L’Excess 13 était sans doute l’une des nouveautés les plus attendues de l’International Multihull Show à La Grande-Motte – à tel point que ce catamaran a été élu Multihull of the Year dans la catégorie IMS Premiere. Une récompense de bon augure pour ce modèle qui ne fait en effet rien comme les autres, à commencer par porter un patronyme un brin provocateur – on adore ça ! Comme pour aller au bout de la blague, on en était à 13 unités vendues le jour de l’ouverture du salon… Plus sérieusement, la principale nouveauté de ce catamaran, c’est sa signature. C’est en effet le cabinet Lombard qui est à l’œuvre, en collaboration avec Jean-Marc Piaton pour le design intérieur.
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Conditions : mer plate, vent de sud de 8 à 10 nœuds
« Allô, Brieuc, où es-tu ? On avait rendez-vous à 12h30 à bord ! » Oups… il est déjà 12h50, et je suis encore de l’autre côté du port de La Grande-Motte, ce mardi qui suit la clôture de l’International Multihull Show. Je termine l’essai d’un autre multicoque, d’où mon retard. Heureusement, le client australien qui devait embarquer sur le même créneau s’est lui aussi égaré dans le labyrinthe des stands en cours de démontage, ce qui me permet de rejoindre le bord sans me faire trop remarquer. Le soleil plombe déjà la cité blanche. Il fait chaud pour une fin avril, et l’absence d’une brise consistante ne facilite pas le rafraîchissement des hommes comme moi nés en Normandie. Bref, il est temps de prendre la mer !
Je suis très impatient de découvrir ce nouveau catamaran : il s’agit du cinquième modèle lancé par Excess, mais le premier dessiné par Marc Lombard Yacht Design Group, en collaboration avec le designer Jean-Marc Piaton. L’Excess 13 marque une vraie évolution par rapport aux précédents modèles, notamment grâce aux contributions recueillies via l’Excess Lab, une plateforme collaborative en ligne qui permet aux équipes du chantier de capter les idées et attentes des Propriétaires – actuels ou futurs. C’est d’ailleurs grâce à cette interaction qu’est née l’idée des jupes repliables, aujourd’hui intégrées au design.
Antoine, un jeune commercial de la marque, basé aux Etats-Unis, vient me récupérer en annexe à l’autre bout du port.
En approchant du catamaran, je découvre la silhouette un peu trapue de la bête… et j’ai hâte de voir ce qu’elle a dans le ventre !
Changement d’architecte : un choix stratégique
Le choix du cabinet MLYDG pour dessiner l’Excess 13 n’est pas anodin. Il marque une volonté claire de la part du chantier de différencier davantage la gamme Excess de celle de Lagoon, plus orientée vers le confort et la vie au mouillage, et surtout signée VPLP depuis 41 ans. Avec Lombard, c’est une autre approche de la croisière qui tente de s’exprimer – plus vivante, plus affûtée, mais sans toutefois renier la polyvalence. J’ai eu la chance de naviguer sur de nombreux plans Lombard au fil des années – Figaro 2, Class 40, et bien sûr les trimarans Neel –, et j’ai toujours été séduit par la capacité des architectes de ce cabinet à concevoir des bateaux rapides, équilibrés, et pourtant accessibles.
L’Excess 13 ne fait pas exception : on retrouve cette patte heureuse, ce mélange d’efficacité et de simplicité qui donne envie de partir loin, longtemps… et sous voile la plupart du temps.
Un intérieur élégant, aéré et contemporain
Les jupes arrière basculantes permettent d’embarquer facilement à bord. Je remarque le design futuriste des bossoirs, l’imposante portée des banquettes de barre basculantes et les biminis de protection au design aérien. Le cockpit est vaste, bien protégé par le bimini rigide qui prolonge le rouf et offre de nombreuses assises avec une table extérieure décalée sur bâbord. L’ouverture de la nacelle ne cède pas à la tendance XXL, et ce n’est franchement pas gênant.
Dès l’entrée dans le carré, l’ambiance à bord surprend par sa modernité et sa clarté. La cuisine en L, parfaitement intégrée sur bâbord, bénéficie d’une belle surface de plan de tra vail et d’un équipement bien pensé, avec de nombreux rangements fonctionnels, des tiroirs profonds, une communication directe avec le cockpit et un accès aisé aux équipements techniques. La grande baie vitrée avant, les vitrages latéraux et le vitrage de la descente inondent l’espace de lumière naturelle, créant une sensation d’ouverture très agréable. Cette zone de vie est très réussie d’autant que, vue de l’extérieur, la nacelle semble dispenser un v olume contenu.
