Ce nouveau modèle s’intercale logiquement entre les Aventura 34 et 44. Dans cette taille de 11 mètres, peu de concurrents, et pourtant une forte demande si on en juge par le carnet de commandes du constructeur – plusieurs dizaines d’Aventura 37 sont signés. Précisons que ce catamaran compact présenté pour la première fois à Cannes en septembre dernier est plutôt réussi, et particulièrement bien placé en termes de prix.
Lieu de l’essai : Canet-en-Roussillon
Conditions : vent d’ESE 10 à 16 noeuds, mer agitée
Infos pratiques
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Aventura : déjà 20 ans de multicoques !
A l’origine, Aventura Catamarans était orienté vers la production de petits multicoques de camping côtier. Vinrent ensuite rapidement les très malins 23 et 28 (à partir du Camping Cat 23 du groupe Fauroux et du Diabolo 28 de Jean et Jacques Fioleau). L’Aventura 20 fut le premier catamaran entièrement conçu et réalisé par le constructeur. C’est le 33, sous le crayon de Martin Defline, qui signa véritablement le style maison ; l’aventure du modelage et de l’industrialisation se poursuivit avec le 43 du même architecte. En 2015, la production s’est installée dans une nouvelle usine moderne à Menzel Bourguiba (près de Bizerte). En 2017, le constructeur a dévoilé sa nouvelle gamme signée Lasta Design, qui inclut le 34, le 44, le 10, le 14 (ces deux-là sont des powercats) et bien sûr la nouveauté 2021 : l’Aventura 37. Ce nouveau modèle est construit entièrement en infusion en moules femelles sur une matrice sandwich mousse d’Airex, verre, polyester. Les oeuvres vives sont aussi en sandwich jusqu’à la base des ailerons rapportés (en monolithique verre polyester).

Le clapot court, lors de notre essai, n’a nullement gêné la vitalité sous voile de l’Aventura 37.
Design d’un catamaran de 37 pieds : un exercice délicat…
Chacun s’accordera à dire que le dessin des catamarans habitables est un exercice délicat, et qu’en dessous de 40 pieds, le challenge se complique encore si l’on veut proposer un package « confort » à même de satisfaire ceux qui accordent une prime aux aménagements dignes de ceux d’un appartement moderne… Avec ce 10,90 m, la créativité de Samer Lasta conjuguée à l’expérience d’Eric et Romain Roger semble avoir trouvé la voie du succès. La recette du catamaran de croisière habitable (au sens contemporain du terme) est connue, elle inclut au minimum trois cabines doubles indépendantes, un cockpit couvert qui est devenu le patio à vivre depuis l’indépendance du poste de pilotage, une ergonomie très orientée farniente, un design intérieur tendance urban chic, neutre, mais pas triste et soucieux de woman acceptance. Le bateau doit également disposer de qualités nautiques de bon aloi, rien que ça… L’atteinte de cet objectif suppose la résolution d’un problème complexe ; un défi qu’Aventura semble avoir relevé avec soin et intelligence. La silhouette générale est séduisante si l’on prend soin de désinstaller pour les photos la sellerie un peu massive du bain de soleil supérieur (qui reste un accessoire de mouillage). L’inclusion du toit du bimini dans le dessin général est réussie, le pare-brise incliné et la paupière qui le surplombe donne du mouvement au roof, les proportions sont élégantes et le style des flotteurs est dynamique. La discrète tonture de pont soulignée par une double nervure, les étraves imperceptiblement inversées et les puits de lumière ventilés, élégants et très efficaces, constituent les élément styliques caractéristiques du 37. Les jupes arrière aux tableaux bien émergés sont pratiques pour l’arrivée en annexe ou l’accès à bord depuis un ponton longside. J’aurais tout de même volontiers relevé le garde-corps arrière de 30 cm afin d’éviter toute chute à la mer.
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L’architecte et le constructeur proposent un ratio voilure/ poids de 11,9 m2/t : un ration plutôt favorable comparé à ses principaux concurrents un peu plus grands de 40 pieds.
Seul ce plan vu d’arrière trahit l’exercice de « compacité » auquel s’est livré Samer Lasta pour tout faire rentrer dans 37 pieds seulement.
