Promettant d’être plus écologique, plus accessible et plus connecté, le Lagoon 51 annoncé par surprise ou presque en début d’année fait le plein de promesses. Les portes de l’International Multihull Show sont à peine refermées que les pontons s’ouvrent, libérant le nouveau catamaran pour une bonne journée de convoyage de la Grande-Motte à Canet-en-Roussillon – et un essai en exclusivité sous le commandement de Bruno Belmont, le Monsieur Lagoon !
Lieu de l’essai : la Grande-Motte à Canet-en-Roussillon
Conditions : 4 à 8 nœuds de vent – mer peu agitée
Infos pratiques
- Le chantier : Lagoon 51
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Alors que le cap des 6 000 Lagoon produits a été passé et que les 600 nouveaux catamarans qui sortiront cette année des trois usines dédiées ne satisferont pas un marché extrêmement dynamique, d’aucuns pourraient se reposer sur leurs lauriers. Mais se remettre perpétuellement en question est, chez le leader mondial, une tradition maison. Est-ce que l’écho positif donné à l’arrivée longuement anticipée de l’Aura 51 chez son dauphin Fountaine Pajot l’a poussé à réagir plus tôt ? Si la réponse à la question sera éludée, le renouvellement est difficile à camoufler. La plate-forme est bien celle du Lagoon 50 dont la position du mât a été modifiée – ce qui n’a rien d’anodin d’un point de vue structurel. Pour tout comprendre de ces profondes évolutions, nous avons bénéficié du meilleur guide possible, en la personne du responsable développement des produits voile du groupe Bénéteau.
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La bôme est nécessairement très haute pour s’accommoder du T-top – l’accès est potentiellement compliqué.
Sous gennaker, le Lagoon parvient à marcher aussi vite que le vent si ce dernier est inférieur à 10 noeuds et l’angle avec l’apparent de 60°.
Inventer le multicoque qui n’existe pas encore
Découvrir le Lagoon 51 le temps d’une traversée du golfe du Lion entre La Grande-Motte et Caneten- Roussillon avec pour seul skipper Bruno Belmont est un vrai privilège. Méconnu du grand public, Bruno est pourtant le père spirituel des premiers Lagoon – mais aussi des monocoques Sense ou encore des Excess. Physiquement, il y a un peu de Philippe Starck en lui… Au final, la créativité foisonnante (mais réaliste) de Bruno, sa capacité à anticiper les attentes et d’analyser l’évolution des usages en font plus qu’un designer – un vrai « visionnaire », dit de lui l’architecte naval Marc Van Peteghem. Avec Vincent Lauriot-Prévost, le trio s’est connu sur les bancs de l’école d’architecture navale de Southampton. Inventer le bateau qui n’existe pas encore, mais qui rencontrera demain le plus grand des succès, est un vrai et rare talent, infiniment précieux pour un groupe comme Bénéteau. Lui dit que « la créativité, c’est l’expérience que tu ressors ».
Alors que tous les chantiers se piquent aujourd’hui, de manière plus ou moins convaincante, de tendre vers des bateaux plus écoresponsables, Bruno avait créé, dès 2006, un groupe de travail sur le sujet. Une dizaine de personnes du groupe Bénéteau planchaient avec conviction sur leur responsabilité de constructeur de bateaux de plaisance vis-à-vis de la planète. Malheureusement, la crise de 2008 a mis un coup d’arrêt brutal à un projet redevenu, quelques quinze années plus tard, d’une actualité malheureusement brûlante. Alors il cherche, trouve, et ne se contente surtout pas des apparences. Quand il s’aperçoit qu’un premier fournisseur de textiles fabriqués à base de fibres recyclées importe les textiles dits « verts » par avion depuis les Etats-Unis, il le fait remplacer, sans délai, par une entreprise plus cohérente dans ses process.
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Le cockpit avant est bien intégré entre pont et trampoline.
Trois jolies banquettes, une plancha orientable et une grande table – rien ne manque dans ce cockpit.
