Quand un chantier reconnu dans le monde du monocoque se lance dans le multicoque, on est tout de suite attentif… Mais quand ce chantier s'appelle Discovery Yachts, un essai s'impose d'urgence !
Infos pratiques
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Le salon du multicoque de Lorient fut un succès issu de la conjugaison d’un format attendu, d’une organisation remarquable pour une première édition et de la météo estivale. Le plateau était varié, représentatif de la diversité des savoir-faire (série, custom, course…) et d’approches différentes (catamarans, tris, repliables, grande croisière, day sailing, camping côtier, Golden Oldies, …). Deux chantiers anglais ont profité de l'aubaine pour présenter leurs nouveautés (Dazcat et Discovery), ils étaient enchantés de leur escapade "méridionale", nous en avons profité pour découvrir et essayer le Discovery 50'.
Une belle silhouette classique et élégante revisitée par Bill Dixon.
Les pionniers britanniques
La relation surprenante que le XXIème siècle entretient avec la chronologie nous fait percevoir tout événement de plus de 25 ans comme quasi médiéval, n'oublions pourtant pas que la Grande-Bretagne en général et l'Angleterre en particulier ont régné sur la redécouverte occidentale des multicoques pendant les années 60-70. Les architectes et chantiers britanniques ont joué un rôle déterminant dans l'avènement du catamaran de croisière avec les Heavenly Twins de Pat Patterson, Oceanic 33' de Bill o'Brien (ANNELIESE de Rosie et Colin Swale, premier catamaran au Cap Horn !), Catalac de Tom Lack, Snowgoose des frères Prout ou Iroquois et Comanche de Mac Alpine Downie. Lorgnant depuis Albion sur la nouvelle suprématie française, les artisans anglais n'ont pas dit leur dernier mot.
Avec son gréement innovant, le Discovery est non seulement facile à manœuvrer en équipage réduit, mais aussi performant !
Discovery… from Southampton
John Charnley est un gentleman sailor plutôt expérimenté, il a possédé de nombreuses unités, beaucoup navigué, participé à la Transat 1980 (sur un monocoque de 43', 33ème en 29 jours) et fondé la compagnie Sunsail avant de créer en 1998 le chantier Discovery. Spécialisée dans la création de yachts monocoques de 55' à 67', la marque s'est délibérément orientée vers une production semi-custom, haut de gamme. Désirant concrétiser un projet de voyage ambitieux avec sa femme Caroline, le manager Charnley fusionna avec John le marin pour inventer le catamaran de ses rêves : le Discovery 50' ! Se muant en commercial de luxe, le couple mit son sac à bord en mars 2010. Depuis lors, ambassadeurs enthousiastes de leur dernière création, ils font partager leur bonheur aux visiteurs des salons de Southampton, Lorient et plus tard Annapolis.
L'unique poste de manœuvre et de navigation fait preuve d'une belle maturité et permet une maîtrise presse bouton du plan de voilure.
Une philosophie affirmée de la qualité
Les monocoques construits par Discovery Yachts sont tous de grands bateaux high tech, forcément complexes ! Mais le chantier met un point d'honneur à les rendre fiables et utilisables en équipage réduit, ainsi qu'à entretenir avec le propriétaire une relation individualisée et attentionnée. Pour le projet D50’, Discovery a choisi High Modulus Engeering (NZ, conception structurelle), Ken Freivokh (design intérieur) et Bill Dixon (architecte). L’idée générale étant d'aboutir à un catamaran luxueux, solide et fiable pour le grand voyage et la vie à bord sous tous les climats, résolument facile à gérer par un couple de personnes "normales".
Salon extérieur confortable, bains de soleil, coursive de manœuvre dégagée et bimini convertible léger et pratique : des atouts pour le Dicovery 50'.
Première rencontre : une silhouette classique (mais pas banale !)
