Le groupe Hudson Yachts vient de mettre à l’eau un catamaran de croisière hauturière HH qui se différencie des premiers modèles résolument tournés vers la vitesse. Ce HH Ocean Class 50 est conçu pour le grand voyage en famille. En bonus, une finition et une mise au point d’excellent niveau.
Infos pratiques
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Lieu de l’essai : Badalona, Espagne
Conditions : mer peu agitée, vent de 8 à 15 nœuds

Depuis 2016, HH nous a habitués à admirer sur les plans d’eau ses magnifiques catamarans full carbon de hautes performances : aucun essayeur de multicoques ne peut oublier les prestations peu communes des HH66 et 55 ! Aujourd’hui, nous avons le plaisir de naviguer sur le premier modèle d’une nouvelle série baptisée Ocean Class – non sans l’influence du premier propriétaire. Ce 50 vient d’être livré en Europe à son client qui souhaite voyager en Méditerranée à l’heure de sa retraite. Reprenons le fil de cette première aventure OC : Eric, un vif septuagénaire basé aux Etats Unis, a d’abord été attiré par le HH55. Rapidement, il s’est rendu compte que les spécificités de ce modèle étaient trop orientées sur la performance et ne convenaient que modérément à son cahier des charges – croisière en équipage réduit. Mais ses desidérata ont finalement été entendus par le chantier (voir encadré), faisant de lui un précurseur pour développer cette nouvelle série. De prime abord, l’air d’appartenance à la gamme HH est très perceptible : l’élégance rare est donc toujours au rendez-vous. Mais la comparaison ne peut aller plus loin au regard des caractéristiques. Commençons par la construction : le tout carbone se résume désormais à l’ossature – les coques sont infusées en fibre de verre/ mousse/vinylester. Les dérives sont remplacées par des quilles à ailettes et le mât en carbone par un mât aluminium Sparcraft custom peint en noir. Le plan de voilure est équivalent au HH50, mais le traitement « grande croisière » de l’ensemble fait monter le poids lège du catamaran d’une tonne et demie. Un seul poste de barre, permettant de manœuvrer en solitaire, au lieu des deux symétriques et un jeu de voiles Doyle en Dacron (très bien coupé), finit de convaincre quant au positionnement recherché. Il s’agit bien de la croisière confortable et rapide, mais facile, à bord d’un catamaran élégant et capable de procurer de réelles sensations à son propriétaire lors des navigations.
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A gauche : La poutre avant est une pièce magnifique – elle intègre le mouillage, les cadènes d’amure de voile et les attaches trampoline. La martingale, elle aussi en carbone, est esthétique et très fonctionnelle.
Au centre et à droite : l’unique poste de barre regroupe toutes les manœuvres. Dommage que les bosses d’enrouleurs et les écoutes des voiles de portant ne puissent pas revenir sur cette passerelle. Un point à revoir.
La qualité de construction est au rendez-vous !
Il suffit de monter à bord et de poser le regard et/ ou la main pour prendre la mesure de la qualité de construction. Partout, la perfection est proche ! La mise en œuvre de l’infusion des coques et des superstructures est irréprochable. Le devis de poids est maîtrisé à 13 tonnes tout juste, ce qui n’est pas exceptionnellement léger pour 16 mètres de longueur. Mais le sandwich vinylester/fibre avec renforts carbone est garni de mousse Corecell à cellules fermées, reconnue pour sa résistance. Le tout est donc solidarisé sur une ossature composite carbone composée d’un réseau de couples et de lisses. Les réservoirs de carburant sont constitués par un double fond de coque. Ce poids welters joue donc dans la cour des très costauds. Toutes les cloisons non structurelles et tous les planchers sont en composite verre/mousse. Il suffit de soulever un panneau de sol ou de coffre pour s’apercevoir de l’extrême qualité de finition. L’ensemble du mobilier est soumis à la même rigueur, et les plaquages de noyer foncé mat (d’autres choix sont disponibles) sont assemblés sur des panneaux mousse dans un travail d’ébénisterie remarquable. Si le mât est en aluminium, les poutres avant et la martingale sont bien en carbone. Le degré d’aboutissement de ces pièces spécifiques est hors normes. La poutre longitudinale reçoit par exemple une glissière interne pour le mouillage avec un système de rinçage de la chaîne intégré dans le profil. Elle est prolongée en bout-dehors, et les cadènes de point d’amure des voiles d’avant sont partie intégrante de sa structure. Bossoirs d’annexe sur mesure en carbone, gréement dormant textile, accastillage de pont Antal, vitrage galbé du roof, tout est de la meilleure qualité disponible et le montage frise la perfection. Les assemblages, mâtage, gréage et réglage ont été intégralement effectués à l’usine en Chine avant que le HH OC50#001 ne soit démonté pour la préparation au transport sur porte-conteneur jusqu’en Espagne.

