La gamme Bali de Catana Group est incroyablement dynamique, et plusieurs évolutions sont encore dans les cartons ! La sortie du Bali 5.4 constitue cependant une étape majeure qui permet à la marque d’entrer au bon moment et de plain-pied dans les flottes de charter à tarif abordable. Nous avons essayé le premier exemplaire de la série.
Infos pratiques
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La progression spectaculaire d’une nouvelle marque
En moins de 5 ans, Bali Catamarans a réussi à imposer un style et des arbitrages techniques nouveaux dans un marché, certes en expansion et boosté par les remplacements de flotte (suite entre autres au cyclone Irma), mais fortement concurrentiel. Le premier 4.5 a fait couler beaucoup d’encre et de salive en raison de la suppression du trampoline et de l’utilisation intégrale de la surface de plate-forme ! L’habileté du designer et la maîtrise de la construction composite ont permis de réduire voire de supprimer les objections liées à cette architecture de nacelle (pour ce type de programme), ce qui a facilité la montée en charge de la famille Bali à destination du charter et des propriétaires privés. Depuis la présentation du 4.5 dans les salons d’automne 2014, la gamme s’est enrichie d’un 4.0, d’un 4.1, d’un 4.3, et bientôt d’un 4.8 ! Le 5.4 vient donc couronner de ses 16 m une approche innovante qui a rencontré son public.
Un procédé constructif original
En observant le Bali 5.4 juste avant pontage au chantier de Canet-en-Roussillon, je retrouve le principe constructif vu à l’usine de Marans sur le 4.3. La plate-forme est infusée en sandwich verre-polyester dans un moule femelle, puis un impressionnant maillage structurel est rendu solidaire des fonds par collage et assemblage par joints-congés. Ce réseau dense constitué de cloisonnettes et longerons en contreplaqué résinés génère un véritable effet de châssis intégral pour bloquer les torsions et la flexion. Un quadrillage mécanique rendu indispensable par la position reculée du mât et l’architecture particulière de la face avant du roof (panneau frontal ouvrant et porte d’accès au cockpit avant); il apporte au 5.4 la raideur d’un multicoque en composite bois associée à la simplicité d’entretien d’une coque polyester infusée au prix toutefois d’une certaine complexité de mise en œuvre assumée par le chantier.
Une approche architecturale décomplexée et innovante
C’était sans doute une bonne idée de la part du boss (Olivier Poncin) d’oser ce nouveau concept au sein de Catana Group ! Les Bali ont profité de la notoriété évidente de leur marque porteuse, des outils industriels et marketing existants et ils répondent à une demande que les Catana ignoraient ! Aucune des deux marques ne parasite l’autre, chacune enrichit l’offre globale du groupe. Joli coup industriel ! Xavier Faÿ est sans doute moins connu du public que d’autres designers à forte notoriété internationale, il a pourtant collaboré avec plusieurs cabinets anglo-saxons, participé à l’élaboration des premiers Lagoon (410 et 380) et signé avec son cousin Sébastien Magnen un superbe CNB 74’ (une référence en matière de conception de projet !). Xavier dispose d’une liberté créative qui lui permet de se mettre à l’écoute de programmes nouveaux et audacieux ; c’est dans cet état d’esprit qu’il a abordé le cahier des charges complexe du Bali 5.4. 16 m de flottaison déterminent forcément un grand catamaran ; mais si vous décidez d’y placer 6 cabines doubles et 2 cabines équipage, le défi se corse ! Dans l’esprit des concepteurs, le bateau doit pouvoir répondre à un nouveau marché en développement, celui du charter avec ou sans affrètement total du navire (raison pour laquelle le plan d’aménagement se décline en 6 cabines, avec une combinaison possible de doubles-superposées). Il doit aussi proposer des prestations de qualité à chaque "guest" en permettant à l’équipage de bien vivre et de conserver une indépendance. L’objectif propriétaire n’est pas oublié, avec des versions 4 et 5 cabines. En plus de l’ensemble de ces caractéristiques, le catamaran doit aussi offrir de bonnes performances à la voile. Défi en vue !
