Ce nouveau modèle – le plus petit de la gamme Fountaine Pajot – est une vraie surprise de l’été 2020. Un blackout de la communication en amont a été orchestré de façon à offrir un bonus en plus des deux nouveautés phares du constructeur – le Samana 59 et le Power 67 – lors des salons de la rentrée… Annulés, ces événements ont été remplacés au pied levé par des sessions privées. C’est à l’issue de la première d’entre elles, à Bandol, que nous avons pu découvrir l’Isla 40.
Infos pratiques
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Lieu de l’essai : Bandol, France
Conditions : mer peu agitée, vent de sud-est de 5 à 15 nœuds
Depuis quelques années, tous les catamarans à voile signés Fountaine Pajot portent des noms d’îles – ou celui d’une partie d’entre elles, comme le Samana – qui se termine en « a ». Alors, pour l’entrée de gamme du constructeur, pourquoi ne pas conserver le vocable générique – en espagnol, histoire de conserver le « a » ? C’est donc le choix validé par le constructeur. Nos lecteurs qui suivent l’offre des multicoques de cette taille de 40 pieds noteront nombre de similitudes avec le précédent modèle, le Lucia 40 : ils ont raison, puisque l’Isla reprend la base de son prédécesseur, diffusé en moins de 5 ans à près de 300 exemplaires. Inutile de vous faire patienter plus longtemps pour vous dévoiler les modifications principales : elles se concentrent sur les coques, dont les étraves adoptent désormais des pentes inversées, et les aménagements.
20 cm de coques en plus
C’est fou ce que les étraves inversées modifient la silhouette : le sage Lucia 40 devient un catamaran au design bien plus sportif et séduisant. Les coques n’ont pourtant gagné que 20 cm à la flottaison – on passe de 11,73 m à 11,93 m. Dans cette taille charnière de 40 pieds (en dessous, les équipages hésitent parfois à se lancer dans des traversées océaniques), le compromis performances/confort est une équation subtile, faute de marge : des coques trop fines privent de couchettes doubles à l’avant, une nacelle à l’inverse trop importante se traduit par un déplacement et un fardage conséquents… L’Isla 40 se sort très bien de l’exercice, avec des volumes partout suffisants, mais maîtrisés. Un compromis visible sur l’eau – la silhouette équilibrée est plaisante, mais également sur le papier, avec un déplacement lège inférieur à 9 tonnes et une surface de voilure au près de 105 m2 – soit un ratio voilure/poids très favorable de 11,67 m2/t. On remarque les généreuses sections semi-circulaires des flotteurs, capables d’encaisser la charge, mais aussi les entrées d’eau fines et la hauteur confortable de la nacelle. Les coques adoptent un discret redan sur les faces intérieures.

Sur le pont, les déplacements sont sûrs grâce à la bonne largeur des passavants, les panneaux flush et les mains courantes présentes sur le rouf.
Un peu de technique…
Les coques réalisées grâce au procédé de l’infusion sont constituées de trois parties : fond de nacelle, bordés internes et demi-coques externes. Le sandwich est constitué d’une âme balsa et de peaux en tissus de verre multiaxiaux. Le pont et le roof, fidèles au savoir-faire du chantier, sont des pièces injectées – stratification sous vide dans un moule biface. L’examen des fonds et des circuits électriques inspire confiance : tous les organes sont accessibles, et les connexions soignées. Les cales moteurs sont particulièrement vastes. Les blocs trois cylindres profitent ainsi d’un accès facile pour les opérations de maintenance. Les alternateurs fournissent 35 A au ralenti et 100 A à la vitesse de croisière vers les batteries du bord. Le parc servitude est surélevé afin de prévenir les conséquences d’un envahissement. Précisons que l’Isla 40, en plus de son matériau en sandwich, est équipé de quatre zones de flottabilité. L’assemblage des organes de direction du catamaran est robuste et tous les éléments comme le tube de liaison inter-safrans et le vérin du pilote sont accessibles.