Un compartiment technique électrique sur chaque bord : une demande spécifique du client.
La performance, sans les inconvénients
Afin de faciliter les manœuvres au maximum, les architectes Morrelli & Melvin ont planché sur un compromis utilisation/performance plus adaptés à la grande croisière. Les quillons, assez longs et profonds, sont équipés d’ailerons. Le foc autovireur est plus grand que sur le HH tout carbone, et les safrans plus courts. Pouvoir mouiller au fond d’un atoll devient envisageable – d’ailleurs, le nom de baptême Seabbatical s’y prête à merveille. Le plan de voilure n’est que modérément élancé pour faciliter sa manipulation. Dans ce but, le chariot de grandvoile est automatisé et tous les bouts reviennent au poste de barre – sauf les écoutes de voiles de portant et les bosses d’enrouleurs, qui s’embraquent depuis le cockpit. Si cette disposition convient pour deux personnes, une poulie sur cardan permettant de renvoyer ces manœuvres également au poste de navigation nous aurait semblé une alternative utile pour le solitaire. En réponse à cette configuration raisonnée, la finesse des flotteurs et les étraves inversées – dont le brion est hors d’eau sur 70 cm – laissent à penser que les moyennes ne devraient pas être mauvaises, comme nous allons le constater sur le plan d’eau de Badalona, au nord-est de Barcelone.
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Les coques et les superstructures de l’Ocean Class sont réalisées en sandwich verre/mousse thermoformé/vinylester.
Une ossature en carbone reprend les efforts. L’expertise du chantier dans la maîtrise des matériaux composites est excellente.
Luxueux aménagements
Le plan d’aménagement est classique, avec la coque tribord dédiée à la suite Propriétaire ; celle de bâbord est équipée de deux cabines invités. Les carènes étant étroites, les lits sont pris entre les deux bordés. Mais l’ambiance cosy générée par la qualité des boiseries, des vaigrages et des stores occultants est omniprésente ; on se sent bien dans un bateau d’exception. Le carré s’ouvre pour moitié de la largeur sur le cockpit, permettant une circulation aisée. Il est possible de dresser une grande table en longueur mi-intérieur, mi-extérieur pour dix ou douze personnes. La cuisine en U très profond procure un plan de travail et des rangements cohérents avec un programme grand voyage. Le poste de navigation fait face à la mer avec un petit salon contigu. Le raffinement des finitions, à l’image de la bouche d’air conditionné design intégrée dans l’entourage du mât en noyer, participe à un bien-être que l’on retrouve seulement sur les unités de grand luxe bien plus volumineuses et lourdes. Le cockpit est très ergonomique. Une belle méridienne sert également d’accès au poste de barre. Les équipements vont de pair avec l’atmosphère générale, laquelle invite à une vie à bord tout confort. Groupe électrogène et panneaux solaires suffisants pour recharger un parc batteries bien dimensionné (4 kW), tiroirs de conservation, multimédia… rien n’a été oublié. Les propriétaires n’ont cependant pas craqué pour un lave-vaisselle. Il faut préciser que le chantier a eu la bonne idée d’indiquer le poids de chaque équipement sur la liste d’option. Un bon moyen pour ne pas trop s’éloigner du déplacement lège.
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Photo de gauche : le cockpit et le carré communiquent par une large ouverture sur la moitié de la largeur disponible. L’ergonomie a été particulièrement bien étudiée.
A droite : la cuisine en U, qui occupe toute la partie tribord du carré, est immense. Le catamaran est pensé pour vivre à bord durant de longs voyages.
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Photo de gauche : les salles de bains des cabines invités partagent une cabine de douche commune. Toute la coque est très lumineuse grâce aux hublots qui courent le long du bordé.
A droite : plusieurs choix d’essences de bois sont disponibles. Ici, le noyer foncé mat des penderies et commodes de la cabine Propriétaire contraste avec les vaigrages blancs.
Glisser sur l’eau sans effort…
Une brise de 8 nœuds forcissant à 15 nœuds nous invite à une parfaite sortie sous voile. La grand-voile à corne, le foc autovireur ou le solent sont hissés et déroulés sans difficulté à l’aide de winches électriques. L’OC50 prend son élan très facilement et s’approche de la vitesse du vent, quelles que soient l’allure et la voilure. Dans un vent modéré de huit à neuf nœuds, nous naviguons sous Code 0 puis sous spi Parasailor à plus ou moins sept nœuds, et de 70° jusqu’à 150° avec le spi. Le vent ensuite établi à 15 nœuds lors de notre bord de près nous gratifie d’un bon 7,8 nœuds à 30° du vent apparent sur chaque bord. Des valeurs peu communes pour un catamaran de croisière. La barre, à système Jefa, est très douce et parlante. On remarque une légère tendance ardente. Un réglage des safrans pourra y remédier certainement. La capacité d’Ocean Class à tenir de belles moyennes est aussi le résultat d’un bon équilibre – la sensation de confort est omniprésente et celle de glisser n’est jamais loin. Nous n’aurons pas cette possibilité sous voile, mais un départ au planning au moteur en prenant une vague « cargo » sur le chemin du port confirme bien le fort potentiel pour de beaux amusements au large. Côté maintenance, les accès aux moteurs et aux mèches de safran sont bien obstrués par un couple structurel quelque peu envahissant. Une broutille que le chantier n’aura aucun mal à rectifier.

