A l'occasion de ce numéro anniversaire, nous voulions vous présenter un catamaran exceptionnel. Nous avons choisi l'Eleuthéra 60, le navire amiral de la flotte Fountaine-Pajot…
Infos pratiques
- Le chantier : Eleuthera 60
- La fiche technique
- Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Eleuthera 60
- Assuez votre Eleuthera 60
- Articles autour du Eleuthera 60
Il fut un temps, pas si lointain, où un catamaran de 50 pieds pouvait passer pour un géant. Mais chaque année, salon après salon, on découvre de nouveaux modèles, toujours un peu plus longs. La plupart des grands chantiers ont désormais inscrit à leur catalogue un grand catamaran dont la longueur flirte avec les 60 pieds. Au premier abord, on est surpris par l’échelle de l’Eleuthera. De loin, sa taille n’est pas évidente ; elle apparaît réellement quand un Bahia vient s’amarrer à côté de lui, le 46 pieds apparaît alors bien petit ! Dès le premier regard, l’œil avisé reconnaît le look "Fountaine Pajot", et la casquette de l’Eleuthéra, la marque de fabrique du chantier, à la fois esthétique et efficace contre l’effet de serre. Par contre, pour ce qui est des carènes, on peut parler d’une véritable révolution. Les lignes plutôt rondes, les formes plus féminines, signées Joubert / Nivelt, laissent la place, comme sur le Marquises, à un dessin de carène, dû au tandem Berret-Racoupeau, aux lignes plus tendues peut-être, en tous cas, plus dans l’air du temps ; le long des bordés, les panneaux latéraux ouvrants ont laissé la place à des hublots oblongs aux formes très harmonieuses. Sur le pont, la ventilation est obtenue par des panneaux de pont qui sont, comme sur le Lavezzi, tous ronds. Pour monter à bord, depuis un ponton, le généreux franc-bord rend nécessaire l’utilisation d’une véritable échelle de coupée. Derrière, les jupes sont si larges, qu’en les descendant, que ce soit pour le bain, ou pour embarquer dans l’annexe, on peut se croire à Cannes, et se poser la question essentielle : "les ai-je bien descendues"… L’annexe prend place sous les bossoirs, constitués de deux gros tubes en inox ; le pneumatique est remonté, avec ou sans son moteur, à l’aide d’un petit winch.
Sous voiles, l'Eleuthéra permet de voyager confortablement, avec des performances honorables.
Le traitement du cockpit s’articule autour de l’entrée de la descente. Les bancs et la jolie table ovale, toute de teck, accueillent huit convives, plus, si on y rajoute des tabourets ; et de chaque côté, on trouve des petites assises propices à la discussion en petit comité. Partout, on peut préserver son intimité, et les centres d’intérêt des personnes présentes à bord n’interfèrent pas, qu’ils soient là pour les manœuvres, ou le farniente. Partout, sur la surface du vaste pont (plus de 150 m2, tout de même), les endroits pour prendre des bains de soleil ne manquent pas, même si, aujourd’hui, c’est peut-être un peu juste en terme de température… Le plan de pont a été dessiné pour offrir aux utilisateurs une circulation optimisée, et simplifiée. Le mouillage est positionné en pied de mât, à la sortie du coffre ; juste en avant, dans la poutre longitudinale, joliment recouverte de teck, un panneau s’ouvre au-dessus de l’ancre, il facilite la mise en place de la patte d’oie, mais aussi son réglage.
Un yacht de 60 pieds, qui permet d'envisager des voyages au bout du monde…
A la découverte des Pertuis.
Avec les deux moteurs, se déhâler du quai ne pose pas de problème particulier, et ce malgré les 18 tonnes (théoriques) du bateau. Il faut cependant garder présent à l’esprit son encombrement. Mais depuis le poste de barre, à deux places, à travers le petit pare-brise, la visibilité sur les extrémités est bonne, et l'on ne doit prendre en compte que peu d’angles morts. De plus, la position très haute du barreur lui permet de bien dominer la situation. Le poste de barre ne reçoit pas toutes les manœuvres, elles sont disséminées autour du cockpit. Aujourd’hui, la chance est avec nous, la brise souffle à environ vingt nœuds, et le soleil brille. Pour envoyer la grand-voile, nous venons bout au vent. L’accès au rouf est facilité par une marche, plus en arrière, le bimini rigide, large d’environ 1,50 mètre, ne couvre que la partie centrale du bateau, il est parfait pour enlever les rabans de la grand-voile ; il se prolonge vers l’extérieur par une armature recouverte de toile, escamotable au-dessus de la barre. Avec une telle surface de grand-voile, il faut oublier l’envoi à la volée, il est beaucoup plus facile de presser le bouton du winch électrique, un équipement installé de série, pour la voir monter tranquillement entre les lazy-jacks. Au cours de l’opération, il est impératif de bien maintenir le bateau face au vent, à l’aide des commandes moteur.
