Initialement conçu pour la location, ce catamaran de 48 pieds lancé en 2018 a connu un destin contrarié suite au rachat de Dufour Yachts par Fountaine Pajot. Le Dufour 48 aurait pu devenir l’orphelin indésirable de l’empire des catamarans du n°2 mondial… mais non, les moules et le chantier de Forli (au nord de l’Italie), géré par JJL Catamarans, ont été rachetés par le loueur croate Under the Heavens. Nous avons pu essayer la coque #29, première à rejoindre les eaux australiennes.
Lieu de l’essai : Sydney, Australie
Conditions : 18 à 25 noeuds, petit clapot
Infos pratiques
- Le chantier : Dufour 48
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Un tour du monde à la voile peut changer radicalement le point de vue des navigateurs ; ce fut le cas pour Matt Hayes, jusqu’alors vendeur à Sydney de monocoques exclusivement. 30 mois de navigation à bord d’un Dufour 56 ont permis à cet ancien participant aux Jeux olympiques de tirer quelques conclusions. « Partout où nous sommes allés, il y avait des catamarans de croisière. » C’était la preuve évidente de la bonne santé de ce marché, que ce soit pour des modèles à voile ou à moteur. « Alors, quand l’occasion s’est présentée de devenir concessionnaire pour ce catamaran Dufour, nous n’avons pas hésité une seconde », nous explique Matt, à bord du premier modèle arrivé en Australie. En tant qu’ancien concessionnaire des monocoques Dufour, il connaissait les talents d’Umberto Felci, et ne se faisait aucun souci pour la commercialisation de ce catamaran, bien que l’architecte italien ait peu d’expérience en la matière. Pour ce tout premier modèle, Felci a collaboré avec Lorenzo Giovannozzi, le cofondateur de son entreprise.

La nacelle profilée du Dufour 48 minimise le fardage ; quant au tunnel relativement bas à proximité des coques, il garantit un beau volume aux cabines, mais risque de cogner dans la mer formée.
Première présentation à Cannes en 2018
Lors de la toute première présentation du Dufour 48 lors du Yachting Festival de Cannes en 2018, j’avais été impressionné par le style épuré et par la finition du produit. L’expression « conception stylée » est souvent galvaudée, mais elle s’applique parfaitement à ce Dufour 48, grâce à un élégant profil anguleux teinté de modernisme. Pour le mettre en valeur, on a repris l’idée des tiers en divisant en parts égales la partie arrière, le roof et la plage avant. Les critiques diront peut-être qu’Umberto Felci a repris les parties verticales des spacieux Lagoon, complétées par les flybridges profilés des Fountaine Pajot, puis qu’il y a rajouté une touche des francs-bords de ses propres monocoques. Quoi qu’il en soit, le 48 est un catamaran très stylé. Avoir le look qu’il faut est un facteur essentiel pour attirer les nombreux clients potentiels, parmi lesquels les plus jeunes. Ceci dit, quelques questions demeurent au sujet du Dufour 48. Par exemple, la faible hauteur sous la nacelle et l’angle incliné inhabituel du flybridge. Le premier défaut oblige à être vigilant quant au chargement du multicoque, tandis que le second est plus une question de style ; le flybridge s’est avéré être un espace fonctionnel lors de notre essai en mer à Sydney.

L’importance de la surface mouillée d’un catamaran de croisière nécessite un plan de voilure conséquent. Le boutdehors et les voiles de portant sont les bienvenus !
Gréement et flybridge reculés
En montant à bord du Dufour 48, on remarque la hauteur imposante du franc-bord à hauteur des épaules, la filière ouvrante située au milieu du bateau et l’échelle amovible sont donc appréciées. Caractéristique remarquable, le mât est implanté en position centrale, le flybridge se trouve donc tout à fait sur l’arrière. Esthétiquement parlant, cela peut intriguer, mais d’un point de vue pratique, le plan de voilure est idéalement réparti le long des coques de 48 pieds. Le double accès au flybridge surbaissé est tout aussi idéal ; toutes les manoeuvres y sont renvoyées, libérant ainsi le cockpit principal pour la détente. Le revers de la médaille de cette disposition est de séparer les membres de l’équipage chargés de la navigation de ceux qui se reposent, mais elle offre de nombreux avantages.
Dans les tropiques, nous naviguons souvent dans des zones de hautsfonds, il est donc préférable de le faire depuis une certaine hauteur avec les manoeuvres à portée de main à côté de la barre décalée à tribord. Ceci dégage aussi un espace à bâbord pour la table et les banquettes du salon de pont. Au-dessus, un bimini en toile procure l’ombre nécessaire, mais restreint légèrement l’accès à la bôme. Celle-ci est inclinée vers le haut pour passer au-dessus du bimini, mais elle est cependant accessible aux équipiers les plus grands. Un autre avantage du flybridge situé à l’arrière est l’espace dégagé autour du pied de mât, accueillant ainsi deux bains de soleil ou, pour un couple de navigateurs hauturiers, plusieurs panneaux solaires.
