Les Gunboat tricotent un marketing qui leur ressemble, rare et chic ! Ils se rassemblent dans la Chesapeake Bay ou lors de la semaine d’Antigua, mais fréquentent peu les boat shows. On peut les voir à Miami, mais pas encore en Europe ! Peter Johnstone nous a invités à un essai furtif du dernier 48’ au large de Saint-Tropez, découvrons ensemble ce catamaran exceptionnel !
Infos pratiques
- Le chantier : Gunboat 48
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Machine de guerre ?
Le nom de Gunboat emprunte à l’univers militaire une évocation qui sent la poudre, mais il ne s’agit que de franchir la ligne au son du canon, la vitesse est la seule arme de ces machines très civilisées ! Peter Johnstone (le fils du créateur des JBoat !) est un régatier affuté, amateur éclairé de multicoque, il souhaitait pour lui-même et sa famille un catamaran très rapide, confortable et utilisable en équipage réduit : ce fut TRIBE le 1er G.60’.
Une ligne reconnaissable entre mille : voici le Gunboat !
Ou must social ?
Le Nord-Est des Etats-Unis regorge de mouillages exceptionnels et de marins fortunés ! Les conditions de navigation y sont agréables l’été, la Floride ou les Caraïbes à portée de convoyage dès le mois d’octobre; Cette région est le berceau de la marque. Même avec un dollar faible, la main d’œuvre U.S reste coûteuse et les exigences de Peter en matière de qualité, plutôt exceptionnelles, l’Afrique du sud semblait une réponse adaptée. L’usine Gunboat (une centaine d’ouvriers aujourd’hui) s’est donc installée à Cape Town.
Les Gunboat aiment se retrouver (sur des plans d'eau sélectionnés!) pour régater: Un des charmes de ce club prestigieux.
Architecture : de Gino Morrelli à Nigel Irens
Du 48’ au 90’ en passant par le 66’, le 62’ et le premier 60’, tous les "Gun" sont nés sur la côte californienne dans le cabinet de Gino Morrelli et de Pete Melvin. Déjà en 1983, Gino et un certain Alain Petit-Etienne se lançaient dans la construction (sous une grange en Picardie) du 1er catamaran en carbone ! Depuis, le bureau de Huntington Beach a été à l’origine de très nombreuses créations de multicoques : PLAYSTATION, STARS AND STRIPES, HAPPYCALOPSE, ALINGHI, une noria de class A, le Moorings 4000… Actuellement, des projets de catamarans de charters de 150’ à 200’ sont en gestation ! Seule alternative à la signature américaine, Nigel Irens réalise le prochain 78’ dont le chantier attend beaucoup.
Le cockpit Gunboat, excellente ergonomie, mais un choix radical !
Construction : carbone Nomex ou rien !
L’ambition de vitesse et la volonté d'établir une référence en matière de catamarans de croisière ont conduit au choix du carbone Nomex pour l’ensemble de la production. Cet arbitrage haut de gamme offre des avantages, permet d’obtenir un châssis raide et léger (la poutre avant pèse 12kg !), mais présente également quelques contraintes : l’obligation d’avoir recours à des fournisseurs triés sur le volet, à un process high tech et à des produits chers. Le Nomex étant une structure alvéolaire, le sandwich carbone qui en est issu n’apprécie pas les mauvais traitements de la croisière ou les manipulations de chantiers approximatives ! Les prix d’achat et de réparation sont dissuasifs à cet égard, c’est aussi une question de culture : le bateau n’est en général pas le seul "bel objet" contraignant utilisé par ces propriétaires !
Voici la perception du mât que possède le régleur depuis son cockpit, pas mal, non ? Mais pourquoi n'est il pas rotatif ?
Silhouette: la classe !