Le mobilier mêle bois clair mat, tissus texturés et finitions sobres, dans une palette douce qui reste dans le même esprit que celui des autres catamarans de la gamme. Le carré modulable peut accueillir confortablement l’équipage autour d’une grande table convertible ; quant à la circulation entre les espaces, elle est fluide, même en navigation. Chaque détail semble avoir été soigné : les lignes sont tendues mais chaleureuses, les éclairages indirects bien positionnés, les assises bien dimensionnées.
Dans les cabines, le volume est généreux pour un bateau de cette taille, avec une vraie impression d’espace, notamment dans la cabine Propriétaire de cette version 3 cabines. La coque tribord est en effet un véritable petit loft, et on y trouve un grand couchage, un coin bureau ou coiffeuse, un cabinet de toilette séparé, et une bonne ventilation naturelle. La qualité perçue est homogène, du plancher jusqu’aux placards, en passant par le choix des équipements intérieurs. Tous les couchages doubles sont au format terrestre, c’est-à-dire 2 m de longueur sur 1,60 à 1,40 m de largeur minimum.
Gréement Pulse Line et Code 0
Les conditions sont parfaites pour une première prise en main : 8 à 10 nœuds de vent, mer plate, ciel dégagé. Nous commençons par un long bord sous génois, le bateau glisse sans forcer, dans un silence presque parfait. Le gréement Pulse Line dont nous profitons, proposé en option, se distingue immédiatement : le mât légèrement surélevé et les 9 m2 supplémentaires de surface de voilure permettent au catamaran de profiter de la moindre risée. Les premières minutes à la barre confirment ce que le design laissait entrevoir : ce catamaran est conçu pour ceux qui aiment naviguer. Même dans une brise légère, il se montre joueur et réactif.
Très vite, nous déroulons le Code 0, et l’Excess 13 se réveille. Sous cette configuration, le catamaran accélère avec souplesse. Les barres à roue, positionnées de manière à garder une bonne visibilité vers l’avant, offrent un contrôle agréable : le toucher de barre est précis et inspire confiance. Le retour d’information est suffisamment direct pour que l’on sente les variations de pression, sans perte de sensations. Ce qui frappe surtout, c’est l’équilibre général du catamaran : l’assiette est saine, les mouvements doux ; la carène est indiscutablement bien dessinée. On se prend vite au jeu – on cherche le bon angle, on régle finement les voiles, et le multicoque, vivant sans être exigeant, répond avec précision. On a vraiment envie de prendre les commandes – et de ne pas les laisser au pilote automatique !
A mes côtés, le client australien, d’abord intrigué, est maintenant littéralement époustouflé de voir le catamaran naviguer à 6 nœuds dans ce vent si léger. Lui qui avait inscrit d’autres modèles en tête de sa short-list voit visiblement ses priorités bousculées. L’Excess 13, qui ne figurait pas dans son top 5 initial, semble remonter d’un bond en haut de la pile…
Des détails qui respirent l’expérience en mer
Au fil de la navigation, de nombreux détails montrent que ce bateau a été pensé par des marins, pour des marins. Et ce n’est pas un hasard : rappelons qu’Hervé Piveteau, en charge de l’équipe design chez Excess, a remporté la Mini Transat en 2009 dans la classe série. Cette culture du large se retrouve dans les choix techniques. Des capteurs de charge, par exemple, ont été installés sur les haubans du premier exemplaire afin de valider en navigation réelle les calculs effectués lors de la phase de conception. Une démarche rare à bord d’un catamaran de série qui témoigne d’un vrai sérieux dans le développement. On peut poursuivre avec le fusible sur l’écoute de grand-voile, pensé pour céder en cas de surpression ; c’est une solution simple et intelligente qui peut éviter bien des dégâts et démontre encore une fois un vrai sens marin. Enfin, les ouïes latérales intégrées au cockpit, discrètes mais bien pensées, permettent une ventilation naturelle très efficace lorsqu’elles sont en position ouverte. Citons également le système de récupération d’eau sur le rouf (la prise se trouve sous le vit-de-mulet), les coupe-circuits faciles d’accès dans un coffrage dédié, et enfin les portes des cabines qui font office… de portes de placards.
Autant de petits éléments, presque invisibles, qui font toute la différence à l’usage.
