Comme toute personne qui a régaté en catamaran de sport aux USA le sait, Phil Berman, qui a co-conçu le Balance 451, est un champion du monde Hobie Cat et l'un des écrivains les plus prolifiques sur cette activité. Au cours des trente dernières années, il s’est impliqué dans la vente de centaines de catamarans de croisière grâce à son entreprise de courtage de catamarans, Multihull Company. Quand j’ai appris que Berman avait décidé de concevoir et de construire sa propre marque de multicoques, j’étais curieux de voir ce qu'il proposerait vu sa grande expérience des catamarans.
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Une première visite au salon de Miami depuis chez moi dans les Keys en Floride pour découvrir le Balance 451, puis une belle navigation à bord du no 3 de la série, en avril dernier, m'ont permis de me faire une bonne idée de ce bateau. Dès le premier coup d’œil, ce catamaran apparaît innovant, tant dans sa conception que dans son design. Les poupes épurées et les étraves fortement inversées lui donnent un look agressif, comme une belle voiture de sport. Et ses deux dérives, son bout-dehors de 2,10 m et son gennaker montrent clairement ses ambitions sous voile. Sur leur site Web, Phillip Berman et l’architecte néo-zélandais Roger Hill détaillent l’élaboration du cahier des charges du Balance 451. L’idée directrice était de répondre favorablement aux cinq objectifs suivants : (1) Dessiner un catamaran qui atteindrait facilement des vitesses moyennes de l'ordre de 9 à 11 nœuds, même quand il est bien chargé en croisière ; (2) Créer un intérieur ouvert et accueillant qui offrirait d'excellents volumes et des finitions haut de gamme, sans oublier une cuisine dans la nacelle qui permettrait la préparation de vrais repas ; (3) Faire en sorte que le bateau se mène facilement en solitaire ; (4) Concevoir et construire un catamaran adaptée à la croisière dans les eaux tropicales, mais également dans l'océan Austral, où tant de clients du co-concepteur Roger Hill naviguent souvent ; et enfin (5) Proposer une unité équipée de systèmes simples à utiliser et à entretenir. Le Balance 451 a-t-il atteint ces objectifs? J’ai décidé de contacter le constructeur, de visiter le bateau attentivement à Miami, puis demandé à être embarqué pour une sortie sous voile à bord du no 3 de la série à Fort Lauderdale.
Le Balance 451 : un bateau de voyage pour ceux qui aiment naviguer…
Construction polyester, matériaux et qualité
A l'occasion du Miami Boat Show, j’ai eu le plaisir de rencontrer Lee Xinxiang, le responsable production du Balance 451. Il venait tout droit de Chine et c’était son premier voyage aux Etats-Unis. C’est un homme studieux à la voix douce. Son expérience dans l'industrie est énorme : il a passé toute sa vie à travailler dans l'industrie nautique. Et il parle très bien anglais... Comme Lee me l’a expliqué, le Balance 451 est construit à Guandong, une ville du Sud de la Chine, à une heure de ferry de Hong Kong. Lee détient conjointement l'usine de 500 m2, Startown Marine, avec Micah Zimmerman, un homme d'affaires américain qui, depuis 15 ans, vit en Chine et y fait du business. Zimmerman est un marin passionné qui a commencé à naviguer sur des trimarans Corsair dans la mer de Chine. Lee a été formé à l’ingénierie de la construction navale à l'université Huazhong des Sciences et de la Technologie. Il maîtrise parfaitement les logiciels Rhino, Autocad et CNC, et parle donc couramment le chinois et l'anglais. Lee est l’un des principaux spécialistes de l’outillage destiné à la construction navale. Il s’est impliqué dans les projets menés en Chine les plus ambitieux, comme la construction des voiliers de la Clipper Round The World – dessinés par Ed Dubois –, dont il était le responsable contrôle qualité. Encore une fois, c’est un grand spécialiste du nautisme. Selon Lee, les coques du 451 sont construites grâce à