Basé à La Rochelle, le Chantier de l’Arsenal est surtout connu pour ses catamarans de charter à la journée ; ces unités de 60 à 90 pieds appelées Day 1 ont déjà été diffusées à une quinzaine d’exemplaires dans le monde entier. Le constructeur s’intéresse aussi à des catamarans de servitude équipés de moteurs électriques, et il a mis à l’eau en septembre dernier son tout premier multicoque de plaisance. Une démarche écoresponsable a accompagné l’intégralité du projet ; c’est la raison pour laquelle le GreenCat 52 a toute sa place dans ce Hors-Série forever green…
Infos pratiques
- Le chantier : Greencat 52'
- La fiche technique
-
Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Greencat 52
- Assuez votre Greencat 52
- Articles autour du Greencat 52
Conditions : Mer calme à peu agitée, 10 à 15 nœuds de vent, 6 personnes à bord
Ce catamaran ne ressemble à aucun autre ; ce n’est en effet pas si fréquent qu’un constructeur de bateaux à usage professionnel s’aventure à fabriquer un one-off, qui plus est écoresponsable. Ce projet est au départ celui d’un architecte qui a imaginé et dessiné un catamaran pour lui… Spécialiste du design de yachts et d’unités de fort tonnage, Philippe Renaudeau est pourtant avant tout passionné de voile ; il a donc dessiné un catamaran léger, dépouillé, relativement classique quant à la distribution du plan de pont et des aménagements, et enfin écoresponsable : « Ce multicoque destiné à un programme de croisière hauturière devait être, au départ, construit en contreplaqué époxy. Je souhaitais m’affranchir des modes et disposer d’une unité légère. Pour moi, cela permet de naviguer plus vite, et donc de se mettre plus rapidement en sécurité si besoin. De plus, le gréement et la structure sont moins sollicités. » Parallèlement, un couple recherche un catamaran adapté à un tour du monde à deux, aisé à manœuvrer et avec une coque Propriétaire… C’est Michel Vermeulen qui reçoit une toute première requête, « un mail de trois lignes », s’amuse-t-il. Ce professionnel du nautisme fait le lien avec l’architecte, le Chantier de l’Arsenal et le projet se met en route ! Dans les grandes lignes, le GreenCat 52 est resté très fidèle aux plans d’origine, à ceci près que le procédé constructif a évolué ; on est passé du bois-époxy à la technologie One Shape® développée par le constructeur. Ce procédé consiste à assembler des panneaux de sandwich/mousse PET préalablement découpés numériquement, puis cintrés avant assemblage. Cette technique présente un énorme avantage pour une construction one-off ou une petite série, puisqu’elle permet de se passer des coûteux moules. L’utilisation de matériaux recyclables et la non- fabrication de moules démontrent le process d’éco-conception auquel adhère le Chantier de l’Arsenal – le constructeur utilise également la fibre de lin et s’intéresse aux résines biosourcées.
Un plan de pont classique mais éprouvé
Rendez-vous a été pris à La Rochelle : les conditions météo sont excellentes avec une mer peu agitée et un vent bien établi entre 10 et 15 nœuds. On découvre sur le quai un catamaran dont la livrée peut étonner avec des vagues de couleurs sur les flancs extérieurs des coques, mais c’est précisément tout l’intérêt d’une construction one-off : vous faites ce que vous voulez ! Les lignes sont par ailleurs à la fois sobres et modernes, avec des étraves et l’avant du rouf bien verticaux. Les superstructures sont bien reculées, dégageant à l’avant de grands trampolines. On mesure une réelle prise en compte du centrage des poids avec l’ancre et sa chaîne très reculés.
A l’arrière, le cockpit est relativement court et propose juste une grande banquette de 2,27 m de longueur. En revanche, l’accès vers les vastes jupes est particulièrement large ; il est donc très aisé de gagner le bord depuis le quai, de grimper dans l’annexe – et bien sûr de profiter de la baignade au mouillage !
