Le nouveau catamaran de 58’ de Fountaine Pajot sera dévoilé au festival de la plaisance de Cannes. Pour la première fois, le chantier de La Rochelle installe un flybridge sur un modèle d’une taille inférieure à 60’ ; nous avons profité d’une belle journée ventée de juin pour découvrir ce grand catamaran autour des îles charentaises.
Infos pratiques
- Le chantier : Ipanema 58
- La fiche technique
-
Découvrez notre vidéo exclusive
- Financez votre Ipanema 58’
- Assuez votre Ipanema 58’
- Articles autour du Ipanema 58’
Une gamme Flagship en pleine mutation
En septembre 2013, l’apparition du Victoria au salon du Grand Pavois marquait un tournant dans la tradition Fountaine Pajot. Franchissant le Rubicon, le 67’ arborait un flybridge ! Ce "pont volant" issu des motor yachts constituait jusque-là pour le constructeur rochelais une ligne rouge à ne pas franchir. L’"interdit" s’appuyait sur la conviction de Jean-François Fountaine du caractère iconoclaste de ce belvédère marin à bord d’un multicoque, surtout d’une taille inférieure à 65’. La sortie du Victoria attire pourtant l’attention des amateurs de la marque sur cet élément de confort "tendance" ; la comparaison avec le Sanya qui n’en dispose pas dévalorise ce dernier. Après une carrière honorable et une production d’une trentaine d’exemplaires, Sanya (essai MMag no 152/Mhulls World No 123) baisse pavillon et cède la place à un successeur pourvu de cet espace supérieur apprécié.
Bien toilé, Ipanema arbore également un gréement de cotre qui divise la voilure et le rend facile à manœuvrer en association avec le traveler automatique
Architecture et construction
Ipanema, basé sur les lignes d’eau du Sanya, est un nouveau bateau très différent de son prédécesseur. Il est construit comme lui en sandwich balsa/tissus de verre par infusion de résine polyester (isophtalique haute qualité, anti-osmotique pour les œuvres vives), les cloisons maîtresses sont infusées (sandwich balsa ou mousse Airex PET recyclable) et certaines petites pièces sont issues de moules en process injection. Le plan de voilure a été revu à la hausse, les manœuvres et le poste de barre transférés à l’avant du nouveau flybridge, les bains de soleil latéraux du cockpit ont avantageusement remplacé la coupole arrière, qui cède la place à une très confortable banquette et à une grande table pour 10 personnes.
La console du poste de barre installée en façade de flybridge, la banquette de quart et le plan de pont organisent une nav station agréable à utiliser, complétée par un traveler de GV automatique d'une efficacité parfaite
Silhouette et style
L’enjeu est clairement un changement de catégorie par rapport au modèle antérieur. En intégrant un flybridge dans la ligne générale, le constructeur veut aussi projeter Ipanema dans l’univers du luxe. Sanya évoluait dans le "loisir chic et fonctionnel", son successeur renverse la table et fait entrer le visiteur dans une ambiance raffinée, où le crayon du designer prend le pouvoir et sculpte son environnement. Les choix des matières viennent à la rencontre des lignes de force du dessin et les espaces créatifs se réinventent pour plus d’intimité ou de convivialité en imaginant une fluidité de circulation étonnante. En approchant Ipanema, il est difficile de soupçonner la présence d’un tel espace à vivre en hauteur ; l’imposant satellite que constitue le fly et ses équipement a fait l’objet d’un lissage esthétique minutieux, et le mariage avec le classicisme des flotteurs est réussi. Le dessin volontaire du pare-brise fumé et de la casquette zénithale rappelle la griffe esthétique maison et traduit le souci de protection contre les UV. Sous voile, l’élévation du plan de voilure procure une impression de puissance adaptée, seul le petit bimini de barre semble mal intégré.
Traité comme un véritable salon suspendu, le flybridge gagne ici ses lettres de noblesse au sein de la marque rochelaise
Les espaces de vie extérieurs ont pris le pouvoir !
En arrivant à bord, l’appropriation est immédiate ; le cockpit, dépourvu de ses attributs techniques, est devenu un espace qui anticipe les besoins d’un équipage hédoniste aux attentes variées. Les matelas bains de soleil invitent au repos ou à la contemplation dans une ambiance relax, à la fois sécurisante et confortable ; le point de vue est superbe, et l’exposition solaire modérée par l’habile recouvrement du hard top. Le meuble cuisine d’extérieur est aussi un bar avec son propre réfrigérateur (une plancha le complétera utilement). Le salon d’angle constitue un refuge parfait. La table dépliante, solide et jolie, accueille des convives nombreux installés sur la large banquette arrière et des fauteuils pliants. Accessible des deux côtés, le pont supérieur est un salon multi-activités qui peuvent se dérouler simultanément sans aucun télescopage (barre, réglages, repos, lunch). Les garde-corps inox sont de belle facture, ils sécurisent réellement cette terrasse marine et prennent également en compte les déplacements et la nécessité de points d’appui. Il manque pourtant une main courante de chaque côté des escaliers d’accès. Des tauds déroulables sont prévus pour être installés dans des feuillures de bôme, ils devraient être rapidement mis en place et couvrir une grande partie du flybridge. L’espace bain de soleil avant est propice au vrai bronzage, aux réunions intimes de fin d’après-midi ou de soirée au mouillage, c’est aussi un point de vue apprécié en navigation estivale à l’abri des voiles.
