Prenez son fly bridge, une véritable innovation sur un bateau de moins de 45 pieds ; rajoutez-y un dessous de nacelle en forme d’aile de mouette. Mettez-y du volume pour un aménagement confortable, une nouvelle organisation de l’espace extérieur, et des performances somme toutes correctes pour un catamaran de croisière : vous obtenez le Lagoon 440, une révolution dans le petit monde des multicoques de croisière.
Infos pratiques
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Tout de suite, les lignes du Lagoon 440 m’ont interpellé. Elles me rappelaient quelque chose, les formes générales des coques, celles des superstructure, sans qu’il ne me soit possible de l’identifier, de savoir ce qui, dans ce catamaran, pouvait me frapper à ce point. Indéniablement, le 440 possède un air de famille avec les autres voiliers de la gamme Lagoon ; il évoque pourtant autre chose. J’en étais à ce point de mes réflexions, quand un Lagoon Power est venu s’amarrer derrière lui ; j’ai alors compris la filiation. Bien sûr, les étraves sont moins tulipées que sur le bateau à moteur, et c’est surtout le rouf qui lui ressemble, mais quoi qu’il en soit, il lui est probablement plus proche qu’il ne l’est des autres voiliers précédemment lancés. Quand j’avais découvert le Lagoon Power 43, et sa gigantesque cabine arrière, je m’étais dit qu’un jour viendrait où les catas à voile seraient eux aussi équipés d’une véritable suite ; le 440 n’a pas encore franchit le pas, mais il le sera probablement un jour.
Le dernier né de la gamme Lagoon offre une habitabilité exceptionnelle et des innovations particulièrement intéressantes.
Ceci est probablement dû au fly bridge, puisque le poste de barre, auquel on accède par l’un ou par l’autre des escaliers, est positionné au-dessus du rouf. Vu de l’avant, le volume important des coques reflète l’espace que je vais probablement découvrir à intérieur ; mais le dessous de la nacelle est tout aussi révolutionnaire que ne l’est le fly bridge. Le chantier le décrit comme une aile de mouette, les formes de carène qui sont sensées réduire l’impact des vagues quand elles viennent heurter le dessous, ce choc en général émet un bruit assez fort, ce qui est toujours assez désagréable pour l’équipage. Nous verrons en mer ce qu’il en est véritablement. En attendant, me voici enfin à bord de ce bateau présenté pour la première fois en Europe, le numéro un de la série ayant été quant à lui l’un des événements du Strictly Sail de Miami. Ce bateau part en convoyage vers la Méditerranée, aux Baléares, et je vais l’accompagner jusqu’à La Corogne, à travers le Golfe de Gascogne. A bord, tout surprend, et assurément, Lagoon a frappé un grand coup. Je n’ai jamais vu ça. Je ne sais que penser. Des mots me viennent à l’esprit, mais ils sont plus liés à un vocabulaire de maisons, ou d’appartements, et tout l’univers dans lequel nous transporte ce bateau est nouveau. J’ai envie de parler de 2ème étage, de patio, de duplex… J’en oublie presque que je suis à bord d’un catamaran. Ce bateau est conçu autour d’un fly-bridge, le poste de barre est situé au-dessus de la nacelle, et on y accède par deux escaliers, d’un coté ou de l’autre du cockpit. Toutes les manœuvres se font là-haut, drisses et écoutes, et même celles de gennaker. Cependant, dans un soucis de sécurité, l’une des extrémités de l’écoute de grand-voile revient sous le bimini rigide, à l’arrière du cockpit, au cas où il faudrait la choquer en grand.
Sous voile le 440 reste très confortable et a permis d'effectuer une moyenne plus que correcte lors de notre convoyage.
Navigation au large.