Plus de 3 000 Wc de panneaux solaires
Pour le Lagoon 51, la démarche, dans son ensemble, a été tout aussi radicale. Ainsi, 3 020 Wc de panneaux solaires peuvent être intégrés au roof et sur le bimini. De quoi alimenter toute l’électricité du bord, en mer comme au mouillage… hors climatisation, bien sûr. Le collage des panneaux Solbian Flex a été méticuleusement réalisé, mais si les panneaux sont garantis 5 ans, leur tenue dans le temps sur les zones les plus courbes reste à confirmer. Le design des futurs modèles devra tenir compte de ces nouveaux impératifs. Plus impactant encore, un bilan sans concession a été réalisé du choix fait, il y a dix ans, de reculer le mât jusqu’au centre du roof. Le grand solent autovireur et la petite bôme avaient leurs avantages. Mais la seule solution pour augmenter la surface de voilure et améliorer ainsi les performances sous voile était de rallonger le mât. Cela n’allait pas dans le sens du comportement marin, car, on le sait, le tangage est l’ennemi du multi. Retour donc à un mât posé sur la poutre médiane, à 40 % de l’étrave en longueur. Sur la balance, estampillée CE, le déplacement lège gagne 1 000 kg, soit un gain de 5 %. Allégé de 750 kilos de structure, débarrassé de deux mètres de mât et désormais équipé d’un génois à recouvrement, le Lagoon 51 devrait être plus vivant sur l’eau que son prédécesseur.

Un peu plus 3 000 Wc de panneaux solaires dernière génération ont été collés sur le rouf.
Un reportage en avant-première !
Notre essai exclusif a été relayé par le constructeur sur son site internet et les réseaux sociaux.
Une veille à 360° depuis le flybridge
Néanmoins, malgré les meilleures intentions du monde, pour naviguer à la voile, il faut du vent ! Or, après un salon tempétueux, la Méditerranée a décidé de la jouer piano subito : seulement 36 heures après la fermeture de l’International Multihull Show, la mer est un miroir. Nous sommes donc partis pour tester d’entrée les performances des deux moteurs Yanmar de 80 CV d’origine. Le Lagoon 51 tente en effet, comme les premiers Excess, de proposer un équipement d’origine plus en adéquation avec la majorité des usages que les traditionnels standards, dont le prix « à partir de » est certes attrayant sur le papier, mais ne correspond à aucune réalité. Disparus donc les 57 CV standards du Lagoon 50, et de fait l’option quasi-obligatoire de la surmotorisation à 80 CV. L’aménagement propriétaire vu à La Grande- Motte, lequel inclut quatre cabines, un dressing et trois salles d’eau, devient la version de base. En attendant la brise thermique promise par les fichiers météo pour le début d’après-midi, nous faisons route directe à 8 noeuds ; les moteurs à 2 200 tours par minute consomment 5,2 à 5,5 litres par heure chacun – plus de 750 milles d’autonomie. Depuis le flybridge, Bruno veille à 360° sur la route, alors on en profite pour faire le tour du propriétaire.
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Le flybridge avec double accès est aussi convivial qu’immense ; toute sa partie avant est dédiée à la barre et aux manoeuvres, lesquelles sont directes et faciles – on a toujours un oeil sur les voiles.
Un ancien du design automobile aux commandes
Toujours aussi volumineux et épris de confort intérieur, le Lagoon 51 soigne aussi son look à l’extérieur. L’ancien designer automobile Patrick Le Quément – désormais associé au cabinet VPLP pour une nouvelle vie dans le nautisme – travaille sur chaque détail. Un angle d’étrave, une ligne de bordé, un rayon de bimini : rien ne lui échappe. Avec son roof très travaillé, force est de reconnaître que, sous son impulsion, la gamme Lagoon en général, et ce nouveau 51 en particulier, a gagné en élégance. Seule réserve : cet angle coupé à l’arrière des vitrages latéraux. Certes, depuis l’extérieur, l’effet « branches de lunettes » affine la silhouette. Mais, lorsqu’à l’intérieur on emprunte les descentes, il manque un bout du paysage, comme si on nous privait du générique d’un (très) bon film. C’est là le seul exemple que nous ayons relevé pour lequel le design semble avoir primé sur la fonction. Car le souci d’un catamaran plus harmonieux a visiblement été partagé par tous les intervenants du projet. A titre d’exemple, en coopération avec la corderie Lancelin, les drisses aux couleurs autrefois trop criardes sont désormais de la même teinte – mais repérables par le nombre de brins de couleurs adéquats pour chacun des ris 1, 2 ou 3. Pour les drisses, la nuance est perceptible dans l’axe du bout, par exemple.
