Présenté pour la première fois au Cannes Yachting Festival en septembre dernier, le CK70 a impressionné les visiteurs par le volume offert et le niveau de finition. Rajoutons à ces qualités le choix d’une construction en aluminium : ce matériau se prête parfaitement à des programmes de navigations extrêmes, et permet, en amont, des possibilités de customisation quasi infinies. Nous avons pu essayer ce grand voyageur à Menton, sur la Côte d’Azur.
Infos pratiques
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Conditions : Vent 10 à 12 noeuds, mer peu agitée à agitée
Rendez-vous a été pris une semaine après le Cannes Yachting Festival ; le grand catamaran n’est pas loin, il s’est juste aventuré à quelque 30 milles plus à l’est, à toucher la frontière italienne. Un saut de puce pour ce multicoque qui vient de traverser la Méditerranée. Ce CK70 a en effet été construit à Bizerte, en Tunisie, par Squalt Marine International. Ce chantier de 3 000 m2 jouxte celui d’Aventura Catamarans ; il compte une quarantaine d’employés et est animé par Claude Kermoal, reconnu dans le monde du nautisme – tant dans la spécialité plaisance que dans la spécialité servitude. Notre homme a déjà construit plus de 20 catamarans en aluminium, a fait partie de l’aventure Catlantech, organisé des charters à Dubaï, travaillé au Vietnam, rejoint Alumarine… Une carrière presque entièrement dédiée aux multicoques ; d’ailleurs, Claude se souvient : « La première fois que je suis monté à bord d’un catamaran, c’était en 1982, à bord d’Elf Aquitaine qui venait de remporter la Route du Rhum avec Marc Pajot à la barre. » Claude est installé depuis 6 ans en Tunisie. Le CK présenté aujourd’hui par le constructeur – qui reprend tout simplement ses initiales – est le troisième (et aussi le plus grand) de la gamme mis à l’eau.
Un accueil royal !
Lors du Cannes Yachting Festival, l’équipe de Multicoques Mag avait pu mesurer la sympathie du team de Squalt Marine International, puisque le CK était amarré juste en face de notre stand. Les mêmes, quelques jours plus tard, me font une surprise : ils ont récupéré les visuels de notre stand et les ont remis en place à Menton, devant leur catamaran ! Bref, l’accueil est on ne peut plus convivial. D’ailleurs, Claude adore les bons mets et se révèle un excellent cuistot, mais bon, c’est bien de son grand multicoque que nous allons parler avant tout… Précisons d’entrée que ce géant à deux coques en aluminium est présenté ici en version « extented » ; au départ, le plan se contentait de 64 pieds, puis une version s’est allongée à 67, avant de pousser jusqu’à 70… C’est l’avantage de la construction sans moules : chaque multicoque peut être conçu comme une unité unique. Le constructeur ne manque pas de rappeler que les CK sont personnalisables à l’infini. Cette possibilité conviendra parfaitement aux programmes les plus particuliers – explorations, expéditions, études scientifiques, plongée, etc., ou plus simplement pour une famille qui souhaite vivre à bord tout en pratiquant du charter. La silhouette de ce catamaran est globalement massive, avec des superstructures imposantes et verticales, mais des efforts de design comme les étraves coupées et la bande décorative latérale qui reprend ces angles méritent d’être salués. Pour améliorer encore ce résultat, la qualité d’application de la peinture mériterait d’être améliorée.
Cockpit arrière protégé, flybridge à découvert
Le plan de pont, sur une surface quasi équivalente à celle d’un terrain de tennis, prend logiquement ses aises en termes de fluidité de déplacement : les passavants sont larges, tout comme le pontage avant. Un point à revoir : le revêtement antidérapant manque d’efficacité. Les mains courantes courent tout le long du rouf. A l’avant, les trampolines sont bordés par un bastingage inox très pratique pour amarrer des voiles de portant ou une paire de paddles. Le cockpit arrière est particulièrement bien protégé ; on y trouve une table et de nombreuses assises. Tout à l’arrière, les deux jupes rallongées encadrent une plate-forme hydraulique. Le flybridge, accessible par un escalier à tribord, fait office de poste de commande (barre et manœuvres), mais également zone de farniente, puisque toute la partie arrière intègre des banquettes, des fauteuils et une table. En cette mi-septembre sur la Côte d’Azur, le soleil n’est plus si haut et la température de l’air est douce – ce fly est volontiers occupé par l’équipage. Mais il n’en serait pas de même par une nuit fraîche, sous le cagnard tropical, et bien sûr par mauvais temps… « L’étage » est en effet une terrasse nullement protégée, pas même par un petit pare-brise. Cette configuration a néanmoins l’avantage d’éviter de surcharger encore la silhouette et de maintenir la bôme pas trop haute. A l’avant du poste de barre, les panneaux solaires préservent un passage pour accéder au mât – quelques manœuvres y sont frappées. Le barreur profite sans surprise d’une vision parfaitement dégagée sur les voiles et le plan d’eau – excepté le proche arrière.