Le poste de barre – et de manœuvres – à mi-hauteur offre une parfaite vue sur le plan d’eau et les voiles, tout en restant tout proche du cockpit.
Grand-voile à corne et foc à recouvrement
Notre modèle d’essai est donc équipé de deux moteurs Volvo de 30 CV. Cette puissance est disponible en option – en standard, le constructeur propose des 20 CV. Vu le prix demandé en sus, l’acheteur aurait bien tort de ne pas s’offrir ces 30 % de puissance supplémentaire. Ainsi motorisé, l’Isla 40 tient sans forcer une vitesse moyenne de 7 à 8 nœuds. Le poste de barre et de manœuvre est surélevé, mais pas en flybridge – toujours ce compromis du juste milieu. Cette disposition présente de nombreux avantages : parfaite vision du plan d’eau, convivialité grâce à la banquette double et à la proximité du cockpit, manœuvres accessibles, possibilité d’intervenir sur le pont, silhouette plaisante, meilleur centrage des poids, plus de surface de grand-voile… Mais pas de vrai flybridge, même si des marches et un garde-corps permettent un accès facile sur le bimini.
L’envoi de la grand-voile est rapide. Sitôt le génois à recouvrement déroulé, l’Isla 40 parvient à se déhaler alors que le plan d’eau est à peine ridé. Nous sommes pourtant loin d’une configuration « light », puisque les réservoirs de carburant et d’eau sont remplis à 80 %. Nous virons facilement malgré une vitesse encore faible pour se rapprocher de la zone de risées. Là, avec 8/9 nœuds de vent, nous marchons à 5 nœuds à un angle de 50° du vent réel. Inutile de caper plus, l’Isla 40 préfère naviguer avec les voiles un peu ouvertes. Les drosses métalliques se traduisent par une barre assez neutre sur le plan des sensations de barre – mais la stabilité de route est excellente.
Le vent finit par s’établir pour de bon entre 12 et 15 nœuds : nous en profitons pour dérouler le gennaker. Coup de turbo assuré, puisque notre GPS affiche entre 8 et 9 nœuds. Depuis ses trois winches et ses deux batteries de bloqueurs, le barreur gère facilement toutes les manœuvres. En option, un petit bimini fixe assure une protection. Dans les risées, le robuste profil en aluminium ne bronche pas : l’Isla 40 devrait bien se comporter dans la brise et la mer formée.
Plan de pont : classique et éprouvé
Premières impressions quand on monte pour la première fois à bord de l’Isla 40 : le pont est net, dépouillé et efficace. Les passavants mesurent au minimum 0,62 m de large, l’antidérapant est efficace même mouillé, et les mains courantes sont bien là sur le rouf. A l’avant, le constructeur propose des bains de soleil, juste en arrière des trampolines. Le cockpit, quant à lui, est protégé par le bimini généreux – et pourtant discret. Les apparaux de mouillage sont bien conçus et faciles à utiliser.
Toute proche des équipements de cuisine, la table présente un plateau de 165 cm par 83 cm. On peut s’y installer à cinq. Grâce à quatre tabourets, on frôlera la dizaine de convives. Le constructeur propose également une rallonge. Sur tribord, une méridienne confortable invite au farniente. Cette assise est complétée par une banquette arrière de 1,86 m. Les grandes surfaces dégagées facilitent la circulation et l’accès au pont comme aux larges jupes arrière. Un seul bémol : l’échelle de bain mériterait d’être plus qualitative.

Le cockpit présente une table à bâbord, une méridienne à tribord et une vaste surface dégagée entre les deux.
Toujours le rouf casquette !