Nous sommes accueillis par Laurent Da Rold, le patron du Chantier de l’Arsenal ; les amarres sont larguées et les moteurs électriques (2 x 25 kW) sont mis en route ; ces propulseurs sont un peu plus bruyants qu’attendu, mais restent bien plus silencieux que deux blocs thermiques. L’interface est claire ; on prend en main le catamaran sans difficultés. On peut atteindre 8 nœuds mais ce n’est évidemment pas l’objectif – qui est plutôt d’assurer une hydro- génération satisfaisante sous voile…
On dispose de deux postes de barre – un à l’arrière de chaque coque – et les manœuvres sont presque toutes ramenées vers le cockpit via d’astucieux renvois d’angle. L’équipage s’affaire à hisser la grand-voile ; en l’absence de flybridge, elle présente une surface maximum avec un bôme rabaissée. Ecoute et rail sont réglés depuis la poutre arrière. A l’avant, on trouve un génois à recouvrement et une trinquette ; tout deux sont à poste et montés sur enrouleur. On relève que la circulation est excellente sur le pont grâce à des larges passavants de 1,31 m et de hauts cale-pieds. Bravo également aux super mains courantes tubulaires en inox qui bordent l’angle supérieur du rouf. Le tableau serait parfait si les hauts chandeliers de 90 cm étaient plus rigides, les panneaux de pont étaient flush et l’échelle mobile qui permet de grimper sur le rouf repensée (ou a minima rallongée) afin d’offrir plus d’angle et des marches bien perpendiculaires.
Un sillage qui ne demande qu’à s’allonger
Après quelques tâtonnements avant de parvenir à offrir un beau profil de grand-voile, le GreenCat 52 s’est avéré doux à la barre (on aimerait que cette dernière soit un peu plus éloignée de la console), et surtout véloce ; les 7 nœuds au près, à 45° du vent réel, sont facilement dépassés, pour peu que la brise soit au rendez-vous, et nous nous offrons des pointes à plus de 10 nœuds avec juste la grand-voile et le génois dès que les écoutes sont un peu relâchées. Le sillage s’allonge et le catamaran procure une très agréable sensation de glisse. Le GreenCat, même s’il n’est pas si léger (14 t lège) et reste modérément toilé (146 m2 au près), parvient à offrir un ratio voilure/poids légèrement supérieur à 10 m2/t. Il intègre donc plutôt (de peu) le camp des catamarans performants plutôt que celui des catamarans confortables. On mesure tout de même la limite de l’exercice quand le vent baisse en dessous de 10 nœuds : dans ces conditions, le GreenCat 52 baisse très nettement la cadence.
Une banquette de veille dans le carré
Dans la nacelle, l’architecte a vu grand, avec une hauteur sous barrot de 2,09 m.
Les ouvertures sont également généreuses vers le cockpit (1,89 x 2,29 m) et cela tombe plutôt bien, puisque le principe est d’offrir un carré intérieur/extérieur, un peu comme à bord des Bali ou des Nautitech. Le carré, justement, est décalé sur bâbord. La table est modulable : elle fait 69 cm de large et sa longueur peut passer de 103 à 169 cm. Les pieds de table mériteraient d’être plus rigides. En face, la vaste cuisine parfaitement équipée forme un U très ouvert. Au fond de la nacelle, on découvre une couchette de veille de 190 par 90 cm et une grande table à cartes de 120 cm orientée face à la route. Les cabines sont sans surprise logées dans les coques, à l’avant et à l’arrière. Toutes les cabines disposent de deux aérations et de nombreux rangements. On pourra être surpris par la relative étroitesse des couchettes (1,40 m). Cette mesure correspond au gabarit standard terrestre, mais voilà longtemps que la plupart des constructeurs proposent bien plus. Au chapitre des petites imperfections aisées à reprendre, citons les poignées de portes inadaptées et l’absence de dispositif de blocage porte ouverte. Autant de détails finalement mineurs, car le GreenCat 52 est assurément un multicoque confortable à bord duquel il est agréable de s’installer.
Conclusion
C’est toujours plaisant et intéressant de découvrir un multicoque issu d’un cahier des charges personnel et non soumis à un diktat marketing et/ou aux impératifs de la production de grande série… A bord de ce GreenCat 52, toute la conception est restée ouverte et modifiable. Pour autant, en dépit d’un mode de propulsion et d’un système constructif innovants, la trame des aménagements et le plan de pont sont restés très classiques. Ce modèle complète du coup parfaitement l’offre des New Windelo, dont les aménagements intègrent un cockpit avant. Le chantier est prêt à lancer une petite série… et quant à Philippe, l’architecte, il ne désespère pas de pouvoir un jour enfin commander son propre catamaran !
Performances convaincantes
Nombreuses trouvailles astucieuses
Couchettes relativement étroites
Finition perfectible
Descriptif technique
Architecte : Philippe Renaudeau
Longueur : 15,75 m
Largeur : 7,34 m
Tirant d’eau : 1,40 m
Déplacement lège : 14 t
Déplacement en charge : 17,6 t
Surface de voile : 146 m2
Motorisation : 2 x 25 kW
Eau : 400 l
Certification CE : A10
Prix : sur devis
www.chantierdelarsenal.fr





