Rendez-vous a été pris au Port de Commerce de La Rochelle – La Pallice en octobre dernier. Côté ciel et température, l’ambiance est déjà hivernale. Mais sur les quais, l’activité ne faiblit pas. Nous sommes reçus sur le pont du MV Spuigracht. Cet imposant cargo battant pavillon néerlandais mesure 172 m de long pour 25,49 de large. Il fait partie de la flotte de Sevenstar Yacht Transport. Une poignée d’heures plus tard, le navire mettra le cap sur Palm Beach, en Floride. De là, certains bateaux seront transbordés en pontée d’un autre cargo, à destination de l’Australie et la Nouvelle-Calédonie… Pour l’heure, Elodie Le Blevenec et Matthieu Le Bihan, responsables de Sevenstar Yacht Transport France, s’affairent sur le deck du cargo, supervisant une armée de dockers, pilotes, plongeurs, techniciens et autres spécialistes du chargement. Ces derniers devront, dans les meilleurs délais, placer et caler à des emplacements bien précis une quinzaine de voiliers (en majorité des catamarans) et quelques bateaux à moteur sur le pont du cargo. Une rencontre dans le feu de l’action et un excellent moyen de découvrir l’univers du shipping, cette activité en plein développement.
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Matthieu Le Bihan et Elodie Le Blevenec, responsables de l’agence Sevenstar Yacht Transport de La Rochelle.
Multicoques Mag : Qui sont les propriétaires de tous ces catamarans ? Depuis quand les propriétaires ont-ils pris l’habitude d’utiliser vos services ?
Elodie Le Blevenec et Matthieu Le Bihan (SYT) : Nous transportons avant tout les bateaux des chantiers et des professionnels du nautisme ; quelques particuliers font également appel à nos services. Au- jourd’hui, à bord de notre cargo, il y a deux voiliers de propriétaires sur la quinzaine d’unités que nous sommes en train de charger. Nous travaillons principalement avec des entreprises, mais nous étudions également toutes les demandes émanant de particuliers concernant le transport de leur unité. Au départ du hub de La Rochelle vers les Antilles, nous estimons que 80 % des bateaux que nous transportons proviennent de dealers ou brokers spécialistes du marché. Les particuliers qui nous contactent sont plus intéres- sés par des retours vers l’Europe de leurs voiliers depuis des destinations éloignées. Ils ont par exemple fait un demi-tour du monde, s’arrêtent en Polynésie, et souhaitent que leurs unités retournent dans leurs ports d’attache respectifs en Europe. Pour les transatlantiques, les particuliers ne font généralement pas appel à nos services.
MM : Vos compétences en matière de transit de yachts sont-elles exploitées dans d’autres secteurs comme les navires militaires ?
SYT : Oui, bien sûr, nous sommes sollicités par des Etats. L’an dernier, par exemple, nous avons transporté des vedettes de patrouille pour le compte de l’Etat français sur un aller vers les Antilles. Nous travaillons également avec les écuries de courses au large – nous ramenons régulièrement les voiliers de retour de transat. Lors du dernier Vendée Globe, c’est l’une des filiales de notre société qui s’est chargée de l’IMOCA Arkéa-Paperec depuis l’Afrique du Sud pour un retour en France. Idem pour le 60 pieds du Japonais Kojiro après son arrivée aux Sables-d’Olonne pour un retour au Japon. Nous avons un contrat de longue date avec une grande majorité des voiliers de La Transquadra. Pour les multicoques, nous avons l’habitude de travailler avec la classe des Ocean Fifty. Nous avons transporté des unités iconiques comme le M1 Macif de François Gabart lors d’un retour de Route du Rhum, ou encore Happy, le plan Dick Newick de Loïc Peyron. Un autre bureau de notre groupe (NDLR : Racing Yacht Logistic, sous la gestion de Matthieu Le Bihan) est chargé de ces bateaux d’exception. Nous pourrions également citer le très médiatique transport du foiler du défi italien Luna Rossa lors de la dernière America’s Cup.
MM : Proposez-vous des lignes régulières et/ou saisonnières ?
SYT : Nous avons mis en place des lignes régulières mensuelles, en fonction du marché et des demandes. Nous disposons d’une ligne qui fait le tour de l’Europe depuis la Scandinavie vers la Turquie en s’arrêtant dans des ports spécifiques. Au départ
de La Rochelle, nous avons une ligne vers l’Italie et la Turquie. Nous proposons également des transatlantiques : de septembre à décembre, c’est un bateau par mois au départ de l’Europe. Nous sommes forcément bloqués de fin août à octobre, car c’est la saison des ouragans dans le sud des Etats-Unis. D’autre part, au départ d’Europe, nous avons une à deux fois par an un aller vers l’Océanie, avec un retour possible en mars/avril. Vers l’Asie, les rotations s’opèrent tous les 2 à 3 mois afin de satisfaire les chantiers européens, qui exportent de plus en plus vers l’Asie – c’est la tendance actuelle. Pour le Mexique et le Costa Rica, c’est deux ou trois fois par an, comme pour la Polynésie.

A bord du MV Spuigracht, il faudra 12 jours à ces bateaux – pratiquement tous des multicoques – pour rejoindre la Floride au départ de la France.
MM : Quelle est l’importance du shipping sur l’Atlantique ?
SYT : La transat fait partie de notre top cinq… D’ailleurs, ce top cinq du shipping, c’est USA, Asie, Méditerranée, Océanie, et enfin les Caraïbes, en baisse sensible.
