Nous avons déjà testé l’Excess 11 il y a plus de 4 ans… entre-temps, le catamaran le plus compact des gros faiseurs s’est imposé sur son marché, dépassant largement les 200 exemplaires livrés. Cette année, ce modèle très apprécié est désormais doté d’un génois à recouvrement en lieu et place de l’ancien foc autovireur. Nous avons envoyé notre testeur professionnel Brieuc Maisonneuve pour tirer le bilan de cette évolution – l’occasion de redécouvrir le plus petit des Excess…
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Conditions : vent de 8 à 10 nœuds, forte houle résiduelle
Les conditions sont maussades en Vendée, où les premières dépressions automnales se succèdent depuis plusieurs semaines. Trouver une fenêtre météo pour tester l’Excess 11 équipé d’un génois à recouvrement s’avère être un vrai défi. La veille, Claire, responsable marketing de la marque, m’a proposé un court créneau l’après-midi, entre deux fronts. Un rapide coup d’œil aux prévisions me fait hésiter : l’équipe Excess est-elle téméraire ou confiante ? Tester un catamaran de croisière, même allégé et mieux toilé, tient de la gageure avec moins de dix nœuds de vent et une forte houle résiduelle !
A mon arrivée aux Sables-d’Olonne, le crachin et le ciel gris typiquement « Marine Nationale » n’aident pas à éclaircir l’atmosphère. Seule l’effervescence liée au départ imminent du Vendée Globe, dans deux semaines, vient rompre la mélancolie de cette station balnéaire hors saison.
Un souhait de la clientèle : disposer d’un catamaran plus évolutif
Je suis accueilli par Théo, responsable commercial Europe, un solide gaillard à l’énergie débordante, il se montre dithyrambique au sujet des performances de cette nouvelle version : selon lui, les essais comparatifs avec le foc autovireur n’ont laissé aucun doute sur la supériorité du génois à recouvrement. Plus haut, plus vite...
Nous sommes rejoints dans un petit bistrot par Hervé Piveteau, responsable produit Excess, qui partage l’enthousiasme de son jeune collègue quant aux performances du catamaran. Hervé, ancien régatier ayant notamment remporté la Mini-Transat 2007 en série, m’explique la genèse de cette évolution au catalogue. L’Excess 11 est indubitablement un grand succès : plus de 240 unités ont été vendues et produites en quatre ans, et le carnet de commandes reste bien rempli malgré un marché morose pour les bateaux neufs. C’est le premier Excess conçu avec des moules exclusifs pour la marque, et le cabinet VPLP a brillamment relevé le défi. Dessiner le plus petit catamaran de grande série du marché tout en assurant esthétisme, confort, ergonomie et performance n’était pas une mince affaire. Certes, VPLP avait déjà conçu le Lagoon 380, un best- seller, mais pour l’Excess, il fallait aussi garantir la performance et du plaisir sous voile, ADN de la marque.
Initialement, le foc autovireur avait été privilégié pour satisfaire les flottes de location, attirées par la simplicité d’usage. Mais avec le succès du modèle, de nombreux Propriétaires plus exigeants ont exprimé le souhait d’un multicoque plus évolutif dans l’esprit du fameux 380, encore lui. Le constructeur proposait déjà une version Pulse Line avec un mât rallongé.
Même avec ce gréement boosté, on émargeait à 9 t et 82 m2 contre 7,26 t et 77 m2 pour le Lagoon 380, soit un ratio voilure/poids de respectivement 9,11 m2/t et 10,61 m2/t. Il en fallait donc plus : le passage au génois à recouvrement (déjà adopté sur l’Excess 14) est ainsi devenu une évidence pour séduire cette clientèle. Le constructeur a donc modifié le plan de voilure. On passe ainsi à 95,5 m2, soit une augmentation de 16,5 %, laquelle se traduit par un nouveau ratio de… 10,61 m2/t, un clin d’œil évident au Lagoon 380 !