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L’intérieur – signé Nauta Design – est toujours aussi soigné. Notez la présence de l’épontille à l’avant, désormais particulièrement discrète.
Accès à bord facilité
Mais ce ne sont là que des détails au regard de l’attention particulière qui a été portée à l’accès à bord et à la circulation. Cela commence dès les jupes, avec un accès à bord facilité par leur forme et leur positionnement, qui les rapprochent du ponton. Leur surface est aussi plus accueillante, et on ne se bousculera plus à la descente de l’annexe – trois personnes y tiennent debout simultanément et sans se gêner. A seulement deux marches au-dessus, le cockpit mais aussi toute la nacelle de plain-pied sont immédiatement accessibles. Deux évolutions ont permis cette linéarité : des jupes un peu plus hautes sur l’eau et une épaisseur réduite au minimum entre fond de nacelle et plancher de cockpit. De quoi profiter pleinement de ce dernier, dont la vaste surface est divisée en trois zones. Une plancha orientable précède la banquette arrière, une méridienne occupe le côté tribord et une banquette en L entoure la table à bâbord. Une partie de l’assise peut d’ailleurs s’avancer pour agrandir la tablée au mouillage, mais cela entrave l’accès direct au flybridge. A l’intérieur, une fois la baie vitrée refermée et le bruit des moteurs atténué, tout n’est que luxe et volupté. Une différence de taille par rapport au 50 (voir essai comparatif Lagoon 50 vs Excess 15 dans notre HS14) : l’encombrante épontille toute proche de l’entrée a logiquement disparu. On note également la coque Propriétaire, encore plus luxueuse avec son dressing aménagé en standard. Quant à la coque bâbord, elle offre trois couchettes en version de base. Le mobilier signé Nauta Design est toujours aussi chaleureux, et les matériaux cossus. On apprécie le grand hublot ouvrant en avant du pied de mât, il sera une source de ventilation naturelle importante au mouillage.
Le vent revient enfin à l’approche des Pyrénées, il est temps de hisser les voiles. Un petit tour sur le bimini afin d’aider les lattes à passer les lazy-jacks confirme qu’il faudra trouver une solution moins périlleuse. Peut-être en dédoublant les longues sangles prévues pour refermer le lazybag ? Elles pourraient alors servir à l’écarter. Occupé à prendre des photos et à faire voler le drone, je laisse Bruno effectuer toutes les autres manoeuvres en solitaire. Cela semble être un jeu d’enfant : drisses et écoutes reviennent toutes au poste de barre central avec les winches électriques optionnels. De là-haut, on profite d’une parfaite vue sur le plan de voilure. Sous Code 0, la vitesse oscille entre 7,8 et 8 noeuds, soit la vitesse du vent réel – nous pointons il est vrai à 60 degrés de l’apparent. Mais, même sous génois, nous sommes agréablement surpris de dépasser les 7 noeuds à 55 degrés du vent. La nouvelle répartition du plan de voilure et le retour à un mât plus avancé n’y sont certainement pas étrangers. En impliquant là encore ses fournisseurs, et en allant même chercher la compétence d’un cabinet de calcul externe, Lagoon est parvenu à améliorer le mât : le profil n’a plus de losanges agressifs pour les génois, mais deux étages de barres de flèches poussantes. Tout en étant plus léger, le profil divise mieux les panneaux, et offre ainsi plus de possibilités de réglages. La voilure, quant à elle, a été confiée à la voilerie Elvstrøm. Au-delà de leur savoir-faire de maître-voilier qui n’est plus à démontrer, proposer des voiles issues de matériaux recyclés a semblé très pertinent à l’équipe de conception du nouveau Lagoon.

