Deux ans après son lancement réussi et 140 unités vendues, le Bali 4.0 se transforme en version 4.1 (la version 4.0 reste disponible). Ce catamaran novateur effectue un bond en avant en matière de design intérieur, la qualité perçue progresse également, mais c’est surtout la distribution des volumes qui évolue dans le sens d’une qualité de vie à bord augmentée. Nous avons profité de la mise à l’eau du premier exemplaire pour redécouvrir ce multicoque plein de ressources.
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Un design inspiré au service d’une architecture innovante
De face, la silhouette passe bien, les lignes ont de l’allure. La découpe du pare-brise est habile, l’arête supérieure bien marquée se prolonge vers l’avant en paupière protectrice, et confère sa signature au roof du Bali 4.1 ; cet élément identitaire est réussi. La perception visuelle de l’arrière et de la forme cubique du salon de pont est plus rugueuse, mais elle est fonctionnelle. Les entrées d’eau à la flottaison sont fines, surplombées d’un joli redan déflecteur qui crée du volume et atténue la verticalité du franc-bord. Le haut du bordé est habilement souligné d’une nervure sous le livet ; une réservation longitudinale intègre les hublots et caractérise le style. Le sommet de l’étrave est subtilement brisé par une courte arête inversée. Le tour de force réside probablement dans l’adroite conception de la spatule avant, et l’effet de tunnel engendré. L’expérience des différents Bali a permis de lever les réserves soulevées initialement par cette option audacieuse ; la récente transat Cap-Vert-Antilles d’un 4.5 à 8,96 nd de moyenne sur 2475 milles confirme les qualités dynamiques du concept (notre 4.1 d’essai vient d’effectuer un tour d’Espagne La Rochelle-Canet-en-Roussillon en 13 jours). Le poste de barre en semi-flybridge est confortable, agrémenté d’une élégante barre à roue ; le changement des moteurs (Volvo à la place des Nanni) a permis de supprimer les clés de contact, très exposées.

Une construction de qualité
L’usine de Marans est un site industriel moderne bâti pour accueillir la chaîne de montage automatisée des monocoques Harmony. On y trouve une salle blanche de préparation du composite dans laquelle l’organisation du travail est exemplaire. Chaque élément (mousse ou tissu orientés) est codée ; la mise en place s’effectue avec soin dans le calme et l’ordre en l’absence de bruit et d’odeur ; conditions indispensables à une fabrication soignée ! Les moules sont réalisés en interne, les masters fraisés par une magnifique machine 5 axes à commande numérique. Lors de notre visite du site en 2016, nous avions pu observer la totalité des étapes de construction depuis le drapage jusqu’à l’installation de la technique. Une fois la phase composite infusée, les demi-coques externes sont rapportées et leurs plans de joint soigneusement liés par stratification. Les ailerons sont ensuite greffés sur une empreinte mâle issue des coques ; cette technique crée un effet de fusible en cas de choc majeur, évitant les dommages structurels et les voies d’eau. Les Bali ne sont pas des bateaux simples à construire, même s’ils bénéficient des nombreux apports de la modélisation numérique. Les deux cloisons maîtresses sont réalisées en sandwich sur moules et implantées en avant et en arrière d’un châssis central rapporté sur le fond de coque (il prend en charge la compression de mât). Cette boîte mécanique solidaire des cloisons constitue un H structurel très robuste. La spatule frontale bénéficie d’échantillonnages composites renforcés raidis par un réseau de cloisonnettes en CP imprégnées de résine et généreusement collées par joints congés. La précision d’assemblage, la densité des renforts et le soin apporté aux liaisons devraient garantir une solidité à toute épreuve. Une résine polyester anti-osmose est utilisée pour les œuvres vives.
Une organisation de nacelle transformée
Le 4.0 nous avait fait découvrir des volumes étonnants et une organisation de nacelle innovante avec une large baie frontale ouvrante (un panneau plexi coulissant verticalement avec 3 positions d’arrêt, la manipulation assistée est souple), dont l’efficacité, conjuguée avec celle de la cloison arrière mobile (l’autre innovation du bateau), rend inutile toute climatisation. Cette disposition "passe-muraille" décloisonne la communication vers l’avant du navire, tandis que les baies ouvrantes latérales et l’effacement de la porte arrière dévoilent un véritable "semi open cat" convertible ! Le carré en large L autour d’une grande table pour huit convives est complètement différent de celui de son prédécesseur, et l’implantation d’un meuble bar multi-usages optimise réellement l’usage de la cuisine. Par beau temps, cloison arrière escamotée, le 4.1 fonctionne comme un bateau plus grand tout en restant compact et facile à utiliser. Le cockpit avant devient une terrasse aménagée capable d’accueillir de nombreux invités ; les passavants et leurs marches d’accès sont sécurisants et agréables ; à bâbord, un escalier indépendant permet de se rendre sur le bain de soleil du bimini sans déranger la manœuvre ou la barre. La nouvelle banquette arrière est superbe et confortable grâce à une architecture futée et à une sellerie performante et élégante ; les 3 coffres intégrés offrent un espace de rangement XXL adapté aux pare-battages, amarres, moteur hors-bord et matériel de plongée. La modularité créative du Bali permet de s’adapter à toutes les conditions extérieures (froid, chaleur excessive, embruns). Le design intérieur de Samer Lasta est pertinent, la qualité de fabrication des aménagements (menuiserie Catana), de très bonne facture. En version propriétaire, le flotteur bâbord offre une belle perspective, l’emploi de matériaux contemporains et le soin apporté aux finitions composent une atmosphère claire, confortable et fonctionnelle. Les 2 cabines doubles à tribord séparées par le cabinet de toilette-douche sont vastes et intimes, seule la circulation entre le couloir central et la cabine arrière s’avère un peu exiguë à l’usage. Le parc à batteries est logé au centre du navire sous le plancher du carré, et l’accès aux 3 coupe-circuit principaux est juste parfait.