Un Excess en configuration standard – génois à recouvrement excepté
Après avoir salué quelques courageux marins s’apprêtant à partir pour le tour du monde, nous nous dirigeons vers le ponton Bénéteau. Plusieurs Excess et Lagoon y sont en cours de préparation avant de s’élancer vers de nouvelles aventures. Nous embarquons à bord de l’Excess 11 no 233, un bateau qui s’apprête à traverser l’Atlantique pour rejoindre la République dominicaine. L’équipage est en pleins préparatifs, et le catamaran est en configuration standard, sans option particulière, hormis le fameux génois à recouvrement.
Première observation en découvrant les coques grises – car je n’ai jamais encore eu l’occasion de naviguer sur un Excess : le mât me semble plus avancé que la tendance actuelle des catamarans de croisière, ce qui limite forcément la taille du triangle avant.
Nous nous extirpons de Port Olonna malgré les nombreux navires présents aux Sables en marge du Vendée Globe, et Hervé, en bon marin, n’attend pas d’être sorti du chenal pour envoyer la grand-voile. Dehors, il n’y a pas eu tromperie sur la marchandise, la houle est bien présente vu le nombre de surfeurs qui grenouillent sur la plage et les brisants bien marqués sur le Nouch.
L’électronique n’ayant pas encore été calibrée, nous ne disposons pas de l’information vent réel, donc cet essai se fera au feeling sur les angles de remontée au vent. Celui-ci est passé au nord-ouest, la pluie a cessé, le front est passé… il reste cependant relativement faible, pas plus de 10 nœuds alors que la mer résiduelle est bien agitée.
16 % de toile supplémentaire
Nous commençons par un bord de reaching, à environ 80° du vent réel, face à la mer, pour parer le plateau des Barges. Pour avoir eu la chance de naviguer sur des multicoques un peu plus sportifs, j’avoue être étonné par la vélocité de notre multicoque dans ces conditions particulièrement défavorables. La vitesse se stabilise entre 6 et 7 nœuds, et le catamaran passe plutôt bien dans la vague malgré sa taille réduite. Plus d’un catamaran de croisière dans ces conditions-là serait « collé à la piste », mais, grâce à son génois à recouvrement et à ses 16,5 % de toile supplémentaire, l’Excess 11 reste très vivant.
Dès que nous pouvons lofer, nous remontons au près à environ 60 degrés du vent réel, ce qui est déjà très bien pour un petit multicoque dans les conditions du jour. Le réglage 3D des points de tire du génois mis au point par la design team Excess est fortement inspiré de ce qui se fait sur les bateaux de course au large, et… le système semble faire des miracles. Nous rentrons généreusement le point de tire sans surborder le génois afin de bien vriller le profil pour éviter que le catamaran ne se bloque dans chaque vague, et le tour est joué : nous continuons d’avancer à 6 nœuds à un angle très raisonnable. Avec un foc autovireur, où le contrôle de la chute est très limité et la surface de toile plus réduite, je doute que nous puissions naviguer de la même façon avec une telle aisance.
800 kg à l’arrachement sur le nouveau point d’écoute !
J’aime beaucoup la simplicité du système de réglage : pas de rail longitudinal, mais seulement un palan 3 brins en Dyneema relié à un réa de friction dans lequel passe l’écoute, ce qui permet de gérer très efficacement la tension de chute et l’angle de braquage de la voile. J’aurais bien aimé un padeye supplémentaire sur le bord extérieur du rouf pour pouvoir complètement ouvrir le plan de voilure sur des angles supérieurs à 80° du vent réel, mais les contraintes structurelles n’en permettaient pas l’implantation. Je profite de cette remarque pour signaler qu’il y a plus de 800 kg d’effort à l’arrachement sur le point d’écoute – ce qui d’ailleurs exclut de refiter les modèles équipés de foc autovireur, car le passage au génois à recouvrement nécessite de renforcer sensiblement le roof.