Des jupes gigantesques, un cockpit surplombé par un bimini rigide : l'Eleuthéra est un vrai plaisir sous le soleil des tropiques…
Quand la voile est haute et étarquée, nous déroulons le génois ; border les écoutes est facile, les winchs sont bien positionnés, de chaque côté de la casquette, derrière ou sur le côté, on peut mouliner confortablement. Le rail et l’écoute de grand-voile sont implantés sur l’arrière du cockpit, derrière lequel un espace dégagé permet de circuler ; cela s’avèrera très pratique tout à l’heure pour empanner. Avec 17 nœuds de vent, à 140° du vent réel, nous progressons à 7,7 nœuds. A 120°, 8,3 nœuds, et à 90° du vent, nous atteignons les 10 nœuds. L’Eleuthéra n’est pas un foudre de guerre, derrière nous, de grosses vagues nous poursuivent, elles confirment, s’il en était besoin, que nous déplaçons beaucoup d’eau. De plus, avec la transmission hydraulique, il ne faut pas espérer de grandes sensations de barre, ce qui est de toutes façons le cas sur beaucoup de catamarans de croisière. L’Eleuthéra, si ce n’est sa taille, est un bateau sage, dont la vocation vise avant tout le confort. Le vent rentre légèrement, à une vingtaine de nœuds, nous naviguons désormais le long de la côte occidentale de l’île de Ré. Les conditions sont idéales, la mer est plate et la brise vient de la terre, au grand largue, tout dessus bien sûr, nous naviguons confortablement, à une dizaine de nœuds, à 100° du vent réel. Devant Chassiron, un couple de dauphins vient nous rendre visite, chose assez rare au large de La Rochelle. Nous avons beau les appeler, ils ne daignent pas venir nous voir, parcourir quelques brasses entre les coques de notre grand catamaran. Nous leur aurions fait causette, assis sur les petits tabourets qui ornent les balcons avant, d’où l'on prend réellement conscience de la taille du bateau, qui apparaît impressionnante. La mer est belle, en ce mois de février, plus nous progressons, et plus la houle du large se précise, nous finissons enfin par la trouver. Malgré le froid, le bonheur est sur l’eau. Au près, la longue ondulation nous fait danser. Afin de revenir vers Oléron, nous laissons courir, avant d’empanner. Le chariot est ramené au centre, on apprécie le passage à l’arrière pour aller de l’un à l’autre des winchs. Par contre, quand il est débordé au maximum, le chariot, en butée, rend impossible la manœuvre du coinceur (un modèle ouvrant dans l’autre sens aurait solutionné le problème) ; et les winchs sont bien bas pour œuvrer. Du grand largue au travers, la différence de vitesse est faible, on se maintient à une dizaine de nœuds. Le vent mollit à 10 nœuds environ, et je suis assez surpris de voir l’Eleuthéra progresser toujours à 5 nœuds. Un bon point assurément : en mer, les vents faibles sont plus fréquents que les vents forts. La brise nous quitte, définitivement, et nous démarrons les moteurs. Nous allons affaler les voiles. La drosse d’enrouleur de génois revient sur un coinceur déporté sur l’extérieur de la coque bâbord, sans winch dédié. Ce n’est pas très pratique, d’autant plus que l’enroulement du génois (70 m2), même quand l’écoute est choquée, nécessite l’emploi d’un winch. Il faut donc traverser le passavant pour venir utiliser celui de chariot de grand-voile. Au moteur, à 3.000 tours, nous rentrons vers le port des Minimes, à 10 nœuds environ ; à la même vitesse que tout à l’heure à la voile.
La vie à bord : le bonheur, tout simplement…
Un intérieur pour le moins confortable.
