Après une réduction momentanée de la voilure en 2004, le chantier à l'effigie du sabre japonais (le katana est l'arme emblématique des samouraïs) retrouve sa combativité et nourrit à nouveau une prestigieuse image ; la gamme semble se resserrer autour du modèle 50', entre le 43' et le futur luxueux 65'. Les clients de la marque continuent de créer la légende derrière Bruno Nicoletti (deux tours du monde par les latitudes sud avec un 44' et un 470) en fréquentant l'Antarctique (DOUBLE MAGIC, un 431') et la Patagonie (WILDLIFE, un 47'), on parle même d'un Catana custom (de 90'!) dans le passage du Nord-Ouest !
Infos pratiques
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Un cahier des charges participatif
Lors de l'élaboration du projet global, une enquête auprès des propriétaires de la marque permit de recueillir d'innombrables avis, suggestions et retours d'expérience. De cette manne compilée par les cerveaux maison (architecte, bureau d'études, marketing) s'est dégagée une synthèse représentative des valeurs Catana, enrichie de tendances nouvelles : une définition haut de gamme qui relègue les premiers modèles au rang de viatiques pour spartiates.
Une très belle ligne pour le nouveau né de chez Catana.
Un bateau de sybarite
L'ambition d'un catamaran de propriétaire offrant les prestations d'un petit yacht tout en restant consensuel et ancré dans la philosophie du chantier est clairement affirmée. L'analyse de l'inventaire standard évoque les anciennes versions 2 upgradées (472-582). L'idée d'un multicoque à vivre sous toutes les latitudes : solide, marin, doté d'une grande autonomie et apte à faire route au moteur ou à la voile par (presque) tous les temps semble être le pivot du projet 50'. Pour être atteint, cet objectif doit viser l'excellence dans l'ensemble des postes, je vous invite à une visite détaillée.
Lors de nos essais, les conditions étaient musclés : un vrai bonheur !
Un gréement de catamaran moderne
Le tube carbone de 21.50m (un étage de barres de flèches poussantes) est superbe. Ce profil a largement fait ses preuves, il pourrait être rotatif, mais la tradition Catana rejette cette solution. La "perche" supporte une grand-voile de surface impressionnante (98m2), complétée dans le petit temps par un code 0 (gennaker renforcé, assez plat, sur bout-dehors carbone) de 100m2 ! Cette puissance ne doit pas masquer la réflexion du chantier concernant les réglages de brise : à partir de 15-18 nœuds réels, la configuration 1 ris-solent (puis 2 ris, solent complet) devient l'arme à tout faire. L'équilibre du plan de voilure est alors très tolérant et permettra d'évoluer dans du vent fort, évitant au maximum les fastidieuses réductions de génois et les réglages de point de tire ; le solent (étai Rod) est frappé sur la poutre avant. Ce catamaran se comporte à l'usage plus comme un cotre dont il a la réactivité que comme un sloop à bout-dehors. Les galhaubans en Kevlar complètent un compartiment bien pensé dont les utilisateurs apprécieront la géométrie variable.
La carène du 50 fait merveille, confortable et performante !
Accastillage haut de gamme pour interventions rapides
Depuis le 431', le chantier a adopté le retour des manœuvres au cockpit sur un winch électrique. Cette disposition a d'abord fait polémique (2 renvois d'angles à 90°) avant d'être plébiscité par les utilisateurs, elle a donc été reprise sur le 50', comme la suppression de la barre d'écoute au profit de deux palans sur winches dédiés. L'arbitrage Harken pour l'ensemble de l'accastillage (winches, poulies, enrouleurs) est à saluer, ce sera un gage de longévité et de fiabilité.
Le poste de barre d'où l'on peut même gérer le winch électrique : un must !
Une motorisation généreuse
Le choix de Volvo (Yanmar possible) 4 cylindres turbo de 75 cv traduit la volonté des concepteurs de doter le 50' d'une motricité à toutes épreuves. La polyvalence de ces blocs et les excellentes hélices tripales repliables permettent d'éviter les montes optionnelles (et les soucis connexes) en proposant un seul équipement parfaitement adapté. Le couple disponible autorisera des évolutions précises dans les zones ventées (prises de coffres, marinas resserrées) et sécurisera la pratique du hors-piste dont certains clients de la marque semblent friands. Les autres apprécieront les traversées à 8 nœuds de moyenne d'anticyclones ou autres pots au noir. Le niveau d'exigence souhaité pour ce bateau offre une accessibilité mécanique soignée (ventilation, admission eau de mer, filtres décanteurs, coupes circuits) ; suggestion complémentaire : pourquoi pas un capotage anti-projection sur les alternateurs ?
Le bain de soleil sur le bimini rigide, entre les panneaux solaires…
Commandes assistées et direction par biellettes rigides
Les inverseurs-accélérateurs au maniement parfois rugueux ont cédé la place à un système électromécanique d'une douceur incomparable qui autorise une implantation bâbord et tribord. Les transmissions barres-safrans sont confiées à des biellettes rigides articulées par rotules et renvois d'angles Witlock, cette architecture n'est pas la plus légère ni la plus économique, mais c'est la plus fiable !
