En 2013, le Catana 59’, conçu par le bureau d’études du constructeur en association avec Marc Lombard, constituait une petite révolution interne ; seuls les 47’ et 42’ restaient en effet au catalogue sous la signature historique de Christophe Barreau. Les déclinaisons du concept 59’ se succèdent maintenant avec le 53’, dont la présentation est annoncée pour le printemps 2017, et le 62’, mis à l’eau depuis peu. Nous avons pu essayer ce grand catamaran voyageur dans des conditions révélatrices (vent fort et mer formée) lors d’un convoyage dynamique de 140 milles à travers le golfe du Lion.
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Un modèle à maturité
Le Catana 62’ est un nouveau bateau, même s’il est l’héritier direct du 59’. Il assimile toute l’expérience de son prédécesseur ainsi que ses évolutions en proposant de substantielles améliorations en termes de caractéristiques dynamiques, de centrage des poids et de processus constructif.

Une silhouette aboutie
Avec 90 cm de longueur supplémentaire, le 62’ exprime pleinement la force de ce dessin puissant doté de francs-bords élevés, d’un tunnel très dégagé, d’une légère tonture au livet de pont et d’un plan de voilure généreux. Son apparence extérieure bodybuildée traduit une vocation de baroudeur rapide, et les lignes qui paraissaient audacieuses il y a quatre ans s’apprécient mieux. La silhouette à forte personnalité du bateau est caractérisée par des étraves légèrement inversées et une nervure médiane qui casse l’aplomb des bordés en soulignant le bandeau de lumière longitudinal dans lequel s’inscrivent les hublots.

Une fabrication exigeante
L’outil de production de Canet-en-Roussillon est une belle usine moderne et vaste ; le climat favorable de la région de Perpignan (Sud France) limite les amplitudes thermiques et permet de bénéficier de longues périodes de conditions naturelles favorables à la polymérisation des composites. Le 62’ est construit dans un moule principal incluant nacelle et demi-coques intérieures ; les demi-coques extérieures étant rapportées et soudées par stratification avec plan de joint dans l’axe de quille. De l’extérieur vers l’intérieur, le déroulé de fabrication du sandwich est le suivant : un gelcoat sélectionné est d'abord appliqué dans les moules avant la pose des tissus de verre multidirectionnels. La mousse 80 kg/m3 vient ensuite, puis la peau interne (également en verre multidirectionnel) et le tissu Kevlar Twaron impact appliqué sur les zones les plus exposées. L'ensemble est alors infusé à la résine vinylester, qui protège le composite de l'hydrolyse. Les fonds sont en stratifié monolithique pour rationaliser le calage et préserver l’intégrité de cette zone très sollicitée. Les cloisons sandwich airex/carbone infusées sur marbre sont liées à la plate-forme par cornièrage intégral (stratification manuelle de bandes de tissu de scellement) ; les ouvertures de portes et les passages techniques sont détourés lors de la fabrication, ce qui permet de fermer les peaux, d’éviter des délaminages ultérieurs et de garantir un bon vieillissement. Les omégas carbone viennent ensuite raidir les panneaux de flotteurs ; l’assemblage du pont (avec le roof également carbone) ferme cette "boîte" mécanique par collage et stratification, rendant la structure très résistante.

Choix du moteur vélique : Easy ou Performance ?

Le 62’ intègre les récents arbitrages d’équipement du constructeur ; il est donc livré en version "Sail away", c’est-à-dire équipé et prêt à partir (mise à l’eau et prise en main inclus). Le mât de la version Easy essayée est un JP Maréchal de très bonne facture avec un étage de barres de flèches sans bastaques, tenu en latéral par un gréement textile (option) et en longitudinal par un étai inox. Le solent auto-vireur est prévu en série, mais le propriétaire a choisi un génois à recouvrement. Le bout-dehors et le gennaker stormlite de chez Incidences (comme la GV et la voile d’avant dacron) font partie du pack Easy. Une version Performance plus radicale est disponible avec un mât carbone fixe Axxon, un gréement textile, une poutre de compression carbone et un plan de voilure optimisé (GV, gennaker, Code 0, génois sur étai structurel et emmagasineur tout ou rien, solent sur étai larguable). Une belle panoplie, entièrement en membrane D4 pour jouer en équipage !

