Si vous prévoyez d’appareiller pour de longues traversées, vous aurez tout intérêt à choisir un catamaran de croisière fiable et performant. Deux qualités justement présentes sur le Cure 55, un catamaran à la ligne épurée et au plan de pont bien pensé ; un compromis idéal, selon notre journaliste Kevin Green.
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Conditions : vent 20 nœuds, houle de 2 mètres
L’Australie est depuis des décennies le berceau de nombreux multicoques haute performance. Cet héritage et cette connaissance approfondie des exigences de ce type de bateaux refont surface avec le premier modèle de série construit par le chantier Cure Marine, déjà largement réputé. Surmonter les limites de nombreux catamarans de croisière de série, telles que la capacité de remonter au vent et la gestion du poids, a un coût. Toutefois, les avantages sont évidents, comme j’ai pu le constater lors d’une journée en mer à la barre du premier exemplaire du Cure 55. Pour information, Cure Marine a construit certains des bateaux de course les plus fabuleux de ces dernières années, tels que les impressionnants Schionning Chill Pill et Zero, des catamarans de course-croisière pleins de tempérament, comme l’explique Dave Biggar, le patron du chantier :
« Nous construisons des bateaux sous la marque Cure depuis environ 16 ans, mais jusqu’à présent, nous avons toujours construit des bateaux custom, principalement des catamarans haute performance et quelques monocoques de course. Cependant, au cours des dix dernières années, nous avons beaucoup appris sur la production en travaillant dans différents secteurs de l’industrie des composites et en repoussant les limites de la technologie de fabrication.
Ce premier modèle de série, le Cure 55, est donc le fruit de toute notre expérience. C’est un projet qui me tient vraiment à cœur. »
Le Cure 55 est construit à Coolum, juste au nord de Brisbane, en Australie, par les constructeurs expérimentés Dave Biggar et Ian McMahon, et d’après les plans de Paul Bury. Une grande partie de l’outillage et de l’aménagement a été réalisée en impression 3D et avec de grandes machines CNC, une technologie de pointe désormais au service d’un catamaran de série.
Une élégance discrète
Sur le papier, le Cure 55 présente des caractéristiques impressionnantes, avec une construction entièrement en carbone (conforme aux normes CE) qui lui confère une grande rigidité, comme j’ai pu le constater en le lançant dans des creux de deux mètres. Les propriétés intrinsèques du carbone permettent de réduire la quantité de structure, d’où le faible poids.
Cependant, plusieurs cloisons épaisses renforcent la rigidité, et une cloison anti-crash est installée à l’avant.
Le carbone ne s’arrête pas aux coques, puisque le mât, la bôme, les dérives et même les meubles intérieurs sont fabriqués avec ce matériau. Un choix qui permet au Cure 55 d’afficher un déplacement de seulement 10,9 t tout en offrant trois cabines à bord. La nacelle est perchée à 1,02 m au-dessus de l’eau et le pont est lui aussi relativement haut. Enfin, des bossoirs en carbone reçoivent une annexe OCS, elle aussi en carbone.
En marchant le long du ponton vers le Cure 55 au salon de Sanctuary Cove, ma première impression a été celle d’un design relativement discret : un roof assez bas, de longues surfaces vitrées, une ligne épurée et des étraves arrondies légèrement inversées. Rien d’ostentatoire, mais une élégance naturelle, presque intemporelle.
A l’image d’une berline moderne, son esthétique discrète met en valeur des formes idéales pour minimiser la prise au vent. En y regardant de plus près, on note toutefois quelques éléments qui indiquent que le catamaran est pensé pour la performance. Des dérives hautes et droites, un mât en carbone Hall Spars assez haut (23 m), et des coques au volume important à l’avant et à l’arrière.