Une motorisation puissante et une implantation confortable pour l’entretien
La tendance étant au tout à l’arrière en matière d’implantation mécanique, certaines cales moteurs peuvent vite devenir insuffisantes dans ces tailles de bateaux. Celle du Bali 4.1 est exceptionnelle, la compacité du moteur Volvo 40 CV fait le reste, et il est possible de faire le tour du bloc et de réellement travailler sans se contorsionner. En mécanique, l’accessibilité est une garantie de bon fonctionnement, d’entretien optimisé et de vérifications visuelles aisées ; donc de fiabilité ! Une large tablette permet de fixer les accessoires optionnels ou les consommables stockés dans des rangements ad hoc. L’accès à la biellette inter-safrans, aux poulies de retour des câbles (push-pull) de transmission ainsi qu’au pilote est excellent, ces organes essentiels appréciant également des soins simples, mais réguliers.
Un catamaran spacieux et vivant
Il fait froid en février sur le plan d’eau rochelais, la neige était même présente la veille de notre essai ! Paradoxalement, ces conditions rudes offrent des sensations différentes, et permettent d’appréhender la navigation et le bateau sous d’autres angles. Les deux jours passés à bord mettent en évidence la bonne adaptabilité du concept Maxi Lounge ; modularité des espaces, ouverture sur l’extérieur, lumière traversante et vision panoramique ciblent à l’évidence une utilisation estivale ; pourtant, ces caractéristiques associées aux qualités isolantes du sandwich prédestinent également le bateau à une utilisation toutes saisons moins conventionnelle. Le multicoque, pour découvrir les charmes de la navigation hivernale ? Un petit chauffage à air pulsé achèvera de vous convaincre. Les prises de vue extérieures confirment la bonne vélocité du Bali 4.1 : dans 12 nd de vent à 100° de l’apparent (sous solent et GV Elvström), ce catamaran exprime de l’agilité ; la vague d’étrave, toujours ourlée, souligne le dynamisme et l’aisance du bateau. Sous spinnaker asymétrique, il glisse entre 9 et 10 nd par 15 nd réels, et il faut mettre les gaz pour suivre avec le tender photo ! A bord, toute la sellerie extérieure est en place, nous pourrons pourtant la stocker sans avoir à la faire sécher ! Il n’y a pas d’embruns, malgré la dizaine de bords de près enchaînés pour le retour de l’île d’Aix. A la barre, je retrouve les sensations directes de la transmission par câbles, la jolie barre à roue composite est agréable à utiliser et la position assise ou debout est cohérente.

L’implantation en semi-flybridge gomme l’impression désagréable d’élévation excessive, et l’équilibre du bateau amplifie ce ressenti favorable. Sous spi asymétrique (North), le catamaran est réellement vivant, facile à régler et véloce : 10,2 nd de vitesse de pointe pour 15 nd réels avec les pleins (hélices repliables) ! Une bonne performance pour un multicoque de taille raisonnable plus orienté farniente que sport. Un relevé partiel montre une moyenne de 7,2 nd sur 25 milles mélangeant 1/3 de navigation sous spi et 2/3 au près sous GV et solent, pas impressionnant, mais très honorable ! La qualité de l’accastillage (Antal-Rutgerson) permet des manœuvres fluides et aisées ; soulignons la souplesse de fonctionnement du gros chariot de traveller Rutgerson, une des meilleures de la catégorie et un point fondamental en catamaran. En route sous spi, nous effectuons un essai d’ouverture de la cloison arrière ; la cinématique a été optimisée (2 petits vérins assistent la fermeture finale), la précision de fonctionnement est remarquable, sans points durs. Cette disposition astucieuse, combinée avec le design de la "petite maison arrière", les ouvertures latérales (vues seulement sur quelques rares unités : TAG 60, MC52) caractérisent le Bali 4.1, et lui permettent de tirer habilement son épingle du jeu auprès des utilisateurs, propriétaires ou locataires. De retour au port, nous avons procédé au test de mise à l’eau et de remontée de l’annexe : bravo au bureau d’études qui a su allier simplicité et efficacité ; couplée au winch électrique de la navstation, cette cinématique est absolument remarquable.