Avertissement avant la visite guidée d’un grand multicoque
Il fut un temps ou l’on imaginait les multicoques comme des voitures de sport, on ne demandait pas aux futurs "pilotes" d’enfiler combinaison, casque et lunettes d’aviateur, mais l’esprit y était ! Parler aménagements était presque sacrilège ! Cela faisait partie du charme de cette culture montante ! En profitant de l’aubaine que constitue la géométrie du catamaran, on découvrit ensuite les "familiales", les "limousines", puis les "SUV" qui assumaient d’autant mieux leur embonpoint que cela se passait sous les applaudissements d’équipières voyant là une belle revanche contre les cirés jaunes et leur vision dégoulinante d’un nautisme à poils durs dont elles ne voulaient plus ! Curieux de constater comme les segments du nautisme et de l’automobile peuvent connaître des destins croisés ! Bruit, fureur et sensations fortes semblent passés de mode ! Entre cette évolution "bourgeoise" et la frange marginale d’équilibristes qui défrichent le vol à grande vitesse, s’épanouit encore une multi-plaisance romantique, chevelue, parfois désargentée qui se fabrique toujours des bateaux en Espagne et revendique une sensibilité moitessiérienne sympathique proche des visions de James Wharram ou Dick Newick. La philosophie du Bali 5.4 se situe à l’opposé de ces enthousiasmes "primitifs", et propose aux amateurs du 21e siècle un "sea life style" douillet, rassurant, confortable, presque casanier, mais sacrément séduisant. Bref, en rupture avec les attributs identitaires de la navigation de plaisance : froid pénétrant ou chaleur excessive, humidité, inconfort et promiscuité… certains esprits chagrins regrettent ; la plupart (surtout les nouveaux venus) apprécient ! En arrivant sur le Bali 5.4, on franchit distinctement la ligne de démarcation entre ces deux mondes pour pénétrer à bord d’un catamaran qui anticipe un nouvel usage : celui d’une plaisance partagée, familiale ou tribale et dilettante qui se donne les moyens de séduire les récalcitrants.

Convivialité, intimité et nouveaux espaces
A l’inverse de la tendance majoritaire pour les catamarans de cette taille, le Bali 5.4 n’offre pas le traditionnel cockpit avec table, banquette et méridienne, mais recompose totalement ce volume arrière en le faisant fusionner avec le salon-loggia convertible (ouvert sur l’extérieur avec la baie basculante et les panneaux latéraux). Cette "révolution" va à l’encontre de l’option "cockpit lounge" choisie par les concurrents français ou sud-africains pour lui substituer une organisation de l’espace nacelle proche de celle proposée par Greg Young sur ses unités de day-charter ou sur le TAG 60’ (Multicoques No 159-Multihulls No 130), mais en ajoutant un nouvel espace de vie à l’avant. Si l’on excepte la confortable banquette transversale, l’arrière du navire est plutôt voué au rôle de zone d’échange entre l’intérieur et l’extérieur et d’accès aux jupes ou à la passerelle (lorsque l’annexe est à l’eau). Le plan d’aménagement prévoit un accès direct par l’extérieur aux deux cabines arrière (un surcroît de liberté pour les couche-tard ou les lève-tôt !) ; les 4 autres cabines (toutes dotées de WC et cabinets de toilette privatifs !) sont accessibles par 2 descentes latérales de part et d’autre de la table à cartes (qui sera mieux intégrée au bordé sur les futures unités afin de fluidifier le passage vers l’avant) et de la cuisine. Le plan de circulation dévoile de nouvelles possibilités et permet de rejoindre directement par une porte frontale l’immense cockpit avant : une solution sans équivalent, conquise sur le trampoline habituel pour offrir un espace de convivialité détente/bain de soleil/brunch/happy-hour digne d’une unité plus grande de 10’ ! Les volumes individuels de notre version 6 cabines sont à peine moins grands que ceux de certaines versions propriétaires traditionnelles, et répondent à l’attente première de chaque couple client : intimité et confort. Un exploit dans cette taille ! Le style net est efficace sans être impersonnel ; la sellerie, les accords de matières composent une atmosphère agréable et fonctionnelle qui se prête bien à la personnalisation par des apports décoratifs simples ; la menuiserie est de bonne facture. Les deux cabines équipage sont confortables et pratiques, leur accès individualisé par panneaux de pont se double d’une possibilité de secours par mauvais temps (une porte intérieure étanche) : bien vu !

