Le Balance 526 est un très joli catamaran construit en Afrique du Sud dont six exemplaires naviguent actuellement (les no 7 à 10 seront à l'eau en 2019/2020…). Nous n'avons pas encore eu l'occasion de le tester, les propriétaires des premières unités ayant tous choisi de profiter de leur multicoque… Mais Dave Block, skipper professionnel reconnu, a accepté de nous faire une analyse détaillée de son expérience à bord du Balance 526 !
Infos pratiques
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La première fois que j’ai entendu parler des Balance, c’était par des amis convoyeurs professionnels de la zone caraïbe qui semblaient – favorablement – impressionnés par ces catamarans. J'ai donc sauté sur l'occasion lorsque Reliance Yacht Management m'a demandé de livrer un Balance 526 baptisé Dragonfly (coque no 4) de Tortola à Newport (Rhode Island) en mai dernier.
Après quelques recherches, j'ai appris que le 526 avait été construit par le légendaire professionnel sud-africain Jonathan Paarman, grand surfeur et constructeur de bateaux. Après avoir quitté la division composites et outillage de Voyage Yachts, qu'il a dirigée pendant huit ans, il a monté en 2008 un chantier à St. Francis Bay afin de construire des catamarans de voyage haut de gamme en carbone/époxy. Tout a commencé avec un 60 pieds qu'il a lancé en 2010 pour des expéditions de pêche et de surf en Indonésie. Plus tard, en 2013, Jonathan a signé un partenariat avec Phil Berman, marin américain reconnu et courtier en yachts – mais également ancien champion du monde Hobie Cat et auteur d'une série de livres sur la course et la croisière en catamaran. Difficile d’imaginer deux hommes plus expérimentés pour concevoir et construire un catamaran de voyage.
Paarman et Berman étaient du même avis quant au type de catamaran à bord duquel ils souhaiteraient naviguer s’ils avaient le temps de le faire. Excellents régatiers quand ils étaient jeunes, ils reconnaissent volontiers que ce qui les anime aujourd’hui, c’est de vivre des aventures sur l'eau. Aller vite, c’est parfait, mais ils souhaitaient également un catamaran qui puisse être facilement manœuvré, réparé dans des endroits éloignés et qui ait une capacité de charge utile suffisante pour transporter du matériel de pêche, des kayaks, des planches de surf, du matériel de plongée, un gros dinghy pour rejoindre les spots de surf dans les récifs et de nombreuses pièces de rechange. Sans oublier une grande capacité de stockage de carburant en cas de besoin.
Les marins-surfeurs aux vues similaires ont donc décidé assez rapidement de travailler ensemble sur un nouveau design qui permettrait à un couple de parcourir le monde rapidement et confortablement. Ils se sont ensuite associés à l'architecte naval du Cap, Anton Du Toit, pour superviser la conception et les détails techniques. A juger du résultat, il s’agit d’un excellent cocktail de talents : le Balance 526 que j’ai livré est un support de voyage tout à fait remarquable sur le plan des performances – une sorte de série BMW M pour le grand large.
Le Balance 526 sous voile
Le chantier Balance propose son 526 avec des ailerons fixes ou des doubles dérives. Le catamaran sur lequel j'ai navigué, Dragonfly, était doté d’ailerons. Je peux donc évoquer les performances de cette version seulement. Pour ceux qui s’intéressent aux différences de potentiel d'un 526 avec des ailerons ou des dérives, je suggère vivement d'aller voir sur le site Web Balance ; vous y découvrirez une étude complète des deux configurations. On y trouve également les polaires de vitesse des deux versions du 526 dans une large gamme de conditions de vent.
Revenons maintenant à Dragonfly. Notre catamaran était entièrement équipé pour la croisière avec un groupe électrogène de 6,5 kW, des panneaux solaires de 1 300 watts, une machine à laver, un dessalinisateur, deux réfrigérateurs et deux congélateurs, un radeau de sauvetage, un système de climatisation complet et quatre voiles en stock. Avant de quitter Tortola, notre équipage de trois personnes a complété les réserves de carburant et d’eau. C’est donc dans une configuration grande croisière et pleine charge que notre essai s’est déroulé.
Bien que notre convoyage ait compté un bon nombre de jours sans vent, nous avons néanmoins rencontré des conditions suffisamment variées lors de notre périple de 1 800 milles pour se faire une bonne idée de la vitesse du Balance 526, de son comportement et de la qualité de vie à bord.