Aménagements : un grand multicoque de voyage contemporain
La Catana 62’ ne recherche pas le volume habitable maximum (la nacelle est celle du 59’), mais il profite du mètre supplémentaire pour optimiser ses qualités dynamiques, le centrage des poids et la capacité à exploiter le potentiel en charge. Le cockpit, très protégé par un bimini structurel avec rail de GV intégré (les doubles palans d’écoutes frappés sur la poutre arrière devraient revenir bientôt), dévoile une large banquette arrière, une grande méridienne bain de soleil (quel parfait lit de quart !) et un carré-salle à manger d’extérieur. La table 6‑8 personnes sur piétement tubulaire est mobile et peut être rapidement réinstallée à l’intérieur si les conditions l’exigent. S’appropriant la tendance open-convertible, la baie vitrée en 3 parties s’escamote presque entièrement derrière la méridienne, fusionnant l’impressionnant espace cockpit-carré. Les jupes XXL permettent un embarquement confortable et sécurisant depuis le quai ou l’annexe ; elles sont recouvertes (comme toute la surface du cockpit et du carré) d’un excellent revêtement synthétique imputrescible, résistant à l’impact, antidérapant, qui ne chauffe pas lors de l’exposition au soleil ; un choix rationnel que j’apprécie ! La cuisine de notre 62’ d’essai adopte une architecture en L avec grand îlot central abritant 2 réfrigérateurs (une version en U est proposée). La généreuse plaque de cuisson 4 feux de très belle facture dispose de protections latérales et de serre-casseroles ; le rôtisseur exigeant dispose aussi d’un superbe four. Grand évier, robinetterie sélectionnée, plans de travail et réserves de froid abondantes nous ont permis de cuisiner avec plaisir, même avec 30-35 nœuds établis et mer du vent. Après l’abandon de l’ébénisterie classique, grande consommatrice d’essences rares peu adaptées aux multicoques, le style Catana s’est repensé en évoluant vers une griffe "luxe fonctionnel contemporain" sobre et de belle facture. Dans les cabines, le choix des matières est subtilement rationnel, privilégiant la facilité d’entretien et la résistance aux agressions (planchers composites, plafonds suédine, vaigrages en skaï, meubles façonnés cuir). Le traitement des salles de bains fait l’objet d’un soin et d’un design particuliers (chauffe-serviettes, plancher de douche drainant, lavabos doubles, éclairage, naturel et électrique, remarquable, ventilation). Dans la version propriétaire mise à notre disposition, le flotteur tribord accueille le logement padronal ; les deux cabines invités sont à bâbord. Elles proposent le même standard de confort avec salles d’eau, toilettes privatives, et une qualité perçue de très bon niveau.
Une cale machine first class !
Les deux Volvo D3 110 CV turbo sont des moteurs modernes, compacts et propres dotés de commandes électriques en série. Ces 5 cylindres de 2,4 l pèsent 297 kg chacun et sont accouplés aux hélices par des lignes d’arbres (bloquées sous voile par des freins à disques). La consommation théorique est de 8 l/h par moteur à 2000 tr/min, l’autonomie à cette allure (à 8,5 nœuds environ) est donc de 53 h. La fiabilité, la longévité et le bon fonctionnement d’un moteur marin sont directement liés à son installation et à son accessibilité, l’entretien en dépend ; ici, le technicien est à son aise ! Fixés sur un solide bâti répartiteur d’efforts dans une cale large et haute, les blocs sont très avancés dans le navire (600 kg centrés !) et leur surveillance est facilitée par la clarté des implantations (batterie de démarrage, inverseur, presse étoupe, vase d’expansion, filtre et vanne d’alimentation eau de mer sont tous à disposition immédiate). Un extincteur automatique est à poste fixe ; une isolation soignée et efficace est appliquée sur le bordé, la cloison et le plafond. Bravo ! Les caisses à fuel disposées dans un des coffres de bras avant sont extractibles et munies de trappes de visite ; indispensable pour parer à une pollution du carburant ; un point essentiel !
