Lagoon, le leader mondial du multicoque de croisière, n’a pas brûlé toutes ses cartouches lors de l’euphorie qui a saisi le marché post-Covid. C’est en effet maintenant, alors que la conjoncture est plus difficile, que le constructeur met les bouchées doubles avec pas moins de deux nouveaux catamarans à voile, le 43 et le 60, qui seront présentés au Cannes Yachting Festival. C’est le plus grand des deux catamarans, désormais flagship de la gamme « standard », que nous avons pu découvrir dans les eaux cristallines du nord de l’île de Minorque.
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Conditions : mer peu agitée, 6 à 8 nœuds de vent
Remplacer les anciens « premiers de la classe » n’a rien d’évident : en l’occurrence, c’est l’ombre du 620 qui plane sur le 60. Diffusé à 169 exemplaires, le plus grand des Lagoon (avant les modèles de la gamme Premium), a connu un véritable succès ; l’objectif du tout nouveau 60 est bien de prendre la relève de ce best-seller !
En mars dernier à Bordeaux, là où sont fabriqués tous les Lagoon de plus de 50 pieds, nous avions, lors de la toute première présentation du Lagoon 60, pu mesurer que presque tous les points clés du 620 avaient été repris, et bien sûr optimisés selon les exigences d’aujourd’hui. Nous avions également pu constater de nombreuses innovations… enfin essayables in situ.
Thomas Gailly, le directeur de la marque, et Bruno Belmont, le développeur produit, nous accueillent dans la baie de Fornells, à Minorque. L’endroit n’est pas aussi facile d’accès que l’île voisine de Majorque, et notre site exposé au nord ne bénéficie pas du régime thermique si favorable de la baie de Palma… Mais qu’importe : ici, nous sommes dans des conditions d’utilisation très proches de celles de la croisière ; le Lagoon 60 a d’ailleurs mouillé ici, et tout le staff Lagoon dort à bord. Le grand catamaran achève tout juste un long test ; l’équipage a été missionné pour remonter au chantier toutes les sensations, bonnes ou mauvaises. L’objectif est bien sûr de peaufiner la mise au point de ce nouveau catamaran avant le grand lancement commercial de la rentrée de septembre. Dès notre arrivée à bord, l’évolution par rapport au 620 est perceptible – on gravit avec une étonnante facilité les marches pour monter sur le cockpit, ou plutôt le Beach Club, devrait-on dire. Thomas et Bruno posent la base line du positionnement « ouverture, fluidité, confort, générosité : le Lagoon 60 est une scène de rêve ».
Au-delà des éléments de langage marketing, les chiffres confirment l’ambiance XXL du bord : cockpit à terrasse pivotante de 36 m², flybridge tout aussi vaste, suite Propriétaire de 20 m², cockpit accessible par une porte avant, salon de plus de 20 m²… Ces caractéristiques sont quasi inédites dans cette taille ; les valeurs mesurées se rapportent plutôt à celles des multiyachts – à ceci près qu’il y a bien des mètres carrés de voiles à hisser et dérouler au-dessus de nos têtes…
Un long développement
Se cantonner aux chiffres serait bien insuffisant pour décrire et résumer les particularités de ce nouveau modèle. Bruno Belmont nous précise que deux ans de développement ont été nécessaires pour concilier des performances satisfaisantes sous voile et le confort ultime d’un yacht. A y regarder de plus près, quelques difficultés techniques étaient au menu en termes de conception. Pas si évident de tenir l’immense espace du cockpit-terrasse-salon de plain-pied jusqu’au cockpit avant. Quant à la baie vitrée centrale, elle s’ouvre sur toute la largeur, et la poutre arrière est supprimée pour bénéficier de la vue sans obstacle sur la mer. La hauteur de la nacelle est donc rehaussée pour installer des poutres renforcées entre le plancher et la coque de nacelle, laquelle s’est vue agrémentée d’un profil en rostre pour mieux déflecter les vagues. L’encadrement de la baie vitrée est renforcé afin de réduire à seulement 1 % la déformation maximale en diagonale, condition indispensable au bon coulissement des vantaux en toutes circonstances. L’ensemble de cette architecture a pour but de rigidifier la plate-forme afin qu’elle résiste mieux aux efforts de torsion. La porte avant est également un sujet avec lequel le chantier ne plaisante pas. Désireux d’offrir la sécurité à sa clientèle tourdumondiste, le BE a retenu un échantillonnage surdimensionné comme sur les plus grands modèles SIXTY et SEVENTY. Le retour au gréement avancé offre de nombreux avantages : un plan de voilure plus tolérant et plus puissant dans le petit temps clapoteux, un carré plus dégagé grâce à la suppression de l’épontille centrale et enfin un flybridge qui devient parfaitement dégagé.
