 9 mètres ; un poids plume de 680 kg tout mouillé qu’on a monté à 22 noeuds. Au final, il m’a proposé d’écrire le papier et de prendre les photos – je les ai envoyées dans une boîte à chaussures… J’ai fait un deuxième essai en 1999, celui du Switch 55. Et puis ça s’est enchaîné : à ce jour, j’ai dû réaliser pas loin de 200 essais de multicoques, et 400 articles en tout. J’ai eu la chance de suivre l’évolution de la dynamique multicoque – même si elle était largement lancée, les acteurs historiques étaient déjà présents. C’était la période dorée du développement du multi, notamment pour les constructeurs français. J’ai longtemps contesté le concept de l’industrie nautique, aujourd’hui, on y est. On peut noter également le progrès en matière de design : avant, ça se résumait à deux coussins… Entre la course et les multis marginaux, j’ai brassé des univers très variés. Moi, c’était « la vie commence à 20 noeuds ». Après un convoyage de Lejaby Rasurel et une heure à fond les ballons, j’ai arrêté de régater en monocoque ! Ensuite, ça a été merveilleux de découvrir le monde de la croisière. Plutôt que de naviguer 100 jours en mer, j’ai préféré naviguer 100 jours sur 100 multicoques différents. Je ne me renseigne jamais avant l’essai. J’apprécie plus que tout la découverte, je ne me suis jamais usé. J’ai beaucoup appris dans les chantiers, les architectes, j’ai appris à travailler sur les multis. Un foisonnement d’expériences. Pendant toutes ces années, j’ai pu mesurer la conquête de la fiabilité. Aujourd’hui, les multis tiennent le coup, même quand ça tabasse. Ça tient en partie à l’augmentation de la taille. Avant, l’inconfort était la norme ; on finissait une semaine de croisière avec des bleus et des sparadraps partout. Aujourd’hui, on peut servir 10 repas en moins d’une heure, se doucher, se chauffer, et naviguer à la vitesse d’un multi de course d’il y a 20 ans. Pas tous les modèles, évidemment, mais 400 milles par jour sous pilote, c’est une révolution ! Je ne suis pas fan d’électronique – pour moi, elle coupe le contact avec la mer, et j’y suis pour lâcher prise – sauf le dessalinisateur et le pilote ! »









