De loin, l’Andaman 50 pourrait être confondu avec un Lagoon 50, avec ses hublots de nacelle verticaux et son mât reculé sur le rouf… mais, mis à part cette vague ressemblance, l’Andaman 50 se démarque complètement de la plupart de ses concurrents. Bien plus léger, plus vif et surtout moins cher, ce nouveau modèle fait clairement bouger les lignes. Et c’est tant mieux !
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Lieu de l’essai : Phuket, Thaïlande
Conditions : mer peu agitée, vent de 9 à 15 nœuds
Un nouveau multicoque léger et puissant vient donc d’être mis à l’eau au chantier Catathai. Ce constructeur authentique et local a été créé par Hervé Le Touzé en 2004, et repris par Gilles Reigner il y a deux ans. Basé à l’origine à Phuket, Catathai s’est délocalisé récemment plus au nord, dans la région de Prachuap, non loin de Koh Samui. Gilles a imaginé une gamme totalement nouvelle avec des catamarans élégants, prêts à voyager et conçus pour durer. Cette gamme s’articule pour l’heure sur trois modèles – le Tropical 36, l’Andaman 42 et le 50. C’est donc le plus grand de ces trois multicoques que nous vous présentons ici. Ces catamarans modernisent sacrément les anciens Catathai, lesquels ont fait leurs preuves sur tous les océans du monde. Le constructeur reste un petit chantier : éloigné des contraintes de la grande production, il propose au contraire des catamarans sur mesure et modifiables selon le cahier des charges du propriétaire.

A la moindre risée, l’Andaman 50 allonge franchement ses deux sillages.
Un savoir-faire local depuis 2004
Le chantier conserve un savoir-faire made in France ; depuis sa création, le constructeur allie du Divinycell – une mousse expansée très résistante –, de nombreuses couches de fibre de verre, et enfin des inserts ponctuels perpendiculaires sur toutes les surfaces pour prévenir tout délaminage. Une précaution louable, même si l’adhérence du Divinycell est déjà excellente. Nous avons donc affaire à un sandwich léger, sain et très robuste. Un tissu de Kevlar® a été ajouté à l’extérieur afin de renforcer encore les coques en cas de choc violent. Gilles Reigner
améliore en permanence ses constructions : docteur en physique spécialisé en dynamique des structures, il a le souci de la perfection, et tente de l’appliquer au mieux dans le domaine constructif.

Catathai est un petit chantier d’une dizaine d’employés (disposant de 10 employés de plus réalisant habituellement les hors-bords) – chacun est un spécialiste de son domaine.
Les nouveaux plans sont désormais suivis par des découpes laser et numériques, pour une précision optimale.
Un catamaran incroyablement léger
Vu du ponton, l’Andaman est très imposant et paraît haut sur l’eau. Pour autant, ses lignes sont harmonieuses et marient habilement angles vifs et courbes. Une évidente cohérence se dégage de ce catamaran. Tout est à sa place, le pont est épuré, bien dessiné. Les trampolines affichent une grande surface et la hauteur de la nacelle – très reculée – frise le mètre. La largeur de ce catamaran et ses coques plutôt fines complètent le tableau d’un multicoque marin – il ne devrait pas taper dans la mer formée et peu tanguer. Un point (très) positif pour le grand voyage et les traversées océaniques. Mais la principale surprise de l’Andaman 50, c’est son poids plume : 9,5 tonnes de déplacement lège ! Un rappel des poids de ses principaux concurrents s’impose : 20,83 t pour le Lagoon 50 ; 20,6 t pour le Leopard 50 ; 16,8 t pour le Privilège 510 Signature, 15,7 t pour le Saba 50 ; 13,15 t pour le HH50 OC… c’est finalement le TS5 et ses 8,6 t qui joue dans la même catégorie.