Une villa sur deux coques
La nacelle offre un volume immense, en rien gâché par la hauteur sous plafond, puisqu’on ne relève nulle part moins de 2,10 m. Cette pièce de vie panoramique grâce à ces vitrages verticaux, complètement ouverte sur le cockpit, surprend surtout par sa profondeur. Au fond, justement, à tribord, une immense table permet de rassembler une douzaine de convives sur l’autre angle tribord, une vaste table à cartes est aménagée en diagonale. A bâbord, côté cockpit, le constructeur a opté pour une cuisine en U gigantesque et parfaitement équipée. Choix des matériaux, qualité des finitions et soin porté à l’éclairage sont perceptibles : on a affaire à de la belle ouvrage.
L’accès vers les coques intègre curieusement, vu la largeur disponible, des marches asymétriques, un peu comme les demi-marches de guingois usitées à bord des petits trimarans. Le plan d’aménagement propose par défaut 4 cabines. A l’arrière, le couchage propose 1,50 m de largeur. Le lit, positionné à 92 cm du plancher, est un peu haut. On relève 2,12 m de hauteur sous barrot, deux panneaux ouvrants et beaucoup de rangements. A l’avant, les couchages sont dans le sens de la marche ; le lit est collé au bordé extérieur, ce qui complique un peu l’accès, d’autant que le matelas est encore à 83 cm du sol. L’opération est plus aisée à gauche, où l’on bénéficie d’une configuration, pour moitié donc, « island bed ». On profite ici également de deux aérations naturelles.
Amateur de brise…
Les conditions du jour mêlent un vent de 10 à 12 nœuds et une mer un peu confuse avec clapot et fond de houle croisée.
Evidemment, à bord d’un catamaran de plus de 20 mètres de coque et 10 mètres de large, ces conditions qui secoueraient une unité de 35 pieds se traduisent par… pas grand-chose ! Nul n’est gêné pour établir la grand-voile depuis le poste de manœuvre organisé sur le flybridge, autour de la grande barre à roue centrale. On déroule ensuite le solent et on se cale au bon plein pour étudier les réglages puis étudier le comportement du CK70 à d’autres allures. On relève 6 nœuds à 50° du vent réel et jusqu’à 7,2 au travers. Au-delà, au portant, la vitesse décroît un peu au fil de l’abattée puisque nous ne disposons pas de voile de portant à bord. Ces performances un peu décevantes doivent être relativisées par l’état peu réjouissant des carènes déjà bien colonisées par les algues vertes et un plan de voilure relativement sage. De fait, le ratio voilure poids est de 6,58 m2/t, une valeur bien sage qui ne met pas en cause le déplacement : les 38 tonnes du CK70 sont à comparer aux 35 tonnes de l’Alegria 67 et aux 40 du Lagoon SIXTY 5. A la barre, on sent bien que notre grand catamaran ne demande qu’à allonger la foulée, mais… il lui faudrait un peu plus de vent !
Conclusion
Evoquer un catamaran bien placé en termes de tarif pourrait être qualifié d’indécent quand on parle de budget supérieur à 2 millions d’euros, mais il faut bien comparer le CK70 à ses concurrents – et il y en a ! Dans cette catégorie des grands multicoques de 70 pieds, de nombreux modèles se contentent d’un discret « prix : sur devis », mais le Lagoon SXTY 5 émarge à 2 064 000 € HT, l’Alegria 67 à 2 467 000 € HT et le NEEL 65 à 2 800 000 € HT. Non seulement le CK70 propose un tarif très contenu par rapport à ces trois modèles de série, mais il s’accompagne d’un équipement exceptionnel livré sans options. Ce catamaran en aluminium représente donc une alternative particulièrement intéressante pour un projet de grand voyage à la carte. Nous suivrons évidemment avec le plus grand intérêt la genèse des prochains CK : un 56 pieds est en effet annoncé !
Aménagement et finition à la carte
Equipement de base pléthorique
Aucune protection sur le flybridge
Lits trop hauts
Descriptif technique
Conception : Claude Kermoal
Matériau : aluminium 5083 H 111
Longueur hors-tout : 22,20 m
Longueur de coque : 21,10 m
Largeur : 10,32 m
Tirant d’eau : 1,50 m
Longueur du mât : 26,00 m
Déplacement : 38 t
Grand-voile : 120 m2
Génois : 130 m2
Carburant : 2 x 3 200 l
Eau : 2 x 1 800 l
Motorisation : 2 x 140 CV
Prix : 2 150 000 € HT
Principales options en € HT
Version 6 cabines 6 salles de bains : 28 050
Carré convertible en couchage : 2 700
Occultants intérieurs et extérieurs : 5 371
Chauffage à eau par chaudière gasoil : 18 220
Commandes moteurs électriques à la table à cartes : 1 350
Hélice repliable : 4 396
Hydrogénérateur Watt&Sea : 6 740
Batterie lithium-ion 72 0A avec chargeur Vctron et alternateur Balmar 190 A 24 V : 14 000
Dodger textile pour poste de barre : 2 720
Toiles de fermeture du cockpit arrière : 5 360
Revêtement marine deck sur passavants : 32 000
Plate-forme hydraulique arrière : 38 000
Mât carbone : 117 106
Trinquette sur enrouleur : 15 966
Upgrade Hydranet et coupe tri radiale pour GV-génois-trinquette : 17 488
Accastillage pour voile portant : 16 563
Code 0 : 14 250
Gennaker : 11 357
Spinnaker asymétrique : 7 117
Electrification d’un winch : 4 833
Préparation, essais et mise en main : 10 450
Pack sécurité : 7 408
Compresseur de plongée 380 V : 8138