La barre à roue décalée à tribord permet d’avoir toutes les manoeuvres arrivant depuis le pied de mât via des coinceurs jusqu’à deux puissants winchs électriques Antal, un circuit à faible friction idéal. Sur le tableau arrière du flybridge, la barre d’écoute de grand-voile est également à portée de main du barreur.
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La plage avant du Dufour 48 est bien conçue, avec un coffre profond pour les réservoirs, des apparaux de mouillage accessibles et un vaste trampoline pour réduire le poids près des étraves.
Plan de pont soigné… et très grande barre à roue
Au total, un agencement intelligent pour permettre à un couple de naviguer, avec cependant suffisamment de place pour accueillir un équipage. Le plan de voilure est doté d’un foc autovireur et le grand triangle avant permet d’accueillir un grand gennaker. Par ailleurs, un Code 0 peut être envoyé depuis le bout-dehors fixe, solution idéale pour déplacer ce voilier de croisière de 15 t dans les petits airs. Au poste de barre, la banquette double fait face à une barre à roue de grand diamètre, mais, puisqu’il s’agit d’une barre hydraulique, je m’interroge sur ses dimensions ; elle est si grande que mes doigts se retrouvent coincés contre les deux cloisons latérales. Mais ce n’est là qu’un petit défaut au regard des équipements de bonne qualité, comprenant un traceur Raymarine Axiom de 12 pouces et, à hauteur d’oeil, les deux jauges pour les deux moteurs saildrive 60 CV Volvo.
En descendant sur le pont principal, on remarque des listons de bonne hauteur et de grands pavois dans la partie arrière pour que les enfants soient toujours en sécurité. En passant vers les étraves, on découvre une plage avant plate, avec suffisamment d’espace pour accueillir deux bains de soleil et un trampoline de bonne taille pour alléger l’avant et diminuer l’effet du clapot. Au centre, un profond coffre renferme les réservoirs et le mouillage avec un imposant guindeau électrique vertical Antal de 1 500 W. Pour bien centraliser les poids, l’ancre Ultra de 45 kg placée sous la nacelle est reliée à la chaîne par une courte gouttière. Celle-ci fait partie de la poutre centrale qui se prolonge en un solide bout-dehors relié à la traverse principale en alliage, renforçant ainsi la structure. Autres points positifs, le nombre de taquets judicieusement disposés, et les sièges dans les balcons d’étraves pour le plaisir des équipiers pendant la navigation.
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Le cockpit arrière s’avère fréquentable quelle que soit la météo, puisqu’il est entièrement recouvert par le flybridge.
Le flybridge offre une vue panoramique. Le poste de barre est idéalement placé avec toutes les manoeuvres à portée de main ; c’est parfait pour une navigation avec un équipage complet… mais aussi en équipage réduit.
Un cockpit parfaitement protégé
En retournant dans le cockpit principal attenant à la cuisine dans le carré, l’espace séduira de nombreux acheteurs. Parfaitement protégé par le flybridge qui le surplombe, il constitue un coin salon-salle à manger utilisable quel que soit le temps. Vous n’avez qu’à allumer le barbecue électrique situé sur le tableau arrière et vous détendre sur les banquettes accueillantes. Ce style de vie qui s’apparente à celui que vous retrouvez dans un appartement explique pourquoi les catamarans de croisière comme ce Dufour 48 rencontrent un tel succès. Sans oublier l’accès facile à la mer grâce aux marches moulées dans chaque jupe et, au milieu, le bossoir électrique pour mettre l’annexe à l’eau (ou une plateforme hydraulique en option). Autres points positifs, l’accès d’urgence à l’appareil à gouverner dans le plancher du cockpit, et de grands espaces de rangement.