La baie coulissante est bien sûr le point de passage – de plain-pied – entre le cockpit et la nacelle. L’ouverture est large : le battant principal – il s’escamote dans la cloison de la navstation – mesure 1,90 m de hauteur par 0,79 m de largeur. Au-dessus de la cuisine, une ouverture de 72 cm supplémentaires assure une connexion intérieur/extérieur séduisante à l’usage. Avec 2,08 m de hauteur sous barrot, le volume est au rendez-vous. Fountaine Pajot a conservé ses hublots faciaux inclinés et surmontés d’une casquette. Cette configuration permet d’éviter l’effet de serre. La seule ouverture zénithale du rouf se contente d’une surface modérée. Les hublots sont larges sur les flancs, la vision très ouverte vers l’arrière… autant de vitrages qui rendent la nacelle particulièrement lumineuse, d’autant que les montants structurels du rouf sont plutôt discrets. A l’avant, les deux très grands panneaux ouvrants assurent une ventilation efficace. La cuisine en large L est complète : plaque de cuisson 3 feux, four, évier double bac et réfrigérateurs tiroirs. Par rapport au Lucia, elle offre des rangements supplémentaires et des arrondis d’angle très plaisants. La petite table à cartes en fond de nacelle disparaît : tous les équipements de navigation sont rassemblés à tribord, près du cockpit. Du coup, le carré gagne une méridienne de veille très séduisante. La table se contente d’une surface de 54 cm par 51 cm ; en option, l’ensemble peut se transformer en couchage double d’appoint. La finition de l’ensemble, très proche de celle de l’Elba 45, est très séduisante. Dans les coques, on compte trois ou quatre cabines, et deux à quatre salles d’eau. La largeur des portes est de 43 cm. A l’arrière, on profite d’island beds, mais pas à l’avant. La literie est d’excellente facture et l’aération soignée. A noter : les 20 cm de coques en plus permettent de loger une (rustique) couchette skipper.

Les outils destinés à la navigation sont regroupés à l’arrière de la nacelle tribord. Notez l’arrondi des meubles, design emprunté à l’Elba 45.
Conclusion
L’essayer, c’est l’adopter ! On prend plaisir à naviguer à bord de ce catamaran équilibré sous voile et si facile à manœuvrer. Un solitaire s’en sortira très bien… et les marins novices prendront leurs marques rapidement au fil des milles parcourus. A l’intérieur, la nacelle gagne en convivialité avec son carré plus grand. Quant aux rangements, plus nombreux, ils se prêteront évidemment parfaitement à un usage hauturier. Une évolution aussi intelligente que séduisante, bravo !

Les cabines arrière sont équipées d’island beds, contrairement à l’avant.
Les +
+ Silhouette réussie
+ Performances convaincantes
+ Excellent confort pour sa taille
Les -
- Peu de sensations à la barre
- Cabines avant moins séduisantes que celles de l’arrière
- Les matelas avant compliquent l’accès aux coffres
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Fountaine Pajot
Architectes : Berret-Racoupeau Yacht Design
Longueur : 11,93 m
Largeur : 6,63 m
Tirant d’eau : 1,21 m
Déplacement : 8,9 t
Surface de grand-voile : 59 m2
Surface du génois : 36 m2
Motorisation : 2 x 20 CV ou 2 x 30 CV Volvo
Capacité carburant : 300 l
Eau : 2 x 265 l
Matériau : composite sandwich balsa verre polyester (process infusion pour la coque, injection pour le roof et le pont)
Versions disponibles et prix en € HT :
Maestro 3 cabines – 3 salles d’eau : 299 637
Maestro 3 cabines – 2 salles d’eau : 298 669
Quatuor 4 cabines – 4 salles d’eau : 302 439
Quatuor 4 cabines – 2 salles d’eau : 301 318
Principales options en € HT
Pack Grand large : 15 500
Pack Océanique : 28 500
Pack Confort : 36 000
Bimini fixe poste de barre : 2 292
Pack électronique Garmin 1 : 13 000
Panneaux solaires 3 x 100 W : 3 890
Dessalinisateur : 60 l/h : 10 125
Moteurs 30 CV : 614
Hélices tripales repliables : pour 2 x 20 CV : 1 632 / pour 2 x 30 CV : 1 999
Chauffage coques et carré : 11 780
Voiles en Hydranet : 13 144
Gennaker : 3 090
Annexe Hypalon 3,15 m et moteur 15 CV : 7 907
Mise en service : 10 800
Coaching mise en main : 2 600