Lors d'une sortie d'essai à bord du Dazcat 11.50 en baie de Lorient, nous croisons le D50', il dégage une image de bel objet ; gelcoat au brillant profond, netteté des lignes générales et harmonie de la silhouette concourent à une première impression très positive. Le style général n'est pas ostentatoire, mais l'originalité du design est bien réelle et vient revisiter avec succès une enveloppe classique. Le résultat est intemporel et communique un sentiment de force créative contenue. Bill Dixon reprend le concept du rostre, cher aux Privilège, mais c'est sa seule concession à l'influence française. Le roof fluide d’inspiration "aéro" est élégant, la stylique des hublots frontaux et latéraux, innovante et superbe. L'absence de bimini rigide, (disponible en option) au profit d'un convertible sur arceaux, allège la silhouette générale et constitue une version Targa découvrable que j'apprécie.
Cette baignoire est un vrai plus : rinçage des équipement (et des marins) salés, espace de jeu aquatique pour les enfants ou de rafraîchissement pour les grands…
Home sweet home !
L'architecture intérieure du D50' est positivement étonnante ; en marge des voies empruntées par les concurrents, le designer ouvre l’espace visuel vers les flotteurs, bouscule l’implantation habituelle de la cuisine et parvient à créer une atmosphère tout à fait originale et cosy. Le traitement de la NavStation, avec sa confortable banquette, fera sans doute école. Ajoutez à cela une finition maniaque, une vraie culture du détail et une isolation phonique et thermique au-delà des standards habituels (double vitrage sur l’ensemble du pourtour de nacelle) et vous aurez un avant-goût du travail accompli. Il ne reste qu'à apprécier le choix, la mise en œuvre des matières et le traitement de la lumière (hublots verticaux, stores vénitiens, halogènes varios,… ou leds,…) pour être littéralement bluffé par cette version 3 cabines. Intelligence fonctionnelle, goût décoratif très sûr, ambiance recherchée : un trio de valeurs décliné avec passion par des professionnels engagés.
Un intérieur et des finition magnifiques. Bravo au chantier !
Un essai d'une journée avant le grand départ
Discovery Magic est armé pour une traversée de l'Atlantique (environ 2t de charge !), il demeure pourtant dans ses lignes. La nacelle est un peu plus basse que dans l'école française, mais le tunnel reste tout à fait cohérent pour le programme. La visite minutieuse est pilotée par Mark Waterhouse (responsable commercial du chantier) et John Charnley ; attentifs à toutes les réactions, ils distillent à chaque interrogation leur parfaite connaissance du bateau et des équipements. Ce N°1 est certes le bateau du patron, mais il est si éloigné des inquiétudes légitimes d’un prototype ! La rationalité des implantations et le soin apporté aux installations expliquent sans doute la sérénité qui règne à bord.
Plus qu'une table à cartes, une nav-station complète pour le quart au chaud…
Un gréement gériatrique
John s'est souvenu que Phil Weld, le vainqueur de la Transat 1980 avec Moxie (Dick Newick) avait effectué un parcours exemplaire à 65 ans, caracolant devant une meute de jeunes furieux avec une grand-voile à enroulement dans le mât (ce qu’il appelait son gréement gériatrique !). Le D50' est donc livré en standard avec cet équipement fourni par Selden ; une version traditionnelle est disponible, pourtant j'ai l'impression que ce dispositif lui correspond parfaitement. Il est complété par un génois sur enrouleur Furlex et un rail de traveler prévu pour un solent autovireur. Le gennaker fait, bien sûr, partie de l'armement. Ainsi, 2 plans de voilure distincts, adaptés à des régions plus ou moins ventées et des configurations d’équipages différentes, sont disponibles sur le même plan de pont. Bien pensé !
Dans cette version 3 cabines, la suite avant est craquante, elle comporte deux cabinets de toilette et un bureau. Le travail sur la lumière est particulièrement soigné.
