Garry Ligdard est un architecte naval d'origine néo-zélandaise qui exerce une activité prolifique depuis ses bureaux du Queensland australien (Brisbane, côte Est). Inconnu en Europe le cabinet Ligdard est réputé pour son approche globale du design de navires. Prototypes de course, monocoques néo-classiques, multicoques de toutes tailles et unités à moteurs naissent à un rythme soutenu sous le crayon de Garry qui défend une vision pragmatique de son métier. Issu d'une famille qui compte plusieurs générations de constructeurs, il n'est pas étonnant qu'il se soit intéressé au "do it yourself".
Infos pratiques
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Pourquoi ne pas le faire soi-même ?
Phil Weld et Dick Newick en ont rêvé (le constant camber) pour permettre aux populations de pêcheurs pauvres de disposer d’unités rapides qui les exonèrent de la dépendance à l'égard du carburant et des moteurs. Derek Kelsall reprit l'idée (le KSS) et l'adapta à la réalisation de catamarans de croisière à partir de sa nouvelle base de NZ. La culture anglo-saxonne (USA-Australie-NZ) a semblé plus réceptive au concept de la construction individuelle que l'Europe du Sud qui a presque oublié cette idée depuis la ruée vers l'eau des années 70. Le résultat de cette attitude ne s'est pas fait attendre, on trouve partout en Australie et Nouvelle-Zélande d'excellents multicoques construits par leurs propriétaires et leurs prix d'occasion sont souvent modérés. En France, cette pratique est maintenant marginale, réduite à la confidentialité par l'attitude zélée des autorités de tutelle et le bouche-à-oreille négatif des circuits commerciaux qui protègent leur pré-carré.
Un catamaran australien, construit en Thaïlande, assemblé en France à La Rochelle : voici le Fusion 40…
Qu'est-ce qu'un kit ?
Le CP époxy-verre est bien adapté à la livraison d'ensembles "prêts à monter" (surtout depuis l'apparition de la découpe numérique), il rapproche la construction navale du modélisme par l'assemblage d'éléments légers. L'approche de Fusion est différente : la société fait réaliser sous licence en Thaïlande les pièces constitutives du bateau (bordés, cloisons, fond de nacelle, pont, …). Le kit (process infusion) est optimisé pour être projetable partout dans le monde en 2 containers, malheureusement la logistique et l'architecture n'obéissent pas aux mêmes lois : un moule volumineux permettant la réalisation de grandes pièces rationalise mieux la fabrication que des assemblages multiples.
Lors de nos deux jours d'essai, le bateau s'est montré vivant à toutes les allures.
La force de frappe du Cobra
Fusion Australie, créateur et distributeur du concept (il y a également un Fusion 40' Power) procède au montage des modèles australiens (une cinquantaine sur les 60 existants) et délègue la confection des kits à Cobra International basé à Bangkok. Afin de prévenir le petit sourire qui s'esquisse aux coins de vos lèvres, je précise que Cobra est une multinationale de plus de 4000 employés qui expédie chaque semaine 65 000 tonnes de composite ! CMI, la filiale thaïlandaise est spécialisée dans les surfs, planches à voiles, kites et bateaux de plaisance. Un des actionnaires n'est autre que Green Marine, créateur de nombreux Volvo 60, TP52 et autres machines high-tech !
L'ergonomie générale, notamment celle du cockpit est excellente.
Un composite de qualité
Cobra dispose d'outils à commandes numériques 5 axes pour l’usinage de préformes aux tolérances minimales et met à disposition de Fusion un process haut de gamme : usine climatisée, stockage rationnel des composants, infusion des panneaux en résine vinylester/mousse 80kg/m3 … Les pièces livrées répondent à un cahier des charges et à des contrôles qualité élevés. CMI affirme : notre but n'est pas d'être un sous-traitant "économique", mais un fournisseur de haute technologie à prix très concurrentiels.
Le carré correspond bien au programme pour 6 personnes, et la cuisine est pratique.
