Avec son mât en carbone qui toisait, à plus de 30 m au-dessus de la mer, tous les voiliers du Cannes Yachting Festival, le Gunboat 72 a su défrayer la chronique lors de sa première présentation officielle en septembre dernier. Nous avons eu le privilège d’embarquer à bord de cette fabuleuse machine à l’occasion d’un convoyage de Saint-Tropez à La Grande-Motte. L’occasion de mieux comprendre comment le constructeur est parvenu à concilier le confort et le luxe d’un yacht familial avec la vélocité d’un coursier océanique.
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Conditions : 10 à 15 nœuds de vent, mer peu agitée
Gunboat… Il suffit de prononcer ces deux syllabes pour éveiller l’attention – puis l’enthousiasme – du plaisancier le plus exigeant... Synonyme d’exclusivité et d’excellence en termes de design, de luxe, de technicité et de performance, la marque s’est forgé une réputation sans précédent dans l’univers très restreint des multiyachts d’exception. En vérité, un Gunboat est véritable catamaran de course- croisière semi-custom, au sens élitiste du terme. Depuis son rachat et son installation au chantier du groupe Grand Large Yachting, pas moins de sept Gunboat 68 ont vu leurs étraves pointer hors des hangars, un 80 a été mis à l’eau en début d’année, suivi par le 72 qui nous intéresse. Quant au prochain 70 dont le développement est quasi terminé (voir notre Guide d’Achat), nous ne devrions pas attendre très longtemps avant qu’on parle de lui… En attendant, les précédents Gunboat sont loin de sombrer dans l’anonymat ; tout au contraire, ils trustent régulièrement les podiums de grandes régates. Un signal fort qui donne la mesure de l’intérêt des coureurs pour les multicoques : la très sélect IMA (International Maxi Association) a créé cette année une division Maxi multihulls. L’association regroupant les plus beaux et puissants monocoques du monde reconnaît donc que les plus beaux multicoques pouvent rejoindre les rangs des monocoques d’exception. Certains propriétaires de Gunboat 68 ont eu un passé glorieux dans le yachting monocoque, avant d’être finalement séduit par le sport multiyacht. Le Gunboat 80 est d’ailleurs strictement optimisé pour la régate à la journée. C’est le dix-huitième bateau de course, et premier multicoque, de son Propriétaire, un lord écossais. Lors de la Maxi Rolex Cup, qui accueillait pour la première fois des multicoques, il a terminé deuxième, faisant des émules au sein du milieu très fermé des propriétaires de Maxi. Si le programme de ce premier 80 implique des aménagements réduits a minima, tel n’est pas le cas du 72, qui est dédié à un programme de croisière (très rapide tout de même !) et de charter de luxe. Le Propriétaire a insisté pour disposer de tout le confort, y compris un flybridge et une plate-forme de bain. Cette demande, qui sortait du cadre initial de la gamme, a finalement été acceptée, sans perdre de vue l’ADN qui a fait le succès de la marque.
Un design maîtrisé, et un devis de poids mieux que respecté
Le rendu esthétique était un point crucial du projet 72 ; les designers (Christophe Chedal Anglay et Patrick Le Quément) ont pu exprimer tout leur talent dans le but d’estomper l’excroissance du flybridge en le dissimulant dans la casquette de roof. Pour favoriser l’habitabilité, la proportion de la nacelle est plus grande que sur un 68, mais l’allure générale préserve l’air de famille Gunboat. Les étraves perce-vagues et la forme fluide et aérodynamique des superstructures avec leurs hublots en goutte caractérisent cette parenté inscrite dans l’élégance sans concessions. L’importante hauteur de nacelle permet, en plus de favoriser le passage en mer, de relever la plate-forme de bain au niveau du cockpit, maquillant ainsi sa présence et celle de l’annexe de quatre mètres vingt. Il suffit de prendre un peu de recul pour constater que la silhouette, vue de profil, ne trahit pas la présence d’apparaux anti- performance – une vraie réussite. Mais pour qu’un Gunboat soit performant, cela passe aussi, entre autres, par un devis de poids très contrôlé. « Celui-ci est tellement maîtrisé qu’il est même contractuel », nous confie Benoît Lebizay, le directeur de la marque. Donné sur les spécifications pour 29 tonnes lège, le poids au peson s’est soldé par un peu plus de 27 tonnes. En général, c’est plutôt dans l’autre sens que cela se termine… Pour parvenir à cette issue flatteuse, « le plus grand soin est apporté aux procédures d’échantillonnage, d’infusion, de post-cuisson et d’assemblage des éléments en carbone, sandwich Corecell ou monolithique », me précisent les ingénieurs du chantier, montés à bord avec moi pour l’occasion. Il faut compter deux mois pour les coques et bordés, un mois et demi pour le pont, et encore deux mois pour la nacelle. Puis sept mois d’assemblage sont nécessaires à compter de l’ultime post-cuisson qui fige la rigidité et la cohérence de l’ensemble. Certaines pièces non structurelles peuvent être réalisées en fibre de verre/mousse privilégiant la plus grande légèreté. Il suffit de soulever un panneau ou un plancher pour s’en convaincre. Le niveau de finition est exceptionnel, comme nous allons le constater en navigation. Cette précision demande la constante collaboration entre les techniciens de la production, le bureau d’études et les architectes, le but étant de zoomer sur le concret au fur et à mesure. Avec les 119 employés (dont 20 sont des femmes, voir encadré), l’objectif est de produire trois unités par an – on est bien dans le très haut de gamme.