Le cockpit est arrivé à sa maturité ergonomique, tous les espaces sont pertinents et participent réellement à la qualité de vie
Des aménagements luxueux et riches de versions multiples
Les sols stratifiés foncés veinés sont en accord avec la belle sellerie velours gris souris ; sofas et méridiennes offrent le confort douillet de canapés bourgeois et font oublier les traditionnelles "banquettes" de carré. Les parements d’ébénisterie en Alpi frêne composent une ambiance contemporaine, nette et fonctionnelle. Le travail sur la lumière, les perspectives, les lignes de fuite et le jeu des matières rendent l’ensemble chaleureux. La recherche de volumes créatifs se traduit par plusieurs trouvailles originales (étagères à supports biseautés, bureau d’angle, salle de bains tri-corps astucieusement implantée dans la cabine propriétaire). Notre bateau d’essai (cinq cabines) faisait la part belle à la suite propriétaire et aux deux cabines avant, dont les lits sont situés en travers de la marche, mais la cabine arrière tribord est également attractive, et le logement équipage attenant, doté de belles prestations. La version Asia ouvre totalement le carré, elle conviendra idéalement au charter haut de gamme ou aux versions propriétaire avec équipage, qui bénéficieront d’une vraie salle à manger-salon et d’une cuisine séparée dans le flotteur arrière tribord.
Une cuisine de chef parfaitement adaptée ! Notez la hotte aspirante en inox et le hublot ouvrant au-dessus des feux
Motorisation
Le cinq-cylindres Volvo Penta est un remarquable moteur moderne en aluminium avec rampe d’injection commune. Son haut niveau technique garantit un fonctionnement discret, un parfait respect des normes anti-pollution et une grande fiabilité. Il faudra toutefois prendre garde à la qualité du carburant utilisé, le système d’injection y est très sensible (ainsi qu’à la régularité des traitements bactéricides). La transmission par arbre avec presse-étoupe refroidi par eau garantit la simplicité d’entretien et la longévité de l’ensemble. La cale est divisée en deux parties accessibles depuis le pont par une échelle aluminium solide. La première abrite les transmissions de barre hydrauliques, le dessalinisateur et le parc de batteries (côté bâbord), le groupe électrogène à tribord. Les fonds plats de cette partie de la carène et le volume important permettent des interventions aisées, mais il n’y a pas d’isolation complémentaire dans cet espace de résonance. Plus avant, en traversant la cloison structurelle, le logement moteur est séparé par une membrane matelassée amovible. Le bocal témoin d’eau de refroidissement est situé à l’intérieur et n’est donc pas visible au premier coup d’œil pour une vérification rapide. Belle accessibilité du presse-étoupe et de l’inverseur, mais absence de grille de protection de cet organe agressif.