Un aménagement réussi et une ergonomie soignée
Tout d’abord, adressons une mention très bien pour l’espace cockpit qui inclut un grand bain de soleil à tribord, un salon d’extérieur en L autour d’une jolie table bois sur de solides piètements, une très confortable banquette arrière et une petite méridienne. La descente vers les jupes est commode. La sellerie est d’excellente facture. La montée vers le poste de barre s’effectue par une petite volée de marches sécurisée entre la platine de manoeuvre et la navstation servie par un agréable siège deux places. L’accès au large bain de soleil du toit de roof est possible via un bel escalier inox sécurisé par une main courante et un balconnage solide. Le carré-salon est bien pensé, et la menuiserie séduisante (d’aspect comme en finition). La cuisine en U ouvre directement sur le cockpit et intègre tous les éléments souhaitables – grand bac d’évier, four, plaque de cuisson deux feux avec serrecasseroles. Un micro-ondes est possible. La table du carré ne servira que lors de conditions fraîches à l’extérieur, ou comme appoint ; elle accueille 5-6 personnes avec deux sièges supplémentaires. Le bar intégré dans la table restera une option, selon moi, il gêne plus qu’il n’apporte. Le piètement télescopique autorise la transformation du carré en tatami. La visibilité est soignée, la ventilation frontale servie par d’excellents panneaux ouvrants commodes à manipuler. Dans la version essayée, on constate une véritable évolution de la qualité des productions Aventura ; ventilation, éclairage naturel ou électrique, choix des essences bois, atmosphère, tout concourt à une ambiance agréable, une perception de belle fabrication. On note également un foisonnement de bonnes idées, telles que tablettes, rangements, panneaux de ventilation extérieurs et ouvrants dans le cockpit.
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Le cockpit propose de nombreuses assises et une méridienne sur tribord.
Carré, cuisine, table à cartes et rangements : tout est bien rentré dans cette nacelle généreusement vitrée.
Les cabines sont bien traitées – volume, luminosité, stockage et finitions, il ne manque rien.
Le mot de l’architecte - Samer Lasta

Pour l’Aventura 37, nous avons procédé selon ma méthode d’élaboration de projet habituelle. Il s’agit d’installer une communication étroite avec le chantier constructeur en vue de recueillir son attente précise, issue des retours clients. Cette démarche peut sembler simple, mais elle suppose d’innombrables échanges de croquis, d’idées (à toute heure du jour ou de la nuit !) pour arriver au résultat. Ensuite, je peux proposer une ébauche issue d’une approche globale du bateau. Je tiens beaucoup à cette philosophie de conception en spirale (une idée chère à James Wharram), qui suppose de repasser par le global après chaque problème réglé afin qu’aucun élément (structurel, design intérieur, gréement…) n’entre en collision avec un autre. Etant seul concepteur (lignes d’eau, intérieur design extérieur), je garde la maîtrise de cette cohérence, c’est ma façon de travailler, elle correspond bien au chantier STGI. Pour le 37, nous voulions un 11 m qui n’ait rien à envier à un 12 m en termes de vie à bord et d’ergonomie. Un catamaran structurellement sain (cadènes reculées à 11°, à l’aplomb d’une cloison par exemple), agile, vif et agréable.
Installation mécanique
C’est clair et propre : on regrette encore quelques faisceaux de fils baladeurs, et une découpe du passage de la biellette inter-safrans dans les cloisons qui aurait mérité mieux. Les tablettes mécano-soudées en aluminium sur lesquelles repose le pilote sont bien échantillonnées et solidement boulonnées aux cloisons arrière ; traversées par les mèches de safrans, les butées de bras de mèche sont satisfaisantes, mais un équerrage plus généreux permettra de mettre ces pièces exposées à l’abri d’une rupture lors de marches arrière involontaires dans les vagues. L’étanchéité des passages de gaines vers l’avant du catamaran semble avoir été bien prise en compte afin de confiner une éventuelle invasion d’eau dans la partie moteur. Le logement batteries sous le plancher du carré est pertinent, à condition de rapatrier la gestion électronique sous la table à cartes (ce qui va être fait sur les exemplaires suivants pour permettre aussi l’installation d’un élément supplémentaire).
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Devant le rouf, de profonds rangements encadrent la baille à mouillage.
L’installation des moteurs et de ses périphériques est bien traitée à l’exception de quelques fasceaux électriques en goguette et découpes perfectibles.
La gestion électronique intégrée au logement des batteries sous le plancher va rejoindre les dessous de la table à cartes.