Des prestations de yacht
Le 72 que nous avons pu découvrir en juin dernier en cours de finition peu après sa mise à l’eau a évidemment terminé sa mue deux mois plus tard. Enfin pas complètement, puisque le chantier, à l’issue de cette saison estivale de pré-navigation et de tests, va checker pas moins de 450 points ! Toujours est-il que c’est bien en septembre que le luxueux catamaran a enfin dévoilé des espaces habitables et des zones extérieures de détente nombreuses et vastes. Vus au mouillage, le 72 et le 68 diffèrent finalement assez peu… il en est tout autrement quand on se retrouve à bord : le 72 se révèle être un vrai multiyacht de croisière, comme nous avons été habitués à en voir fleurir depuis une dizaine d’années sur les pontons des salons. Certes, Gunboat n’a pas été jusqu’à installer un jacuzzi sur le pontage avant, mais le flybridge reçoit les invités dans de confortables sofas près du poste de navigation avec vue à 360°. Le cockpit arrière ménage banquette et grande table de repas. Pour l’intérieur, le menu n’est pas complètement à la carte, mais tout de même à la discrétion du Propriétaire. Le nombre et la nature des cabines peuvent être choisis, ainsi que le niveau d’équipement, à condition de matcher avec les impératifs structurels et dynamiques, bien sûr. Benoît Lebizay nous rappelle que « le savoir-faire du chantier réside dans la capacité à gérer l’intégration de systèmes complexes, dans un plan d’aménagement propre à chaque commanditaire, dans une carrosserie de série (le deuxième 72 est déjà en route, NDLR) dont le devis de poids est dompté ». Isabelle Racoupeau s’est occupée du style intérieur. De beaux matériaux ont été sélectionnés dans des tons contrastés. Dans cette version, quatre cabines avec salle d’eau privatives, dont une belle suite Propriétaire, ont été disposées. L’une de ces cabines donne directement sur le cockpit, pour plus de polyvalence. L’équipage peut compter sur trois couchettes dans ses quartiers dédiés. Une cabine supplémentaire va être installée dans un des pics avant pour améliorer encore le service. Les équipements domestiques sont paramétrés pour le confort maximal ; électroménager complet, air conditionné et dessalinisateur de 200 l/h sont de rigueur. Seul bémol, le bateau est dépourvu de dispositif de génération d’énergie verte. C’est d’ailleurs un peu dommage, car le groupe électrogène, avec ses 8 kW, est de fait trop juste.
Evidemment, il y a de la marge sur le poids contractuel pour en mettre un plus gros, mais au vu des moyennes réalisables sous voile (oui, encore un peu de patience, on y arrive !), il est dommage de se dispenser de l’hydrogénération qui serait d’un rendement optimum. Le carré de pont héberge cuisine, salon, table à cartes dans un grand volume de plain-pied avec le cockpit. Le deuxième Gunboat 72 déjà commandé devrait présenter une configuration différente.
Voilier ou tapis volant ?