Le bureau de navigation s'est vu retirer une partie de ses fonctions, transférées au flybridge, mais il reste un lieu de gestion de certaines fonctions et de suivi de la navigation. Le pare-brise est pourvu de deux panneaux ouvrants, qui contribuent efficacement à la ventilation
Essai dynamique
Les D3 Volvo 110 CV autorisent une très bonne manœuvrabilité. Le couple, l’excellent vissage des hélices dans l’eau et l’agrément des commandes électriques permettent une vraie maîtrise de ce grand bateau, même dans des marinas assez resserrées. La vitesse maxi de 10,5 nœuds à 3160 tr/min est tout à fait satisfaisante, et le régime de croisière s’établira à 8 nœuds, ce qui est confortable. Le matin, la brise est légère, pourtant, ce gros catamaran se montre agile et plusieurs mesures précises montrent une vitesse cible de 6,5 nœuds maintenue dans 9 nœuds de vent réel (mesures indépendantes de l’électronique de bord par montre Garmin Quatix). Au bon plein, à 44° de l’apparent, la vitesse se cale à 6 nœuds avec seulement 8 nœuds de vent ! Pas mal pour une unité disposant d’espaces aussi généreux ! En remontant le pertuis Breton, nous tirons de longues bordées et le terrain de jeu est propice à une appropriation en solo. Après avoir assimilé le mode d’emploi, j’ai pu rapidement profiter du plan de pont et maîtriser sans difficulté les virements de bord. La lisibilité du "piano" facilite l’exercice : bosse d’enrouleur de génois sur son winch électrique, écoute sous le vent prête, il n’y a plus qu’à lancer la rotation et enrouler pendant le mouvement, anticiper une bonne abattée de relance sur l’autre bord, ouvrir le bloqueur de la bosse de génois et embraquer à la main les premiers mètres en rebordant avec les excellents Antal 62 électriques ; le tour est joué ! Une bonne observation du déroulé de la manœuvre reste indispensable, mais je dois dire que les progrès accomplis sur la réduction des frictions, l’accastillage et les cordages textiles rendent ce type de plan de pont réellement agréable à utiliser et efficace. Sur ces gros bateaux, on ne prend pas des ris à la volée pour les larguer quelques minutes plus tard ; à bord de notre Ipanema d’essai, le système classique a été préféré à la bosse en continu (proposée en option). La sangle de guindant est reprise sur une manille textile avec dog bone (plus agréable qu’un mousqueton inox), il suffit d’étarquer la bosse de ris en poursuivant sa route sous foc, grand-voile ouverte en grand. Le barreur gère ensuite la puissance avec une grande facilité en jouant sur les voiles d’avant (réductions de génois ou envoi de la trinquette si le vent forcit), le gréement de cotre est idéal pour ce type de bateau. L’astuce technique qui contribue significativement à la facilité de conduite de l’Ipanema est le traveler motorisé ; merveilleuse solution, rodée avec succès sur le Victoria (vu également sur le Rapier 550). Un treuil captif Antal contrôle au doigt et à l’œil le chariot de GV. Selon moi, cet "indispensable" a trouvé sa place sur les gros bateaux, et particulièrement sur les unités pourvues de flybridge. C’est grâce à lui qu’il est possible d’empanner proprement en solo, sans bruit, sans martyriser le matériel ni solliciter l’aide (pas toujours adaptée) de l’équipage. Bravo ! La barre hydraulique n’est pas parlante, mais l’excellent pilote Garmin fait un travail superbe (une mention spéciale pour la lisibilité des menus en français de l’électronique de la même marque). Le fauteuil de barre biplace est agréable, mais pourquoi ne pas le prolonger en L sur le côté tribord (façon wing !) pour permettre un point de vue décalé et une meilleure observation des voiles ? Je n’ai pas apprécié le bimini fixe, une solution décapotable permettrait une meilleure observation du profil lors de l’envoi de grand-voile. Le somptueux mouillage du banc du Bûcheron (île de Ré) est favorable aux belles prises de vue ; le retour sous spi dans un thermique bien établi à 20 nœuds s’effectue sous grand asymétrique à une allure de limousine (9-10 nœuds de moyenne et pointes à 11,9 nœuds en lofant) à bord de notre tapis volant.
La salle d'eau du 58 est un volume tri-corps "douche/lavabo-coiffeuse/WC" très intelligemment disposé dans la cabine propriétaire
Conclusion
Ipanema est un catamaran luxueux destiné aux marins hédonistes fortunés. Il dispose de nombreux atouts pour séduire. Techniquement facile à vivre, il offre une ergonomie parfaite et un confort raffiné qui combleront les équipages propriétaires ou les hôtes charter. La qualité d’équipement du plan de pont associée au gréement de cotre lui permettent de revendiquer une place d’honneur parmi les grandes unités les plus faciles à utiliser.
