Dévoilé au public lors du dernier Cannes Yachting Festival, le Lagoon 43 a suscité un bel enthousiasme chez les candidats au grand voyage comme chez les loueurs, puisque 70 unités ont été vendues dès les 3 premiers mois de commercialisation. A première vue, ce nouvel opus ne renouvelle pourtant pas le genre… mais à bien y regarder, il concentre une foultitude de petites innovations et de détails pratiques inédits. Et puis le tarif contenu du 43 (il est moins élevé que celui du 42 !) tord clairement le cou à la tendance très inflationniste à laquelle nous sommes confrontés depuis la sortie du Covid.
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Conditions : vent de sud-est puis nord-est 8 à 15 nœuds, mer belle
Ce nouveau modèle s’est fait beaucoup attendre… en raison du succès insolent de son prédécesseur, le Lagoon 42. Ce dernier, diffusé à plus de 1 000 exemplaires depuis son lancement en 2015, a fait mieux que le Lagoon 380 et le 450, devenant le catamaran habitable le plus vendu au monde. Il n’est d’ailleurs toujours pas officiellement sorti du catalogue, puisque les derniers modèles disponibles sont proposés sous le vocable Millenium dans une configuration 4 cabines, et suréquipés… Mais du côté du bureau d’études, le projet 43 était donc prêt depuis longtemps – tout comme celui du Lagoon 38, qui sera très bientôt annoncé officiellement. Le lancement a donc pu s’opérer relativement rapidement.
Génois à recouvrement et étraves élargies
Le Lagoon 51 et le 60 ont annoncé la couleur : les nouveaux catamarans abandonnent le foc autovireur étrenné avec les Lagoon 39 et 52, pour relancer un plan de voilure très classique – et finalement plus polyvalent – avec un mât plus avancé et un génois à recouvrement. C’est donc ce type de grée- ment qui a été retenu pour le Lagoon 43. Un deuxième point retient l’attention : au- dessus de la flottaison, les étraves deviennent très rapidement bien plus épaisses que celles du 42. C’est en observant le 43 de face et de haut que ce constat est particulièrement visible. Les architectes de VPLP ont donc « forcé » le principe des redans ; le but étant, on le verra plus loin, de gagner du volume dans cette partie des coques. Sur le plan du design pur, la base du rouf en sifflet (elle plonge vers l’avant) a été habilement affinée, ce qui rend globalement les superstructures moins massives. Voilà pour les grandes lignes ; nous constaterons au fil de cet essai qu’un important travail a été réalisé dans le cockpit et à l’intérieur pour gagner encore en agrément et en praticité.
Une porte sur le pavois
Je retrouve le catamaran que j’avais découvert à Cannes à 350 milles de là au sud-ouest, dans la baie de Palma de Majorque. Le Lagoon 43 est amarré cul à quai, ce qui ne donne pas (encore) l’occasion d’utiliser les astucieuses portes de pavois. A l’arrière, sur chaque bord, une profonde échancrure permet en effet un accès particulièrement aisé depuis le quai. En navigation, un portillon se verrouille, sécurisant ainsi le cockpit bien plus large que long. On se rend compte ici que le Lagoon 43 – ce qui était d’ailleurs le cas du 42 – offre 70 cm de largeur de plus que la plupart de ses concurrents de même longueur. Le constructeur a multiplié les assises ; à commencer par une impressionnante banquette arrière de 2,62 m de longueur.
Des performances très satisfaisantes vu le confort offert
Sur le papier, le nouveau Lagoon 43 est clairement orienté confort plutôt que performance ; son ratio surface de voilure au près/déplacement lège émarge en effet à 6,98 m2/t avec le grand-voile standard (on atteint 7,55 m2/t avec la grand-voile à grand rond de chute). Le Lagoon 42, quant à lui, affichait 7,43 ou 7,77 m2/t suivant l’option de grand-voile). Au moment de larguer les amarres, je ne m’attends donc pas à découvrir un coursier ultra véloce. La mise en place des voiles est aisée. Toutes les manœuvres sont reprises depuis le poste de barre (la banquette fait 0,85 m de largeur), à l’exception des deux écoutes de gennaker ; ces dernières peuvent constituer une entrave à l’arrière des passavants, car ils sont creusés par rapport à la poulie de renvoi et aux winches. Le vent de notre première sortie, orienté au sud-est, oscille entre 8 et 10 nœuds avec une mer presque plate. Sous grand-voile haute et génois, on atteint 5 nœuds à 55/60° du vent, une valeur honnête vu le déplacement de ce catamaran. La barre est douce et directe, et l’évolutivité toujours suffisante pour mener à bien un virement de bord. C’est en déroulant le gennaker que vient la surprise : le Lagoon 43 parvient à gommer son image de « parfaite et confortable plateforme de vie à bord » pour se transformer en vrai croiseur vif et performant.
Le lendemain, avec une brise un peu plus établie de 12 à 15 nœuds, le 43 a même atteint sans difficulté 8 à 9 nœuds. Les photos et les vidéos de cette seconde sortie montrent bien les étraves qui marsouinent – sans pousser d’eau – et les deux sillages qui s’allongent.
