Avec ses superstructures scindées en trois volumes et son gréement ramassé, l’Edel Cat 33 ne ressemble pas à nos catamarans modernes, coiffés d’une grande et unique nacelle. Une unité rustique, abordable et armée pour les navigations semi-hauturières.
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Faut-il y voir un attachement indéfectible aux voiliers ? L’architecte-constructeur Maurice Edel nous a quittés la veille de l’ouverture des portes du Nautic… Avec l’aide de son frère Pierre, disparu en 1987, c’est lui qui a tenu les rênes du chantier Edel et dessiné tous les modèles de la première génération – excepté l’Edel 3. Les deux jumeaux, après la faillite de leur entreprise en 1983, se lance dans la production de catamarans avec l’Edel Cat 15 et le 26. En 1985, le 33, élaboré avec la collaboration de Sylvestre Langevin, se veut une unité robuste, rustique et proposée à prix serré. Les coques et l’ensemble cockpit/ nacelle sont démontables grâce à un assemblage de poutres en aluminium. Le moteur est un simple hors-bord central, protégé par un carénage. L’originalité principale du 33 est son plan de pont : chaque coque, autonome, est desservie par sa propre descente. La nacelle centrale est donc isolée par deux larges passavants. L’engin, livré logiquement en pièces détachées, est vite surnommé "Edel Kit" par les concessionnaires, ce qui ne l’empêche pas d’être apprécié par les loueurs. Pendant quatre ans, ce catamaran sera diffusé à 60 exemplaires. L’Edel Cat 35, version améliorée du 33 – possibilité de moteurs inboard, nacelle plus haute, jupes arrière et surface de voilure revue à la hausse – sera produit à 130 unités. Patrick Cazenave nous présente son Noroaz 5 – Nord-Ouest en Breton – par un bel après-midi d’automne. Certes, le gel coat de ce catamaran bientôt âgé de 30 ans est franchement passé et mériterait un bon coup de polish mais la structure est saine : pas de craquement ou de souplesse suspecte lors des déplacements sur le pont. Le léger vent de terre facilite la manoeuvre pour quitter le quai : l’unique moteur horsbord, bien protégé dans son logement, dispose en effet d’une mobilité latérale très réduite : difficile de réussir un beau créneau dans ces conditions. Il convient de bien anticiper les manoeuvres, de jouer sur le pas d’hélice et de ne pas hésiter à s’aider d’aussières… Patrick a adopté un puissant 20 ch tout neuf : "A l’usage, un 15 ch suffit", constate le skipper.
Gréement costaud et ramassé
Dans le chenal, nous hissons la grand-voile toute lattée et déroulons le génois. Malgré la faiblesse du vent – pas plus de 5/6 noeuds –, l’Edel Cat se déhale très correctement et se passe aisément de son moteur, aisé à relever. Certes, le gréement très ramassé limite les possibilités du bateau. Autre constat : notre cata, avec ses ailerons courts, vire de bord sans se faire prier. Nul besoin de laisser le génois à contre. Patrick, on s’en doute, préfère naviguer par bonne brise : "Avec de l’air, le 33 apprécie particulièrement les allures du travers au grand largue." Comme tous les catas un peu paresseux, allez-vous penser... Mais celui-ci, grâce à ses coques fines et son déplacement mesuré, est tout de même capable de belles pointes : Patrick a déjà relevé 16,5 noeuds au GPS. Quant au précédent propriétaire, il assure avoir atteint les 20 noeuds ! Les moyennes de 7 à 8 noeuds sur des longues traversées ne sont pas rares. Bref, malgré sa conception ancienne, l’Edel Cat 33 n’a pas grand-chose à envier aux unités de croisière modernes. A une chose près : la nacelle centrale, très basse, bute volontiers dans la mer. Et pas qu’un peu : même celle du 35, pourtant rehaussée de trente bons centimètres, cogne encore ! "La bouilloire, elle saute de 10 cm ! s’amuse Patrick. Le bateau tape au près dans le clapot court d’un mètre. Et passe de nouveau bien dans la mer quand la mer devient plus grosse." Nous voilà pour partie rassurés. L’Edel Cat 33 est capable d’entreprendre de beaux périples. Bernard, un frère de Maurice Edel, s’est d’ailleurs offert une transat aller/retour, pour partie en solitaire. Quant à Patrick, il n’hésite pas, au départ du Bassin d’Arcachon, à se frotter au golfe de Gascogne, cap sur la Bretagne ou sur Gijon. "Mais quand il y a de grandes étapes au près, on reste au port ou on change de programme", tempère le propri"taire.
Plan de pont original et séduisant
C’est donc ce fameux plan de pont avec les passavants qui prolongent le cockpit qui font toute l’originalité et l’agrément de ce modèle. L’accès au pied de mât et au trampoline est particulièrement facile et sûr, même par gros temps. Et les passavants, parfaitement abrités, sont un lieu parfait pour la sieste. L’accastillage est rustique : les deux bons winches self tailing plus costauds montés par le skipper ne sont pas un luxe. Idem pour le guindeau… Patrick en a déniché un sur eBay contre 13 euros ! Notre modèle est équipé d’une barre à roue alors que la plupart des 33 ne sont dotés que de barres franches. Le mécanisme, très simple, peut être déconnecté en quelques secondes. Sécurisant en cas d’avarie. Les emménagements offrent trois volumes distincts. La nacelle centrale est occupée pour l’essentiel par un carré. Près du cockpit, une cuisine en L sur b bord et une petite table à cartes en face. Peu de rangements, mais le plaisir de "décapoter" au mouillage grâce au pavillon relevable : le haut du rouf peut se relever grâce à un ingénieux système "Edel" mis au point dès le début des années 1970. Les coques, desservies par une descente, comportent chacune une couchette double à l’arrière et un cabinet de toilette. Notre skipper, qui navigue le plus souvent en couple, a démonté un des deux WC. La couchette de la pointe avant est isolée par une cloison, on ne peut y accéder que par un capot de pont. "En mer, personne n’y va", reconnaît Patrick. Un constat qu’avait également fait le chantier puisqu’un passage est aménagé dans les cloisons du 35. Un look original, une structure robuste, des performances honnêtes, des emménagements convaincants en mer comme au mouillage – à deux ou trois plutôt qu’à six – et un prix raisonnable, notre Edel Cat 33 se révèle séduisant. Dommage qu’il ne s’accommode pas très bien des mers cabossées !
Les + :
+ Structure robuste
+ Circulation sur le pont exemplaire
+ Intimité des occupants des coques
+ Prix attractif
Les - :
- Nacelle trop basse
- Peu manoeuvrant au moteur
- Manque de vivacité par tout petit temps
- Peu de rangements
Fiche technique :
Chantier : Edel
Architecte : Maurice Edel et Sylvestre Langevin
Longueur de coque : 10,30 m
Largeur : 6,03 m
Tirant d’eau : 0,80 m
Poids lège : 3 500 kg
Surface de grand-voile : 37 m2
Surface de génois : 23 m2
Production : 60 exemplaires de 1983 à 1987
Prix occasion : de 25 000 à 35 000 euros