Soyons clairs, le niveau de finition du Gunboat 48’ est exceptionnel ! Sa présentation après 20 000 milles de navigation témoigne clairement de la qualité de fabrication et du soin mis en œuvre. Laque métallisée immaculée, enduits artistiquement poncés et apprêtés, la cosmétique des peaux internes et externes rivalise avec la perfection des carrosseries d’automobiles mythiques. La manière particulière dont les Gunboat prennent la lumière est en relation avec ce souci de perfection.
Les cockpits des Gunboat profitent de l'absence de postes de barres pour décliner leurs atouts à l'infini !
Un design élégant et des arbitrages originaux
La géométrie est classique, les entrées d’eau, fines ; la mise en volume des œuvres vives, très progressive, évolue vers des sections de flotteurs assez rondes à l’arrière. La surface mouillée est faible, le centrage des masses optimisé (moteurs sous les couchettes centrales). Le roof reculé empiète sur le cockpit, mais préserve tout de même un bel espace à vivre. En navigation, les dérives s’escamotent dans leur puits, les safrans constitués de minces profils carbones coulissent dans des fourreaux accessibles depuis les jupes. La largeur modérée contribue au déplacement léger et à la posture caractéristiques des Gunboat dans la brise : flotteur au vent allégé ! Cela ne menace pourtant pas leur stabilité, en croisière il faut réduire, en régate quelqu’un doit s’occuper de la GV. Les proportions sont harmonieuses, le roof pourra sembler un peu cubique et ses flans abrupts, c’est le prix à payer sur un "petit" 48’. Ne cherchez pas les postes de barre, il n’y en a qu’un … à l’abri du roof !
Devant vous, le poste de barre (intérieur), et à l'avant du roof, le cockpit de réglage…
Un gréement remarquable, un plan de pont original
A bord d’ANJELLA, l’œil affuté s’exercera en vain à la recherche de la faute de goût : mât, bôme, poutre avant et bout-dehors Marström (carbone) ! Haubans textiles, gréement courant optimisé (surgainages, réduction des diamètres, optimisation des modules de fibre), voiles North 3DL… Seuls les panneaux solaires, ancienne génération, sur cadre aluminium/verre détonnent un peu et rendent l’accès au toit du roof délicat. Le soin apporté à la mise en œuvre rassure, tout est d’origine et parait neuf après l’équivalent de 3 transats. Les voiles sont stockées sur enrouleurs textiles anti-torsion, le cockpit de manœuvre est en pied de mât.
La superbe cuisine d'Anjella! mais pourquoi utiliser du Corian, si lourd ?
Aménagements
Il y a peu à dire, le chantier réalise la prouesse de limiter au raisonnable les demandes, parfois non dénuées d’extravagance de la clientèle et respecte son devis de poids ! Les 3 cabines doubles du 48’ illustrent parfaitement le talent et la maîtrise du constructeur (sur un modèle d’entrée de gamme) ! Typé pour la sortie rapide à la journée, le 48’ dispose de toutes les qualités pour le séjour à bord ou la traversée océanique. Comme la puissance des moteurs de Rolls Royce, le confort des Gunboat est "suffisant".
Designs contemporains, parements bois et surfaces high tech laquée, volumes "suffisants": La griffe GUNBOAT!
Un catamaran de croisière qui a vraiment du punch !