Les convoyeurs professionnels relèvent rapidement, sur chaque multicoque qu’ils prennent en main, le régime idéal où les coques glissent sans efforts. Cette vitesse pour le 526, à pleine charge, est de l'ordre de 10 à 12 nœuds avec une brise de plus de 12 nœuds. Dès 7 nœuds de vent, tant que son grand Code 0 porte bien, le Balance parvient à marcher à la vitesse du vent. Au louvoyage, par 12 nœuds de vent ou un peu plus, la vitesse se stabilise à 9 nœuds. Au débridé dans ces conditions, on atteint facilement les 10/11 nœuds. Au-dessus de 14 nœuds, nous avons relevé 9,5 à 10 nœuds au près serré et 11 à 13 sitôt les écoutes débridées. Avec 17 nœuds de vent, vous n’irez pas plus vite au près – et vous aurez frappé le premier ris un peu plus tôt. Mais dès que vous abattrez un peu, le GPS indiquera 13 à 15 nœuds. Par vents très forts, le surf grâce aux vagues permet de taquiner les 20 nœuds, mais ces vitesses ne seront pas maintenues de manière constante. Plusieurs propriétaires de Balance ont parcouru des distances de 260 milles ou plus en 24 heures. Chargé comme à vide, il s’agit d’un catamaran très, très rapide.
J'ai trouvé la navigation douce et agréable, avec peu de tangage. Les concepteurs ont pris soin de bien centrer les équipements les plus lourds tout en dégageant les étraves et les poupes.
Ce qui est remarquable à bord du 526, c’est que ce catamaran navigue facilement à ces vitesses élevées. Son gréement, ses systèmes d’enrouleurs, le réglage des écoutes ne sont pas plus complexes que ceux d’un catamaran de grande série destiné au charter. Et c’est bien grâce à ses concepteurs que le Balance est remarquablement aisé à manœuvrer, compte tenu de son plan de navigation puissant, de ses vitesses élevées et donc du fort vent apparent généré. Même si nous n’avons pas beaucoup tiré de bords, il n’est pas nécessaire de toucher au solent autovireur lors des virements. Et le foc, comme toutes les autres voiles, se règle depuis les winches situés juste à tribord de la barre dont la colonne est mobile.

Le système de direction du 526 est de type mécanique : de grands pignons Edson entraînent des cordages en Spectra autour des poulies. La sensation est remarquable pour un catamaran, où les retours de sensations de barre des unités standards tiennent du poids lourd... Pour le marin sportif, cette barre ne décevra pas – elle est parfaitement équilibrée et réactive en toutes circonstances.
Un autre point fort du 526 est son excellente visibilité sur le plan d’eau. Depuis le poste de barre, bien sûr, mais également lors des navigations sous pilote ; en marchant autour du 526 avec la télécommande en main, la visibilité et les champs de vision sont les plus larges et les plus dégagés de tous les catamarans que j'ai convoyés. Que vous pilotiez le 526 en bas, en haut, dans le salon ou dans le cockpit arrière, la vue dégagée dans toutes les directions est remarquable. Les concepteurs ont supprimé la plupart des angles morts de ce catamaran.

Le 526 au moteur
Le 526 standard est équipé de deux moteurs Yanmar de 45 CV, mais, à ce jour, tous les modèles ont été équipés de Yanmar 57 CV, car ces moteurs n’ajoutent aucun poids supplémentaire au catamaran. A plein régime dans une mer plate avec les deux moteurs, on atteint 10 à 10,5 nœuds, mais, lors de la traversée, nous avons fait tourner un moteur à 2400 tr/min, ce qui nous a permis de progresser à 7,5 nœuds. La consommation de carburant à cette vitesse sur un moteur est très faible, ce qui lui confère une autonomie exceptionnelle avec ses réservoirs fixes. Le chantier propose une pompe de transfert de carburant dans le grand coffre situé devant le mât pour ceux qui souhaitent augmenter l’autonomie en ajoutant un réservoir supplémentaire ou des jerrycans.

