Caser dans un cata de moins de 10 m ce qu’on trouve dans 11 ou 12 m, c’est le défi qu’ont tenté de relever Martin Defline et Indigo Yacht. En prime, un design soigné et un prix serré. Pour le chantier, jusqu’alors habitué à remettre en service des moules existants, c’est aussi la première vraie nouveauté.
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Pour manœuvrer au port, on s’installe à bâbord, près des commandes moteur. Première surprise : le chantier a adopté un boîtier de commande monté travers à la marche… Marche avant c’est tribord, arrière c’est bâbord. Il faut s’y faire ! Et en cas d’urgence, mieux vaut réfléchir un peu avant d’enclencher plein gaz les mauvaises commandes. Mis à part cette particularité qui gagnerait à être démystifiée par un marquage adhésif adapté, l’Aventura, propulsé par deux moteurs de 14 CV se manœuvre plutôt facilement. Evidemment, comme à bord de tous les catas à franc-bord élevé – celui de notre 33 vaut la hauteur d’un bon 38 –, il faut tout de même se méfier du fort vent latéral.
Les ailerons, même courts, empêchent de beacher si la plage n’est pas vraiment pentue. Attention : la forme des appendices du 33 ne facilite pas le dégagement en marche arrière quand on touche.
Grand soleil et petite brise à La Rochelle : notre sortie à bord de l’Aventura 33 ressemble à s’y méprendre à nos premiers bords deux mois plus tôt à La Grande Motte. C’est en effet dans le port languedocien, à l’occasion des Salons du Multicoque, que le plan Martin Defline a été présenté pour la première fois au public. Ligne tendue et moderne, décoration bicolore qui valorise le redan de coque, sellerie orange, le nouveau venu a su attirer les visiteurs. A ce jour, déjà deux exemplaires sont construits et deux autres sont commandés. Les professionnels se sont également pressés à bord. Ce qui n’est pas pour déplaire à Igor Cherques, technico-commercial du chantier : « Notre catamaran pourrait intéresser les loueurs : pour le prix d’un Lagoon 400, ils peuvent s’offrir deux Aventura 33 ! » plaisante-t-il. La construction est assurée en Tunisie. Les œuvres vives sont en monolithique pour une robustesse maximum et la facilité de réparation en cas de bobo. Les œuvres mortes tentent logiquement de faire descendre le devis de poids en adoptant un plus sophistiqué sandwich mousse PVC/verre. La largeur et le gabarit ont été étudiés pour emprunter le canal du Midi. Visiblement, les clients potentiels s’en fichent un peu. Mais pas l’équipe d’Indigo Yachts, qui livre régulièrement ses bateaux sur la côte atlantique par cette voie fluviale. Un parcours superbe voulu par Louis XIV qui se mérite : 8 jours minimum sous les platanes. Mais c’est ça ou le tour de l’Espagne, avec les alizés portugais dans le nez. Alors...
Le dessin des coques est particulièrement moderne : redans prononcés, ailerons tandem et étraves inversées.
UN FOC AUTOVIREUR PARFAIT POUR LA BRISE
Dans le chenal du port, devant la tour Richelieu, on hisse la grand-voile à corne sans aucune difficulté. Les chariots Z-Spars facilitent évidemment le travail. Le plus simple est de hisser le plus gros au pied de mât. Malheureusement, la sortie de drisse est bien basse pour l’exercice ! Le foc est déroulé en une seconde. Normal, avec ses 17,5 m2 seulement, il est pratiquement trois fois plus petit que la GV. Avec 12 nœuds de vent, on peut pointer très haut, à 45° du vent réel, puisque les voiles peuvent être bordées très plat. Sans résultat probant : la vitesse plafonne à 3,5 nœuds. Pas brillant. On accélère à 4,4 nœuds en abattant de 10° et en ouvrant les voiles. Ce petit foc manque clairement de chevaux, d’autant qu’on a l’impression que le bateau est sensiblement plus lourd que les 3,2 t annoncées – les premiers exemplaires sont souvent sur-échantillonnés, les suivants seront sans doute plus vifs. En revanche, le bateau vire très facilement, sans hésitation, sans culer. Une qualité appréciable pour un équipage familial, d’autant qu’on ne touche pas à l’écoute du foc autovireur. Le plan de voilure élancé de l’Aventura 33 réclame en revanche un réglage précis pour donner le meilleur. La vitesse vient en débridant encore, c’est bien connu : notre GPS affiche près de 6 nœuds au travers. Grâce au gennaker rouge, on engrange même une pointe à 7 nœuds. Une voile facile à utiliser grâce à l’emmagasineur. Et franchement indispensable pour animer le bateau.
Une grande terrasse en teck, des assises latérales et deux postes de barre – franche, c’est à peu près tout. Le chantier propose une disposition plus conventionnelle avec une grande table sur demande.