Le cockpit est vraiment agréable et on y trouve de nombreuses astuces, fruit de l'expérience du chantier.
Un équipement technique inhabituel en série
Parc de batterie Sonnenshein de 700A en 24v, groupe électrogène Onan 7kvA (n'est-ce pas trop ? il y a déjà 400w de panneaux solaires !), électronique absolument complète, pilote électro-hydrolique, guindeau Lofran surpuissant de 2000W, chaîne inox de 60m (diamètre 12) et ancre Wasi (inox) de 80 livres ! Le soin apporté à ces postes "secondaires" (parfois sous-évalués), renforce la crédibilité de l'ensemble. Les ablutions sont approvisionnées par une véritable "usine" à osmose inverse fournissant 240l/h ! Revers de la médaille, un tel bateau n'est pas à mettre dans des mains négligentes ou inexpérimentées sinon la note d'entretien risque d'être salé.
Comme toujours chez Catana, les aménagements sont aussi pratiques qu'agréables à vivre. Et la finition : au top !
Bienvenue à bord
L'accès au cockpit (entièrement parementé de teck) est rendu fluide par les larges jupes et les ouvertures du bras arrière, cette zone bénéficie des nombreuses astuces issues de l'expérience d'équipages exigeants. Le carré extérieur, à bâbord, se déploie autour d'une table en teck et propose comme son vis à vis, des dossiers convertibles en relax, très appréciés ! La zone de manœuvre arrière se transforme en banquette face à la marche, la sellerie haute résilience d'excellente facture est confortable et agréable à l'œil. Issus du bimini rigide, des panneaux textiles permettent l'occultation du cockpit, prolongeant sa vocation de véranda tous temps.
Aménagements intérieurs
L'élargissement du roof et des volumes de coques génère un espace à vivre étonnant. La stylique générale est soutenue par une sellerie alcantara, les planchers wengé (nuance foncée optionnelle) contrastent avec la note générale blonde de l'ébénisterie. Le corian, l'inox brossé expriment le souci d'une cuisine belle et pratique où l'on retrouve un niveau d'équipement élevé : broyeur, micro-ondes, armoires de froid inox (positif-négatif refroidis par échangeurs)… Le lave-linge et le système hifi-vidéo Bose complètent un arsenal impressionnant.
Le corian, l'inox brossé expriment le souci d'une cuisine belle et pratique où l'on retrouve un niveau d'équipement élevé…
Une qualité de fabrication rassurante mais un peu lourde
La phase polyester est produite en moules femelles dans l'usine de Canet-en-Roussillon, le process généralise le sandwich mousse/verre/polyester (vinylester pour les œuvres vives avec une peau de Kevlar en face interne). L'ajout d'une poutre-avant structurelle en composite verre/carbone conjuguée à une double cloison de bras, augmente la raideur de l'ensemble. La qualité de fabrication est manifeste, mais un effort ciblé devrait permettre de gagner du poids sans nuire à la solidité (bimini rigide, suppression du réservoir gasoil dans le cockpit, généralisation du sandwich en aménagements..).
Confort et manoeuvrabilité remarquables
Pendant deux jours, nous enchaînerons les sorties d'essais avec une mer clapoteuse, agitée, temps à grain et vent de SW variable 12-20 nœuds. Les qualités d'évolution au moteur sont manifestes malgré le fardage du bateau, comme le silence de fonctionnement (ce qui constituera un atout pour une unité dédiée aux longs séjours à bord), j'apprécie le toucher des commandes…digital ! Hors de la passe, ça remue pas mal ! Le temps idéal pour réaliser de subtiles combinaisons entre les lattes de GV et les lazy-jacks…Mais la gestion du winch électrique au poste de barre transforme l'habituel exercice de slalom en une formalité, pas une fois nous n'avons surpatté ou été contraints de redescendre la têtière ! Le choix du "rapport" est rendu aisé par la disponibilité des voiles et l'assistance des winches de manœuvres dont était pourvu notre modèle d'essai. Sous pilote, un équipier attentif hisse la GV, borde 100m2 de code 0 et affine ses réglages en une poignée de minutes ! Dans 15-17 nœuds de vent, la vitesse se stabilise autour de 12 nœuds au travers. Le coulissage des dérives dans leurs puits est parfait, une position intermédiaire (50% de chaque côté) convient bien à ces conditions. L'après-midi, le suroît monte à 18-19 nœuds, ce sera le test le plus intéressant, nous ne sommes que deux à bord et il s'agit de présenter le 50' dans différentes configurations de voilure pour les photographes. La prise de ris ne nécessite qu'un peu d'organisation et de doigté pour "pianoter" dans les règles de l'art : choquer l'écoute en grand, puis la drisse, reprendre l'amure et la bosse, étarquer, tout cela s'effectue en un temps record dans une grande économie de moyens (pas d'effort, pas de déplacement) mais attention à la puissance disponible ! Sous 1 ris-solent le plan de voilure est particulièrement homogène et les arcs de gréement présentent une triangulation idéale galhaubans-étai de solent). L'allure du près est agréable malgré un clapot nerveux, les entrées d'eau fines et la voilure généreuse autorisent un bon passage dans la houle à 9-10 nœuds. Comme d'habitude sur les Catana, l'angle de remontée au vent est tout à fait satisfaisant. Le "shape" des voiles (North) est superbe (une mention spéciale pour le code 0), on regrettera peut être l'absence d'un tissu plus évolué (Hydranet radial ?) sur la grand-voile et une bordure un peu courte. Après quelques virements (un jeu d'enfant avec le solent auto-vireur !) nous abattons en grand et déroulons le code 0, la vitesse grimpe à 13 nœuds, le pilotage reste fin et sensible, l'effet directionnel des safrans procure des évolutions précises dans les vagues. À l'intérieur, la structure n'émet aucun craquement, le silence dans ces conditions déjà soutenues est remarquable.
