Dans notre essai publié en 1989 – cet article n’est malheureusement disponible qu’en français –, nous titrions « Le Fidji », c’est dire si ce catamaran de 12 mètres qui intégrait tout juste la gamme Fountaine Pajot 2e génération, celle du Maldives, faisait figure d’épouvantail ! Pourtant, devenu un peu plus tard Fidji 39 quand la gamme s’est vraiment étoffée au début des années 1990, ce modèle n’a rien d’un engin farfelu, bien au contraire !
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Franc-bord réduit, sections de coques arrondies et rouf en soucoupe : le Fidji 39 est le représentant d’une autre époque, celle où l’on tenait à concevoir des coques rapides mais pas trop toilées. Un temps où les casquettes de rouf et bimini n’existaient pas… On crevait évidemment de chaud sous le cagnard tropical, et la plupart des propriétaires ont aménagé dès leur première saison à bord des biminis textiles – un amé-nagement évidemment proposé ensuite par le constructeur – et divers moyens de maintenir le carré au frais ; nous y reviendrons plus loin.
Très innovant face à ses concurrents de l’époque
Sur le marché des multicoques à la fin des années 1980, le Fidji 39 compose avec le Catana 39, le Kennex 380, le Privilège 12 M et les Edel Cat (entre le 35 et le 42). Le nouveau modèle dessiné par Joubert/Nivelt affiche assurément un design original, à la fois tout en rondeur et sportif. Le gréement participe pour partie à ce look de catamaran rapide avec une quête prononcée. Pourtant, le profil est en fait relativement court. A l’époque, les chantiers étaient très prudents par rapport au risque de chavirage – réel à bord d’une unité de 11 mètres qui ne pèse que 6 tonnes. De fait, si on le compare avec les catamarans d’aujourd’hui, le Fidji 39 fait clairement partie des poids plumes comme le C-Cat 37, bien plus léger qu’un Aventura 37 (7,9 t) ou un Excess 11 (9 t). Evidemment, en termes de volume de coque, on ne joue pas dans la même catégorie que l’Excess : les flotteurs du Fidji sont plutôt fins, et surtout relativement contenus de franc-bord.
Un potentiel de performance qui ne demande qu’à être boosté…
Avec son mât court, le rond de chute timoré de sa grand-voile et son génois faiblement recouvrant, le Fidji 39 ne se présente pas comme un catamaran survolté… il s’agit plutôt d’un multicoque auquel on aurait coupé les ailes. Un exemplaire basé en Bretagne sud était d’ailleurs équipé d’un mât rallongé de 2 mètres et semblait particulièrement véloce. Dans l’état « constructeur », le Fidji se contente donc d’un ratio voilure/poids de 12,67 m2/t, ce qui est plutôt sage. De fait, dans les airs légers, le 39 n’est pas un foudre de guerre. Au près, quand sa vitesse est inférieure à 5 nœuds, il est également un peu handicapé par ses ailerons très courts (ces quillons sont en revanche bien adaptés à l’échouage). Dès que le vent atteint 12 nœuds, le Fidji fait enfin étalage de son potentiel et même de son goût pour la glisse quand la brise est au rendez-vous. L’aérodynamisme satisfaisant permet de remonter plutôt bien au près – et facilite nombre de manœuvres, au port comme au mouillage. Au final, la tentation est grande de booster l’engin avec un vrai rond de chute de grand-voile et de s’offrir un beau gennaker – le Fidji mérité ces attentions !