Une construction très soignée
Le Balance 526 est construit, comme la plupart des catamarans de course, en carbone époxy. A l’intérieur, aucun module ou quelconque meuble en fibre de verre afin d’alléger les poids au maximum ; chaque élément est fabriqué en sandwich/mousse à la main au chantier. La majeure partie de l'intérieur est poncée à la main et peinte dans une finition blanche lisse pour éviter l'utilisation de vaigrages ou d’habillages en bois. La finition est superbe, reflétant des milliers d’heures de ponçage et de peinture soigneuses. Un tel catamaran construit en Europe ou en Amérique devrait sûrement coûter plusieurs milliers de dollars de plus en raison des coûts de main-d'œuvre énormes associés à une telle construction. Toutes les poignées, les portes et les meubles de cockpit sont en composite. Il n’y a tout simplement presque pas de bois ou d’acier inoxydable sous le pont de ce catamaran.
La capacité de rangement du 526 est importante comparée à tout autre catamaran de performance de cette longueur que j’aie vu. Ce n’est pas le genre de catamaran spartiate où les invités grimperont par-dessus leurs vêtements et leurs affaires, chaque cabine étant équipée de tiroirs, de penderie et d’étagères.
Un catamaran sans chichis
Il est évident, pour quiconque voit ou navigue sur cette unité, que Berman et Du Toit sont de vrais marins, mais également qu’ils sont également motivés par une véritable vision esthétique. La conception et le design du 526 sont sans gadget. Ses lignes sont épurées et anguleuses, nettes et contemporaines, exemptes de tout éclat criard, mais sobres, élégantes. Lorsque nous sommes entrés dans le port de Newport à bord de Dragonfly, toutes les têtes se sont retournées !
Aussi élégant soit-il, chaque aspect du dessin semble avoir été pensé à travers un prisme de simplicité. L'accès pour les réparations est exceptionnel, le passage de la barre aux passavants puis au pont avant est un jeu d'enfant. Quant au câblage et auxs installations des systèmes, ils reflètent tous un engagement en faveur de l'excellence fonctionnelle. Passer du carré au cockpit, du cockpit aux jupes, est aussi ergonomique que possible. Que ce soit dans les salles de bains, dans les cabines ou dans la cuisine, le Balance 526 est un catamaran raffiné à bord duquel il fait bon vivre.

Un prix élevé
Le seul inconvénient majeur du Balance 526 est sans doute que la plupart d’entre nous n’ont pas les moyens de se l’offrir. Son prix de base de 1 399 000 dollars US et la plupart des unités équipées pour la grande croisière coûtent 1,6 à 1,7 million de dollars. Le 526 est pourtant le catamaran en sandwich carbone/époxy le moins cher du marché dans sa longueur – il existe évidemment des catamarans plus accessibles en fibre de verre. L’acheteur d’un Balance 526 sera un marin expérimenté qui apprécie la qualité de la construction, les performances et les caractéristiques de design offertes. Il n’est pas surprenant que, jusqu’à présent, tous les acheteurs du 526 achètent leur deuxième ou troisième grand catamaran.

Fiche technique :
Longueur hors-tout : 16,00 m
Largeur hors-tout : 8,26 m
Surface de voile au près max : 157,10 m2
Grand-voile : 106 m2
Solent autovireur : 43 m2
Gennaker : 108 m2
Spi asymétrique : 240 m2
Tirant d’eau dérives : 1,12/2,20 m
Tirant d’eau ailerons fixes : 1,37 m
Tirant d’air : 23,93 m
Hauteur de la nacelle : 0,88 m
Déplacement version ailerons fixes : 12,215 t
Déplacement version dérives : 12,261 t
Déplacement max en charge : 15,625 t
Charge utile : 3,125 t
Motorisation : 2 x Yanmar4jh57 de 57 CV
Capacité carburant : 2 x 500 l
Capacité eau : 2 x 390 l
Prix de base : 1 399 000 $
Prix équipé pour le grand voyage : 1 600 000 $
01 : Avec près de 90 cm au-dessus de la surface, la nacelle est bien dégagée des vagues.
02 : Le bout-dehors fixe permet d’amurer des voiles de portant bien dégagées de l’étai principal.
03 : Pas besoin de toucher aux écoutes lors des virements de bord grâce au foc autovireur.
04 : Les étraves inversées permettent de profiter d’une longueur à la flottaison maximum tout en allégeant le poids à l’avant et dans les hauts.
05 : La construction tout carbone se traduit par un poids plume pour un catamaran de 16 m.
06 : Le Balance 526 est disponible avec des dérives ou des ailerons fixes.
07 : Un Cunnigham permettrait de reprendre plus facilement la tension de guindant de la grand-voile.
08 : Un rebord à l’angle du rouf fait office de prise, mais il n’est pas assez profond ; le chantier propose désormais des vraies mains courantes.