Le coeur des gammes de catamarans de croisière, calé ces dernières années à 45 pieds, tend à mordre quelques pieds supplémentaires... Le créneau des 50 pieds gérables sans équipage est devenu âprement disputé, comme en témoigne le lancement quasi concomitant de l’Aura 51 et du Lagoon 51. Nous avons pu découvrir le premier à La Rochelle.
Lieu de l’essai : La Rochelle
Conditions : vent de nord-nord-ouest 11 à 16 noeuds, 3 personnes à bord, petit clapot
Infos pratiques
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Si certaines marques du nautisme semblent hésitantes dans le domaine du design et de l’esprit de gamme, ce n’est assurément pas le cas du constructeur Fountaine Pajot ; à l’instar des grands fabricants d’automobiles, le chantier rochelais est parvenu à signer tous ses catamarans de la même griffe ; c’était déjà le cas avec les précédentes générations Joubert/Nivelt. L’esprit de famille est mis en place de nouveau avec la signature du premier Berret Racoupeau Yacht Design de « petite » taille – c’était l’Hélia 44 en 2012. La génération actuelle, avec ses étraves inversées, a été étrennée par le Saona 47 en 2017 (devenu Tanna en 2021) et rapidement confortée par l’Astréa 42 et l’Alegria 67 en 2018, l’Elba 45 en 2019 et enfin le Samana 59 en 2020. L’Aura 51 reprend très exactement les mêmes codes – très réussis d’ailleurs. On retrouve donc des superstructures allégées grâce au bouge de pont prononcé, le rouf à casquette qui s’avance à peine devant le pied de mât et le bimini affiné au maximum recouvrant pratiquement tout le cockpit. La seule évolution notable de cette dernière génération est la pente des étraves, désormais inversée.
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Malgré son déplacement relativement élevé, l’Aura 51 affiche de bonnes performances sous voile dans toutes les conditions.
Le rouf et le flybridge ont été conçus pour proposer un maximum de surface utile pour les panneaux solaires, eux-mêmes intégrés dans le design général. Seul le passage des bouts sur tribord est à retravailler.
Gérable à deux
Nous l’avons souvent écrit, 50 à 55 pieds représente la taille où un multicoque de croisière, s’il n’a pas été conçu dans un esprit « équipage réduit », peut réclamer un équipage pro. L’Aura 51 conserve le double poste avec manoeuvres à l’avant et barre à l’arrière en vigueur sur tous les modèles de 42 pieds et plus du constructeur. Sur le plan de la praticité, cette disposition n’est pas indispensable selon nous, mais elle a le mérite de clarifier la zone tout en ne réclamant qu’une largeur réduire – ce dont le flybridge, avec ses 16,2 m2, ne manque pas de profiter avec son imposante banquette en U et son bain de soleil. Autre avantage qu’on évoquera à nouveau plus loin : le barreur reste en contact avec les occupants tout proches du flybridge, bien sûr, mais également l’équipage présent dans le cockpit et même à l’extrémité de la cuisine. Qui dit flybridge dit bôme relevée ; ici, le vis-de-mulet reste ancré relativement bas, mais la coupe de la grand-voile relève sensiblement la bôme côté chute. Le génois recouvrant se règle via des rails bien rentrés – l’écoute bâbord passe sous un faux pont pour rejoindre le poste de manoeuvre. On y trouve trois winches et deux batteries de bloqueurs. Drisses, écoutes, traveller bosses : tout se règle depuis ce poste, à l’exception de l’écoute de gennaker (ou de spi) bâbord, qui réclame un winch dédié sur le pont, près de la poulie de renvoi. Tout le rouf et son fly sont bordés par une impressionnante surface de panneaux solaires – jusqu’à 2 000 Wc –, lesquels ont spécialement été découpés pour recouvrir de manière élégante la surface dédiée. Seul bémol : l’usage du faux pont mériterait d’être appliqué pour les retours de manoeuvres tribord – les bouts courent au-dessus des panneaux solaires. Un détail facile à corriger – rappelons également que ce modèle est le n° 1 de la série.
