Doté d’un ratio voilure/poids proche des bateaux de course, d’une finition semi-custom certes minimaliste mais aussi luxueuse, le Bañuls 60, grâce à une conception précise, allie les hautes performances avec le confort, mais dans une certaine simplicité. Nous avons eu la chance de pouvoir tirer quelques bords sur cette unité exceptionnelle…
Infos pratiques
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Depuis quelques années, on assiste à l’émergence de multicoques voulant jouer les "GT" de la mer. Des engins capables de voguer en permanence à un minimum de 10 nœuds, de tenir des moyennes à près de 20 avec des pointes à 30, mais sans pour autant renoncer au confort feutré que l’on retrouve habituellement sur un yacht. A la rédaction, nous les avons baptisés les "Sportyachts". On parle ici des Gunboat, Tag et autres HH, pour lesquels aucun superlatif n’est assez fort. Notre Bañuls 60 a été imaginé et conçu par Raphael Blot dans cet esprit avec comme objectif ambitieux d'atteindre l’excellence sur l’eau, avec élégance, vitesse et facilité de navigation. Il a fait appel à Renaud Bañuls pour la conception et à Mc Conaghy pour la construction. L’amalgame d’un architecte ayant participé au succès de BMW Oracle à la Coupe de l’America et d’un chantier ayant produit les plus beaux et sophistiqués racers du monde tel Wild Oats ne peut faire qu’une bonne prise pour peu que le dosage des ingrédients soit ingénieusement distillé. Avec Thomas Coville comme conseiller technique, le trio établit un cahier des charges autour d’un design épuré, d’une finition minimaliste mais luxueuse, de solutions techniques inédites mais simples, et d’une construction à la pointe de l’ergonomie issue de la course en solitaire. Calculant en permanence et pour chaque détail les compromis pour donner à cet éventail un équilibre très abouti sans pour autant générer une usine à gaz ni même faire exploser le budget !

Performance et style
Dans la quête de vitesse, l’aérodynamisme et l’hydrodynamisme ont une place prépondérante, et la prouesse moderne du design consiste à utiliser ces impératifs pour donner forme à une allure aussi innovante que racée. Avec ses étraves et sa tonture de pont fortement inversées, son roof bas en sifflet et sa garde à la mer élevée, la silhouette générale du Bañuls 60 évoque l’aéronautique. La multitude de détails, comme la martingale ou les chandeliers en titane profilés, les cadènes de haubans et articulations de poutre camouflées dans la coque, les cache-têtes de dérive carénés ainsi que l’adoucissement de tous les angles et le camouflage des redans ou arêtes contribuent efficacement à éliminer la traînée aérodynamique, autant qu’elle suggère imperceptiblement agilité et félinité. Le traitement de la peau extérieure, d'où est absente toute protubérance, améliore encore la fluidité de l’ensemble, et trahit la haute qualité de fabrication toujours réservée aux objets d’exception.

Une construction perfectionnée
Le poids plume du catamaran (9,3 t) s'explique par l'utilisation du carbone pour les pièces soumises à forte contrainte et/ou structurelles, comme la poutre avant, les cloisons, les appendices, les supports au gréement, et le roof qui assure une partie de la rigidité de la plate-forme, et une construction en moule femelle (évitant les surplus de matière), des tissus pré-imprégnés, des âmes en Corcell pour la coque et en nid d’abeille pour le mobilier intérieur, de l’époxy et de la peinture à la place de Gelcoat et vaigrages. Tous ces matériaux haut de gamme sont moulés sous infusion et post-cuits à température élevée. Ces caractéristiques confèrent à l’ensemble des propriétés mécaniques de premier ordre tout en préservant légèreté, insonorisation, finition et endurance. Le mât confectionné par Lorima peut être rotatif à la demande, et le gréement dormant en carbone fait gagner 75 kg dans les hauts.

Plan de pont et aménagements optimisés
En montant à bord, on est d’emblée surpris par l’espace, certes un peu dépouillé, où la circulation s’effectue sans entrave de la jupe arrière au salon grâce à une double baie vitrée largement ouverte. L’utilisation d’une table pliable libère le cockpit, et l’ergonomie des marches pour accéder aux barres, aux postes de manœuvre et sur les passavants est très sécurisante. Aucune appréhension n’est perceptible lors des déplacements, qui peuvent être rapides et sûrs lors des manœuvres, nous le vérifierons en navigation. Cette sensation se retrouve à l’intérieur avec une perspective prolongée par les espaces décloisonnés des coques (d’où la nécessité d’une casquette en carbone). On trouve donc, en coursive, d’un côté une cuisine et de l’autre un salon home cinéma. Mais ces lieux de vie importants restent en contact permanent avec le carré via un comptoir. Deux marches à descendre suffisent pour se retrouver sur ces "demi-niveaux" situés sur les moteurs bien centrés et parfaitement insonorisés à l’aide de techniques que l’on retrouve sur les motoryachts.