AILERONS TANDEM
A l’issue d’une cure d’amaigrissement et doté d’un vrai génois à recouvrement, nul doute que l’Aventura 33 pourrait marcher beaucoup plus fort. Le chantier a adopté deux barres franches. Sur notre modèle d’essai, l’agrément de cette configuration est légèrement terni par des bagues trop ajustées. Mais on est bien installé, avec une belle vue sur l’étrave. En revanche, on ne voit rien de ce qui se passe sous le rouf, sur l’autre bord. Il faut régulièrement se mettre debout pour inspecter l’horizon. Idem pour les postes de manœuvres : répartis sur chaque bord, ils offrent une vue très partielle de ce qu’on fait. Quelques panneaux vitrés et ouvertures pourraient remédier à ce problème. La grand-voile, dépourvue de hale-bas, est réglée grâce à deux palans repris sur un winch monté sur la poutre arrière. Le plan de pont se caractérise par une tonture particulièrement marquée. Les passavants sont larges, rouf et bimini bordés par des mains courantes, le trampoline accueillant et les apparaux de mouillage et d’amarrage fonctionnels. Quelques détails à revoir tout de même : une ouverture – c’est prévu – pour gagner le bord sans escalader péniblement le balcon arrière, des embases de chandeliers plus rigides et un taquet de garde plus éloigné du hauban (déjà déplacé sur le n°2). Le cockpit, quant à lui, est complètement dégagé. Un grand plancher en teck et seulement une table minuscule, accompagnée de deux chaises pliantes. D’autres configurations d’aménagement peuvent être étudiées par le chantier. Pour prendre des photos du cata et faute d’annexe, nous décidons de beacher sur la plage des Sablanceaux, sur l’île de Ré. Le ressac nous incite à nous approcher tout doux… la mer montante nous rassure. Boum, boum, les ailerons tandem touchent. Rapportés à la coque, ils sont costauds. Et même en cas de casse, ils n’entraînent pas de voie d’eau. Il est temps de se mouiller le maillot fissa pour gagner le sable sec. L’Aventura 33, pleine marche arrière, peine un peu à regagner le large. La faute sans doute à la forme de ses ailerons qui « crochent » le sable… Pas question en tout cas de présenter les safrans vers le rivage : très élancés, ils sont bien sûr bien plus fragiles que les ailerons.
Du volume, beaucoup de lumière et toujours de la fraîcheur grâce à la casquette de rouf : la nacelle est une réussite.
UN CARRE PLUS SEDUISANT QUE LES CABINES
Notre retour vers La Rochelle, poussé par le gennaker, nous laisse le temps de profiter des emménagements. On apprécie les lattes de teck du cockpit qui se poursuivent dans le carré. A bord d’un cata de 10 m, cette grande pièce à vivre de 2 m de hauteur sous barrot est une réussite. Il y fait frais et on peut y manger à cinq ou six, avec une vue imprenable sur le mouillage. Le tout à plat et sans roulis, bien sûr ! Le chantier a néanmoins prévu des fargues. Très bien… On pourrait également obtenir un pied de table plus costaud ? La casquette masque efficacement les rayons les plus verticaux. L’intérieur de la pièce mérite une finition gel coat. La cuisine en L, logée dans le coin avant tribord, est complète, avec son évier, sa cuisinière, sa poubelles et ses rangements. Près de l’entrée, une tablette coulissante fait office de table à cartes. On sera mieux installé dans le carré. Trois marches nous mènent vers les cabines. A bâbord, deux couchettes doubles un peu étroites faute d’élargir encore les coques. A l’arrière, avec 1,35 m de largeur, on est encore quasiment au format terrestre. Mais à l’avant on relève moins d’1,20 m. Le vaigrage sombre et uniforme donne une ambiance tristounette comparée à la nacelle. Mais à bord du prochain modèle, il y aura à la place un élégant lattage en bois. L’aération est satisfaisante mais les rangements un peu chiches : à l’arrière, il y a les moteurs – pas trop bruyants. C’est donc sous la couchette avant qu’on peut compter sur un grand coffre. Les planchers sont collés. Il y a bien une trappe de visite mais on préférerait pouvoir inspecter tous les fonds. Pour les toilettes, on passe à la coque tribord, dédiée au propriétaire. Ici, une seule cabine à l’arrière, un petit bureau et une grande pièce d’eau nichée dans l’étrave.
Un intérieur moderne et réussi.
EN CONCLUSION
L’Aventura 33 a pu valider ses qualités marines lors de son convoyage express de la Tunisie vers la Grande Motte. Le bateau est assurément robuste. Trop peut-être. Son devis poids ne semble pas respecté, embonpoint qui se traduit par une somnolence par petit temps. Dommage, parce que les carènes soignées devront attendre 15 nœuds de vent pour exploiter leur potentiel. Le plan de pont et le cockpit sont nets et bien pensés. Il faudra tout de même prévoir au wincheur une vue sur ses réglages. A l’intérieur également, quelques points de finition sont à revoir, mais les emménagements offrent un volume inhabituel pour un 33 pieds. Un bon support pour la croisière côtière et semi-hauturière en famille.
Un intérieur moderne et réussi.
LES PLUS
- Design moderne
- Habilité intérieure
- Prix serré
LES MOINS
- Performances décevantes par petit temps
- Quelques détails de finition à revoir
Fiche technique
- Aventura 33
- Longueur hors tout : 10,56 m
- Longueur de coque : 9,98 m
- Longueur à la flottaison : 9,98 m
- Largeur : 5,30 m
- Tirant d’eau : 0,90 m
- Poids : 3 200 kg
- Voilure au près : 63,7 m2
- Grand-voile : 46,2 m2
- Génois : 17,5 m2
- Spi : 48 m2
- Moteur : B 2 x 14 cv
- Catégorie CE : B
- Architecte : Martin Defline
- Constructeur : Indigo Yachts
- Année de lancement : 2011
- Prix : 157 872 euros TTC
Détails du bateau
Avec son vaste trampoline, son rouf volumineux et ses coques haut perchées, l’Aventura 33 joue dans la cour des « grands » catas de 36/38 pieds.

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