Coques en stock
Malgré la mise en place par la maison - mère d'une surprenante stratégie française bicéphale au regard de la taille du marché (Fusion France Atlantic et Fusion Med), la possibilité d’acheter un catamaran à différents stades de finition semble intéressante. Elle correspond aux attentes d'une catégorie particulière d'amateurs de multicoques qui veulent un bateau personnalisé sans s'exposer aux contraintes réelles ou supposées de la réalisation à l'unité.
La table à cartes est agréable est suffisamment spacieuse.
Une silhouette élégante et un design malin
Garry Lidgard a un coup de crayon inspiré et sa stylique est futée, car sous un abord assez sportif, le Fusion dissimule des volumes étonnants. Le sifflet du roof manifeste un souci évident d'aérodynamisme et le bimini rigide se fait oublier, une performance ! La modération de cet appendice à la mode ainsi que le travail esthétique accompli sur l'aileron-bossoir ne réduit que modérément la traînée de ces "structures freins", mais les rend plus acceptables. Les proportions générales sont équilibrées et la personnalité du dessin est attachante. J'apprécie les hublots "fish eye", l'ergonomie des postes de pilotage offre une vraie protection à l'homme de quart.
la sellerie couleur associée à des planchers bois composent une atmosphère simple et "nautiquement" confortable.
Une architecture classique
Les œuvres vives sont agréables à l'œil et les lignes d'eau harmonieuses. Les sections en U présentent une surface mouillée raisonnable à vide, mais il faudra rester vigilant sur la charge embarquée et veiller à ne pas trop immerger le brion sous peine de réduire la portance dynamique de ce catamaran qui ne fait que 40'. Les bordés verticaux se prolongent jusqu'à l'étrave sans avoir recours au tulipage qui génère une réserve de volume progressif à l'avant (vulgarisée par un autre architecte australien, Lock Crowther, cette géométrie est devenue le signe distinctif des Catana). L'élévation de nacelle (80cm) est dans la moyenne supérieure de ce type de bateau. Le coup de bluff de Garry est de parvenir à loger 2 vastes cabines doubles en avant de la cloison maîtresse sans ruiner la perception visuelle de l'ensemble. Cet espace complémentaire pèse sur le devis des masses et le centrage des poids, mais l'artifice du trait de crayon est remarquable.
Pas de vaigrages rapportés dans les coques, mais enduits et laques mettent en valeur une structure composite qui se suffit à elle-même…
Une atmosphère interne attractive …
… et un plébiscite pour le rapport volume interne/silhouette ! La nacelle abrite la vie quotidienne dans une distribution intelligente. Le carré et la table à cartes correspondent bien programme 6 personnes, et la cuisine est pratique. Dans cette taille, la configuration "2 descentes" du flotteur présenté au Grand Pavois comporte des contraintes de circulation, la disposition bâbord est plus fluide. J'ai apprécié l'absence de vaigrages rapportés dans les coques, enduits et laques mettent en valeur une structure composite qui se suffit à elle-même et qu'il n'y a aucune raison de cacher ! Les bordurages massifs vernis et la sellerie-couleur associés à des planchers-bois composent une atmosphère simple et "nautiquement" confortable. Le choix de la distribution électrique multiplexée "Navylec" (option) contribue à lisser les formes en les débarrassant des traditionnelles gaines électriques et interrupteurs au profit de télécommandes. La présentation extérieure et la mise en peinture témoignent d'une démarche de qualité, certains assemblages décoratifs manquent encore de finition à bord du prototype, mais le chantier est sur la bonne voie.