Nous enchaînons quelques virements de bord pour tester l’ergonomie du poste de manœuvre et la capacité de relancer le bateau. Le retour de l’ensemble des manœuvres à tribord permet réellement de virer facilement en équipage réduit, voire en solitaire : l’écoute bâbord est en effet renvoyée aux côtés de l’écoute tribord avant que toutes deux traversent le rouf via une goulotte pour rejoindre le winch à tout faire tribord, installé devant le poste de barre. Il y a bien un autre winch à bâbord qui aurait pu être sollicité – il est réservé aux deux palans de grand-voile. Le seul petit bémol de cette configuration, c’est que, lorsque vous naviguez tribord amure, il est difficile de régler le génois car il est partiellement masqué par le rouf.
Encore une fois, les 13,50 m2 supplémentaires du génois et l’accélération du flux sur la GV due au recouvrement permettent au catamaran de se relancer facilement, tout cela bien aidé par une barre à la transmission « textile » très réactive.
Une dernière chose – qui n’a rien à voir avec le génois : l’unique écran de 7 pouces Garmin est vraiment, mais alors vraiment, petit pour mes yeux de jeune quinquagénaire !
Nous repartons bâbord amure vers l’entrée du port, à 130° du vent réel, à une allure où nous aurions bien envie d’envoyer un spi asymétrique ou un gennaker, mais le Propriétaire n’a pas encore reçu toutes ses voiles. Cela nous permet de tester le bien-fondé d’un grand génois ; le catamaran accélère gentiment à 8 nœuds de moyenne et nous sentons bien que la belle carène VPLP ne demande qu’à surfer sur la houle résiduelle.
Conclusion
Même si le foc autovireur présente quelques avantages, notamment sur la simplicité des manœuvres, je suis fan du génois à recouvrement, qui prend encore plus de sens sur cette petite unité au mât assez avancé. Le supplément de surface de voiles et l’amélioration du rendement des écoulements sur la grand-voile rendent ce catamaran plus évolutif dans les phases de transition, et améliorent sensiblement la vitesse moyenne.
Certains chantiers proposent aujourd’hui des multicoques avec foc autovireur et Code 0 pour rester véloces dans moins de 15 nœuds de vent, mais l’alternative proposée par Excess sur son petit modèle est à mon sens pertinente : un grand génois sur enrouleur qui permet de rester rapide à toutes les allures sans trop complexifier le plan de voilure.
Foc autovireur et génois à recouvrement : de la théorie à la pratique…
Le foc autovireur a été utilisé très tôt sous forme de trinquette bômée et présent également sur des voiliers de série olympique tels que le Soling lancé en 1967. Sur le plan aérodynamique pur, c’est la combinaison grand-voile importante et foc autovireur qui s’avère la plus performante en soufflerie. S’ajoute une indéniable facilité de manœuvre. Dans la vraie vie sur l’eau, vague et clapot mettent rapidement à mal l’écoulement laminaire des voiles étroites, d’autant que le réglage du point de tire sur barrette à trou vire très vite au casse-tête. Si les voiliers très rapides – surtout ceux qui volent – conservent des conditions proches de celles des tests, il n’en va pas de même pour nos multicoques de croisière, qui gagnent souvent à s’appuyer sur des voiles à la base plus large – et donc moins sujettes au décrochage. Précisons que, si un petit recouvrement jusqu’à 115 % peut réellement être considéré comme un bonus, c’est moins vrai pour un génois à fort recouvrement, qui rend pour partie la grand-voile inopérante au près serré. C’est la raison pour laquelle d’anciennes jauges ont longtemps peu taxé les recouvrements, favorisant l’émergence de plan de voilure « tout génois ».
La vélocité de ce petit catamaran
La transmission des barres à roue
Unique écran de 7 pouces trop petit
Descriptif technique Version Pulse Line
Architecte : VPLP
Longueur hors-tout : 11,42 m
Largeur : 6,59 m
Tirant d’eau : 1,15 m
Déplacement : 9 t
Surface de voilure au près : 95,50 m²
Grand-voile : 55 m²
Génois : 40,50 m²
Code 0 : 54 m²
Motorisation : 2 x 29 ch
Carburant : 400 l
Eau : 300 l
Cabines : 3/4
Prix : 342 900 € HT