Poste de barre central
Le plan de pont retenu est très classique à l’avant : immense trampoline entre les coques puis pontage légèrement arrondi juste gêné par les panneaux – pas vraiment flush ! Les passavants sensiblement rehaussés jouxtent le rouf très arrondi ; ce dernier ne peut faire office de prise. Un design « bulle » qui tranche radicalement avec le rouf à casquette qui sera de mise quelques années plus tard chez le constructeur. La descente vers le cockpit s’opère de la même manière sur chaque bord. Le cockpit s’articule autour d’un original poste de barre central. On peut compter sur des assises, mais pas de table extérieure. Les premiers modèles visibles sur les brochures du constructeur ne prévoyaient aucune protection ; tous les Fidji 39 se sont bien sûr dotés d’un bimini, le plus souvent en toile sur une structure inox. Certains modèles ont été équipés d’une plate-forme arrière et/ou de jupes rallongées. Les manœuvres se répartissent sur trois points : poste de barre, coque bâbord et coque tribord. Globalement, le plan de pont tel qu’il a été imaginé à la fin des années 1980 est minimaliste, mais il a le mérite d’être transformable relativement facilement
Deux entrées pour la nacelle
Dans la logique du poste de barre central, la nacelle est dotée de deux entrées de part et d’autre. A l’intérieur, la zone centrale entre ces deux portes est dédiée à une cuisine en alcôve. Cette disposition est originale et fonctionnelle. Le volume général est compté ; le carré adopte une table en demi-cercle afin de se glisser sous la pente avant. Les hublots inclinés livrés en série sont ouvrants, mais en nombre insuffisant pour garantir une aération vraiment efficace dans les zones tropicales. De nombreux propriétaires ont aménagé des panneaux supplémentaires pour y remédier. On a affaire à un multicoque de plus de 30 ans : on ne s’étonnera pas de découvrir des boiseries et une sellerie défraîchies. Les cabines restent relativement succinctes : on se contente d’un cabinet de toilette par coque, et le matelas avant est forcément un peu étroit aux pieds.
Conclusion
Le Fidji 39 a la réputation d’être un catamaran de location qui s’est très bien vendu ; en réalité, avec 35 exemplaires seulement en 6 ans de carrière, ce multicoque a plutôt connu un succès qu’on pourrait qualifier d’estime. Quant à son orientation charter, elle n’est évidemment plus à propos aujourd’hui, avec un support qui revendique plus de 3 décennies de bons services. A ce jour, le flotte est répartie un peu partout dans le monde, ce qui peut faciliter les visites, mais la faible production de départ se traduit logiquement par une offre plutôt rare sur le marché de l’occasion. Pour rappel, on considère qu’un multicoque est vendu tous les 7 ans en moyenne et que la disponibilité sur le marché est de 4 mois seulement (elle était bien supérieure il y a deux ou trois ans), toujours en moyenne. Donc 5 Fidji 39 sont proposés à la vente chaque année et 1 ou 2 exemplaires sont visibles à l’instant T. Ce modèle est une excellente base de refit – certains y sont déjà passés et ce qui a déjà été réalisé ne vous plaira pas forcément… Décidément, l’occasion fait le larron !
Les quelques retours concernant ce modèle – dont la diffusion est restée limitée – mentionnent les années noires de l’osmose ; en effet, à la fin des années 1980, la plupart des constructeurs français ont connu des phénomènes d’osmose très rapide (un à deux ans seulement) en raison d’une formulation de résine qui avait évolué. Tous les grands chantiers ont assuré un SAV complet avec pelage et enduit époxy. On peut donc parler d’histoire ancienne. La poutre avant en alu est parfois mis à mal par l’électrolyse – le contact avec des pièces en inox en semble la cause. Le Fidji d’occasion peut être présenté dans des états très variables : dans son jus d’il y a 35 ans ou refité à neuf…
A vérifier évidemment : moteurs, voiles, accastillage, électricité, plomberie…
La structure, elle, semble bien se tenir. Vérifiez tout de même la rigidité du rouf dans la zone des rails de génois ; notre essayeur avait relevé que les efforts étaient importants.
Performances convaincantes
Poste de barre central
Aération insuffisante
Peu d’exemplaires sur le marché de l’occasion
Fiche technique
Architectes : Joubert/Nivelt
Longueur hors-tout : 11,00 m
Largeur : 6,40 m
Tirant d’eau : 1,00 m
Déplacement lège : 6 t
Grand-voile : 40 m2
Génois : 36 m2
Motorisation : 2 x 18 CV
Carburant : 250 l
Eau douce : 300 l
Matériau : sandwich mousse/polyester
Production : 35 exemplaires de 1988 à 1994
Prix occasion : à partir de 90 000 € HT