Un plan de pont bien optimisé
Une fois à bord, on arrive dans un cockpit arrière spacieux équipé de deux postes de barre ; la partie centrale, quant à elle, comprend deux assises en L avec une table sur tribord. Sur notre catamaran d’essai, une grande banquette est adossée au tableau arrière, mais ce dernier peut également être équipé d’un barbecue et d’un wet bar. L’accès à la baignade ou à l’annexe est facile grâce aux trois marches et aux longues plages de bain situées dans les jupes arrière.
Chaque barre est installée sur une colonne basculante Jefa offrant trois positions à la barre Carbonautica. Juste devant, le tableau de bord en carbone est suffisamment spacieux pour accueillir un traceur B&G Zeus 3S de 12 pouces, alors que deux winches électriques (Harken 60.2), situés à côté de chaque console, facilitent les manœuvres. De même, les boutons de commande des winches électriques sont accessibles et, gros bonus, le barreur profite d’un très grand puits à drisses, ce qui permet de ne pas encombrer le cockpit.
Chaque poste de barre dispose de commandes moteur avec des manettes Glendinning Genesys, et c’est là aussi que se trouvent les commandes des propulseurs d’étrave escamotables.
Autre bonne idée, un rail de grand-voile légèrement courbé est positionné sur le dessus du tableau arrière avec une écoute reliée à l’extrémité de la bôme. Une solution simple qui permet un contrôle optimal de la grand-voile 3Di de North.
Du cockpit, on rejoint facilement le pont avant grâce à de larges passavants, d’autant que toutes les manœuvres sont dissimulées dans des gouttières, à l’exception de celles qui commandent les dérives. Comme c’est souvent le cas sur les catamarans performants, le Cure 55 est équipé d’une nacelle courte afin de réduire le poids, mais une longue et solide poutre centrale se prolonge à l’avant et supporte les enrouleurs des voiles d’avant. Le reste de la zone est recouvert d’un trampoline. Sur chaque bord, les coques disposent d’énormes coffres à voile, tandis que d’autres rangements sont dissimulés dans la nacelle. Le guindeau Lofrans 48 V qui achemine la chaîne le long du longeron jusqu’à l’ancre Lewmar Delta de 40 kg est reculé au maximum dans un souci de centrage des poids.
Un espace de vie lumineux et confortable
Taillé pour la performance, le Cure 55 a également été dessiné pour offrir un excellent confort en croisière. Malgré la hauteur contenue de la nacelle, le salon dispose d’une hauteur sous barrot généreuse, tandis que les baies vitrées tout autour offrent une vue à 360°. La cuisine en L est située sur tribord ; elle bénéficie d’un îlot central offrant un maximum de surface de plan de travail. Cet îlot central comporte aussi quatre tiroirs réfrigérés cumulant un total de 540 litres de stockage froid. La cuisine est également équipée de deux éviers, d’une plaque à induction, d’un four micro-ondes et de tout l’électroménager nécessaire pour naviguer dans le confort. Un seul bémol selon moi : l’absence de fargue.
La partie bâbord est dédiée au salon en U avec une table centrale autour de laquelle sept convives peuvent prendre place, et qui peut s’abaisser pour obtenir une table basse ou un couchage double supplémentaire. Enfin, un poste de navigation intérieur permet de suivre l’évolution du multicoque tout en restant à l’abri, c’est pratique les jours de mauvais temps.
Typique des designs australiens, la décoration intérieure est sobre, avec des bois stratifiés clairs contrastant avec les niches peintes en noir et les revêtements souples en vinyle. L’effet bois est obtenu grâce à un produit appelé Di-Noc, un revêtement vinyle souple et autocollant fabriqué par 3M. A noter que les meubles sont eux aussi fabriqués en carbone.
La partie nuit est aménagée avec trois cabines, deux sur bâbord, et la cabine Propriétaire sur tribord. Cette dernière bénéficie d’un lit queen-size à l’arrière, d’une salle de bains à l’avant et d’une banquette entre les deux. La grande salle de bains du Propriétaire est naturellement éclairée par la fenêtre latérale allongée et abrite des toilettes électriques avec une cabine de douche spacieuse à l’avant. Compte tenu de cette invitation à une certaine opulence, l’installation d’un dessalinisateur serait ma première option. Malgré les performances qui exigent des coques étroites, le volume reste généreux.