des moules femelles en deux pièces : les coques et le dessous de la nacelle d’une part, et l’ensemble pont/cockpit/roof d’autre part. Les matériaux utilisés : gel coat Ashland, tissu de verre E-glass et résine vinylester pour toute la construction. L’âme du sandwich des coques et du pont est en mousse Divinicell, idem pour les cloisons. Lee m'a expliqué qu'il utilise également généreusement la fibre de carbone dans les zones à forte contrainte des coques et du pont. Egalement en carbone : les dérives, le bout-dehors et les bossoirs. Les coques sont réalisées en infusion, tandis que la plupart des pièces de pont sont faites au moyen de la technique traditionnelle de l’imprégnation. Comme l'explique Lee : "Nous construisons un bateau aussi léger et solide que possible, sans sacrifier la résistance." Roger Hill a conçu le 451 dans le respect des normes d'ingénierie ABS Offshore Racing, et même au-delà des recommandations des normes ISO. Zimmerman, dans ses e-mails, m'a expliqué qu’il était "certain qu’aucun constructeur de catamarans réalisés en moules femelles ne pouvait sortir des pièces plus légères à moins de compromettre la résistance de manière significative". A en juger par la finition du 451, la construction est de première classe à tous égards. Le pont est rigide, les coffres sont costauds et la qualité du gelcoat et de l’antidérapant irréprochable. J’ai relevé que tous les panneaux sont encastrés à plat pont avec l’utilisation des nouveaux panneaux Lewmar. Le look et la fonctionnalité de ces panneaux de pont sont remarquables. Les grands chandeliers sont robustes et la qualité de l’accastillage en acier inoxydable très élevée. Le mât du 451 a été conçu collectivement par Roger Hill, Phil Berman et Selden Spars. Ils ont décidé d'utiliser un profil avec un seul étage de barre de flèches, un jeu de haubans latéraux et un autre qui rigidifie le mât. Comme l’explique Scott Alexander de Selden Spars : "Berman et Hill voulaient un gréement simple avec aussi peu de terminaisons possible pour la sécurité et la facilité de remplacement du gréement dormant quand c’est nécessaire." Tous les autres équipements sur le pont utilisent des matériaux haut de gamme. Les voiles ont été co-conçues par Berman et Bob Pattison, de Neil Pryde Sails. Le bateau sur lequel j’ai navigué était équipé d’une grand-voile à rond de chute elliptique. Pattison peut réaliser une grand-voile à corne sur demande, mais il estime qu'en grande croisière on est "mieux loti avec une grand-voile classique, plus facile à utiliser et plus durable".
Avec ses étraves inversées et ses dérives, le Balance 451 se positionne clairement dans la famille des catamarans de voyage sportifs.
Finition intérieure et boiseries
Comme Lee me l’a expliqué pendant le Salon : "C’est à Guandong que sont fabriqués les meubles de toute la Chine, sinon du monde. Tout notre mobilier est fabriqué dans les mêmes usines que celles qui équipent les plus beaux hôtels du monde. Ils réalisent des portes de cabines et placards fantastiques." La qualité d'ébénisterie est évidente partout dans le bateau. J’ai compté plus de 84 verrous inoxydables sur les nombreux tiroirs et armoires du bateau, lesquels, m’a expliqué Lee, sont réalisés en nid d'abeilles et vernis à la main. C’est évidemment dans ce domaine qu’un constructeur de bateaux en Chine a un avantage incomparable sur ceux d’Europe ou d’Amérique du Nord. Ils peuvent fournir des centaines d'heures supplémentaires sur les emménagements et la finition intérieure sans affecter de manière significative le coût du bateau. Le bateau que j’ai visité avait une finition très brillante à partir de bois de cerisier, et les portes brillaient comme le verre poli. Les acheteurs d'un 451 peuvent choisir la finition de leurs boiseries (satin, mat ou brillant) ainsi que le bois.
Le cockpit permet de recevoir ses amis confortablement autour d'une table rabattable.