Conclusion
Cette évolution restylée permet au 4.1 d’exprimer tout son potentiel. La qualité de fabrication est là, le design renouvelé amplifie l’atmosphère séduisante. Le Bali 4.1 reste vivant, agréable à faire marcher, simple à manœuvrer, et les innovations qu’il propose sont pertinentes et fort bien mises en œuvre.
Descriptif technique
Chantier : Catana
Architecte : Xavier Fay
Concepteurs : Olivier Poncin et Yves Chabaud
Design intérieur : Lasta Design
Matériau : Sandwich mousse/verre/polyester process infusion
Longueur : 12,35 m
Largeur : 6,72 m
Déplacement : lège 8,9 t/en charge maxi 11,8 t
Hauteur du mât : 17,85 m
Surface de voilure au près : 81 m2
GV : 48 m2 ou 50 m2 (à corne)
Solent autovireur : 33 m2
Motorisation : 2 x 20/2 x 40 CV Volvo
Eau douce : 800 l
Fuel : 400 l
Prix en € HT : 294 800 (3 cabines)/ 297 800 en 4 cabines-4 toilettes
Pack excellence (équipement indispensable) : 35 800
GV à corne : 3980
Solent Hydranet : 2790
Code 0 (avec accastillage et bout dehors) : 10 230
2 moteurs Yanmar 45 CV : 8345
Hélices tripales repliables : 3045
Moquettes dans carré et cabines : 1920
Pack électronique Raymarine avec pilote : 13 770
Mise à l’eau à la Rochelle et prise en main 1 jour : 8980
Sellerie extérieure : 3710
Winch électrique supplémentaire : 2140
PLUS
Qualités dynamiques
Barre très agréable
Climatisation naturelle étonnante
Modularité des espaces remarquable, et pertinence du nouvel aménagement de nacelle
Espace dans la cale machine et installation du parc batteries
MOINS
Position biomécanique de winch d’écoute de solent perfectible
Esthétique du bimini de barre
Beaucoup de sellerie à stocker
Surfaces vitrées complexes à remplacer
Perception visuelle de l’arrière un peu lourde
LES ESSENTIELS
Nouvel aménagement de nacelle réussi (carré, bar, banquette arrière)
Agrément d’utilisation et bonnes performances
LES CONCURRENTS
|
Modèle |
Chantier |
Surface au près en m2 |
Poids en t |
Prix de base en € ou $ HT |
|
Lagoon 40 |
Lagoon |
81 |
10,8 |
256 000 |
|
Lucia 40 |
Fountaine Pajot |
94 |
9,1 |
274 000 |
|
Leopard 40 |
Robertson Caine |
96 |
9,4 |
289 000 |
|
Nautitech 40 |
Nautitech Bavaria |
92 |
7,8 |
272 000 |
|
Seawind 12,60 |
Seawind |
90 |
8,2 |
410 000 $ |

1 : Stylisation du roof réussie, le débordement de la casquette pare-soleil est judicieux.
2 : Les éléments de design des bordés extérieurs (proportions, nervure supérieure, réservation longitudinale, redan) sont bien maîtrisés, et donnent de l’allure au 4.1.
3 : La méridienne anatomique (avec cambrure dorsale), accessible par un escalier séparé, voisine avec le poste de pilotage, offrant une belle convivialité.
4 : L’emplanture du mât est très reculée (épontille au milieu du roof), ce plan de voilure tendance correspond tout à fait bien au programme du bateau, et offre des performances satisfaisantes ainsi qu’un bon équilibre sous voile.
5 : Le roof du 4.1 peut être entièrement décloisonné par l’ouverture de la baie coulissante frontale , l’effacement de la cloison arrière et l’ouverture des baies latérales ! Ouvert ou fermé, le concept Maxi Lounge offre un confort étonnant. La banquette de cockpit constitue un élément de confort apprécié. Le système de bossoirs d’annexe est remarquable.
6 : Les étraves sont très fines, les entrées d’eau surplombées d’un redan élégant et efficace (limiteur de spray, améliorateur de volume et raidisseur).
7 : Le poste de barre en semi-flybridge est agréable à utiliser, la visibilité est panoramique. Le toucher de barre (transmissions mécaniques) est un point fort du bateau.
8 : A l’intérieur, le design de Samer Lasta et la bonne qualité de la menuiserie Catana composent une atmosphère attachante ; bravo pour le module bar-desserte et le nouveau carré
9 : Après avoir suscité quelques controverses, le cockpit avant joue pleinement son rôle dans le programme du 4.1.
10 : L’empreinte de tangonet permet une fixation mécanique rationnelle de cette pièce soumise à de fortes contraintes. Le chemin de mouillage, l’installation du guindeau sont bien pensés et réalisés (pas d’empilement de chaîne).