Le gennaker est monté sur un enrouleur.
Un plan de pont original et fonctionnel
L’accès à bord est très facile grâce aux jupes immenses. L’espace de vie extérieur se divise en deux petits salons symétriques. L’entrée vers la nacelle s’effectue par une baie vitrée centrale. Gilles a décidé d’installer le poste de barre tout à l’arrière du roof, centralisé et en hauteur. L’accès s’y fait par les deux côtés de la barre. C’est une création innovante et peu commune chez les catamarans de croisière de 50 pieds. Toutes les voiles peuvent être hissées depuis le poste de pilotage ; un winch électrique a été ajouté pour la grand-voile – elle pèse bien son poids avec ses 19 mètres de guindant… Une autre touche personnelle : les chaînes de transmission en inox du système de barre restent visibles. Sur la face avant du rouf, de larges marches permettent un accès facile au pied de mât. L’Andaman 50 est équipé de deux moteurs diesel Solé de 42 CV – une base Mitsubishi marinisée. Cette puissance est très confortable eu égard au déplacement. Les blocs adoptent une transmission à ligne d’arbre et sont placés au centre des coques pour l’équilibre dynamique de l’ensemble. L’accès aux cales s’effectue uniquement depuis le pont, grâce à un renfoncement latéral du roof. Les cales sont donc très spacieuses ; elles font la hauteur du franc-bord et on peut donc tenir debout dedans. Côté électrique, le catamaran est bien alimenté – on ne risque pas de manquer de jus ! Quelques chiffres : 1 000 Ah de batteries lithium, 1 300 W de panneaux solaires. Le tout est relié à un onduleur/ chargeur Victron Energy Quattro 5000. Sachant que cette nouvelle génération de batteries lithium peut se décharger presque entièrement, il y a de quoi faire pour de nombreuses années !

Ces marches permettent d’accéder facilement au pied de mât.
Des coques séparées en deux
Le carré intérieur est très bien pensé ; à bord d’un 50 pieds, il est important d’offrir un sentiment d’espace et de volume dans la nacelle. Gilles n’a pas hésité à rehausser significativement la hauteur sous barrot dans la totalité du catamaran – les anciens Catathai étaient un peu limite sur ce point pour les plus grands gabarits. On peut distinguer trois zones : la cuisine à tribord ; la table, le four et le frigo américain taille XXL au centre, et enfin la table à cartes, parfaitement placée tout à l’avant, face à la route. Si on ajoute les deux tables du cockpit, il est possible de s’asseoir à 18, mais à trois endroits différents – difficile de tenir à 8 sur une même table (à noter : la plus grande table du cockpit dispose d’un pan rabattable qui l’amène à 140 cm x 140 cm. Elle dispose également de deux rallonges amovibles dissimulées pour atteindre 140 cm x 200 cm). Un constat qui n’a rien de gênant en équipage familial, mais qui l’est un peu plus en configuration charter. Les moteurs positionnés au centre des coques se traduisent concrètement à l’intérieur par quatre descentes – les coques étant coupées en deux par les cales moteur. A bord de ce premier Andaman 50 version charter, on compte quatre cabines quasi identiques. Les couchages sont généreux : 200 cm x 160 cm à l’avant et 220 cm x 170 cm à l’arrière. Les salles de bains ? Il y en a autant que de cabines, et elles sont… intégrées. C’est-à-dire que l’on rentre par la salle de bains pour accéder au lit. Cela vous paraît sans doute étrange quand vous lisez ces lignes – ça l’est beaucoup moins quand on est à bord : Gilles a bien réfléchi à cette configuration. Chaque cabine, au final, est décloisonnés et spacieuse – la pièce d’eau se fond dans le décor. Vous pensez sans doute aux toilettes… pas d’inquiétude, elles sont séparées et accessibles par une deuxième porte, parallèle à l’entrée.
Le modèle essayé présente également des pointes avant aménagées – deux couchettes skipper à tribord et une mini salle d’eau accompagnée d’une bannette rabattable à bâbord. Tous les organes et équipements de ce catamaran sont accessibles facilement – un bon point pour l’entretien et la facilité de maintenance. Côté rangements, on compte de très nombreux volumes, aussi bien dans la nacelle que dans les cabines.