Le cahier des charges édicté était clair : le Lagoon 60 devait rester un catamaran simple, facile à gérer et économe en énergie. Pour la motorisation, un développement spécial a été demandé à Yanmar pour disposer de moteur 150 CV à transmission sail drive, une disposition qui offre un gain de place et de fiabilité par rapport au V drive. Quant à la climatisation à eau glacée, elle consomme 25 % d’énergie en moins ; le système est conçu pour pouvoir tourner toute la nuit sur le parc de batteries au lithium. Avec deux alternateurs de 125 A sur chaque moteur, il nous est précisé que le groupe électrogène ne tourne plus que 8 heures sur 24 tout en étant en mesure de satisfaire des besoins « hôteliers », pourtant conséquents.
Aisance et polyvalence
Tous les aspects techniques sont au service d’un confort à bord optimisé, tout comme l’ergonomie et la modularité. Dans ces derniers domaines, le 60 possède de nombreux atouts directement inspirés de la gamme premium des SIXTY/SEVENTY. Les déplacements sont ainsi facilités par une circulation très étudiée. La descente du flybridge à 45 degrés, les marches larges où l’on peut se croiser tout comme le plancher d’un seul niveau seront très appréciés. La terrasse arrière, avec sa grande table modulable et ses ailes qui se déploient – facilitant l’embarquement le long du quai –, est une réussite. Quant à la plate-forme de bain qui s’étend sur toute la largeur, c’est un must ! Le salon est tout aussi convaincant, surtout dans la version cuisine en bas. L’espace comprenant un office/bar, mi-dehors mi-dedans, où tous les invités du bord peuvent se retrouver pour une collation, est tout simplement génial. Table et canapé sont très confortables et profitent d’une vue sur mer imprenable. Le bain de soleil à l’avant du flybridge est super agréable. Sous le hard top, l’immense espace est modulable à souhait par le Propriétaire avec des options sur catalogue. Le choix de quatre ou cinq cabines est déterminé par le fait d’avoir la cuisine en bas ou sur la nacelle. Le Propriétaire est choyé, avec sa suite qui donne sur le pont arrière. La cabine qui est juxtaposée à la cuisine – professionnelle – peut être livrée avec des lits jumeaux et un accès direct depuis le pont. La salle d’eau attenante sert également de commodités de jour, mais l’implantation des WC nécessite tout de même de passer par la douche. Les rangements sont pléthoriques autant que spacieux, et les finitions, à l’image de l’Alpi de chêne à plis horizontaux, sont de très bonne qualité. Le guide des options permettant de personnaliser les finitions et de choisir les accessoires compte pas moins de 150 pages. De quoi trouver ce qui correspond à toutes ses envies. On mesure ici que l’expertise acquise dans le domaine du multiyacht avec les plus grands modèles a été mise à contribution pour ce Lagoon 60.
Puissance et stabilité
Tout ce confort, évidemment, se solde par un déplacement lège élevé (34 tonnes, contre 30 pour le Lagoon 620 et 28,2 pour le Samana 59). Avec une surface de voile au près de 233 m2, on obtient un ratio voilure/poids de 6,85 m2/t (7,67 m2/t pour le Lagoon 620 et 7,23 m2/t pour le Samana 59).
Le Lagoon 60 sera-t-il outillé pour s’accommoder de la faible brise annoncée du jour ? « Il n’y a pas que le paramètre poids/puissance qui dicte les performances d’un catamaran de croisière, prévient Bruno Belmont. La forme de carène et le coefficient prismatique comptent également beaucoup » (voir encadré). Et puis tout dépend de ce que l’on attend : de longs surfs grisants à plus de 20 nœuds ou une belle moyenne en mode tout confort dans la plupart des conditions ?
