La récente marque italienne ITACATAMARANS, lancée par Emanuele Caprini, se distingue en optimisant la finition et les prestations de son premier modèle, l’ITA14.99. Le résultat, c’est un catamaran un peu plus long, l’ITA15.49, présenté pour la première fois au public lors du Cannes Yachting Festival en septembre dernier – cette nouveauté sera également exposée à l’IMS en avril prochain à La Grande-Motte. Nous avons pu prendre la barre de ce plan Yacht Design Collective au large de l’Esterel, le temps de faire le point sur les évolutions apportées par rapport au 14.99.
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Conditions : 0 à 20 nœuds de secteur est, clapot court
Le premier ITA14.99 sorti à Cannes en 2019 s’était fait remarquer – dans le bon sens du terme – avec sa ligne racée, ses carènes affûtées et son gréement élancé. Nous avions relevé au cours de nos visites une finition épurée et un déplacement maîtrisé. Un jeu de voile haut de gamme associé à une motorisation hybride promettait le meilleur en navigation, et nos essais (MM197) ont confirmé d’excellentes aptitudes marines et des performances de premier plan. L’ITA14.99 s’est en effet révélé capable de naviguer, dès 7 nœuds de vent, à la vitesse de ce dernier. Dans la brise, on a pu relever des pointes à 20 nœuds. Ces prestations, associées à une rigidité irréprochable de la plate-forme et des manœuvres faciles, classaient ce catamaran parmi les sportyachts haut de gamme. Une catégorie un peu à part qui entend un prix élevé et une production forcément… limitée. Les chiffres ne le démentent pas puisque, depuis quatre ans, cinq unités du 14.99 ont été produites, deux ITA 15.49 sont juste livrés et trois sont en commande. Dans ce segment très élitiste au sein duquel les Propriétaires exigent le meilleur de la qualité et un service personnalisé, la construction de l’image de marque du fabricant reste un sacré challenge. Les constructeurs qui proposent ce type de catamarans se comptent sur les doigts des deux mains et ont, pour la plupart, débarqué il y a peu sur ce marché exclusif. Cet intérêt qui pourrait sembler tardif s’explique tout simplement parce que les catamarans sportyachts se sont vraiment développés depuis une dizaine d’années seulement, exception faite de Gunboat, qui fait figure de précurseur – et d’exemple à suivre – en la matière. Cette offre est motivée par une clientèle désireuse de partager avec leurs proches les plus belles sensations sur l’eau. L’objectif est donc de décupler vitesse et émotion tout en assurant un compromis judicieux avec le confort et le luxe. On notera au passage que ces nouveaux catamarans très haut de gamme sont devenus une source d’inspiration pour la production de plus grande série, signe d’un début de maturité de ce segment. Rien à voir avec les fabricants de course-croisière monocoques comme Swan, X-Yachts ou Solaris, qui bénéficient, eux, d’une notoriété bien plus établie.
La touche italienne
Un peu d’histoire (encore très récente…) : Emilio Caprini était propriétaire dans les années 2010 d’un Solaris 44. Il souhaitait, à l’instar des Propriétaires décrits plus haut, passer à un catamaran rapide et luxueux. Son multicoque idéal ? Une unité 50 pieds à peine, dans le même esprit en termes de construction et de finition que son Solaris. Faute de trouver le modèle qui lui convient, Emilio décide de fonder sa propre marque en 2017. Pour qui connaît les caractéristiques remarquables des Solaris, on comprend aisément la démarche. En découvrant l’ITA15.49 à Cannes, je remarque immédiatement la touche italienne – mais également une forme de filiation de Solaris. Ce constat est finalement plus évident avec le 15.49 – le 14.99, avec ses coques grises teintées dans la masse du gelcoat, m’avait paru plus robuste que superbe. C’est un des nombreux points qui ont été modifiés. Dans cette nouvelle version, le gelcoat fait place à une peinture de coque. Le rendu laqué est plus valorisant et la teinte est au choix du commanditaire – qui s’en plaindra ? Je remarque immédiatement que la taille des hublots de coque a augmenté, et surtout que les jupes arrière se sont agrandies. La plage arrière bien dégagée du pavois est pratique pour embarquer alongside ; cette surface rajoute de plus un bel espace pour la baignade et l’accès à l’annexe. Et cela n’enlève rien à la glisse en navigation, bien au contraire. Les parois vitrées du roof sont également légèrement plus courbées et accompagnent une tonture de pont modifiée. Dans cette livrée blanche rehaussée de notes noires d’accastillage, l’impression d’élégance à l’italienne ressort beaucoup mieux. Du point de vue esthétique, c’est une réussite, et ce résultat correspond davantage au positionnement recherché.