Les Yanmar 30cv offrent une puissance suffisante mais ils sont un peu à l'étroit dans les cales-moteur…
En navigation
Notre bateau d'essai est équipé du mât Selden de 18.60 m et d'un enrouleur Furlex. Les produits de cette marque sont réputés, mais le choix d'un profil à faible inertie latérale, soutenu par 3 étages d'auto-portage, relève d'un arbitrage ponctuel, d'autres solutions sont disponibles. Ce plan de voilure élancé correspond à une utilisation polyvalente dans des zones tempérées où le petit temps permettra de tirer parti des profils Xvoiles/sandwich de qualité (façon et coupe). Les Yanmar 30cv offrent une puissance suffisante, ils sont un peu à l'étroit dans les cales-moteur et situés juste sous les panneaux ouvrants (assez exposés). Il faudra s'assurer de la fermeture et de la résilience du joint ! Tout au long de ces 2 jours passés à bord, j'ai apprécié l'ergonomie générale, notamment celle du cockpit. Les postes de barre font preuve d’un excellent compromis sécurité / vision vers l'avant / observation du profil de grand-voile. La manœuvre est à portée du barreur, les bailles à bouts comme les colonnes des belles roues en inox sont intégrées dans le moule. La prise en main des jantes est parfaite, mais comme d'habitude, l'hydraulique ruine toute sensation de pilotage. Les bains de soleil, judicieusement logés dans des réservations confortables, peuvent être utilisés comme couchettes de quart. La configuration GV-solent auto-vireur est pertinente, la version S autorise de bonnes combinaisons de puissance dans le petit temps, sous spi et gennaker et conserve une vraie tolérance dans la brise sous 1 et 2 ris (sans trop s'occuper de la voile d'avant). En charge (nous sommes 6 à bord), le bateau est vivant à toutes les allures. Comme tous les catamarans de croisière aménagés, le Fusion 40' n'est pas une machine à faire du vent apparent, mais il sait accélérer à la risée et trottine allégrement entre 7 et 10 nœuds dans le médium. Il offrira de belles moyennes en charge raisonnable. Lors de sa première traversée du Golfe de Gascogne l'équipage a fait une pointe à plus de 18 nœuds.
Un cata qui donne envie de partir au bout du monde.
CONCLUSION
Le Fusion dispose d'une personnalité authentique, sa ligne est séduisante et il tire avantageusement partie de ses 40'. Les options (gréement, ailerons ou dérives, plans d'aménagement) élargissent la palette de réponses à des programmes variés. Au-delà de ses caractéristiques de conception, il faut rappeler qu'un multi est toujours constitué de pièces hétérogènes et, qu'en kit ou pas, il ne vaut que ce que valent ses assemblages. L'exemplaire mis à notre disposition était tout à fait rassurant de ce point de vue, mais l'amateur devra s'assurer de ses compétences ou de celles de son équipe avant de se lancer dans l'aventure. La formule coque pontée motorisée est une alternative intéressante et ouvre une garantie. À l'analyse, hormis le kit de base réservé à des opérateurs qualifiés, le Fusion ne permet pas de réaliser des économies substantielles par rapport à ses concurrents, le choix semble plus être guidé par l'envie d'un catamaran typé (et bien construit, à partir d'éléments composites de qualité). Les différents degrés de personnalisation constituent dans ce cas une solution attractive pour le futur propriétaire qui souhaite participer activement à la création de son multicoque et refuse l'anonymat de la série.
Les plus
Excellente présentation et belle silhouette Assemblage composite de qualité Ergonomie générale
Les moins
Barre hydraulique Pas si léger Prix de la version essayée
LES CONCURRENTS
Modèle Chantier Prix en € HT Freydis 39' Croiseur Tournier marine 307 000 Helios 38' Croiseur Edel Catamarans 253 000 Ksenia 119 Ksenia Yacht 221 260 Banana 40' Prometa Boat System 365 000
FICHE TECHNIQUE
Architecte : Garry Lidgard Chantier : Fusion France la Rochelle/Fusion Cats Longueur : 12.20m Largeur : 7.20m Tirant d'eau : 0.60/2m ou 1m pour la version à ailerons Surface au près : 100m2 Poids lège : 5.2t Hauteur du mât : 17.20m ou 18.60m pour la version S Matériau : sandwich mousse/verre/vinlyester process infusion Gasoil : 400 l Eau : 800 l Motorisation 2X20cv (2X30cv en option) Prix : Kit (livré en France) 82 000 euros HT Plateforme navigante sans aménagement 220 000 euros HT Version essayée 390 000 euros HT