A priori, le Lagoon 60 coche la seconde option.
Sur le flybridge, nous découvrons un poste de manœuvre simple et efficace. Les écoutes et les drisses reviennent de part et d’autre sur des winches électriques. Les enrouleurs, eux aussi électriques, commandent un plan de voilure de cotre – GV, génois et trinquette – plus un Code 0 sur le bout-dehors. Cette configuration s’avère plaisante, et surtout bien adaptée à un équipage réduit. Il manque cependant un panneau transparent au-dessus des winches pour visionner les voiles lors des réglages – une boulette qui sera vite oubliée, puisque le chantier a déjà reconstruit un nouveau moule de T-Top. Nous bénéficions en option de la grand-voile à corne de 143 m² et du Code 0 de 160 m². L’envoi et l’embraque sont simplissimes, on ne se croirait pas à bord d’un catamaran de 60 pieds. Voiles bien réglées, notre multicoque s’élance sur un petit fond de houle. Nous restons rivés sur le GPS pour suivre l’accélération : le Lagoon 60 finit par se caler à 8 nœuds, alors que le vent réel ne dépasse pas 10 nœuds. La puissance offerte par le gennaker permet également de stabiliser cette vitesse flatteuse alors que les coques passent les vagues en souplesse. Même dans ces conditions légères, on mesure déjà que ce grand catamaran, une fois lancé, est un bon marcheur. Sous nos pieds, on perçoit également que la structure est parfaitement rigide.
La console de barre est équipée du nouveau système de caméra développé par Raymarine. Avec la vision à 360° et les alertes de rapprochement, le système s’avère très pratique à l’heure de rentrer au port, et sécurise le barreur, qui peut aussi disposer d’une double commande joystick selon le bord choisi pour accoster. Au moment d’affaler, il faut monter pour ferler la grand-voile dans la très belle bôme canoé Lorima ; on peut juste regretter qu’une bôme à enrouleur ne figure pas (encore) au catalogue des options. Enfin, les moteurs repoussés dans les poupes ne participent pas à un centrage des poids optimum, mais ils se montrent particulièrement discrets, ce qui est un atout indéniable à l’heure de tenir la moyenne de huit nœuds quand le vent est absent.
Conclusion
Un catamaran de croisière moderne est une plate-forme qui devient de plus en plus complexe en raison des exigences de confort des acheteurs ; les concepteurs de Lagoon ont parfaitement pris la mesure de cette évolution, et sont parvenus à concilier avec brio facilité de mise en œuvre et grand confort.
L’expérience acquise grâce à la gamme Premium profite à ce Lagoon 60 : il ne manque que quelques pieds à ce modèle pour devenir un multiyacht…
« Le coefficient prismatique est passé de 0,48 à 0,54 »
Bruno Belmont : Monsieur Lagoon

* Le coefficient prismatique est égal au rapport du volume de la partie immergée au volume du prisme correspondant à l’aire du maître-couple multipliée par la longueur entre perpendiculaires. Le coefficient prismatique est couramment noté CP ou par la lettre φ. Le CP caractérise la finesse des formes de la carène dans le sens longitudinal.
Excellente distribution des espaces et volumes
Catamaran puissant et facile à mener
Toilettes de jour à repenser
Vision sur les voiles à améliorer depuis le flybridge
Descriptif technique
Architecte : VPLP Design
Design extérieur : Patrick le Quément
Design intérieur : Nauta Design
Longueur hors-tout : 18,27 m
Largeur : 9,87 m
Tirant d’eau : 1,65 m
Tirant d’air : 30,00 m
Hauteur nacelle : 0,95 m
Déplacement lège : environ 34,6 t
Grand-voile à corne : 143 m²
Génois : 90 m²
Code 0 : 160 m²
Moteurs : 2 x 150 CV Yanmar Carburant : 1 300 l
Eau douce : 960 l
Couchage : 8-12
Prix version standard : 2 140 000 € HT
Version équipée : environ 3 000 000 € HT