Vendredi matin, une belle journée de printemps se profile, la brise est au nord-est, et rend l’atmosphère plutôt fraîche. Les prévisions météo nous promettent un anticyclone puissant et des vents portant pour les jours à venir, les conditions idéales pour un convoyage. Nous serons cinq à bord, les quarts de nuit devraient en être facilités. Depuis la barre, on domine parfaitement la situation ; de là-haut, aucun angle mort ne vient perturber les manœuvres de port. Nous décollons le quai, et sortons des Minimes, à La Rochelle. Ce bateau est une version propriétaire et plutôt bien garni en options, notamment, les winchs, nombreux, sont électriques. Aussi hisser la grand-voile est-il un jeu d’enfant, que Alain, le second, effectue quand même, histoire de garder la forme, à la volée, en pied de mât. En fin de course, la drisse est étarquée au winch électrique, plus tard, les écoutes seront bordées de la même façon. Du fait du fly bridge, la bôme est très haute au-dessus du rouf. Après la grand-voile, c’est au tour du gennaker d’être déroulé, avec une douzaine de nœuds, le 440 avance, à 140° du vent, à environ 5 nœuds. Au cours du convoyage, nous n’utiliserons pas l’enrouleur de solent, mais je remarque cependant que sa drosse suit un chemin pour le moins curieux, par l’arrière du cockpit, de façon à ce qu’elle rejoigne les autres manœuvres, sur le fly bridge. Le long du rouf, la circulation est aisée, et sécurisée par de nombreuses mains courantes. La plate-forme est entièrement ceinte par des filières, incluant l’avant : un équipement trop souvent négligé. Ces filières sont même triplées au niveau de l’accès aux jupes ; un bon point assurément, particulièrement si vous naviguez avec vos enfants. Dans le cockpit, on trouve un barbecue, une machine à glace, un réfrigérateur, un autre dans la cuisine, où on trouve aussi un congélateur et un lave vaisselle. La table du cockpit, qui est aussi celle du carré, prend place, quand elle n’est pas utilisée, dans le bimini rigide. En lieu et place, on peut y mettre une petite table de salon. Auparavant, sur un bateau de croisière, il existait un seul espace extérieur, le cockpit. Désormais, avec le Lagoon 440, les équipiers en trouvent pas moins de trois : le cockpit traditionnel, bien sûr ; mais à l’avant du rouf, on en trouve un autre, plus petit, une solution retenue notamment par Chris White sur les Bongers. Ici, sur le Lagoon, il s’agit d’un espace qui sera surtout utilisé au mouillage, ou aux allures portantes. La chaîne de mouillage est stockée dans un coffre juste en avant de ce cockpit, elle court le long de la poutre longitudinale, carénée, l’ancre reste sur la poutre avant. Le centrage des poids est ainsi optimisé. Le troisième espace étant, quant à lui, le poste de barre, au sommet de la pyramide. Cette partition des espaces présente l’énorme avantage, en famille, de ne pas voir ses enfants jouer autour des écoutes et autres éléments de manœuvre qui peuvent devenir dangereux ; par contre il ne permet aucune autre possibilité au barreur que de s’isoler des autres. Bien entendu on sait qu’un catamaran de ce type offre peu de plaisir à la barre et de toute évidence il a été conçu comme tel : on ne monte sur le fly bridge que pour faire les manœuvres, une fois que le bateau est réglé, on met le pilote et on redescend rejoindre les autres, à moins d’aimer rester faire le coq à la barre. Assis dans le carré, je regarde l’île de Ré qui défile. La vision est quasi circulaire. L’aération est assurée par quatre panneaux, et par un passe-plats entre la cuisine et le cockpit. Ce bateau rassemble bon nombre d’options qui semblent tout à fait adaptées au marché américain. Il est sur-motorisé (deux fois 75 cv, contre deux fois 40 cv en standard). La table à cartes est en réalité une véritable timonerie intérieure, équipée de commandes moteurs, et d’un joy-stick qui agit directement sur les vérins de barre.
Seul sur son fly-bridge, le barreur est un peu isolé, mais la vue est alors sublime…
Beau temps, belle mer.