Des aménagements modulables
Pour l’heure, le programme est de rejoindre Cala Blava pour profiter du mouillage. Avec les deux moteurs de 57 ch, on atteint sans forcer une vitesse de croisière de 7,5 nœuds dans un bon confort sonore – l’insonorisation a été bien traitée. Précisons que, malgré le choix de puissantes mécaniques Yanmar, les salles des machines sont bien assez vastes pour permettre d’effectuer dans de bonnes conditions les entretiens courants.
Parvenus dans une eau d’une couleur incroyable, nous mouillons l’ancre aux côtés du Lagoon 60 et du 620 Neo, également proposés à l’essai par le constructeur.
Le davier principal est installé juste à bâbord de l’ancrage de l’étai ; une longue goulotte, elle aussi décalée, mène à la baille, reculée contre le rouf.
Grâce au double trampoline, on a toujours une parfaite vision sur l’ancre. C’est le moment de profiter des portes latérales pour embarquer dans le dinghy, histoire de découvrir le Lagoon 43 sous tous les angles.
C’est ensuite l’heure de détailler les aménagements. Commençons par la baie vitrée, qui offre une ouverture intégrale grâce à des ventaux qui disparaissent dans la structure. Je relève 2,30 m de large par 1,91 m de haut ; c’est énorme !
Le constructeur a profité de cette nacelle open pour imaginer un agencement carré/cockpit modulable inédit. Concrètement, la table extérieure de 1,21 x 0,82 m peut être accolée à celle de l’intérieur qui est un peu plus grande (1,35 m). Les banquettes, mobiles elles aussi, permettent de s’adapter parfaitement à cette nouvelle configuration. D’autres possibilités intermédiaires s’ouvrent aux occupants : vaste couchage double parfait pour la veille en mer, petite ou grande table intérieure, etc.
Une cabine Propriétaire à l’avant
La nacelle, à défaut d’être très profonde, est relativement large, et surtout affiche une respectable hauteur sous barrot de 2 m à 2,10 m.
La cuisine est aménagée en L sur bâbord ; elle se poursuit en fond de nacelle par un coin navigation dépouillé sur lequel on travaille debout.
Deux versions d’aménagement sont disponibles, à savoir 3 ou 4 cabines. Cette première configuration est celle dont nous disposons pour notre essai avec la coque tribord entièrement dédiée au Propriétaire. La nouveauté, ici, c’est que le couchage est installé à l’avant – et non à l’arrière comme de coutume. « C’est déjà la tendance à bord des grands monocoques car cette zone avant est éloignée des nuisances sonores, et donc plus au calme », m’explique Thomas Gailly, le directeur de la marque. De fait, la proue tribord est éloignée des manœuvres à bâbord, des moteurs à l’arrière, et même du guindeau puisqu’il est décalé à bâbord… En revanche, le générateur, lui, est positionné juste contre le lit. Mieux vaudra faire en sorte de le couper la nuit.
On comprend désormais pourquoi le volume avant a été élargi : chaque cabine offre un volume équivalent – et d’ailleurs une respectable hauteur sous barrot de 1,96 m.
Un bon point également pour les larges portes de 50 cm et l’aération, assurée par de nombreux panneaux ouvrants judicieusement placés.
Conclusion
Le Lagoon 43 répond parfaitement au cahier des charges d’un croiseur hauturier familial tout comme celui d’un loueur qui recherche une confortable unité capable de « tourner » 20 à 30 semaines par an. Cette recherche d’efficacité optimum se conjugue également avec la volonté d’afficher un prix très compétitif, puisque inférieur à celui du Lagoon 42.
On relève une absence de prise de risque : deux ans après le lancement d’une gamme complète équipée de moteurs électriques chez le concurrent historique Fountaine Pajot et la toute dernière proposition du Leopard 46, Lagoon campe sur ses positions « thermiques », à l’instar de Bali. L’historique du constructeur, qui avait lancé dès 2008 un catamaran hybride avant de revenir au tout thermique, donne une explication à cette frilosité. Ce choix pourrait-il évoluer rapidement ? La réponse sera dévoilée dans les salles des machines des prochains modèles…
Ouvertures dans le pavois
Prix très compétitif
Le renvoi d’écoute de gennaker entrave le passage
Générateur trop proche de la cabine Propriétaire
Descriptif technique
Architecte : VPLP
Design extérieur : Patrick le Quément
Design intérieur : Nauta Design
Longueur hors-tout : 13,85 m
Longueur de coque : 12,82 m
Largeur : 7,69 m
Tirant d’eau : 1,31 m
Tirant d’air : 19,94 m
Déplacement lège : 13,9 t
Grand-voile : 60/68 m2
Génois : 37 m2
Motorisation : 2 x 57 ch
Eau douce : 300 l
Carburant : 570 l
Couchages : 6 à 13
Certification CE : A12/B14/C20/D30
Prix : à partir de 499 000 $ HT