Des prestations encore plus abouties
Les aménagements de l’ITA15.49 diffèrent peu des premiers modèles, mais certaines modifications constituent de vraies améliorations. Les premières gagnantes de l’agrandissement des hublots sont les cabines. La clarté gagnée apporte une perspective bien différente et rend ces volumes plus accueillants. Notre modèle d’essai dispose de placages en cerisier et d’un plancher en chêne. Ces teintes raffinées, juxtaposées au vaigrage crème et aux selleries grises, apportent une classe naturelle supérieure à celle du 14.99. La part belle est logiquement donnée au Propriétaire, avec une suite intégrale dans la coque tribord. Elle est pourvue de plus grands rangements. Le seul bémol à notre goût, sur le plan pratique, est l’absence d’aération au-dessus de la douche. Sur l’autre bord, la cabine arrière apporte un confort douillet. La salle d’eau unique s’organise autour du puits de dérive. A l’avant, plusieurs dispositions sont disponibles. La couchette double est un peu étroite (la coque ne fait qu’un mètre cinquante au point le plus large), mais sur notre catamaran, elle est agrémentée d’une couchette pullman additionnelle. Une cabine à couchettes superposées ou un bureau avec une simple couchette-banquette peut remplacer la disposition de notre modèle d’essai afin de matcher avec un cahier des charges précis. Sur la nacelle, la zone de vie se révèle très agréable. Dans le carré, la table repas se transforme en couchette ; une belle table à cartes frontale offre une vue imprenable sur le plan d’eau. Nous avons apprécié la cuisine en U au large plan de travail, mais la version en L, moins volumineuse, figure également au catalogue. Le cockpit est accessible par une baie vitrée qui s’ouvre largement. A l’extérieur – mais à l’abri –, on peut compter sur coin repas en L à tribord et une belle banquette surélevée à bâbord – parfaite pour les quarts de nuit. D’autres assises sont aménagées à l’arrière. Le chantier a fait un effort pour organiser des rangements sous ces couchettes. L’ensemble carré-cockpit est donc conventionnel, mais sans faille aucune.
Belle qualité de construction
La particularité de ces constructeurs qu’on pourrait qualifier de confidentiels, c’est qu’ils sont en mesure d’opter pour des modes constructifs qui ne font pas les frais des contraintes très lourdes de la production en série. Autre avantage : il est relativement aisé pour ces petits chantiers de faire évoluer leur(s) produit(s), même après le lancement. Dans le cas de cet ITA15.49, la fabrication sous vide des coques et structures est opérée avec de la mousse Corecell et de l’époxy. Coques (y compris les bordés extérieurs et une partie du pont avant) et nacelle sont infusées d’un seul bloc. La partie avant des étraves avec leur crash box est accolée par la suite avant une post-cuisson de l’ensemble à 50 degrés. Un réseau de lisses et de varangues en carbone renforce le tout. Puits de dérives, liaisons flotteurs, capots ouvrants, traverse de pied de mat, poutre avant en croix et porque de baie vitrée sont infusés en carbone. Tous ces éléments participent à la raideur structurelle de ce catamaran destiné à la performance, comme nous allons bientôt pouvoir en témoigner en navigation.
La puissance vélique passe par un gréement Lorima sans barres de flèches de 21,50 mètres et un beau jeu de voiles Doyle à membrane. Il y a la possibilité d’avoir des quilles pour une configuration basique, mais le maniement électrique des dérives au profil classique réalisées en composite carbone est si simple qu’il serait dommage de s’en priver. Partout où se pose le regard, les finitions de fabrication sont impeccables, voire sophistiquées. Fond de cale, entourages de capots et de bailles, tout respire la robustesse et le raffinement, une caractéristique propre aux unités exclusives.