La météo du jour est : beau temps, belle mer, elle devient celle du vent. La fameuse "aile de mouette" semble remplir son rôle, celui d’amortir l’énergie des vagues, ce sera à vérifier sur une mer plus formée. Avec 13 nœuds, nous marchons à 6 nœuds. Les superstructures sont là, et le bateau pourrait faire croire à une certaine pré-disposition au tangage. Le déplacement lège donné à 10,5 tonnes me paraît bien optimiste ; d’autant plus que pour ce convoyage, nous sommes il est vrai bien chargés, avec près d’une tonne d’eau et le plein de gazole, sans compter le poids du groupe (10 kVa) et de tous les équipements. Ce soir, je suis de service à la cuisine (au menu : riz-poulet au curry), et j’aurais aimé trouver un petit hublot supplémentaire au-dessus du réchaud. Nous sommes désormais sur l’Océan Atlantique. La houle est insignifiante, et le petit clapot qui nous fait danser, de face, est résiduel du coup de vent modéré qui a hier secoué la Mer d’Iroise. Mais rapidement, la brise faiblit, et notre vitesse s’écroule. Comme tous les catamarans de croisière confortables, le 440 a besoin de vent pour avancer, si possible, entre quinze et vingt nœuds. Il trouve alors sa vitesse de croisière à 8-9 nœuds, une moyenne à laquelle il se maintiendra sans problème ; pour dépasser les 10 nœuds, il faudra plus de vent. L’heure de ce second repas nous réunit (presque) tous autour de la table : certains estomacs ont semble-t-il du mal à s’amariner, et nous ne sommes que trois. Cette table est assez particulière, puisque escamotable. Elle peut être installée indifféremment dans le carré bien sûr, mais aussi dans le cockpit. Si on le désire, elle peut même être stockée sous le cockpit, à l’emplacement prévu pour ça. Nous naviguons au grand largue, sous gennaker, la mer est celle que l’on peut rêver d’avoir, une mer d’alizés et de soleil, sans la température. Le soleil se couche et le vent fraîchit légèrement, quand il s’établit à 20 nœuds, à 130° du vent réel, nous marchons à 9 nœuds. On sent le poids du bateau. Je grimpe sur le fly bridge et prends la barre à roue ; je cherche une bonne position, elle n’est pas facile à trouver, assis ou debout ; ce n’est pas très grave, on est souvent sous pilote. Le bateau flirte avec les 10 nœuds, les sensations ne sont pas extraordinaires, mais je m’amuse, je joue avec les vagues, sans parvenir à partir au surf, il n’y a pour ça pas assez de brise, et on est trop lourd. Perché tout là-haut, il s’agit assurément d’un lieu privilégié pour admirer le soleil couchant ; on aurait pu penser que c’est un endroit exposé, en réalité, au largue, il l’est moins que sous le cockpit, où le vent s’engouffre, sauf si on met en place les rideaux translucides qui le transforment en salon extérieur protégé. Il fera bientôt nuit, Jean-Pierre, notre skipper, m’a attribué le quart de 1 à 3 heures. Nous sommes en mer depuis 11 heures, 75 milles sont déjà dans le sillage, une performance honorable au vu des vents instables qui nous ont accompagné en ce début de traversée. Nous bénéficions désormais de la mer du vent, 4 à 5 Beaufort, une mer belle car portante, que nous chevauchons au grand largue.
Le petit cockpit en avant du roof est agréable au mouillage, mais aussi en navigation.
Un intérieur particulièrement volumineux.
S’agissant d’une version propriétaire du Lagoon 440, la coque tribord lui est dédiée. Le grand volume permet d’accéder aux couchettes doubles, en partie, par les cotés. La ventilation est correctement traitée partout, bien sûr, la hauteur sous barrots est (plus que) suffisante. Cette coque propriétaire dispose d’un vaste canapé, d’un petit bureau, pratique bien entendu, mais auquel on préfèrera la table du carré, ou la table à cartes, et leur vision panoramique. Plus en avant, on trouve le cabinet de toilette, et la douche isolée. Deux cabines prennent place dans la coque bâbord. Celle située à l’arrière reprend la même disposition que sa consœur propriétaire, et dans la cabine avant, un astucieux miroir augmente l’impression d’espace. Ma cabine (arrière bâbord) est plutôt bien terminée, les finitions sont de qualité. La visibilité à travers la baie vitrée, parfaitement bien intégrée, est superbe, et il suffit de tourner la tête pour avoir la vue sur l’océan, imprenable. Je plonge dans le sommeil… J’ai cru un moment que le vent nous avait quittés, et que notre skipper avait démarré les moteurs ; je me réjouissais déjà de la qualité de l’isolation… pour me rendre compte qu’en guise de moteur, c’était celui du groupe qui tournait. Après quelques heures d’un sommeil plutôt agité, je prends mon quart. Il y a plus de mer que tout à l’heure, et les chocs sous la nacelle, quoi que étant amortis, ne sont pas totalement absents. Indiscutablement, l’aile de mouette remplit son rôle, et les vagues, qui de temps à autre viennent heurter le dessous de la nacelle, ne trouvent pas autant de prise, pour concrétiser leur impact, qu’elles ne le feraient sur un fond de nacelle plat. Le vent varie entre 15 et 25 nœuds, la vitesse quant à elle oscille entre 6 et 8 nœuds. De lointains éclairs percent l’horizon, tandis qu’un improbable plancton, fluorescent, colore nos deux sillages ; au loin, un feu scintillant signale un pêcheur. A la table à cartes, tout comme au-dessus de la cuisine, je regrette l’absence d’un petit éclairage discret, rouge, pour ne pas éblouir celui qui est de quart . Avec le gennaker, l’angle mort est plutôt important, je dois donc sortir régulièrement pour effectuer un tour d’horizon complet.