Une traversée tambour battant !
Il est banal d’entendre que telle ou telle unité effectue 10 nœuds de moyenne sans toujours pouvoir vérifier ces affirmations ! L’objectif de 240 milles par jour est d’une simplicité péremptoire, mais il est rarement atteint, car il implique, comme toute moyenne, de longues périodes de glisse supérieure de 30 à 50 % au score final ! Avec Le Catana 62’, nous allons effectuer 135 milles en 12h30, ce qui correspond à 11 nœuds de moyenne ! Le vent de NW modéré doit nous accompagner depuis Canet-en-Roussillon jusqu’à Toulon sans faiblir ; nous démarrons donc sous GV et génois entier, bâbord amure avec 18-20 nœuds de tramontane. La vitesse s’établit immédiatement entre 11 et 13 nœuds à l’allure du largue sur une mer belle ourlée de petites crêtes. Avec 50 % de dérive sous le vent (elles sont courbes, pour une meilleure insertion dans le volume flotteur), l’équilibre de barre est parfait, et notre limousine taille sa route dans un confort parfait. Les flotteurs de 18,70 m glissent avec régularité et aisance, le pilote automatique assume sans broncher grâce aux safrans très directionnels. Le confort général du bateau gomme les sensations de vitesse, c’est à la barre que l’on prend conscience de l’allure à laquelle nous menons notre multicoque, car les surfs s’enclenchent régulièrement sur une houle en formation assez nerveuse (une spécialité des petits fonds du golfe du Lion). Les afficheurs indiquent régulièrement 13-15 nœuds, et les sillages parlent d’eux-mêmes. Le vent forcit à 25-28 nœuds sans que nous ressentions la nécessité de réduire impérativement la GV (qui fait tout de même 120 m2 !). A la tombée de la nuit, avant les premières lumières de Marseille, quelques surfs à plus de 17 nœuds nous incitent cependant à prendre le ris. Je lofe un peu pour vider la grand-voile, et la manœuvre s’effectue depuis la console tribord du bras arrière (pour étarquer la bosse) ; la drisse étant choquée depuis le piano situé à bâbord. La nuit tombe et la vitesse augmente ! Au large du phare du Planier, nous déboulons à 12,5 nœuds de moyenne, l’occasion de tester les installations culinaires en vue d’un vrai repas servi à table dans le cockpit. Bien lestés d’une délicieuse tambouille du large, nous nous mettons en tenue pour les 30 derniers milles. Il devient bientôt nécessaire de réduire le génois de 30 % car le mistral est rafaleux. A la barre, cela devient du pilotage en terrain accidenté (curieusement, les prévisions ne laissaient pas présager de vent supérieur à 25 nœuds, mais la région est propice aux phénomènes locaux). Nous chevauchons maintenant à 16-17 nœuds une mer lourde qui se creuse rapidement. A la barre j’entame avec application la séance de surf intense qui va suivre, aiguillonnée par des rafales à 35-38 nœuds (pointes à 40). Les creux escarpés déferlent, et le double sillage est éloquent. Plusieurs longues glissades échevelées à 20 nœuds convoquent presto le 2e ris et la réduction du génois à 60 % ; nous sommes déjà en vue de Toulon !