La seule fonctionnalité technique subsistante dans le cockpit est le réglage de l'écoute de gennaker ou de spi asymétrique
PLUS
- Gestion du chariot d’écoute exemplaire
- Ergonomie du flybridge et du cockpit
- Qualité d’assemblage de l’ébénisterie
- Transmissions en lignes d’arbres à partir de 75 CV
- Design intérieur créatif
MOINS
- Banquette de barre perfectible
- Barre hydraulique floue et trop démultipliée
- Bimini non découvrable
- Isolation compartiment moteur perfectible
- Visibilité du plan de voilure
Les concurrents
| Modèle | Architecte | Constructeur | SV au près | Poids | Prix base HT |
| Sunreef 60’ loft | Sunreef | Sunreef | 182 m2 | 33 t | 1,36 M€ |
| Privilège série 6 | M. Lombard | Privilege | 229 m2 | 28,3 t | 1,82 M€ |
| Lagoon 560 | VPLP | Lagoon | 207 m2 | 28 t | 908 k€ |
| Catana 59’ | Catana | Catana | 197 m2 | 19 t | 1,69 M€ |
| Leopard 58’ | Simonis/Voogt | Robertson/Caine | 187 m2 | 24 t | 929 k€ |
Fiche technique
- Architectes : Berret-Racoupeau Yacht Design
- Design intérieur : Isabelle Racoupeau
- Constructeur : Fountaine Pajot
- Matériau : Sandwich balsa/verre/polyester (coques) et mousse/verre/Airex (cloisons) process infusion généralisé
- Longueur avec bout dehors : 17,81 m
- Longueur : 17,02 m
- Largeur : 8,88 m
- Tirant d’eau : 1,40 m
- Déplacement lège : 23 t
- Charge maximum : 7 t
- Surface génois enrouleur : 67 m2
- Surface GV : 102 m2
- Motorisation : 2 X 75 CV/2 X 110 en option
- Transmissions : lignes d’arbres sur les 2 versions
- Versions d’aménagement : Maestro (1 suite+4 doubles), 6 cabines doubles, Lounge (4 cabines doubles), carré classique (cuisine en haut), carré Asia (cuisine en flotteur arrière tribord) Eau : 1050 l Fuel: 1100 l Homologation CE en A pour 14 personnes, C : 24 pers, D : 30 pers
- Prix de base HT : De 998 000 € à 1 031 500 € selon version d’aménagement
- Principales options en € HT Moteurs Volvo D3 110 CV : 14 744 Hélices repliables : 346 1 Panneaux solaires 4 X 140 W : 6150 Groupe électrogène : de 13 381 à 20 820 selon puissance de 7 à 17 kW Dessalinisateur 220 l/h : 15 136 Climatisation : de 31 000 à 34 000 selon version Winches électriques : écoute et drisse GV : 6600, gennaker ou spi : 9900, écoutes génois : 6600 Trinquette enrouleur : 15 500 Gennaker et accastillage : 13 400 Pack électronique Garmin : de 13 000 à 21 500 selon équipement Mât et bôme laqués blanc : 5 500 Pack équipement océanique inclus winch électriques GV- écoutes génois, tous les coussins d’extérieur et multiples équipements : 65 000 Transport, mâtage et livraison à La Rochelle : 5800
Détails du bateau

- Les lignes d’eau inspirées du Sanya sont tout à fait d’actualité sur l’Ipanema.
- Le design classique des flotteurs s’exonère des artifices tendance de types redans déflecteurs ou étraves inversées.
- La version cotre est idéale pour ce bateau, les deux enrouleurs mécaniques sont assistés par un winch électrique. Les arcs de gréement avec 2 étages de barres de flèches favorisent une parfaite tenue du profil.
- Le tube laqué JPM avec cadènes soudées est à toute épreuve.
- Le traveler (chariot d’écoute de GV) est assisté par un treuil captif Antal d’une efficacité parfaite : une révolution pour ce type de bateau !
- La position de barre est bonne, la banquette confortable, mais le bimini fixe gêne la vue sur le plan de voilure.
- L’espace lounge du cockpit est une réussite, les bains de soleil sont parfaitement exposés pour une pause relax, le meuble cuisine est aussi un bar d’extérieur, la table repliable 10 personnes est nichée entre la confortable banquette arrière et le carré en L. Ergonomie parfaite !
- Les plexis fumés du tour de roof conjugués à la casquette protégent efficacement l’intérieur des UV et contribuent à la ligne générale.
- Le flybridge de l’Ipanema est un succès. Esthétique, très confortable et sécurisant, il fait aussi la part belle à un plan de pont efficace et lisible.
- La distribution des manœuvres, la qualité de l’accastillage et la puissance des winches Antal électriques permettent une utilisation fluide et fiable en équipage réduit.
Le point de vue des architectes
Ipanema reprend l'ADN de la marque : un profil affiné, rehaussé par des lignes de roof fortes mais sobres ; c’est un voilier élégant au caractère marin affirmé. Déplacement modéré, surface de voile dans les critères de la marque (généreuse, mais maniable) procurent vitesse et passage dans la mer. Les espaces extérieurs sont importants, tant au niveau du flybridge et des bains de soleil de pied de mât que de l’énorme cockpit. Côté design intérieur, nous voulions créer dans Ipanema une atmosphère chic, lumineuse, confortable et conviviale, en gardant une vraie lisibilité dans l'évolution du style de la marque. Nous avons donc créé un design de mobilier avec des lignes sobres dans une essence de bois clair. Les matériaux qui reflètent la lumière avec un effet vitré ont été rajoutés pour traiter les équipets hauts dans les cabines, apportant plus de lumière. Le style de la sellerie a également évolué, pour être plus confortable et plus luxueux, une attention particulière a été donnée à sa forme et sa finition. Nous avons mis l'accent sur le traitement des encadrements de hublots et de vaigrages, afin d'apporter des ouvertures plus grandes et plus de clarté. Les zones de circulation sont fluides entre les différents espaces, et permettent de relier facilement les zones de relaxation avec les zones de convivialité . L’Ipanema 58 est un bateau où il y fait "bon vivre et naviguer" ! Olivier et Isabelle Racoupeau