Le Gunboat 48’, comme tous les modèles du chantier, est un catamaran (très) rapide dans la brise, capable de ronronner à 20-25 nœuds constants s’il est bien mené, dans certaines conditions ! Son potentiel dans les petits airs est tout aussi réel, cette polyvalence justifie les sacrifices consentis lors de la conception et de la fabrication. La navigation à voile dans le petit temps est une expérience qui procure un plaisir inépuisable aux amateurs, mais hélas peu de bateaux accèdent à ce Nirvana, ce sont en général des prototypes assez radicaux ou de petites unités ! Le Gunboat 48’ rejoint pourtant cette élite. Il démarre au moindre souffle et taille sa route à 110% de la vitesse du vent réel sans rechigner, il faut régler les profils bien sûr, mais le cockpit central incite à ce genre d’exercice. En avant du roof, accessible par une porte, on accède au centre névralgique du Gunboat : toutes les manœuvres reviennent ici sur 2 puissants winches électriques Lewmar; drisses, cunningham, enrouleurs, écoutes, … tout ! Le contrôle du pilote automatique est à portée de main, de nombreuses alvéoles réceptionnent les bouts, même la chaîne de mouillage en inox se trouve ici. Après avoir joué avec cette "centrale de commande" pendant 2 heures et malgré des réserves préconçues, j’ai apprécié cette ergonomie audacieuse qui dégage totalement le cockpit arrière. L’endroit est assez exposé, mais le refuge vers le carré, si rapide ! Ceux qui connaissent bien les Gunboat confient que certaines vagues de travers sont susceptibles d’envoyer un peu d’eau verte, mais leur agilité (ils soulagent bien à la vague) permet de conserver cette disposition. L’emplacement de la barre derrière le pare-brise du roof m’a laissé plus perplexe car il filtre trop les perceptions et ne favorise pas le contrôle visuel de la GV. Dans les petits airs, il est assez frustrant de sentir un aussi beau châssis sous ses pieds sans être en relation avec les appendices via une barre franche ou une roue extérieure. Sur ANJELLA, une 2ème jante est installée sur la cloison de roof, mais cela ne m’a rien apporté. Le plan de voilure est magnifique, on s’étonne simplement de l’absence de système de rotation du mât. Sous solent et GV, le 48’ fait un près remarquable dans ces conditions et l’interaction entre les 2 voiles est très sensible. Avec le code 0, au vent de travers le "Gun" démarre à 9 nœuds (dans 7 nœuds de vent !). Le premier ris se prend assez tôt (en croisière), mais le solent autovireur fait merveille, efficace de 0 à 30 nœuds sans réduction. Un autre 48’ vient d’arriver sur la Costa Brava, je ne manquerai pas de vous faire part de mes observations dans la brise un peu plus tard.
Le Gunboat n'est pas seulement rapide, c'est aussi un bateau de croisière qui offre tout le confort…
CONCLUSION
Ce catamaran dégage un charme réel, il a toutes les qualités du bel objet et deviendra un collector. Malgré une réalisation sophistiquée, c’est un multicoque fiable et son comportement marin est sans équivoque. Le 48’ reste une aimable concession aux tailles raisonnables, consentie par une marque qui fabrique l’exception. Le 62’ devrait céder sa place au 78’ dont la production associée à celle du 90’ constituera l’essentiel de l’activité de Gunboat dans les prochaines années. Ce positionnement unique au monde (très grand, très cher, très rapide) correspond à un marketing délibérément élitiste dont Wally Yacht s’est fait déjà l’apologue dans un autre segment. Les Gunboat ouvriront-ils la première classe multi des Voiles de St Tropez ?
SPORT 4/5 CROISIERE 4/5
Les plus
• Rigueur de conception • Performances • Style et qualité
Les moins
• Pour utilisateurs éclairés • Soins indispensables • Pas à l’aise dans tous les ports
LES CONCURRENTS
Modèle Architecte Chantier Prix HT Dazcat 15 Dazcat Darren Newton NC Novara 50 R KKG Martin Maï NC Sig 45’ Hugo le Breton Van Peteghem/Lauriot Prévost NC
FICHE TECHNIQUE
Architecte : Gino Morrelli/Pete Melvin Chantier : Gunboat Longueur : 14.74m Largeur : 7.39m Poids : 8t Déplacement : 10.20t Surface au près : 127m2 Surface au portant : 236m2 Moteur : 2X40 cv Volvo, transmissions custom par arbres Dérives : sabres carbone Tirant d’eau appendices relevés : 0.60m Fuel : 2X246l Eau : 2X190l Matériau : composite époxy /Nomex /Aramide /carbone sous-vide et époxy /mousse /carbone renforts Kevlar Prix : 2 200 000$/ 1 435 000€ HT