Avec de telles cabines, on irait sans problème jusqu'au bout du monde…
CONCLUSION
Le Catana 50' est un catamaran de grande croisière abouti, il propose une synthèse calme de solutions éprouvées et offre à l'amateur fortuné un compromis confort-comportement adapté à la vie à bord et aux programmes ambitieux. Le niveau de qualité atteint par les premiers modèles devrait permettre à la série de réaliser un "gros score", la pleine maturité passera par un contrôle pondéral des petits postes. Le bateau marche bien, la géométrie est juste, l'ensemble gréement-accastillage est une vraie réussite qui correspond aux attentes de la clientèle de la marque.
Les plus
Un ensemble confort-performances cohérent, équipement haut de gamme. Plan de voilure pratique. Motorisation remarquable.
Les moins
Pas de barber de GV à poste fixe (et réglable du cockpit, indispensable pour tendre la chute au portant). Pas de surgainage sur les "points chauds" des drisses (bloqueurs de GV et code 0). Echantillonage de la platine d'articulation inox du bout-dehors un peu faible.
FICHE TECHNIQUE
Constructeur : Catana Canet-en-Roussillon (66) Architecte : Christophe Barreau Matériau : sandwich mousse/verre/polyester sous vide avec peau interne en kevlar pour les œuvres vives Homologation : CE catégorie A (haute mer) insubmersible Longueur : 15.20m Flottaison : 15m Largeur : 7.20m Poids lège : 16.6t Déplacement maxi : 21.2t Tirant d'eau : 1.2/2.95m Tirant d'air : 23.70m Hauteur du mât : 21.50m Surface GV : 98m2 Surface solent : 36m2 Surface code 0 : 100m2 Mât : Carbone fixe autoraidi marque Alucarbon Gréement : galhaubans Kevlar, étai solent en Rod rigging, étai Code 0 monotoron Motorisation : Volvo 2X75cv saildrive, hélices tripales repliables Eau : 2X400 l Gasoil : 2X430 l + 1X215 l Eau chaude : 2X55 l Eaux noires : 3X55 l Eaux grises : 1X80 l +1X106 l Dessalinisateur : Aquabase 240l/h Génératrice : Onan 7kvA Panneaux solaires : 400W Prix HT : 920 000 euros

Traversée Canet-en-Roussillon/Tunisie à bord de TIMAIOS, Catana 50' N°3
Nous sommes partis à trois (ma femme, un équipier ami et moi-même) pour le convoyage Canet-Tunisie fin avril. L'habituel coup de Tramontane-Mistral nous a fraîchement cueillis pour la traversée du Golfe du Lion soufflant 35/40 nœuds sur nos trois ris. "Limite fausse panne", nous avons choisi de laisser courir sous petite toile sans voile d'avant, la vitesse oscillant entre 9 et 12 nœuds, 15 dans les surfs ; malgré une mer dure (3-4m) et parfois déferlante, le confort à bord est resté très satisfaisant. Nous avons pris nos quarts de nuit à l'intérieur avec l'aide du radar et du GPS à cartographie et n'avons pas remarqué de chocs particuliers contre la nacelle ni de bruits de structure. Deux fois dans la nuit nous sommes partis au lof en travers de la mer ! Dérives relevées, nous fûmes quittes pour une sueur froide sans conséquence. Escale à Porto Cervo, suivie d'une croisière d'été sous le vent de la côte Est Sardaigne et re-baston de NW pour finir en beauté en pleine nuit au large du Cap Bon au milieu du trafic. Ce convoyage agité avec un bateau neuf nous était imposé par des impératifs professionnels ; sans recommander la formule, il nous a permis de prendre confiance dans le nouveau bateau et d'en apprécier le confort et la sécurité. Il est plus raide que notre précédent Catana 47' et marche bien (8.5 de moyenne sur le parcours), tout en étant plus confortable.