Le rêve d'un tour du monde en voilier, je l'ai depuis toute petite. Depuis que, lors de mes vacances en Corse chez mes grands-parents, je voyais les bateaux des plaisanciers dans la baie d'Ajaccio. J'ai toujours eu envie de partir à leur bord découvrir l'île et d’aller voir plus loin si la Corse est bien la plus belle des destinations… Pour pouvoir vivre un jour mon rêve, je me suis lancée à fond pendant toutes mes vacances sur le fameux triptyque Optimist - 420 - Hobie 16 !
La mer a toujours tenu un rôle majeur dans ma vie, mais je ne me suis jamais donné les moyens (pour l'instant) d'aller au bout de mon rêve en quittant tout pour partir pour le "grand voyage", l'année sabbatique ou le tour du monde. Pourtant, Dieu sait que cela me taraude. En attendant ce départ qui, je n'en doute pas, arrivera bien un jour, j'ai décidé et réussi à mettre au point un mode de vie qui me permet de naviguer souvent.
Les Seychelles, une première réussie et un souvenir impérissable…
Partir, oui, mais en avion…
Pour vivre ma passion en famille, j'ai pourtant dû faire appel à des ruses de Sioux. Il faut dire que l'idée de s'en aller voguer sur les flots avec des enfants en (très) bas âge ne motivait que modérément mon époux, qui se sent aussi à l'aise en mer qu'un poisson hors de l'eau. Sans compter que, "connaissant parfaitement mon incompétence chronique en ce qui concerne la mécanique, le bricolage et le côté pratique des choses en général", il n'avait pas du tout envie de se retrouver au milieu d'un océan sous la responsabilité d'une capitaine munie de "deux mains gauches"… Bref, c'était loin d'être gagné ! J'ai donc dû mettre tout mon charme au service de ma ruse : j'ai commencé par proposer à ma famille une croisière aux Seychelles avec skipper. Une semaine de rêve, et une vraie découverte pour tous.
Pourquoi les Seychelles ? D'abord, il y a très peu de décalage horaire avec l'Europe (important quand on voyage avec de très jeunes enfants). Ensuite, le voyage en avion se fait de nuit à l'aller. Là encore, un plus indéniable pour nos chères têtes blondes (ainsi que pour nos voisins de sièges). Alors, Seychelles ou Maurice ? Après une étude comparative approfondie, nous choisissons les Seychelles (l'île Maurice, ce sera pour l'année d'après…) ! Pourquoi ? Parce que les distances entre les îles sont incroyablement réduites, ce qui permettra aux enfants de naviguer peu et de profiter pleinement des multiples mouillages. Les mouillages, justement, sont réputés comme étant idylliques avec une quantité incroyable de poissons multicolores. Enfin, les îles regorgent de lieux à découvrir. De quoi rendre heureux les petits et les grands. Et de ce côté-là, nous avons été plus que vernis : à partir de la base de Praslin, il nous faut moins d'une heure pour arriver à notre premier mouillage, l'îlet St-Pierre. Un îlet de granit qui, pour les enfants, devient instantanément la plus belle des îles au trésor. Au mouillage, nous sommes seuls… Tout au long de notre croisière, nous profiterons ainsi de ces mouillages quasi déserts !
Rassurée par mes compétences nautiques "garanties" par le skipper (encore merci à lui), j'ai pu organiser les vacances suivantes en étant seul maître à bord après Dieu. Le must.
La Guadeloupe, et les merveilleuses Saintes, un moment fort de nos croisières.
Un tour du monde des plus beaux mouillages
Après la réussite de notre voyage aux Seychelles, j'ai voulu réussir "mon" tour du monde personnel, c'est-à-dire partir naviguer partout où je rêvais d'aller. Partant du principe que, lors d'un tour du monde, on passe 80 % de son temps au mouillage, j'ai finalement pris la décision de ne vivre que ces moments privilégiés. Evidemment, il manque les longues traversées, les quarts de nuit, les pêches miraculeuses en haute mer et surtout le temps, cet élément si difficile à trouver dans notre société… Mais finalement, à raison de deux croisières par an de quinze jours, je profite vraiment de ma famille, qui est en plus devenue fanatique des croisières. A tel point que l'aîné des enfants, âgé aujourd'hui de 10 ans, n'a qu'un seul et unique rêve… Vivre sur un bateau ! Quand je vous parle de ruse…
Notre organisation est aujourd'hui bien rodée : nous définissons en famille notre prochaine destination selon l'époque où nous partons – été ou hiver, hémisphère sud ou nord –, puis nous commençons notre travail de préparation. Impensable en effet d'arriver et de se fier seulement aux briefings organisés par les sociétés de location. Nous cherchons, sur les guides, les magazines et les sites Internet, les bons mouillages, les coins à ne pas manquer, ce qu'il est possible de faire et ce qui est totalement proscrit… On se mitonne un petit programme pour que toute la famille en profite, avec différentes options en fonction de la météo.