Une cuisine qui reste fonctionnelle en mer
Le cockpit communique harmonieusement avec le carré, il y a un dalot entre les deux, avec la cuisine à bâbord idéalement située pour servir les dîners en plein air. Contrairement à d’autres grandes marques, le 48 de Felci a évité les grands espaces ouverts plus adaptés à la vie au port qu’en mer, choix que j’approuve totalement. Ainsi, solidement ancré au support de compression du mât, le plan de travail en îlot est très pratique pour cuisiner en pleine mer. Il fait face un autre plan de travail de grande taille, avec un double évier de bonne profondeur, une plaque de cuisson à gaz à quatre feux avec four et double réfrigérateur. Le concessionnaire Matt Hayes a judicieusement amélioré certains de ces équipements pour répondre aux exigences du marché australien de la croisière ; il a donc ajouté un lave-linge/sèche-linge dans la buanderie située dans l’une des coques, ainsi que des toilettes électriques et un climatiseur. A bâbord, à l’avant de la cuisine, le canapé entoure la table à manger pliable et escamotable. La table de navigation se trouve à l’avant à tribord. Ici, un deuxième traceur Raymarine Axiom de 12 pouces permet au skipper de travailler tout en surveillant ce qui se passe à l’arrière. Ajoutez-y une télécommande pour le pilote automatique, et vous êtes prêt à partir. Le traceur peut également afficher des images radar provenant du Raymarine Quantum fixé sur le mât. Parmi les autres caractéristiques remarquables, il faut noter deux grands hublots ouvrant à l’avant du carré pour assurer une bonne circulation de l’air. La qualité générale de la finition en stratifié de bois clair et une grande attention apportée aux détails sont remarquables.
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La répartition intelligente du mobilier optimise l’espace dans la nacelle. Le carré est très fonctionnel, avec une grande table à cartes et un coin salon confortable.
A l’arrière, la cuisine est entièrement équipée, avec une plaque de cuisson, un four, un réfrigérateur double, et même un lave-linge/sèche-linge dans la buanderie.
Trois à cinq cabines dans les coques
Les options d’aménagement varient de trois à cinq cabines. Le catamaran que nous avons essayé était la version location avec quatre cabines et salles de bains privatives, une buanderie et une cabine skipper dans la pointe tribord. Cette version peut accueillir neuf personnes, il y a même un cabinet de toilette de jour. Impressionnant. Mais bien sûr, c’est sans doute un peu trop pour un navigateur passionné et exigeant, qui pourra alors choisir la version à trois cabines, la coque bâbord formant alors un grand appartement.
Dans le modèle que nous avons essayé, la plus belle des cabines est à tribord dans la partie arrière, car elle bénéficie de sa propre coursive et d’un emplacement qui atténue les mouvements en mer. Le grand lit en demi-lune (187 cm de large), entouré d’équipets et de hublots dont l’un donne sur l’arrière, est très confortable. Tout aussi agréable est la hauteur sous barrot de 2 m et la salle de bains privative avec toilettes électriques. Ici encore, la ventilation est assurée par plusieurs hublots, avec en plus un panneau de pont ouvrant. Les finitions de belle qualité incluent un caillebotis en teck dans la salle de bains, un éclairage d’ambiance à LED et des installations et équipements typiquement italiens. La cabine jumelle à bâbord est de taille identique, alors que les deux cabines avant accueillent des lits en position transversale dans un bel espace avec de nombreux rangements, le tout expliquant la hauteur imposante des francs-bords.
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Avec son entrée et sa grande salle de bains privatives, la cabine arrière tribord est la préférée de notre journaliste Kevin Green.
Dans la cabine avant bâbord dotée d’un beau volume et de nombreux rangements, le lit transversal a vue sur la mer.
Une construction robuste
Côté solidité, le chantier JJL Catamarans de Forli a utilisé une construction polyester monolithique pour chaque coque, les quillons et le fond de nacelle. Les ponts et les superstructures sont en sandwich mousse infusée. Toutes les cloisons sont en polyester infusé ou en contreplaqué marine collé. Il y a deux trappes d’évacuation en verre à tribord car il y a deux cabines séparées, avec la buanderie entre les deux, alors qu’à bâbord une seule trappe est nécessaire. Le dessous de la nacelle est conçu pour dévier les vagues, les étraves inversées allongent la ligne de flottaison et optimisent l’espace intérieur. Sur l’arrière, la hauteur sous la nacelle n’est pas très importante, j’ai mesuré 60 cm. Le francbord important des coques permet d’avoir des compartiments moteurs de bonne taille. Le saildrive Volvo, y compris les filtres et les composants électriques, est facilement accessible à tribord, le tout étant surélevé en cas d’infiltrations d’eau. A bâbord, l’espace est plus compté à cause des batteries domestiques qui l’occupent. Idéalement, ces lourdes batteries gel devraient être rapportées dans le carré pour améliorer l’assiette du bateau, et le générateur de 11 kW serait plus à sa place dans le coffre de la plage avant.
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Les quatre salles de bains sont dotées de toilettes électriques, d’une bonne ventilation et d’une belle finition teck.
Chaque coque est équipée d’une trappe de sécurité afin d’assurer une évacuation en cas de retournement.