Un flybridge incontournable
Compte tenu de l’optimisation extrême et de l’organisation innovante de l’espace à bord du 5.4, le flybridge s’imposait pour dégager la technique du pont et proposer un poste de navigation pertinent doublé d’une terrasse marine enviable (accessible des deux côtés). Le plan de pont est simple et efficace avec une distribution des manœuvres lisible et directe ; les 2 winches électriques sont évidemment indispensables. L’accès au toit du bimini et aux chemins rigides noyés dans la capote textile (pour travailler sur la bôme) s’effectue via deux solides échelles mécanosoudées en inox. Bonne formule !
Un gréement simple, puissant et efficace
Le généreux tube Sparcraft est tenu latéralement par deux galhaubans et une paire de bas-haubans dont les cadènes sont reprises sur le roof pour libérer les passavants ; l’autoraidissage est assuré par un étage de barres de flèche à forte angulation qui procure une quête prononcée afin d’éviter au tube de pomper ou d’inverser. L’implantation reculée de l’espar autorise une bonne surface de solent autovireur (58 m2) avec une GV de 99 m2 et un Code 0 de 105 m2 qui viendra en renfort dans les petits airs ou pour booster les performances au portant dans la brise.
Un environnement mécanique et électrique accessible
Le Bali 5.4 est équipé en monte d’origine avec les Yanmar 57 CV, cependant, les 80 CV semblent une option judicieuse pour un catamaran de ce volume. Ce 2 l turbo à rampe commune d’injection pèse 274 kg avec la transmission saildrive et il procurera les meilleures performances avec une paire d’hélices Autoprop à pas variable automatique (consommation 9 l/h/moteur à 2600 tr/mn). Le parc batteries (4 batteries 130 A au gel en standard, 2 supplémentaires en option) est logé sur un solide rack installé dans la cale tribord ; le tableau de connectique grosse puissance ainsi que le chargeur et le convertisseur 1600 W sont installés en façade sous l’escalier de descente de la cabine arrière tribord voisine ; une bonne solution pour raccourcir et alléger les réseaux ; le tableau de contrôle se trouve lui sous la table à cartes.

Essai en mer
Après avoir réussi à trouver une fenêtre manœuvrable entre les nombreux coups de mer de l’automne, il ne restait qu’à installer le tout nouveau jeu de voiles noires livré par Elvström sud Europe. Bravo pour la façon, l’accastillage Rutgerson (beaux boîtiers de lattes) et la matière elle-même : grand-voile en Dacron double pli et foc de belle tenue ! Aussitôt bordé dans 12-13 nœuds de vent, le solent comme la grand-voile révèlent de superbes formes pour des voiles cruising destinées au charter. Le Bali est vivant au près bon plein contre une mer bousculée-résiduelle, il franchit les petites crêtes avec agilité et maintient une bonne vitesse régulière sans chocs sous la nacelle. Les sillages sont délicats et les mouvements sous le pied révèlent un bon équilibre de progression. Dans ces conditions, la position de barre est agréable, malgré une transmission hydraulique floue (qui sera améliorée sur les exemplaires suivants). Dans ces conditions de mer agitée, les déplacements dans le bateau restent sûrs et le flybridge confortable. Nous avons pu naviguer constamment avec la baie ouvrante en position haute (fin octobre) et profiter de la fluidité offerte par cette disposition extrêmement agréable par temps maniable ; le petit casse-croûte autour de l’îlot central fut paraît-il une réussite ! Le pilote automatique a semblé ne faire aucun effort pour maintenir le bateau droit sur le cap, au largue lors du retour ; ce qui ne va pas de soi ! La veille vigilante depuis l’intérieur est largement facilitée par une visibilité que rien ne limite. Ce n’est qu’a postériori que j’ai constaté sur la trace Navionics une pointe à 11,4 nœuds, passée inaperçue ; la vitesse moyenne (8-9 nœuds) ayant toujours permis le ressenti d’une plate-forme agile et dynamique pendant la navigation.

Conclusion
Transposer la géométrie originale des Bali sur un 54’ était un challenge audacieux, mais concepteurs et constructeur semblent avoir relevé le défi avec succès ! Il n’est pas possible de juger des qualités de la future version propriétaire à partir de notre exemplaire 6 cabines, mais, si le pari consistait à faire tenir les prestations d’un grand bateau dans un catamaran de seulement 16 m, c’est gagné haut la main ! Le Bali 5.4 devrait proposer aux équipages nombreux une excellente base de loisirs nautiques, il est futé, confortable et pas trop cher pour un grand multicoque d’exploitation ; de plus, il marche bien si on ne le surcharge pas.