Un "vélo" de croisière de 50'
Nous avons procédé à l'enroulement-déroulement-réduction de cette GV à plusieurs reprises et je dois confesser ma parfaite satisfaction à l'égard du système global, ce qui inclut l’intelligente réalisation du poste de pilotage et de manœuvre avec les winches électriques. Beaucoup moins dépendant de réglages horlogers et d'un opérateur breveté que l'enrouleur de bôme, cet équipement de qualité exemplaire s'adresse aux voyageurs au long cours qui n'accordent pas une importance exagérée à la perte du rond de chute et se félicitent de l’indépendance que cela procure quand on a passé l’âge de se battre la nuit avec les voiles. Surprise, non content d'être fonctionnel, le rendement est bon ! Malgré notre chargement de Sybarite, les mesures effectuées, tout au long de la journée, dans une brise variable de 5 à 13 nœuds le confirment (7.2 nd GPS à 60° d'un vent de 11.4 nd réels, 9 nd à 110° avec 13 nd). Même dans les petits airs de la matinée, le D50' reste vivant et manœuvrable. Il sait accélérer dans le médium et reste très facile à comprendre et à utiliser, j'ai pu enchaîner une série de 5-6 virements en solo après 30s de briefing. La roue, grand diamètre, est reliée par biellettes rigides et câbles push-pull à des safrans bien équilibrés et directionnels, le bateau tourne sur lui-même et se relance immédiatement, les écoutes n’accrochent pas. Le soir en rentrant à Lorient, il se calera tranquillement à 9 nœuds dans un air fraîchissant de 13-14 nœuds, John et Caroline ont noté 9 à 10 nœuds de moyenne sur mer plate avec 15-18 nœuds de travers pendant 25 milles.
Il y a un petit côté chambre du NAUTILUS dans cet espace bureau (ordinateur et écran sont rangés à demeure dans les placards frontaux).
CONCLUSION
Je ne vous ai pas parlé du carré extérieur (pourtant abondamment testé lors des lunchs "efficaces" et raffinés servis par l’équipage), ni du réel confort de barre, pas plus que de l'external bathroom présente sur le pont avant, j'ai oublié de décrire le repliage du bimini parfaitement opérationnel, mais il y avait tant à dire ! J'ai apprécié le sérieux de fabrication, la qualité générale, la disponibilité des installations électriques (2 alternateurs 80A couplés avec un parc de batteries industrielles haut de gamme et à une connectique optimisée). J'ai aimé la simplicité d'utilisation et la philosophie du gréement et du plan de voilure, mais, par-dessus tout, je me suis senti chez moi à bord de ce beau bateau de voyage, en oubliant presque le reste… En quittant Lorient, Lou Reed murmurait "just a perfect day" ! Discovery Magic est aujourd'hui à Newport, après une traversée Açores-Bermudes en moins de 16 jours (avec 3 jours de près et une seule bonne journée de portant à plus de 200 miles en 24h). Tout va bien à bord… Le Discovery 50’ joue résolument la carte de l’exception pour des amateurs fortunés séduits par les qualités objectives du catamaran. La démarche fait penser à la philosophie Amel dans un autre contexte et paraît s’adresser à la même clientèle.
Les plus :
• Silhouette • Qualité générale • Agrément
Les moins :
• Nacelle un peu basse • Pas de panneaux solaires en standard • Prix indexé sur la livre anglaise
SPORT : 2/5 CROISIERE : 4/5
LES CONCURRENTS
Modèle Architecte Construction Poids en t Surface voiles au près en m2 Prix en euros HT Privilège 515 Lombard Alliaura 16 141 840 000 Dean 498 Dean Dean 14 135 535 000 Catana 50 Barreau Catana 18 134 790 000 Phisa 15 NC Phisa 14.5 146 680 000
FICHE TECHNIQUE
Architecte : Bill Dixon Constructeur : Discovery Yacht Longueur : 15.40m Largeur : 7.80m Déplacement en charge : 14.5t Tirant d'eau : 1.3m Plan anti-dérive : Ailerons Matériau : sandwich mousse/verre/vinylester/sous vide, renforst Kevlar et carbone GV : 77m2 (enrouleur) Génois : 63m2 Foc auto-vireur : 40m2 Moteurs : 2X54cv ou 2X75cv (option 2 400 euros avec hélices repliables) Fuel : 780L Eau : 540L Prix : 795 000 Livres sterling HT