Système à la voile
La première épreuve pour le Dufour 48 a été de s’extraire de Darling Harbour à Sydney. Un vent latéral soutenu le clouait en effet contre le ponton. J’avais déjà vu ce genre de catamarans dotés d’un grand flybridge et de petites quilles virevolter sur place à cause d’un vent fort, j’ai donc admiré le sang-froid de Matt Hayes, qui, en mettant tranquillement les gaz en avant et en arrière, a écarté doucement les étraves du ponton, puis nous a fait prendre le large. Le fait que le Dufour 48 ait deux moteurs pour pouvoir pivoter et la bonne position sur le flybridge ont vraiment facilité la manoeuvre. Après notre appareillage, j’ai pris la barre pour tester la transmission et la barre hydraulique en poussant les moteurs à plein régime. Avec un peine un murmure des saildrive Volvo quatre cylindres et de leur transmission, grâce aux hélices à trois pales fixes nous avons atteint la vitesse respectable de 9,1 noeuds à 2 900 tours/minute, avant de ralentir à une vitesse de croisière de 8,2 noeuds à 2 200 tours/minute.
Il y avait un fort vent de nord-ouest, je suis donc allé me mettre à l’abri le long de la côte nord avant de me servir du winch électrique Antal pour hisser la grand-voile à corne Elvstrøm en Dacron. La manoeuvre a été effectuée en un rien de temps grâce à ce winch à deux vitesses, aux lazy jacks et au panneau ouvert dans le bimini ; j’ai ensuite mis le cap vers le zoo de Taronga. C’est mon mouillage de nuit préféré, bercé par les cris des animaux. Cependant, les rafales à 25 noeuds m’ont rapidement ramené à la réalité. Ayant débloqué l’enrouleur de foc, j’ai libéré complètement la voile avant d’avoir le temps de la régler – le rail d’écoute du système autovireur a rapidement réglé le problème. Alors que les rafales de vent dépassaient parfois 30 noeuds, j’ai vérifié que les bloqueurs de l’écoute de grand-voile pouvaient être rapidement ouverts. Avec la bôme en alliage fermement maîtrisée par l’écoute de grand-voile et par le winch, le Dufour 48 naviguait majestueusement et sans difficulté sur les eaux encore peu agitées. Le Raymarine enregistrait une vitesse de 9,2 noeuds (à peine en dessous de la polaire de vitesse du catamaran) pendant que je remontais au vent à 55°, la vitesse réelle de celui-ci tombant à 22 noeuds.
Le virement de bord s’est également déroulé sans problème, nécessitant simplement deux tours de barre à roue, la force d’inertie des coques de 15 t nous faisant facilement passer dans le lit du vent pour poursuivre notre route après un virement sur 100°. En choquant la grand-voile pour naviguer par vent de travers, la vitesse est tombée à 7,2 noeuds, d’autant que le vent ne soufflait plus qu’à 18 noeuds sous l’abri de la côte nord. En regardant sur l’arrière, le tourbillon bien visible dans notre sillage témoignait de la traînée provoquée par nos deux hélices fixes qui nous faisaient perdre quasiment deux noeuds. Un léger défaut sur un voilier de croisière au demeurant très agréable qui vous emmènera sans aucun problème où vous le voudrez, et vous accueillera confortablement une fois parvenu à destination.

Dans la coque tribord, le moteur Volvo saildrive 60 CV 4 cylindres, avec un accès pour l’entretien sur le haut, et, à côté, un générateur de 11 kW.
Conclusion
Le Dufour 48, dans un style italien teinté d’une touche française, reste, plus de trois ans après son lancement sous les couleurs de Dufour Yachts, un catamaran intéressant sur le marché des catamarans de croisière de 45/50 pieds. Seul bémol à l’heure où nous bouclons ce numéro : le constructeur et la société de location sont financés par le groupe Fozzy, l’un des plus importants groupes industriels d’Ukraine. La situation dans ce pays risque de peser sur l’avenir du Dufour 48, dont l’existence est décidément agitée… Une incertitude géopolitique qui met en suspens d’autres projets : les ressources importantes du groupe ukrainien laissaient en effet prévoir la production de plusieurs nouveaux modèles, parmi lesquels un 44 pieds à voile, et peut-être ultérieurement une version à moteur.
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : JJL Catamaran (Italie)
Architecte : Umberto Felci
Longueur hors-tout : 14,70 m
Longueur à la flottaison : 14,10 m
Largeur : 8,00 m
Tirant d’eau : 1,30 m
Tirant d’air : 22,20 m
Déplacement lège : 14 955 kg
Grand-voile : 76,00 m²
Foc autovireur : 48,00 m²
Code 0 : 90,00 m²
Gennaker : 110,00 m²
Moteurs : 2 X 60 CV Volvo saildrive
Carburant : 900 l
Eau : 700 l
Catégorie de navigation : A-Océan
Prix : à partir de 645 000 € HT