Une vélocité étonnante
Le moment de naviguer est venu, et nous ne sommes pas gâtés par la météo qui nous gratifie d’un front dépressionnaire d’est au sortir de la baie de Cannes. En termes plus imagés, nous voilà au cœur d’un petit pot-au-noir sur la Côte d’Azur ! Pas de vent, des rafales, de la pluie, pas de vent à nouveau – le tout servi par une mer très hachée –, voilà le menu du jour. A la sortie de Port Canto, nous appuyons au moteur pour nous déhaler sur la Méditerranée transformée en marmite, et constatons des mouvements très fluides. Les coques passent en douceur et se jouent des assauts des vagues. Précisons ici qu’une autre modification réside dans le replacement, plus en avant, des moteurs – ce qui améliore l’équilibre longitudinal. Ce catamaran est équipé de deux blocs Yanmar de 57 chevaux avec transmission saildrive. Dans le cas d’une motorisation hybride, le générateur pourra être placé en avant des pods. Nous filons donc vers le large au moteur à 7,5 nœuds : nous sommes calés en régime de croisière à 2 000 tours/minute dans un bon confort actif, sans saccades ni vibrations. Le peu de poids sur l’arrière associé aux jupes rallongées procure un passage très efficace : jamais nous n’avons senti l’ITA buter dans le clapot, et encore moins s’arrêter net lors de nos tentatives à la voile seule… car nous avons tout de même fini par couper les moteurs ! Grand-voile et solent autovireur sont envoyés grâce à un winch fixé en position horizontale sur la poutre arrière, lequel reprend les bouts passant dans la nacelle depuis le pied de mât. Dans les conditions décrites plus haut, le catamaran atteint facilement cinq ou six nœuds dans les bouffes. Les conditions chaotiques nous permettent d’apprécier la bonne précision et la douceur de barre. Nous pouvons partager un repas très agréablement, alors que les conditions météo étaient donc loin de nous garantir une telle décontraction. Plus tard dans la journée, le vent s’établit à 12 nœuds réguliers et notre allure est suffisamment abattue pour nous permettre de dérouler le gennaker et de caler le GPS à 9 nœuds. Voilà un petit aperçu du potentiel de l’ITA : les performances atteignables par bonne brise tutoieront aisément les 20 nœuds – et c’est bien ce que l’on attend de ces unités !
Conclusion
Il s’agit d’un constat personnel : ça me fait plaisir de constater qu’une marque encore confidentielle parvient à percer dans ce segment de marché aussi étroit qu’exigeant tout en y apportant sa propre personnalité.
ITACATAMARANS a donc réussi à s’implanter au sein des catamarans sportyachts en jouant sur les cartes de la qualité de construction et de l’élégance italienne. Ce 15.49 s’avère une excellente évolution du premier 14.99. Son équilibre sous voile accru et ses finitions plus abouties en font un compétiteur crédible et séduisant. Son programme peut comprendre la régate et la grande croisière autour du monde – toujours avec style.
Qualité des finitions et style italien incomparable
Très bonne ergonomie des manœuvres
Manque de sacs à bouts en dessous des winches
La surface des panneaux solaires pourrait être optimisée
Descriptif technique
Architecte : Yacht Design Collective
Design intérieur : Emanuele Soli
Longueur hors-tout : 15,49 m
Largeur : 7,80 m
Tirant d’eau : 0,60/2,35 m
Longueur du mât : 21,50 m
Hauteur de la nacelle : 0,92 m
Déplacement lège : 12 t
Déplacement en charge : 15 t
Motorisation : 2 x 57 CV ou système hybride
Grand-voile : 91 m²
Solent : 49 m²
Code 0 : 120 m²
Gennaker : 140 m²
Carburant : 430 l
Eau : 660 l
Prix de base avec Yanmar 40 CV : 1 375 000 € HT
Prix de la version essayée : environ 1 800 000 € HT