Conclusion
C’est une bien belle surprise que ce HH de grande croisière. Très homogène, il est facile à naviguer pour un couple. Une bonne vitesse en toute quiétude et en toute circonstance est au programme. Certains paramètres peuvent être réglés selon le cahier de charges de l’acquéreur – le chantier est à l’écoute. Le tarif est conséquent, mais ce catamaran de luxe présente une qualité de finition exceptionnelle. Gelcoat, boiseries, accastillage, compartiments techniques, le souci du détail est impressionnant. Les plus prestigieuses marques européennes de monocoques ont peutêtre trouvé leur alter ego sur deux coques.
HH, un chantier à l’écoute
Lors de la sortie du HH66 (voir MM181), nous avions présenté le fantastique outil de production de l’usine Hudson à Xiamen, spécialisé dans la réalisation d’équipements en composites carbone. Son association avec Paul Hakes a conduit au lancement de cette marque de catamarans d’exception. Eric, le propriétaire de cet Ocean Class 50, n’avait pas trouvé réponse lors de son premier entretien. Son objectif purement voyage laissait dubitatif Paul Hakes, lequel défend d’ordinaire des catamarans plus radicaux niveau performance. Mais le contact est bien passé… Eric, en revenant à la charge, a finalement eu gain de cause pour un catamaran exceptionnel de voyage. Après tout, le marché est certainement bien plus important pour un tel usage que celui de la pure performance. Eric, ancien ingénieur en électronique, a largement contribué au développement du produit « croisière » de HH. En l’écoutant, les équipes du chantier ont réalisé un véritable yacht semi-custom, car ce client avait des exigences. Le circuit électrique a été organisé selon ses recommandations.
Le courant alternatif est situé dans un compartiment avant bâbord, accessible depuis la salle de bains. Le courant continu est, lui, regroupé dans le même compartiment, mais à tribord. C’est facile pour intervenir sur les composants, avec moins de risque d’erreur. Le chantier a consacré beaucoup de temps sur des finitions très utiles. La soute avant a été aménagée pour recevoir bouteilles de plongée et compresseur. Partout à bord, des prises pour brancher un diffuseur d’eau douce ont été installées ; elles permettent de rincer n’importe quelle partie du catamaran, même en mer. Des petits capots passe-coque miniatures permettent de laisser les fils et tuyaux en place, même catamaran fermé. Au niveau de la séparation salon-cockpit, une pièce de banquette vient combler le vide contre la baie vitrée. Le nombre de ces détails qui changent la vie à bord est impressionnant, et prouve la capacité « custom » du chantier dans la réalisation. En fait, cette écoute a été à l’origine de la signature du client, dont c’est le premier bateau. Eric s’est senti bien entouré dans ce projet.
Les +
+ Fabrication et finition de très haut niveau
+ Performances faciles et confortables
+ Esthétique flatteuse
Les -
- Légèrement ardent
- Cales moteur exiguës
- Nécessite un cahier des charges précis
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : HH Catamarans
Architecte : Morrelli & Melvin
Longueur hors-tout : 15,79 m
Longueur de flottaison : 14.89 m
Largeur : 7,44 m
Tirant d’eau (quillons) : 1,56 m
Tirant d’air : 21,88 m
Franc bord : 1,73 m
Déplacement lège : 13 150 kg
Déplacement en charge : 17 000 kg
Grand-voile à corne : 82,80 m²
Foc autovireur : 44,50 m²
Solent : 56,80 m²
Gennaker : 101,80 m²
Spinnaker : 135,50 m²
Motorisation : 2 x 40/55 CV Yanmar
Prix de base : 1 300 000 $ HT (1 140 000 € HT)
Prix du bateau essayé : 1 694 700 $ HT
Toit ouvrant Webasto : 14 000 $ HT
Bimini carbone : 10 400 $ HT
Panneaux solaires 1 480 W : 20 200 $ HT
Pack GV-foc Doyle : 31 200 $ HT
Batterie Li ION : 16 800 $ HT D