On se penche ensuite sur notre bateau : nous essayons, tant que faire se peut, de prendre un catamaran que nous connaissons et apprécions. Mais la possibilité de naviguer sur un nouveau modèle ou sur une marque que nous ne connaissons pas est aussi un argument. Car je n'oublie pas qu'un jour, j'aimerais bien que nous partions tous sur NOTRE catamaran, et ce jour-là, il faudra bien le choisir, et l'expérience que nous emmagasinons aujourd'hui nous sera profitable lorsque viendra le temps de choisir notre bateau personnel. Cette partie est aussi particulièrement agréable, car elle permet à la famille de faire des choix ensemble et de passer de nombreuses soirées à imaginer, préparer, soupeser les pour et les contre, et enfin de choisir, toujours ensemble, la destination, le bateau et le programme de nav. Car, l'expérience aidant, les enfants connaissent parfaitement le mode de fonctionnement à bord et sont tout à fait capables d'accepter (ou non) l'idée d'une longue navigation au près. C'est ainsi qu'une longue discussion a permis de partir aux BVI au départ de Saint Martin (c'était plus intéressant financièrement parlant que de rejoindre directement les BVI), en précisant bien que le retour vers la base se ferait au près…
Lagoon, Fountaine, Nautitech, Catana, Leopard… et même Outremer, nous avons loué la plupart des bateaux existant sur le marché. De quoi avoir une bonne idée de notre futur bateau.
Le prix du rêve
L'idée est donc de faire un véritable tour du monde en quelques années, à raison de deux fois quinze jours par an. En s'organisant intelligemment sur les dates, on arrive à un budget tout à fait raisonnable (surtout par rapport à l'achat et à l'entretien d'un bateau). Par exemple, partir en juin aux Antilles permet de profiter de billets d'avion à prix (très) réduits, et de louer un catamaran pour un prix vraiment intéressant. Nous avons ainsi été naviguer l'année dernière au départ de la Martinique pendant dix jours sur un Hélia 44 pour 3000 euros de location et 1 500 euros de billets d'avion pour toute notre famille… Et comme au mois de juin les enfants ne sont pas submergés par le travail scolaire, nous les avons fait "sécher" sans honte ni regret les quinze derniers jours d'école… Et pour réduire les coûts, nous partons souvent avec une famille amie, ce qui permet de diviser par deux le prix de la location… Une formule pas loin d'être tout à fait idéale !
La plongée en apnée et la pêche : deux de nos activités préférées (même si nous ne sommes pas très doués en pêche…).
Des escales de rêve
En quelques années, nous avons ainsi eu la chance de découvrir parmi les plus belles escales au monde, certaines que nombre de nos amis "tourdumondistes" n'ont finalement pas eu la chance d'arpenter. Après les Seychelles, nous sommes partis à l'île Maurice. Une destination charmante, mais manquant de mouillages, la côte au vent étant vraiment trop difficile d'accès. Ensuite, nous sommes partis découvrir les Antilles. Notre première destination y fut la Guadeloupe, permettant de naviguer facilement entre les îles et de découvrir des ambiances très différentes en seulement quelques milles. Gwada, Marie Galante, la Dominique, les Saintes, Antigua… Un vrai bonheur. Mais aussi, après l'océan Indien, la surprise de devoir partager ses mouillages avec, parfois, de nombreux autres bateaux ! On a ensuite continué à découvrir les Caraïbes avec des voyages à Saint Martin-Saint Barth, aux Grenadines, en Martinique et bien sûr les îes Vierges britanniques. Si les BVI ont la réputation d'être un véritable petit paradis de la voile aux Antilles, ce n'est vraiment pas usurpé. Mouillages à profusion, distances très courtes entre les îles, panoramas exceptionnels, et même (en cherchant bien) des mouillages solitaires, surtout à Anegada ou le soir aux Baths, célèbres dans le monde entier. Parmi nos différentes croisières, il y a eu aussi, suite à un article paru dans Multicoques Mag, une visite aux Maldives. Et là, le flash !!! Une beauté unique, des fonds somptueux, des rencontres magiques avec des habitants d'une gentillesse exceptionnelle. Pour la première fois, nous nous sommes dit que, peut-être, nous pourrions faire exception à notre règle et revenir aux Maldives avant d'avoir fini "notre tour du monde". Car il nous reste encore pas mal d'escales à visiter avant d'en avoir fini.