Descriptif technique
Chantier : Catana Group
Architecte : Xavier Faÿ
Concepteur : Olivier Poncin
Design intérieur : Lasta Studio
Longueur : 16,80 m
Largeur : 8,74 m
Flottaison : 16,20 m
Tirant d’eau : 1,48 m
Poids lège armé : 24 t
Surface de voilure au près : 157 m2
GV : 99 m2
Solent : 58 m2
Code 0 : 105 m2
Eau : 1200 l
Fuel : 1200 l
Motorisation : 2 x 60 CV/2 x 80 CV en option
Transmissions : Saildrive
Homologation CE : 12 personnes en catégorie A
Matériau : Composite mousse/verre/polyester pour les coques et le pont avec renforts structurels CP/polyester/verre (process infusion)
Prix de base : 755 400 € HT en version 4 cabines (779 000 € HT en 6 cabines)
Principales options :
Supplément porte basculante : 28 600 € HT
Pack Confort (winch électrique de solent, sellerie extérieure, automatisation porte basculante…) : 63 800 € HT
GV à corne : 5 540 € HT
Supplément solent Hydranet : 8 870 € HT
Code 0 + accastillage : 19 900 € HT
Aménagement flybridge : 8 800 € HT
Bimini de flybridge : 18 870 € HT
2 x 80 CV Yanmar : 14 290 € HT
LES CONCURENTS
|
Modèle |
Chantier |
Surface au près en m2 |
Poids en T |
Prix de base en €, £ ou $ ht |
|
LAGOON 52 F |
Lagoon |
155 |
26 |
684 400 |
|
IPANEMA 58 |
Fountaine/Pajot |
169 |
22,5 |
1 100 000 |
|
LEOPARD 58 |
Robertson/Caine |
187 |
28 |
1 059 000 |
Par Xavier FAŸ
Incontestablement, le concept apporté par les premiers Bali est maintenant validé. Exigence du cahier des charges et esprit d’innovation, le 5.4 est bien un Bali ! Pour encore plus de convivialité et de fluidité dans les circulations, nous avons décidé de proposer un passage direct entre le carré et le cockpit avant. D’un point de vue architectural, un des gros points forts des Bali réside dans la raideur de leur plate-forme. Au-delà des avantages évidents en termes de confort, c’est l’adoption du pontage avant qui permet une disposition structurelle inédite et très favorable. Cette raideur structurelle est - pour la vie des bateaux - un atout pour leur vivacité et leur comportement, elle est aussi une garantie de bonne tenue et de longévité pour l’ensemble des composants, du gréement aux aménagements.
PLUS
- Organisation créative de l’espace
- Individualisation et confort des volumes en version 6 cabines
- Qualités dynamiques réelles à mi-charge
MOINS
- La mise en place et l’entretien de l’abondante et volumineuse sellerie (non marquée)
- Barre à roue trop démultipliée et floue
- La console de table à cartes proéminente
1 : Les entrées d’eau fines et le petit redan anti-spray favorisent un passage à la mer harmonieux.
2 : La spatule structurelle est élevée, elle fusionne en douceur avec les flotteurs, et offre dans des conditions de charge normales une bonne agilité de franchissement sans effet de slamming notable. Le mouillage est rationalisé avec un davier très avancé.
3 : Innovation chez Bali, une porte donne accès au cockpit avant, dont la surface et les prestations sont dignes d’une unité plus grande.
4 : Le jeu de voiles noires essayé (Elvström) était parfaitement satisfaisant, en tenue de forme comme en finition ou équipement.
5 : La position de barre est judicieuse, mais la transmission floue.
6 : L’ancrage structurel du bout-dehors est facilité par la géométrie de la nacelle.
7 : En version 6 cabines, 3 logements doubles prennent place dans ce flotteur !
8 : Les 2 cabines équipage sont confortables et bien installées avec lit double/douche/toilette et sortie indépendante.
9 : La "terrasse marine" offre les prestations d’un espace-lounge séduisant.
10 : L’architecture et le procédé de construction mixte permettent de bonnes performances à la voile pour un catamaran de croisière de ce volume.