Conception et ingénierie
Zimmerman m’a expliqué que le Balance 451 est plus ou moins l'évolution de nombreuses conceptions de catamarans de Roger Hill, dont la plupart ont été construits sur mesure en Nouvelle-Zélande et en Australie. Le 451 est basée sur la plate-forme d'un dessin signé Hill qui était populaire en Australie, le Montebello. Le 451 est le mix du plan de Roger et des retours clients de Phil Berman. Ce dernier a refait le design intérieur et l'aménagement, conçu la version propriétaire. Les deux hommes ont rallongé le bateau et l’ont rendu plus rapide, ils ont revu le gréement et l’ergonomie générale, et enfin ont travaillé en étroite collaboration avec Selden Spars et Neil Pryde pour rendre le 451 accessible en solitaire à un marin confirmé.
L'ambiance à bord est chaleureuse.
Aménagements
Le 451 est disponible en trois configurations intérieures. Une version propriétaire avec une coque dédiée au propriétaire, une version trois cabines doubles avec 3 lits queen size et enfin une version 4 cabines. Jusqu'à présent, tous les bateaux vendus sont des versions propriétaire. Afin de préserver la finesse des coques, nécessaire pour naviguer à des vitesses élevées, Hill a décidé de disposer en travers de la marche les cabines doubles avant, tout en prévoyant de l’espace pour qu’il soit possible d’accéder à la couchette de chaque côté. Il souhaitait que l’aération soit efficace grâce aux panneaux de pont et que la hauteur au-dessus des couchettes soit suffisante pour lire et se relever la nuit. Et je dois reconnaître que les couchettes sont spacieuses et faciles d’accès. La cuisine, à défaut d’être immense, est suffisante. Elle est reliée directement au cockpit. Grâce aux grandes portes d'ouverture, les espaces intérieurs se connectent parfaitement avec les espaces extérieurs. Les banquettes arrondies du cockpit sont astucieuses et les coussins très confortables. Le sentiment général à l'intérieur et à l'extérieur, en tout cas sur cette version en bois de cerisier, c’est une circulation fluide, de la lumière et de la convivialité.
Les cabines avant sont positionnées travers à la marche, pour garder une bonne finesse de coque.
Des caractéristiques uniques
Une des caractéristiques sur le bateau qui m'a intrigué le plus est la combinaison de dérives et de mini-ailerons. Comme l'explique Roger : "Les dérives sont relevées au-dessus des mini-quilles en eau peu profonde pour leur propre protection. A partir de là, les quillons protègent à la fois le sail-drive et les safrans. Ils permettent également au bateau d'être échoué." Nombre de marins sensibles à la performance pourraient ne pas vouloir de ces mini-quilles, mais pour ceux qui ont déjà cassé une dérive, qui ont beaché sur la plage leur catamaran, ces quillons conservent un grand attrait, en tout cas pour les marins qui fréquentent les eaux peu profondes. En outre, un catamaran équipé de la sorte peut se poser sur le fond à marée basse sans se soucier des dommages causés à la coque. Zimmerman peut construire le Balance sans ses quillons pour ceux qui le souhaitent, mais il relève que Berman, Hill et lui-même sont convaincus que c’est un mauvais compromis pour ceux qui voyagent. Le poste de barre adopte une disposition traditionnelle, rehaussé à tribord de la cloison arrière du roof et protégé par le bimini. Hill est parvenu à renvoyer les écoutes de foc, les drisses et les bosses de ris vers un winch électrique, à l’arrière du poste de barre. A certains égards, la conception est similaire à celle du Catana, où l'ensemble de la gestion des manœuvres s’effectue à l'extrémité arrière du cockpit, dans un espace de travail dédié. Les winches sont positionnés à une bonne hauteur pour y travailler. Les bouts sont toujours clairs grâce aux bailles dédiées. Et c’est lors de mon essai sous voile que j’ai pu constater combien les manœuvres du 451 étaient faciles à gérer.
Plusieurs versions d'aménagement sont proposées par le chantier, mais toutes avec le même souci du détail et du confort, comme ici la salle de bains, dans laquelle on ne se sentira pas à l'étroit.