Nous avons enchaîné avec la Méditerranée et l'exceptionnelle Grèce (golfe Saronique - Dodécanèse - Cyclades) et les fabuleux mouillages turcs. L'hiver nous a permis aussi de partir en Asie (Thaïlande : Phuket et golfe de Thaïlande - Malaisie et Bali). Enfin, nous avons "cassé la tirelire" pour vivre notre rêve en naviguant dans le Pacifique et plus particulièrement en Polynésie française au départ de Raiatea. C'est la première fois que nous avons un goût de "trop peu" et que l'idée de partir avec notre propre bateau pour nous en aller à la découverte de toutes les îles avoisinantes est devenue une quasi-obsession pour tous les membres de la famille...
Pour finir notre "tour du monde en location", il ne nous manque que la Nouvelle-Calédonie et l'Australie et sa fabuleuse – d'après les articles que nous avons lus – barrière de corail, ainsi qu'un petit tour du côté des Bahamas.
Nos prochaines vacances sont donc d'ores et déjà prévues, et ces destinations devraient nous permettre de remplir encore un ou deux disques durs de photos, et surtout nos esprits de navigations et de souvenirs impérissables.
Au mouillage aux Grenadines : elle est pas belle, la vie ?
Et demain ?
Notre choix de faire "un tour du monde en location" a été bien réfléchi. Il y a bien sûr des limites à l'exercice, et nous avons eu souvent un peu de mal à rendre notre bateau. L'envie de rester à bord étant parfois (souvent ?) très, très forte. Mais finalement, ce choix est celui de toute la famille, même si les enfants se verraient bien partir pour une année sabbatique et que mon cher et tendre commence à se dire qu'un tour de l'Atlantique pourrait être une bien belle expérience à vivre tous ensemble…
Mais si ce voyage ne se fait pas – nos impératifs professionnels sont difficilement compatibles avec une année sabbatique –, nous continuerons à faire notre tour du monde en loc. Un programme bien rempli, et qui nous comble complètement. En attendant la retraite ou que la vie nous offre une opportunité de partir, à notre tour, rejoindre les lecteurs de Multicoques Mag autour du monde !
Il faut parfois voter pour savoir si on reste à un mouillage ou si on bouge. A la fin, ce sont souvent les enfants qui ont le dernier mot !…
LE BON ET LE MOINS BON
Tentez de faire le tour du monde en location expose à de (très) bons souvenirs, mais aussi à de moins bons… Voici une petite liste de ce que nous avons adoré, mais aussi de ce qui nous a déplu.
Avec plus d'une vingtaine de locations un peu partout dans le monde, avec des loueurs aussi différents que de grandes multinationales ou des sociétés ne proposant qu'un ou deux bateaux, nous avons pu voir la différence de traitement. Et ce qui ressort dans notre cas, c'est que la qualité de l'accueil ne dépend que du chef de base ! Nous avons eu ainsi des briefings particulièrement incomplets ou, à l'inverse, très personnalisés. D'où l'importance de préparer sa croisière bien avant le briefing.
Dans les mauvais souvenirs, nous avons la panne bloquante (une fois sur 20 locations) nous obligeant à revenir au point de départ et nous faisant perdre une bonne demi-journée, et la météo capricieuse nous bloquant au port pendant trois jours suite à une alerte cyclonique. Partir hors saison a du bon, mais pas que !
Pour le reste, ce n'est que du bonheur et des souvenirs en pagaille, comme l'île d'Arki en Grèce, le balai des raies Manta aux Maldives – le petit dernier s'est jeté à l'eau sans ses brassards et a appris à nager au milieu des raies –, la langouste folle et agressive des Grenadines (qui a voulu manger mon mari et que les enfants appellent maintenant LangoustZilla) et mille autres anecdotes.
Mouillage à l'îlet Chancel en Martinique, dans la baie du Robert. Le tour de la Martinique restera comme l'un de nos plus beaux souvenirs.
Et que dire des Maldives : un vrai paradis de la plongée, et des mouillages toujours solitaires. Un rêve.