Des voiles à la hauteur des ambitions
Je fais décoller rapidement mon drone pour filmer quelques images du catamaran sous voile. L’occasion aussi d’observer, avec un œil extérieur, l’Excess 13 en navigation. Au début, l’arrière coupé à la serpe (quand les jupes arrière sont relevées) rappelle forcément celui du HH44 pareillement équipé, mais je m’intéresse rapidement à l’équilibre global du catamaran. L’Excess 13 semble parfaitement calé, bien réglé, fluide. Peut-être qu’un Code 0 un peu plus généreux aurait permis de grappiller encore quelques dixièmes de nœud. Je partage cette remarque avec Hervé Piveteau, présent à bord. Il me confie qu’un spi asymétrique sur enrouleur est à l’étude pour devenir une option prochaine.
Autre point marquant : la quête très prononcée du mât, avancé plus que sur les autres modèles de la gamme. Cette particularité lui donne, sous certains angles, un air de multicoque de course, avec cette silhouette tendue et ce centre de voilure artificiellement reculé. Un clin d’œil assumé à la course au large et une promesse de plaisir en navigation.
Impossible de conclure sans un mot sur les voiles. Je dois le dire : je suis bluffé par la qualité du jeu de voiles livré par Elvstrøm. Fini le Dacron basique, mal taillé, qui équipait encore récemment de nombreux multicoques de série. Ici, les voiles sont bien coupées, belles, performantes, avec un vrai souci du détail. Leur design contribue largement à la sensation de glisse et à l’élégance générale du multicoque.
Conclusion
Avec ce nouvel Excess 13, le chantier frappe encore un grand coup. Ce catamaran ne se contente pas de proposer un compromis entre confort et performance : il propose une nouvelle lecture du multicoque de croisière, plus dynamique, plus affûtée, sans renier le plaisir de vivre à bord. A la barre comme dans le carré, on sent qu’il a été pensé pour séduire des marins qui aiment naviguer.
L’ergonomie des manœuvres et la qualité de l’accastillage
L’aménagement de la coque propriétaire
Le Code 0 qui mériterait d’être plus grand
Les coussins orange (si vous n’aimez pas l’orange, bien sûr)
Dans les coulisses du design :

« Nous avons été choisis par l’équipe design d’Excess pour accentuer la différenciation avec Lagoon, avec un cahier des charges très clair : concevoir un catamaran léger, performant et simple à construire afin de rester dans un budget raisonnable sur le créneau très concurrentiel des 42 pieds. »
Chaque détail de fabrication a été étudié en collaboration avec les équipes Excess.
« Nous avons systématiquement privilégié l’injection à l’infusion quand c’était possible. Il faut passer un peu de temps à bord pour comprendre le niveau de détail auquel nous sommes descendus pour traquer les kilos superflus. Les menuisiers d’Excess ont fait un travail formidable sur les aménagements, dans un souci permanent d’optimisation. »
Concernant le gréement :
« Le meilleur profil pour ce projet était celui de VMG, avec un mât positionné en avant du rouf, très avancé par rapport aux tendances actuelles. Ce choix répond à deux objectifs : simplifier la fabrication pour répondre aux cadences de production du chantier, et agrandir les volumes intérieurs du carré et du cockpit. »
Le résultat est là :
« Les espaces sont optimisés, sans reculer excessivement les poids comme sur d’autres multicoques. Le catamaran reste équilibré. On compense la position avancée du mât par une quête très prononcée, et ça marche ! Souviens-toi du Hobie 16… »
Eric conclut :
« Ce projet a été très stimulant pour le tandem architecte/chantier. L’objectif a été atteint : livrer un Excess plus affirmé, plus en rupture avec l’existant, tout en évitant de refaire un catamaran déjà vu ailleurs. »
Descriptif technique
Architecte : MLYDG
Design : Piaton Yacht Design
Longueur : 12,99 m
Largeur : 7,25 m
Tirant d’eau : 1,48 m
Déplacement lège : 10,6 t
Surface de voile : 115 m2 (124 m2 pour la version Pulse Line)
Motorisation : 2 x 40 ch
Carburant : 2 x 200 l
Eau : 300 l
Cabines : 3 ou 4
Volume réfrigérateur : 130 l (jusqu’à 300 l en option)
Prix : à partir de 465 000 € HT (version 3 cabines)
Prix du modèle essayé : 650 000 € HT
Principales options en € HT :
Pack Sail Away (électronique Garmin, winch & guindeau électriques) : 26 500
Gréement Pulse Line (accastillage 3D, mât plus grand, voiles grises en tissus laminés) : 18 900
Kit bout-dehors long pour voiles d’avant : 7 000
Code 0 et accastillage : 8 730
Biminis aux postes de barre : 4 600
Tente de cockpit : 5 200
Aménagement « Skylounge » sur le roof : 4 900
Dessalinisateur : 14 000
Générateur 6,5 kW : 25 000
Climatisation : 15 600