Performances sous voile
Les vents soufflaient régulièrement entre 14 et 18 nœuds de sud à sud-ouest quand nous avons quitté "la Venise de l’Amérique". Les mouvements du bateau tandis que nous progressions au moteur étaient doux sur la mer calme ; quand nous avons atteint la mer et subi le clapot court de l’océan, nous avons tapé quelques fois, mais rien de régulier ni persistant. Phil Berman était à bord en tant que skipper et il a immédiatement hissé la grand-voile et déroulé le gennaker amuré au bout-dehors. Wow, ce coup de pied dans les fesses ! Assez rapidement, nous longions la côte entre 11 à 13 nœuds, puis avons pris le large. C’est là, dans le Gulf Stream, que nous avons commencé à rencontrer quelques vagues. Berman nous a emmenés à 3 milles au large des côtes, puis le 451 a empanné en capant vers la terre. Nous naviguions de 13 à 15 nœuds pendant les surfs. La barre était équilibrée et douce. Quant aux manœuvres, dans ces conditions, elles sont restées étonnamment faciles. De retour vers le nord, contre le vent et le courant, Berman a roulé le gennaker et sorti le foc autovireur. Au près, nous naviguions toujours dans la gamme de 8,5 à 9 nœuds à environ 34 degrés apparents, soit environ 43 à 44 degrés du vent réel. Berman m'a expliqué qu'il voulait que les gens soient en mesure de gérer leur bateau eux-mêmes, alors il a choisi d'utiliser un système d'écoute de grand-voile en deux parties sans rail. En centrant la grand-voile au vent sans souquer trop sur les écoutes, virer se résume à actionner la barre à roue ; le foc et la grand-voile se débrouillent comme des grands. Berman m’a confié la barre et m’a dit : "Essaie !" Je prends trois quarts de tour de barre et le bateau vient face au vent, le foc passe tout seul, je réduis l’angle de barre et nous repartons sur l’autre bord. Près de Fort Lauderdale, le vent a commencé à se calmer un peu, pour se caler entre 10 et 12 nœuds. Notre vitesse au près avec le foc autovireur oscillait de 7,2 à 7,6 nœuds. Dans le canal, nous avons pu dérouler le gennaker à nouveau. A 65° du vent apparent, nous étions jusqu'à 9 à 10 nœuds avec 12 nœuds de vent.
Bateau de voyage, le Balance 451 offre de nombreux coffres et beaucoup de rangements. Bien vu !
Prix et options
Le prix de base du Balance 451 est $ 525 000 dollars (avril 2015). Pour ce prix, le bateau est livré avec de nombreux équipements. Cela dit, comme tous les constructeurs du marché, si vous souhaitez obtenir un bateau vraiment bien équipé pour la croisière – électronique complète, air conditionné, générateur, panneaux solaires, bimini, etc. –, ce sera un peu plus… Comptez autour de $ 575 000 à $ 660 000 pour un 451 tout équipé au départ de Hong Kong. Le coût de l'expédition du bateau varie suivant la destination.
LES CONCURRENTS
Modèle S2C45 O’ Yacht CL4 Outremer 45 Dazcat 1495 Neel 45 Catana 47 Chantier Swiss Cat O'Yachts Outremer Yachting Multimarine Neel Catana Poids en t 10,5 7,6 8,7 6,5 6,5 10,9 SV au près en m2 122 124 110 120 106 139 Prix de base HT 770 600 € 590 000 € 469 500 € 744 000 € 450 000 € 609 700 €
Descriptif technique
Architecte : Roger Hill Constructeur : Startown Marine Longueur : 13,605 m Largeur : 7,11 m Tirant d’eau : 0,80/2,10 m Poids lège : 8,39 t Déplacement en charge : 9,9 t Tirant d’air : 19,19 m GV : 65,63 m2 Foc: 24,22 m2 Screecher : 66,1 m2 Spi : 127 m2 Eau : 600 l Fuel : 300 l Motorisation : Yanmar 2 x 29 CV Prix : 525 600 US$ HT