En passant dans la coque bâbord, réservée aux invités, on découvre des couchettes tout aussi confortables, puisque toutes les deux sont équipées d’un lit queen-size. Là encore, l’espace au-dessus des lits, étonnamment, ne semble pas compté. A l’avant, des rangées de placards permettent de stocker les provisions pour les longues traversées, et on peut aussi profiter de cet espace pour installer un établi, tandis que l’une des deux cabines peut recevoir des lits superposés. En revanche, ces deux cabines doivent partager la même salle de bains. Enfin, c’est également sur ce bord que se trouve la machine à laver séchante.
Dans les deux coques, les nombreux rangements offrent à ce bateau un volume de stockage important, mais il faut éviter la tentation de surcharger le catamaran en raison de l’étroitesse des coques.
La ventilation est essentielle pour les multicoques qui naviguent sous les tropiques ; une donnée dont le chantier australien Cure est bien conscient, puisqu’il a équipé son catamaran de nombreux hublots ouvrants (y compris des panneaux d’évacuation dans la coque).
Enfin, sous les lits arrière, on découvre les moteurs Yanmar saildrives. Un emplacement logique, même si cela se manifeste par un niveau sonore élevé en navigation au moteur.
Simplicité et technologie
Le rocker de la coque est modérément prononcé, mais assez pour faciliter la maniabilité et pour réduire la traînée d’eau de la poupe. De leur côté, les dérives droites et les deux safrans profonds offrent au catamaran un excellent potentiel aux allures près du vent.
Côté gréement, le Cure 55 joue la carte de la simplicité et de la technologie, puisqu’il ne comporte qu’un seul étai. En contrepartie, le catamaran est équipé du système Cyclops Smarttune, qui remplace les ridoirs et permet de mesurer en temps réel la tension du gréement dormant (étai, pataras, haubans). Les informations sont transmises sans fil à un smartphone ou à un écran dédié, permettant de surveiller et d’ajuster la tension du gréement, et ainsi d’optimiser les performances du multicoque.
Pour l’énergie électrique, le Cure 55, s’appuie sur un système solaire de 3,9 kWc qui utilise des composants Victron et profite d’un parc de batteries lithium de 29 kWh en 48 V. L’ensemble est installé dans un grand coffre à l’avant et géré par un système numérique Czone qui utilise un logiciel simple et facile à prendre en main par le Propriétaire sans avoir besoin d’un diplôme en informatique.
En complément de ce système solaire, le Cure 55 dispose de deux moteurs Yanmar de 57 ch équipés d’alternateurs de 250 ampères-heures (ce qui évite d’embarquer un générateur). Cela permet de recharger les batteries par tous les temps.
Un catamaran axé sur la performance
Le défi de longue date pour les concepteurs de ce type de multicoque est de concilier puissance et maniabilité. Ce dernier point est important, car le premier exemplaire de ce modèle sera par exemple utilisé par un couple peu expérimenté, comme me l’a confié Ben Kelly, spécialiste multicoques chez North Sails Asia Pacific :
« L’avantage d’un multicoque raisonnablement léger est qu’il ne nécessite pas une grande surface de voile. Même s’il ne dispose que de quatre voiles – une garde-robe assez minimaliste – il accélère très vite et reste facile à manœuvrer. Qui plus est, tous les systèmes sont conçus pour être simples à utiliser pour un couple ou un équipage réduit. »
Le plan de voilure utilise une grand-voile laminée North 3DI Ocean Cruise dotée de trois bandes de ris, tous actionnés depuis les deux postes de barre. Il est intéressant de noter que les cordages partent du mât en formant un L sous la nacelle pour rejoindre chaque barre. Une solution qui crée certes un peu de frottement, mais qui a plutôt bien fonctionné lors de notre essai en mer par vent fort. Les seules drisses qui ne se trouvent pas dans le cockpit sont celles des voiles d’avant ; elles sont situées dans des bloqueurs dans les gouttières à côté du mât et du winch électrique qui les accompagne.