Un catamaran agréable et facile à manoeuvrer
Avec 8 t lège et armé, le 37 se situe dans la moyenne de déplacement des catamarans comparables. La hauteur de nacelle confortable, conjuguée à une bonne finesse des entrées d’eau, à un aérodynamisme et à un centrage des masses cohérent, autorise une bonne manoeuvrabilité au moteur avec un fardage et un encombrement réduits ; des qualités appréciables au mouillage ou dans les ports saturés. Lors de notre essai réalisé dans de bonnes conditions (beau temps, vent d’ESE 10 à 16 noeuds, mais gros clapot croisé 1 m à 1,50 m), la vélocité au bon plein s’est montrée satisfaisante (6,8 à 8,2 noeuds), tout comme le passage à la vague par mer agitée. Il est évident que, dans ces conditions, une voile d’avant type Code 0 (recommandée !) aurait permis de réduire les mouvements de plate-forme en appuyant mieux le catamaran, tout en procurant une vitesse supérieure d’un noeud. La brise étant assez oscillante, nous constations de bonnes accélérations dans les risées supérieures à 13/14 noeuds. La manoeuvre du 37 est un jeu d’enfant sous génois enrouleur et GV grâce à une intelligente console séparée de la barre qui regroupe bloqueurs et winches. La visibilité sur l’ensemble du plan de pont est appréciable, et le barreur placé en arrière peut observer l’action et conseiller l’équipier. L’ergonomie bien pensée de l’ensemble navstation autorise une parfaite maîtrise des principales manoeuvres en solo (virement, réglage traveler et écoute GV, empannage) avec l’excellent pilote Garmin dont les commandes sont bien accessibles. Le jeu de voiles Elvström Black était remarquable tant en shape qu’en qualité de fabrication. Le génois à faible recouvrement est facile à virer. L’enrouleur Selden, parfaitement dimensionné, est fluide à l’usage. La GV à corne de presque 60 m2 est puissante et intuitive à régler. Un joli spinnaker asymétrique nous a permis de prendre plaisir lors d’une belle descente dans le vent en tutoyant les 9 noeuds tout en conservant une belle stabilité. Le mât et le gréement Selden inspirent confiance (en qualité comme en inertie).

Le plan de pont assure une circulation facile et sûre en navigation.
Le point de vue de la barreuse

J’ai apprécié les cabines spacieuses, bien éclairées et ventilées, et l’espace de convivialité salon-cuisine. L’agrément du volume intérieur ne nuit pas à l’espace cockpit ni aux bains de soleil farniente ; cet Aventura est un catamaran de croisière moderne, séduisant, idéalement pour quatre sybarites, un genre de « grand-petit » multicoque ! Le poste de pilotage est confortable, le plan de pont dégagé et efficace. Je me suis senti à l’aise sous spinnaker à 9 noeuds.
Patricia Desloge
Conclusion
Lors de cet essai, j’ai eu plaisir à découvrir un catamaran homogène, bien pensé et fabriqué soigneusement. Le 37 réalise une synthèse pertinente des solutions déjà mises en oeuvre par d’autres constructeurs leaders tout en les fusionnant dans le creuset Aventura. Le résultat est agréable à vivre et à naviguer. En dépit de sa taille pouvant être considérée comme modeste, le 37 sera l’instrument de presque tous les programmes, sans complexe par rapport à des unités plus imposantes – et encombrantes.
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Les + :
+ Silhouette, aménagements et ergonomie réussis
+ Catamaran homogène facile d’utilisation
+ Bon comportement à la voile
Les - :
- Emplacement de la gestion électronique batteries sur le n° 1 (corrigé)
- Balconnage arrière à relever
- Rationalisation de l’organisation du câblage dans la cale moteur
Descriptif technique
Constructeur : Aventura Catamarans/STGI
Architecte : Samer Lasta
Longueur hors-tout : 10,90 m
Largeur : 5,94 m
Tirant d’eau minimum : 1,20 m
Tirant d’air max (VHF compris) : 20,00 m
Déplacement lège : 7,90 t
Voilure au près : 94,00 m2
Grand-voile : 58,00 m2
Génois : 36,00 m2
Gennaker : 60,00 m2
Spi asy : 85,00 m2
Spi symétrique : 90,00 m2
Eau : 2 x 250 l
Carburant : 2 x 250 l
Eaux noires : 80 l
Configuration standard : 3 cabines doubles / 2 salles d’eau
Configuration optionnelle : 3 cabines / 3 salles d’eau 4 cabines / 2 salles d’eau, 4 cabines / 4 salles d’eau
Motorisation : 2 x 20 ou 30 CV
Homologation et catégorie de conception CE : A8 - B12 - C16 - D20
Prix version Standard : 237 500 € HT
Version Quattro 4 cabines / 2 salles d’eau : 240 500 € HT
Version Trio 3 cabines / 3 salles d’eau : 241 500 € HT
Version Charter 4 cabines / 4 salles d’eau : 243 500 € HT
Principales options en € HT
Pack Easy Sail, incluant les chariots de GV, le lazy bag et l’enrouleur de génois : 3 700 Pack
Confort, incluant sellerie extérieure, guindeau, éclairage leds, réseau 220 V + chargeur, rideaux intérieurs, mouillage, antifouling, batterie 225 Ah servitude : 19 800
Hélices repliables (20 CV) : 3 912 Winch électrique Harken 46 : 4 189
Gennaker Elvström avec accastillage : 6 201
Dessalinisateur 50 l/h : 8 504
Traitement préventif anti-osmose : 2 382
Pack Garmin no 2 : 9 985
Sécurité : 6 550
Mise à l’eau : 2 950