Le pontage avant est occupé par un généreux solarium (7,6 m2) et deux vastes trampolines. La baille du guindeau est astucieusement coiffée par un capot en bois – lequel fait office de petite table. Les coffres ne manquent pas devant le mât, mais leur manipulation est entravée par la sellerie. Les deux pointes avant offrent un très grand volume ; elles peuvent être aménagées en couchette équipage. Quant aux passavants, ils sont toujours larges et parfaitement dégagés ; le niveau inférieur du cockpit se rattrape par trois marches aisées à franchir. Ce cockpit arrière est particulièrement accueillant, avec une grande table (205 x 99 cm) capable de réunir 10 convives, ses deux méridiennes latérales et sa belle banquette arrière de 2,28 m. On note la présence d’un capot qui donne sur le flybridge – il offre un peu d’aération parfois bienvenu et peut aider à la communication depuis le solarium. Plus à l’arrière, on retrouve une plancha à gaz, un logement pour le BIB, deux jupes arrière équipées et, entre les deux, une plate-forme hydraulique (200 kg max).
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Poste de manoeuvre devant, poste de barre derrière – la traditionnelle helm station tout-en-un se dédouble à bord de la plupart des catamarans Fountaine Pajot.
Sensation de glisse
Le modèle dont nous disposons est équipé des moteurs de 75 CV optionnels (2 x 60 CV en série). Cette sur-motorisation facilite encore les manoeuvres : il est aisé d’opérer un demi-tour sur place et de bien se plaquer au quai ou au ponton avec l’aide d’une pointe ou d’une garde. A la sortie du port, nous avons été cueillis par un vent de nord-ouest idéal de 11 à 16 noeuds. L’Aura 51 a aussitôt démontré ses excellentes dispositions sous grand-voile haute et génois déroulé, se calant au travers à une vitesse de 8 à 9 noeuds. Précisons que le jeu de voiles en D4 signé Incidences (non prévu dans les options constructeur) et les hélices repliables apportent un effet turbo bienvenu. Au gré d’une risée un peu plus marquée, le GPS a même indiqué 10 noeuds. Le plan de voilure s’accommode parfaitement et facilement d’une navigation au plus près du vent – en particulier grâce au génois recouvrant avec son point de tire bien rentré. Evidemment, avec une vitesse inférieure à 5/6 noeuds, les ailerons relativement courts (1,32 m) ne peuvent supprimer un effet de dérive. Mais, dès 3 Beaufort, on peut espérer un cap un peu inférieur à 50° sans bloquer le catamaran. Sous gennaker, lors du shooting-photo, l’Aura 51 a été capable de tenir des moyennes supérieures à 10 noeuds. Ces performances sont excellentes au vu du déplacement annoncé et du confort constaté. Si on compare les caractéristiques de l’Aura 51 et du Saba 50, on remarque un déplacement qui passe de 15,7 t à 18,1. La surface de voile établie à 141 m2 du 50 grimpe à 154 m2 pour le 51. Le ratio voilure/ poids du Saba 50 est donc de 8,98 m2/t contre 8,51 pour son successeur – une valeur à la baisse, alors que l’Aura 51 est certainement le plus rapide des deux.
La douceur de barre et la bonne vue sur le plan d’eau et les voiles participent évidemment à l’agrément de navigation. Nulle accélération spectaculaire au programme, mais plutôt une impression de puissance et de sérénité qui invite à poursuivre notre navigation au large…
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La plate-forme arrière peut supporter une annexe de 200 kg ; au mouillage, elle fait office de beach club.
Le pontage avant est lui aussi aménagé en espace de farniente ; le capot en bois qui protège le guindeau fait office de table – astucieux, non ?
Une cuisine qui déborde à l’extérieur
En plus des nombreux panneaux solaires qui ceinturent le flybridge, la principale innovation présentée à bord de l’Aura 51 concerne son ouverture extra large de la nacelle, et la cuisine qui déborde dans le cockpit. Les baies vitrées comportent trois larges vantaux qui s’escamotent côté poste de manoeuvre, offrant déjà une ouverture potentielle de 1,86 m de haut par 2,29 de large. Tout à bâbord, le meuble cuisine se prolonge à l’extérieur, et supporte une baie vitrée supplémentaire de 53 cm. Grâce à l’îlot central, le maître queux ne gêne pas la circulation et peut oeuvrer quasiment à l’extérieur. Cette configuration dedans/ dehors nous a semblé très convaincante. Pour ne rien gâter, cette fameuse cuisine est particulièrement bien dotée en rangements, et des volumes froids supplémentaires peuvent être commandés. La nacelle est très lumineuse – elle est aussi adaptée, avec ses 2,17 m de hauteur sous barrot près de l’entrée, aux plus grands gabarits. La finition est partout soignée, sans jouer la carte du bling-bling. Le carré s’étend sur tribord ; il s’articule autour d’une banquette en L. Notre modèle d’essai dispose d’une table basse ; en l’absence de « vraie » table à cartes, l’option table haute électrique multifonction – y compris couchage d’appoint – nous semble plus judicieuse, ne serait-ce que pour disposer d’un bureau si besoin. L’aspect veille et navigation a été traité par le chantier à travers la méridienne centrale, laquelle offre une vue sur le plan de voilure et des prises pour brancher une tablette.