Pénétrons à l’intérieur. On s’en doute, l’aménagement d’un yacht catamaran de 60 pieds n’est pas celui d’un trimaran de 60 pieds... On accède à la nacelle par deux marches, elle se divise en quatre espaces bien distincts. A bâbord en entrant, on trouve la table du carré. En face à tribord, on a le bar, cosy, convivial, il ferme la cuisine. Sur l’avant, se trouve le petit salon, bien agréable, et enfin devant à bâbord, est implantée la table à cartes. Deux hublots ventilent la nacelle sur l’avant, deux autres, plus petits, les complètent, au-dessus de la casquette. Debout, la visibilité vers l’extérieur est très bonne ; par contre, dès qu’on s’assoit, en particulier à la table du carré, on n’a plus la vue sur l’eau, et c’est bien dommage. Il faut se surélever légèrement pour apercevoir la mer. Ce point sera à l’avenir modifié. Côté cuisine, je regrette l’absence d’un passe-plats vers le cockpit, bien pratique lors d’une navigation tropicale. D’autre part, certains détails pourraient être améliorés, comme la fermeture des équipets coulissants : on peine à les ouvrir. Les espaces de rangement sont en nombre suffisant, sans plus, ils sont complétés, dans la version essayée, Orchestra (une cabine propriétaire et trois cabines invités), par les volumes de la coque tribord. Descendons. Face à nous, on trouve le réfrigérateur, et le congélateur. Les cabines avant sont symétriques, elles disposent d’une petite maquilleuse ; les couchettes offrent 2 mètres de long, 150 cm dans leur plus grande largeur, et 105 cm aux pieds. Partout, la hauteur sous barrots est bien entendu très largement suffisante. A bâbord, la cabine arrière est véritablement majestueuse, comme à tribord, on accède au couchage (150 x 200 cm) par les côtés. Le lit est immense, et l’espace qui de l’autre côté est réservé au froid, est ici occupé par les toilettes et la douche séparée ; on obtient ainsi une cabine véritablement très grande : 250 cm dans sa plus grande largeur, 450 cm dans sa plus grande longueur. Au bas mot, plus de 11 m2. Qui dit mieux ? Quand toutes les portes sont ouvertes, l’impression d’espace est saisissante. Pour l’avoir visité en cours de construction au chantier, je peux vous assurer que la version "Maestro", destinée au propriétaire, est véritablement… royale. Elle s’étire, avec un salon, sur la moitié de la longueur du bateau.
La chambre - on ne parle plus de cabine dans ce type de navire - est au même niveau que le reste du bateau : belle est bien conçue !
Pour conclure.
Incontestablement, l’Eleuthéra 60 est un beau bateau, volumineux, confortable. Bien sûr, on n’investit pas dans un tel catamaran pour s’offrir des sensations à la voile, là n’est pas son programme. Ce qui ne l’empêche pas d’être assez polyvalent, au vu des cinq versions proposées, allant du propriétaire qui navigue au long cours (la version Maestro) à l’exploitation en charter, avec une cabine pour l’équipage (la version Quintet) en passant par la Orchestra, la version essayée, la Concerto, ou la Quatuor. Ce bateau arrive en remplacement du Marquises, l’ancien bateau "Amiral" comme il est de bon ton de parler dans le petit jargon des chantiers et des personnes autorisées. Surtout, il permet à Fountaine-Pajot de se repositionner face aux autres grands bateaux des constructeurs. Apparemment, les grands catamarans (pour lesquels il faudra tout de même dépenser un minimum de 1 million d’euros, le rêve est à ce prix), ont le vent en poupe.
J’ai bien aimé :
- Dans la poutre longitudinale, le regard pour l’ancre. - Le pont bien dégagé. - La partie rigide du bimini.
J’ai moins bien aimé :
- Dans la nacelle, les assises du carré sont un peu basses, elles empêchent de voir dehors. - L’absence d’un winch dédié à l’enrouleur, et au gennaker. - Le contre moulage qui entoure les hublots ronds est assez peu dans le standing du bateau.
Caractéristiques techniques.
- Architectes : Berret / Racoupeau. - Longueur hors tout : 18,28 mètres. - Largeur : 8,57 mètres. - Tirant d’eau : 1,45 mètres. - Déplacement lège : 18 tonnes. - Surface grand-voile : 110 m². - Surface de génois : 70 m². - Motorisation standard : 2 x 75 Cv. - Prix de base : 790.000 euros HT, au départ de France (La Rochelle), avec antifouling, centrale ST 60, une grand-voile lattée sur chariots à bille, génois sur enrouleur, winch électrique en pied de mât, réfrigérateur, guindeau 1.500 W, bossoirs, antenne VHF, eau chaude.