Le plan de voilure simple comprend aussi un foc autovireur. A l’extérieur, avec un dégagement généreux, se trouve un Code 55 sur enrouleur pouvant être utilisé dans une large plage de vent, y compris au bon plein par petit temps.
Le jour de notre essai, au large de la Gold Coast, une forte houle de deux mètres s’écrasait sur les hauts-fonds où un récent cyclone avait déplacé les bancs de sable. Nous avons donc mis le cap vers le large avec prudence. Au moteur, le B&G affichait une vitesse impressionnante de 8,2 nœuds, avec une vitesse maximale de près de 11 nœuds, reflétant déjà l’excellent dessin de la carène de ce catamaran. Les vagues qui se brisaient sur la proue n’ont causé aucun problème ni aucun grincement de la structure du Cure 55. Une fois sortis de l’abri, nous nous sommes stabilisés face au vent afin de hisser rapidement la grand-voile. Le fait que la bôme soit placée assez bas au-dessus du roof permet d’accéder aisément à la grand-voile, et donc de la stocker plus facilement.
Un vent de 20 nœuds nous a obligés à prendre un ris ; là encore, l’opération se déroule de manière fluide depuis le poste de barre, et ce fut la même chose quand nous avons décidé de dérouler le Code 55. A la barre, le système de barre Jefa s’est montré très précis, et notamment lorsque j’ai mis le bateau au grand largue et que nous avons filé à toute allure, atteignant une vitesse de 16 nœuds avec un angle de vent apparent de 100 degrés. « Plutôt vivant », ai-je écrit plus tard dans mon carnet ! En toutes circonstances, le Cure 55 a réagi sainement aux rafales, accélérant et décélérant, pour le plus grand plaisir du barreur averti – le tout avec un très bon ressenti à la barre tant le catamaran est bien équilibré.
Alors que les gratte-ciel de la Gold Coast s’éloignaient, nous avons viré pour regagner la côte. Le Code 55 a donc été rapidement enroulé et le foc déployé. Une fois encore, tout a été fait depuis le poste de barre, et en souplesse.
A cette allure de près, nous avons lutté contre les vagues croisées. Les chiffres indiquaient alors que nous naviguions à 14 nœuds avec un angle de vent apparent impressionnant de 24 degrés, tandis que le vent réel baissait d’un cran à 18 nœuds.
Par moments, la coque vrombissait, me procurant une agréable sensation de picotements dans les mains, signe que nous étions dans le bon rythme. C’était donc une façon idéale de terminer notre journée.
Conclusion
Elégant, bien construit et confortable, le Cure 55 tient aussi toutes ses promesses en matière de performances. Il reste facile à prendre en main même pour un marin peu expérimenté, mais il récompensera encore plus un plaisancier averti en lui offrant des sensations uniques à la barre. Que vous soyez chevronné ou pas, vous apprécierez ensuite le confort au mouillage ou dans la marina, faisant du Cure 55 un excellent compromis entre croisière et performance.
Excellentes performances
Plutôt facile à manœuvrer pour sa taille
Moteurs sous les couchettes
Descriptif technique
Architecte : Cure Marine / Paul Bury
Longueur hors-tout (y compris le bout-dehors) : 17,78 m
Longueur à la flottaison : 16,64 m
Largeur : 8,69 m
Tirant d’eau : 1,30/2,41 m
Hauteur du mât : 23 m
Déplacement lège : 10,90 t
Déplacement maximal : 15 t
Grand-voile : 109 m²
Foc : 55 m²
Code 55 : 118 m²
Gennaker : 196 m²
Motorisation standard : 2 x 57 ch Yanmar saildrives
Motorisation maximale : 2 x 80 ch
Carburant : 800 l
Eau : 400 l
Catégorie CE : A
Prix : à partir de 3,64 millions de $ AUS