Cette image du Lagoon 51 montre bien l’utilité du nouveau dessin des jupes arrière – reste que ces dernières devront être bien protégées lors de certaines manoeuvres de port avec appui sur les angles arrière.
Conclusion
Indéniablement, ce Lagoon 51 va dans le bon sens. Il y a une vraie prise de conscience des chantiers de l’impact écologique de la plaisance. 80 % de l’empreinte carbone d’un bateau est liée à son usage. Naviguer à la voile, ventiler naturellement plutôt que climatiser, multiplier les panneaux solaires et donc se passer d’un groupe électrogène, sont autant de signaux positifs que ce nouveau modèle envoie, sans rien retirer à son confort et à sa qualité de finition, bien au contraire. La prochaine grande évolution concernera la motorisation, on l’a bien vu au cours de cet essai. D’abord hybride puis électrique, elle bute encore sur le problème de stockage de l’énergie selon Bruno Belmont, plus impatient que jamais de voir les nanotechnologies révolutionner le marché de la batterie. Dans l’attente, ce Lagoon fait attention à son poids, à sa ligne, soigne les détails d’accessibilité et de vie à bord, pour une expérience de croisière toujours plus raffinée.
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Une véritable suite avec vue sur mer attend les propriétaires dans la coque tribord.
Un vrai dressing s’invite dans le bordé intérieur de la suite Propriétaire.
Quoi de mieux que ce bureau pour pratiquer le télétravail sur l’eau dans les meilleures conditions ?
LES + :
+ Accès à bord vraiment facilité
+ Agrément sous voiles en hausse
+ Confort toujours aussi Pullman
LES - :
- Monter et descendre du bimini reste une acrobatie parfois nécessaire
- Winches sur le flybridge trop bas, même s’ils sont électriques
- Accès du puits de chaîne tortueux
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Dans la salle d’eau tribord – très bien finie –, les vasques en vis-à-vis évitent l’effet couloir.
A l’arrière bâbord, les invités bénéficient de la même literie que les propriétaires.
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Lagoon
Architecte : VPLP Design
Design extérieur : Nauta Design
Design intérieur : Patrick le Quément
Longueur : 15,35 m
Largeur : 8,10 m
Tirant d’eau : 1,38 m
Tirant d’air : 23,53 m
Déplacement lège : 19,91 t
Surface de voile (standard) : 150 m²
Surface de voile (grand-voile à corne) : 153 m²
Grand-voile : 97 m²
Grand-voile à corne (option) : 100 m²
Génois : 53 m²
Code 0 : 101 m²
Eau : 830 l
Carburant : 2 x 520 l
Motorisation : 2 x 80 CV
Couchages : 6 à 14
Homologation
CE : A : 12 - B : 14 - C : 20 - D : 30
Prix Standard - version 4 cabines, 1 dressing, 3 salles d’eau - 2 x 80 CV (Yanmar 4JH80) : 885 000 € HT
Principales options (HT) :
Pack Essentiel : 40 330 €
Pack Confort : 49 900 €
Coussins de cockpit arrière : 4 250 €
Coussins de cockpit avant : 3 600 €
Tous winches Harken électriques : 9 900 €
Code 0, accastillage et emmagasineur électrique : 16 670 €
Tenderlift hydraulique : 40 130 €
Bimini rigide de flybridge : 14 320 €
Commandes de moteurs électroniques au poste de barre : 8 750 €
Panneaux solaires intégrés sur le roof et le bimini (3 020 Wc) : Sur demande
Dessalinisateur 100 l/h : 15 860 €
Pack électronique Raymarine : 14 850 €
Préparation, mise à l’eau et mâtage : 18 150 €
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