Le moment tant attendu arrive ; l’heure de l’appareillage est proche ! Je croise sur le quai Loïck Peyron, qui vient de terminer sa semaine de promotion – ses essais au large de Saint- Tropez se sont soldés par une pointe à plus de 21 nœuds à 55 degrés du vent apparent dans à peine 20 de vent réel. C’est une promesse que le chantier tenait à honorer : naviguer dès huit nœuds à la vitesse du vent sur un large spectre d’allures. Sur le fly, le piano de manœuvres et la barre sont juste devant le mât Lorima de 29 mètres. Les voiles Incidences en Hydra Net® sont conçues pour les longs voyages autour du monde. De part et d’autre du poste de manœuvre, les quatre winches Harken Performa 80 à 3 vitesses suffisent à manœuvrer les 4 voiles d’avant – J1 (solent), J2 (trinquette) A1 (gennaker) et A3 (Code 0) – ainsi que la grand-voile de 170 m². Comme très souvent, le vent vient de la direction que l’on veut exactement prendre. Des bords de près vont devoir être tirés dans une moyenne de 12 à 15 nœuds de vent. GV et J1 sont envoyés facilement, et nous remontons donc au plus près du vent. Pour une fois, l’adage « deux fois la route, trois fois la peine » se voit drastiquement modifié par « deux fois la route, trois fois le plaisir ». Pour rejoindre notre escale de Porquerolles, les bateaux piquent au plus court au moteur, grand-voile haute face au vent. Mais pas nous, bien sûr ! Notre premier bord nous mène très au large, à plus de 10 nœuds et 29 degrés de l’apparent. Le virement de bord nécessite d’enrouler le J1 pour passer, mais le 72 vire sur son erre et on déroule aussitôt la voile sur l’autre bord qui nous ramène à terre après une bonne accélération. A la barre, les sensations sont très agréables, et surtout la facilité de contrôle est impressionnante. Tout est simple, efficace et… très rapide ! Perché sur le fly avec la côte qui défile comme décorum, on a en permanence l’impression d’être embarqué à bord d’un tapis volant. Les invités profitent de la belle brise de fin d’été sur le fly, tandis que la vie peut s’organiser dans l’espace de vie en dessous. Le Gunboat 72 donne l’impression de ne jamais être à court d’énergie – du moins jusqu’à ce que le vent s’éteigne pour de bon. Du coup, les distances semblent réduites au juste nécessaire pour profiter pleinement de l’escale. Le lendemain, le long bord qui nous mène à La Grande-Motte est moins venté. Dans à peine dix nœuds de vent et à 120 degrés du réel, le grand A3 est capable de faire croiser le yacht à 10 nœuds sur une mer plate ; notre destination sera ralliée rapidement et sans bruit – en tout cas bien avant le coucher du soleil.
Conclusion
La marque iconique, reprise par le groupe Grand Large Yachting depuis 2016, continue d’écrire ses lettres de noblesse avec ce nouveau Gunboat 72. L’ajout de confort à un yacht performant a été parfaitement maîtrisé grâce à l’interaction de la conception, de l’ingénierie et de la fabrication. Le flybridge apporte un atout très appréciable de par la convivialité et les sensations qu’il procure. La vie à bord est séparée en deux : une plate-forme de course en haut, et un salon feutré en bas. Une fois la griserie exaucée, la gastronomie peut prendre le relais. En sortant de Saint-Tropez, un Propriétaire à bord de son Maxi s’est dérouté pour venir admirer ce Gunboat construit sur les mêmes exigences de qualité que son propre coursier… nous jouons bien dans la même cour, celle des grands.
Relativement facile et sûr en navigation en regard des performances
Ouvre une autre dimension à la croisière
Assise du salon un peu basse
L’insonorisation des moteurs peut être améliorée
Descriptif technique
Architecte : VPLP Design
Design extérieur : Christophe Chedal Anglay – Patrick le Quément
Design intérieur : Berret-Racoupeau Yacht Design
Longueur hors-tout : 22,00 m
Largeur : 9,40 m
Tirant d’eau : 1,70/3,80 m
Hauteur mât : 29,00 m
Hauteur nacelle : 0,95 m
Déplacement lège : environ 28 t
Déplacement en charge : 33 t
Motorisation : 2 x 130 CV Nanni
Grand-voile : 170 m²
Foc : 118 m²
A3 : 280 m²
Motorisation : 2 x 130 CV Nanni
Carburant : 1 300 l
Eau douce : 840 l
Tarif : sur demande et selon spécifications