Le cockpit débarrassé de toutes manœuvres devient un (bel) espace uniquement consacré à la vie à bord.
Un petit déjeuner à 8 nœuds.
Cent soixante dix sept milles ont été parcourus depuis La Rochelle, au portant, sur une mer belle, et dans le plus grand des conforts… Nous prenons notre petit déjeuner dans le carré, à 8 nœuds, avec vue sur la mer. Le Cap Ortégal est encore à 140 milles, le soleil tente de percer les nuages environnants, le Lagoon reprend sa vitesse de croisière à 8 nœuds, un moment abandonnée pour cause d’airs plus légers. En cette fin d’après-midi de samedi, la force du vent diminue de nouveau, moins de 10 nœuds, nous sommes en convoyage, le gennaker est enroulé, tandis que la grand-voile reste à poste, bordée plat ; le moteur bâbord est mis en route. Il ne s’agit pas des modèles de série, ceux-ci sont plus gros, deux fois 75 chevaux, à 2.000 tours/minute, celui qui tourne nous propulse à 7,5 nœuds. L’isolation est perfectible. Je passe ma deuxième et dernière nuit à bord. Quand Jean-Pierre m’éveille pour mon quart, les côtes d’Espagne sont là, elles brillent de leurs lumières. Il est deux heures du matin, tout l’équipage dort. Assis à la table à cartes, derrière cette véritable timonerie intérieure, et son joy stick, le quart est confortable. Au petit matin, nous entrons à La Corogne, à l’extrémité nord ouest de le Galice. Jean-Pierre, le skipper, m’a rapporté la suite du convoyage : "Il s’est effectué par des vents de 10 à 30 nœuds, ce qui nous permis d'effectuer le trajet en 8 jours, de La Rochelle à Palma, avec une pointe à 17,6 nœuds, et souvent, des vitesses de 11 à 13 nœuds (pour ça il faut 25 à 30 nœuds de vent, sous grand-voile et gennaker)".
Ici on ne parle plus de cabines, mais de chambres… Et ça, c'est nouveau sur un 45 pieds.
La Corogne.
Au terme de ces 48 heures passées à bord, et plus de 300 milles à travers le Golfe de Gascogne, le Lagoon 440 apparaît comme un bateau très agréable à naviguer, et surtout à vivre. Il est confortable, la version essayée dispose de pléthore d’équipements, il est donc très confortable… et relativement lourd. Même avec le gennaker, il a besoin de vent pour avancer, mais à partir d’une douzaine de nœuds, il s’éveille. Il s’agit incontestablement d’une réussite.
J’ai aimé :
La vision extraordinaire depuis la barre. Les trois espaces de vie extérieurs. La filière qui ceinture l’intégralité du bateau, notamment à l’avant.
J’ai moins aimé :
La table au plafond du cockpit. La hauteur de la bôme au-dessus du rouf. Les manœuvres qui s’effectuent tout là-haut…
Caractéristiques techniques.
Longueur hors tout : 13,63 m Longueur de flottaison : 12,75 m Largeur hors-tout : 7,70 m Tirant d’eau : 1,30 m Déplacement lège (donnée constructeur) : 10,50 tonnes Surface de voile au près : 114,9 m2 Grand voile lattée : 71,3 m2 Génois sur enrouleur : 43,6 m2 Gennaker : 106 m2 La version de base du Lagoon 440 coûte : 300.000 euros HT Le bateau sur lequel nous avons navigué, avec ses options, revient à : 444.653 euros HT.