Conclusion
Les conditions de vent et de mer étaient parfaites pour ce test ; elles ont permis au Catana 62’ de démontrer ses qualités de catamaran de grand voyage. Malgré sa taille et sa surface de voile, il reste, dans cette version, maniable par un équipage réduit de 2 ou 3 personnes compétentes ; la manœuvre est facilitée par un plan de pont efficace, des winches électriques puissants et bien disposés. Un équipage prévoyant anticipera plus que nous ne l’avons fait les réductions afin d’assurer sa tranquillité, mais dans le cadre de l’essai, il était instructif de tutoyer un peu les limites. Ce baroudeur luxueux s’est montré tolérant aux surventes, cette caractéristique permettant de repousser raisonnablement les réductions de voilure, si besoin. Le 62’ Easy est rapide dans toutes les conditions (temps léger, médium et brise), et sa géométrie lui permettra d’affronter sereinement des mers difficiles. Cette traversée ayant pour but de livrer le bateau à son propriétaire, les pleins (eau et fuel !) avaient été faits, toute la sécurité installée à bord (avec une grosse annexe). Cet exemplaire équipé d’une climatisation réversible et d’un groupe électrogène reste malgré tout dans le devis de poids annoncé. Malgré cet embonpoint, j’ai été favorablement impressionné par les performances et le confort pendant cette navigation à rythme soutenu.
Descriptif technique
- Architecte : Chantier Catana/Marc Lombard
- Constructeur : Catana
- Matériau : Sandwich mousse/verre/Poly-Vinylester process infusion avec renforts et éléments carbone, procédé Twaron impact (peau intérieur Kevlar) sur les œuvres vives
- Longueur : 18,68 m
- Largeur : 9,49 m
- Poids lège armé : 19,2 t
- Tirant d’eau : 1,56/3,75 m
- Surface de GV : 121 m2
- Génois : 82 m2
- Solent : 63 m2
- Génaker : 121m2
- Motorisation : 2 x 110 CV transmissions lignes d’arbres
- Gasoil : 2 x 430 l
- Eau : 2 x 400 l
- Prix HT en euros version Sail Away (livré équipé, prêt à naviguer) : 1 559 722
- Options en €HT : Dessalinisateur 65 l/h avec panneaux solaires 8 x 90 W : 18 162
1 : Le mât aluminium Maréchal de la version Easy est d’excellente facture. Il s’agit d’un profil à forte inertie équipé d’un étage de barres de flèches poussantes sans bastaques. Le latéral est tenu par une paire de galhaubans et 2 bas-haubans.
2 : Les longues jupes améliorent la foulée et les sorties d’eau de ces flotteurs puissants tout en favorisant le centrage des poids.
3 : Les moteurs très avancés dans la carène contribuent au bon équilibre général
4 : Les dérives courbes sous-traitées chez un spécialiste des appendices s’intègrent mieux dans l’aménagement du flotteur et procurent une portance maxi de 500 kg à 15 nd.
5 : Importante élévation de bordés, hauteur de nacelle généreuse, étraves inversées contribuent à un passage souple et sans spray dans la mer formée.
6 : Les postes de barre sont bien défendus et la position de pilotage ergonomique.
7 : Le cockpit très protégé du vent, de la pluie et du soleil peut communiquer largement avec le volume intérieur, la cloison mobile s’effaçant presque complètement.
8 : Les caisses à fuel sont très accessibles et le poste à mouillage est largement dimensionné avec un guindeau de 2300 W en 24 V, 80 m de chaîne de 12 mm et une ancre Delta de 50 kg.
9 : Les entrées d’eau fines et la grande longueur de flotteur libre de tout aménagement permettent de maintenir un rythme élevé dans la mer formée.
10 : Dans cette version dotée d’un rail de GV sur le bimini, les sorties d’écoute GV et les bosses de ris reviennent au cockpit sur des consoles en bout de bras arrière. Une évolution avec 2 palans d’écoutes sans traveller est prévue.
Plus
- Comportement dans la brise
- Vitesse moyenne
- Confort à la mer
- Agrément de barre en conditions soutenues
Moins
- Design du pare-brise avant
- Capotes de barre qui faseillent dans la brise
- Safrans fixes
- Manœuvre délicate par vent fort sans propulseur d’étrave
|
Constructeur |
OUTREMER |
OQS |
O’ YACHT |
|
Modèle |
5X |
Ocean Explorer 60’ |
Class 6 |
|
Surface au près en m2 |
186 |
198 |
227 |
|
Poids lège en t |
12,7 |
17,4 |
17,7 |
|
Prix de base hors taxes en € |
1 065 000 |
3 000 000 |
1 860 000 |