Les quatre cabines doubles et les deux salles d’eau sont desservies depuis ces coursives. Des lits pullman y sont aménageables pour élargir le cercle des petits chanceux qui viendront naviguer. Partout on retrouve la sensation d’espace et de luxe apportée par cet esprit design minimaliste et les matériaux high-tech associés. L’ergonomie permet de se sentir à l’aise dans l'ensemble du bateau, les assises sont suffisantes pour 8 dans le carré et 12 dans le cockpit et rien ne manque dans les équipements domestiques ni dans les rangements. Clim, lave-vaisselle, groupe électrogène, dessalinisateur et bien d’autres font partie du programme, faisant pencher la balance du poids en ordre de marche aux alentours des 11,5 t. D’autres versions d’aménagement sont bien sûr envisageables. Pas mal, pour un bateau capable de croiser à 20 nœuds et de faire des pointes à 30 !

Une navigation tout en souplesse
Deux sorties nous permettent d’apprécier à leur juste valeur la pertinence des choix conceptuels réalisés sur le Bañuls. Aucune complexité dans les réglages, au contraire la simplicité et la facilité des manœuvres surprennent autant que l’absence d’hydraulique. Tout est parfaitement à sa place, chaque écoute a son winch bien dimensionné, et les cheminements des manœuvres sont intuitifs et sans entraves. Au pilote, il est possible de mener seul le bateau et sans trop d’effort. L’expérience du coureur solitaire est bien là. Le bruit très discret des Yanmar confirme l’excellente isolation phonique. Mais c’est dès que les voiles sont envoyées que la mesure bat son plein. Raphaël Blot nous précise qu’en dessous de 10 nœuds, on a l’impression de ne pas avancer. Dès les premiers milles, on comprend que l'on ne naviguera que rarement à ces petites vitesses. Avec le reacher déroulé, le Bañuls glisse à plus de 10 nœuds dans un vent réel bien inférieur. A 100° de l’apparent, le catamaran va garder cette cadence pendant toute la sortie.
Le lendemain, la brise monte à 15 nœuds et une petite houle se forme. Nous prenons alors conscience de la capacité du catamaran Bañuls 60 à naviguer rapidement et en souplesse. A 12 nœuds au près et 17 nœud au débridé, le centrage des poids et la finesse des coques effacent la moindre vaque, le bateau ne bouge littéralement pas et donne la sensation de glisser comme sur un coussin d’air. A l’intérieur, on peut vivre en toute quiétude, et les occupations, même culinaires, ne sont jamais interrompues, sauf pour voir le paysage défiler (très vite) ou pour aider à un empannage. Patrick, skipper de Vitalia II, invité aussi ce jour-là, partage cette impression, et à aucun moment nous ne sentons la machine nous dépasser tellement la rationalité des manœuvres rend le contrôle aisé, et les sensations de barre, à la transmission directe et précise, sont saines et grisantes. Il y a tout de même un léger bémol à cette partition sans faute : la version essayée est le no 2 de la série, prévu pour la régate en équipage. Et nous trouvons ses winchs disposés sur la poutre arrière, obligeant à descendre dans le cockpit pour régler ou choquer. C'est moins pratique et moins sécurisant en solitaire que sur le premier modèle, où ils sont installés sur les hiloires à portée de chaque barre. Mais c’est une question de programme et de préférence… continuons notre prise en main : la plate-forme garde très bien son inertie, et le ralentissement lors des virements de bord qui s’enchaînent avec le solent autovireur est à peine de 2 nœuds. On replace les étraves au millimètre en sortie et l’accélération est alors puissante pour aller couper les prochaines crêtes des vagues. Il y a des jours et des navs que l’on n'aimerait jamais voir se terminer…
Conclusion
Le Bañuls 60 n’a peut-être qu’un seul défaut, son prix. Et encore, en l'étudiant de près, on se rend compte qu'il est bien en dessous de ses principaux rivaux. Mais plus que son tarif, c’est la simplicité de son fonctionnement qui étonne. A son bord, un équipage réduit peut parfaitement exploiter son rapport puissance/confort, et se permettre d'atteindre les hautes vitesses réservées normalement aux bateaux de course et aux équipages aguerris. Et que dire de son esthétisme, qui le classe dans le cercle très fermé des Sport Yachts d’exception.