Les ouvertures latérales dans le rouf sont les accès aux cales moteurs.
Des moyennes à deux chiffres !
L’examen des polaires indique clairement le potentiel de l’Andaman 50 : dès 12 nœuds de vent, les 10 nœuds sur l’eau sont atteints. En gros, le catamaran dessiné par Fortabat Yacht Design marche à 60/70 % de la vitesse du vent – nous parlons ici de conditions médium, pas de gros temps, bien entendu ! Précisons que les chiffres calculés par l’architecte intègrent un plan de voilure un peu moins puissant – l’Andaman pourrait donc mieux faire encore. C’est le moment de valider ces chiffre in situ. Oui, mais voilà, en Thaïlande, les vents sont souvent capricieux. La notion de vent établi n’existe pas vraiment sur ces eaux. Au moment où nous sommes sous grand-voile haute et gennaker déroulé (soit 193 m2 de surface de voile), nous naviguons sur une mer pratiquement plate et 10 nœuds – pas très constants. Notre moyenne s’établit à 6,5 nœuds. Le cap au près est bon malgré l’absence de dérive (les quillons calent tout de même 1,45 m) puisqu’on relève 90° bord sur bord. Le foc autovireur simplifie évidemment les virements de bord. Idem pour le gennaker monté sur enrouleur – on le déroule en un tournemain et on le laisse à poste. Fini les corvées de pliage dans un sac et le stockage à l’intérieur ou sur le pont. A la moindre risée, on sent immédiatement l’accélération – c’est tout juste si on ne tombe pas en arrière ! Posté tout à l’arrière et en hauteur, le barreur jouit d’une excellente visibilité sur le plan d’eau – et l’Andaman 50 lui paraît très grand ! L’impression générale qui se dégage en navigation est la facilité de manœuvre et la maniabilité. Le déplacement léger et les bonnes sensations à la barre – juste un poil ardente – participent à un réel plaisir sur l’eau. L’Andaman ne demande qu’à avaler les milles !

La nacelle adopte un îlot central ; la cuisinière à tribord est installée entre les deux descentes.
Conclusion
Catathai s’est refait une beauté pour 2020. Nous voilà bien éloignés de l’ancien design des 40 ou 50, construits il y a une décennie. Gilles Reigner est parvenu à conserver la réputation du chantier tout en créant une nouvelle image moderne. L’Andaman 50 s’invite un peu comme un chien dans un jeu de quilles au sein du marché très concurrentiel des catamarans de croisière de 50 pieds. Dans cette catégorie, quelques modèles franchissent la barre du million d’euros HT, et rares sont ceux qui se cantonnent à la barre des 600 000 – Lagoon 50 excepté. Avec son prix de départ de 525 000 €, l’Andaman 50 a donc de sérieux arguments à faire valoir. Il profite, évidemment – comme d’autres constructeurs de multicoques, le plus souvent haut de gamme –, du faible coût de main-d’œuvre du continent asiatique. Sans être un produit au rabais : nous avons affaire à un multicoque fonctionnel, rapide et sur mesure. Le gréement n’est autre qu’un Z-Spars, l’accastillage Ronstan et les winchs Andersen, les voiles sont signées Elvström, l’électronique très complète est assurée par Raymarine. Mais qu’en est-il de la qualité de construction ? Avec ce prix alléchant, certains chercheront les défauts, forcément ! La réponse, c’est que l’Andaman 50 est très bien construit, sa structure irréprochable et le matériau utilisé sain et très résistant. A titre personnel, connaissant bien ce type de construction, je peux garantir que le sandwich Divinycell ne bouge pas dans le temps.
Les +
+ Performances flatteuses
+ Très bien placé en tarif
+ Innovations intéressantes et convaincantes
Les -
- Pas de grande table dans le carré pour rassembler un équipage nombreux
- Accès aux couchages
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Catathai Boats
Architecte : Fortabat Yacht Design
Matériau : mousse Divinycell 80 kg/m3 sandwich vinylester + Kevlar®
Longueur hors tout : 16,40 m
Longueur flottaison : 15,25 m
Largeur : 8,10 m
Tirant d’eau : 1,45 m
Déplacement lège : 9,5 t
Grand-voile : 88 m2
Solent : 62 m2
Foc auto-vireur : 42 m2
Code 0 : 105 m2
Hauteur de mât : 20 m
Puissance moteur : 2 x 42 CV
Solé diesel Transmission d’arbre : arbre d’hélice
Capacité carburant : 2 x 400 l
Eau : 4 x 250 l
Prix version Propriétaire 3 cabines : 521 000 € HT
Prix version Charter 4 cabines : 525 000 € HT