Notre Aura 51 dispose de 5 cabines (2 à bâbord, 3 à tribord) ; il est possible d’en avoir 4 avec la séduisante déclinaison Full Maestro, qui réserve toute la coque bâbord au Propriétaire, ou encore 6. Toutes présentent des lits installés travers à la marche (largeur de 1,50 ou 1,60 m) et sont équipées d’un cabinet de toilette. Les deux cabines les plus à l’arrière offrent un accès dans le cockpit. Dans les coques, la hauteur sous barrot est partout supérieure à 2 m.
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L’une des principales innovations apportées par l’Aura 51 est la très large ouverture de la nacelle et cette cuisine (avec îlot central) qui s’aventure dans le cockpit.
La grande table de cockpit (rallonge proposée en option) et ses nombreuses assises peuvent accueillir jusqu’à 10 personnes.
Conclusion
Commandé sur plans à 120 exemplaires – pour l’heure, seul l’Astrea 42 a fait un peu mieux encore –, l’Aura 51 est déjà assuré de démarrer une très belle carrière commerciale. Un succès mérité pour ce nouveau modèle au design séduisant. Confortable, fini avec soin et performant, le 51 se pose avant même son lancement officiel (prévu au Yachting Cannes Festival) comme un des concurrents les plus sérieux dans le segment des catamarans de croisière de 50 pieds.
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La nacelle priorise clairement la cuisine au profit du carré. Ce dernier peut toutefois être équipé d’une table électrique afin de gagner en hauteur. Pas de coin navigation ici, mais une méridienne de veille avec vue sur le plan de voilure.
Les cabines arrière disposent d’un accès au cockpit grâce à un grand capot monté sur vérins.
Quelle que soit la version d’aménagement choisie, toutes les cabines adoptent un couchage travers au sens de la marche.
LES + :
+ Design
+ Performances à toutes les allures
+ Facilité de manoeuvre
LES - :
- Pas de table à cartes
- Répartition de la surface pour les panneaux solaires perfectible
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DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Fountaine Pajot
Architectes : Berret Racoupeau Yacht Design
Longueur hors-tout : 15,54 m
Largeur : 8,08 m
Tirant d’eau : 1,32 m
Déplacement : 18,1 t
Surface de voile : 154m2
Grand-voile : 95 m2
Génois : 59 m2
Couchages : 4 à 6 cabines doubles + pointes avant
Carburant : 2 x 450 l
Eau : 900 l
Motorisation : 2 x 60 ou 75 CV
Prix Full Maestro 4 cabines : 865 311 € HT
Prix du modèle essayé (avec voiles standards) : 1 216 340 € HT
Principales options en € HT
Pack Confort : 80 000
Pack électronique Garmin no 3 : 16 500
Voiles Off Shore (Hydranet) : 23 500
Gennaker : 8 000 Tangon et accastillage de gennaker : 6 352
2 moteurs VOLVO D2 75CV : 3 967
Hélices quadripales repliables/VOLVO 75 : 4 080
Plate-forme annexe : 26 299
Winch de bossoir électrique : 2 500
Annexe 3,4 m et moteur 15 CV : 8 367
Coussins extérieurs de salon avant : 3 600
Plancha gaz intégrée : 1 650
Table multifonction électrique : 6 065
Chauffage complet : 15 200
Climatisation : 35 964
Batteries additionnelles (2 x 150 Ah) : 1 500
Eclairage sous-marin : 2 860
Groupe électrogène : 23 152
Dessalinisateur : 11 193
Armement sécu complet : 3 807
Radeau de survie MP10 : 2 000
Ancre 32 kg + chaîne : 1 546