Les plus
Silhouette à couper le souffle et finition high-tech luxueuse
Sensations hors normes à la barre sans appréhension technique
Recours à l’hydraulique et à l’automatisation réduite au strict minimum
Rapport vitesse/confort/ facilité d’utilisation hors du commun
Les moins
Nécessite un skipper pour satisfaire un niveau de maintenance obligatoirement élevé
Lit double de la cabine avant plutôt étroit pour cette catégorie de bateaux
Programme de navigation à déterminer précisément avant d’arrêter ses choix
1- Les coques et le pont utilisent la fibre de verre plutôt que le carbone afin de privilégier un meilleur confort phonique et une plus grande résistance aux impacts. Le poids reste très maîtrisé, mais une version tout carbone est possible. Elle serait encore plus légère, mais aussi bien plus fragile.
2- La forme du roof est très aérodynamique, et comme il participe à la rigidité de la plate-forme, il est intégralement réalisé en carbone. Il est très facile d’y monter pour aller travailler sur la voile.
3- Par mer formée, les étraves inversées, très effilées, fendent les vagues efficacement. Le centrage des poids rend le tangage imperceptible, et donne au bateau un confort impressionnant, même aux vitesses élevées.
4- La garde à la mer de 1,25 m garantit à la nacelle de ne jamais taper. Les redans internes sont adoucis pour que vraiment rien ne fasse résistance à l’avancement.
5- La visibilité est très bonne depuis la barre quelle que soit la version choisie. Le système JP3, ici customisé, procure une excellente transmission aux safrans, et la sensibilité de contrôle rend l’exercice très excitant.
6- Le mât carbone Lorima était rotatif sur notre version. Le plan de voilure reste d’une utilisation très simple. L’optimisation des circuits des manœuvres a fait l’objet d’une minutieuse mise au point avec l’aide de Thomas Coville.
7- Les bossoirs inélégants peuvent être escamotés. La table et les chaises dépliables ne sont sorties de la soute qu’à la demande, afin de garder une grande fluidité de circulation. Un vrai plus pendant la navigation, où les déplacements s’avèrent rapides et sans gêne.
Le mot de l'architecte, Renaud Bañuls
La particularité des clients qui viennent chercher dans le custom ou semi-custom ce qu’ils n’ont pas trouvé dans les bateaux de série, c’est la recherche des sensations avant tout. Dans le cas des bateaux hautes performances comme celui-ci, le challenge est de faire cohabiter deux opposés : la rapidité d’un bateau de course et le confort d’un navire de croisière. Le décryptage du type de sensations recherchées (accélération, vitesse, moyenne) est essentiel pour démarrer une collaboration avec le propriétaire et le chantier, visant à déterminer les choix pour garder l’équilibre entre la puissance convoitée et le déplacement nécessaire au standing voulu, et ce, dès la conception et pendant toute la durée de la construction. Le poids et le moment de redressement sont essentiels dans cette démarche. Plus le poids sera élevé, plus la puissance devra être forte. Mais il y a une limite pour un équipage réduit, et aussi une répercussion sur le budget. Dans le cas du Bañuls, pour garder un plan de voilure gérable en équipage réduit non professionnel, on a fixé la limite à 35 tonnes/mètre, soit comme un tri M50. Pour comparaison, un tri Orma est à 60 tonnes, Sodebo à 170 tonnes et Banque Populaire à 240 tonnes/mètre.
LES CONCURENTS
MODELES HH 66 TAG 60
CHANTIER HH Catamarans TAG YACHTS
SURFACE AU PRES EN M² 216 229
POIDS EN TONNES 17 16
PRIX à partir de 2,6 M€ HT Sur devis
Caractéristiques
Chantier : selon spécifications
Architecte : Renaud Bañuls
Longueur hors tout : 18,28 m
Longueur de flottaison : 18,28 m
Largeur : 8,60 m
Poids lège : 9,30 t
Poids en charge : 11,50 t/ 13,5 t CE
Tirant d’eau : 1,40 m/3,20 m
Hauteur mât : 25,10 m
Hauteur nacelle : 1,25 m
Surface Grand-Voile : 118 m²
Surface solent : 56 m²
Surface trinquette : 35 m²
Surface reacher : 120 m²
Surface gennaker : 165 m²
Spy asymétrique : 235 m²
Puissance motorisation : 2 x 53 CV Yanmar
Réserves d'eau douce : 2 x 250 l
Réserves de gasoil : 2 x 250 l
Prix : à partir de 2 M€ HT
Prix bateau essayé : 2,5 M€ HT