MM : Quelle est la proportion de yachts à moteur comparée aux voiliers ? Et celle des multicoques par rapport aux monocoques ?
SYT : Nous transportons principalement des voiliers, à hauteur de 70 %. Et dans ces 70 %, les multicoques représentent 80 % des unités que nous « shippons ». Une tendance se dessine pour le transport de motorboats, plutôt à destination de la Méditerranée.
MM : Quels sont vos concurrents sur le secteur ?
SYT : Nous sommes les leaders sur le secteur du shipping mondial, nous n’avons qu’un seul concurrent (Peters & May, NDLR), mais c’est une concurrence saine, donc pas de problème. Nous proposons une solution de transport de A à Z complète et peu de concurrents sont en capacité de proposer des services similaires.
Sevenstar Yacht Transport - Leader mondial du transport de bateaux par cargo
Sevenstar Yacht Transport est née la même année que Multicoques Mag, en 1985. Cette société basée à Amsterdam, aux Pays-Bas, appartient au Groupe Spliethoff, reconnu comme le leader mondial du transport maritime de yachts. Tous les types ou tailles de bateaux (jusqu’à 100 mètres) peuvent être transportés à bord de la centaine de navires dont dispose le groupe, que ce soit en cale ou sur le pont. Sevenstar Yacht Transport est historiquement connu comme un spécialiste de transport via levage "Lift-on, Lift-off", mais la filiale DYT Yacht Transport opète des navires semi-submersibles pour un transport de yachts en mode "Float-on, Float-off" afin de répondre à des exigences spécifiques en termes de tirant d’eau, de déplacement très élevé ou de toute impossibilité de grutage.

MM : Quelles tailles de bateaux prenez-vous en charge ?
SYT : La taille minimum est de 10 mètres. Quant à la taille maximum, le plus important transport que nous ayons réalisé est un motoryacht de 100 mètres. On peut estimer que c’est actuellement notre limite.
MM : Quelle est la différence de prix entre le transport d’un bateau par vos soins et un convoyage classique, par exemple pour une transat réalisée par un professionnel ?
SYT : Cela dépend de la taille et du type de voilier, mais nous pourrions estimer entre 5 000 € et 6 000 € pour une transat à la voile, et le double (juste pour le transport) chez nous.
MM : Pour un multicoque de taille moyenne, disons 42 pieds, quel ordre de prix faut-il compter tout compris ?
SYT : Chez Sevenstar Yacht Transport, il faut compter pour une transat au départ de la France pour les Caraïbes un budget entre 25 000 et 30 000 € Pour le Pacifique, ce sera entre 60 000 et 70 000 €. Ces prestations comprennent une prise en charge complète du voilier à transporter – stockage, grutage, calage, etc.
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MM : Quel est le délai entre la côte atlantique française et les Antilles ?
SYT : Entre 12 et 15 jours en moyenne pour une transat.
MM : Proposez-vous des assurances spécialisées aux particuliers ou entreprises utilisant vos services ?
SYT : Nous proposons dans nos services un pack de base incluant l’assurance transport. Celle-ci commence à la première amarre tendue, et termine à la dernière amarre lâchée. Trois niveaux de risques sont couverts par l’assurance : le risque de manutention au départ et à l’arrivée, le risque de jet à la mer et le risque d’avarie commune. Il est également possible de souscrire à des assurances optionnelles telles que le rachat de franchise pour les bateaux neufs, les dommages occasionnés aux tiers et une couverture pour le pré/post acheminement.
MM : Embarquez-vous à bord du cargo des passagers, voire les propriétaires des unités que vous transportez ?
SYT : Non.
MM : Avez-vous eu des célébrités qui ont fait appel à vos services ?
SYT : Loïc Peyron, dont nous avons déjà parlé, mais aussi Alex Thomson ou encore Damien Seguin...
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La surface de pontée est optimisée au mieux afin d’accueillir un maximum d’unités.
MM : Prenez-vous en compte l’impact environnemental du transport maritime ? Avez-vous déjà mis en place des axes de développement ou de réflexion pour améliorer cet aspect de votre activité ?
SYT : Tous les navires de la flotte de Sevenstar Yacht Transport ont été normalisés aux normes et contraintes européennes. Nous faisons construire de nouveaux cargos afin de répondre à une demande exponentielle du shipping. L’impact environnemental est pris en compte au sein de Sevenstar Yacht Transport, avec notamment la construction de nouveaux cargos toujours plus efficients avec des designs innovants et qui répondent à des normes environnementales plus strictes. Les modes de propulsion ont été revus, et l’innovation est bien au rendez-vous sur ces nouvelles unités. C’est le cas du dernier-né de notre flotte, le Yacht Servante, notre nouveau Flagship. Il s’agit d’un semi-submersible, nous disposons déjà de trois navires de ce type dans notre flotte. C’est une autre filiale du groupe, DYT, qui gère les semi-submersibles.
MM : Quels sont les développements futurs de votre activité (nouvelles bases, nouveaux navires, nouvelles lignes…) ?
SYT : Il s’agit pour nous de suivre la tendance des chantiers selon le marché. Nous sommes à l’écoute des nouvelles destinations souhaitées par nos clients grâce au renouvellement de notre flotte ainsi que l’arrivée de nouvelles unités. Bientôt, nous pourrons répondre à de plus en plus de demandes. Nous allons également développer la façade atlantique, proposant toujours plus de lignes.
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Une fois placés et parfaitement calés sur des bers ad hoc, les multicoques sont solidement sanglés – une transat, même à bord d’un cargo, peut s’avérer agitée…








