C’est dans l’écrin spectaculaire des bouches de Bonifacio, là où la Méditerranée se faufile entre la Corse et la Sardaigne, que Lagoon a choisi de dévoiler le remplaçant d’un inoubliable best‑seller : le fameux 380. Avec près de 900 exemplaires mis à l’eau depuis son lancement en 1999, ce catamaran avait mis la barre très haut en matière d’accessibilité, de robustesse et de plaisir pur. Autant dire que le tout nouveau Lagoon 38 était attendu au tournant, non seulement par les fidèles de la marque, mais aussi par les professionnels du charter.
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Conditions : 20 à 30 nœuds, houle courte
Lancé 26 ans après le 380, le nouveau 38 se distingue logiquement par une refonte structurelle en profondeur : il est plus un « petit 43 » qu’une évolution du 380 ; nous retrouvons ainsi de nombreuses caractéristiques déjà vues sur le 43. Fini les plans de voilure très reculés comme sur les générations précédentes de Lagoon, le mât est, comme sur le 43, revenu sur le bras de liaison avant, tandis que la face avant du roof fait office d’épontille : cela permet non seulement de simplifier la construction en termes de process et de coût, mais aussi de libérer de l’espace dans le carré.
Moderne et accessible
Clément Daël, directeur commercial Lagoon, suit le projet L38 depuis les premières esquisses. Interrogé sur la place de ce nouveau modèle dans la gamme, il ne tourne pas autour du pot : « Nous avions besoin d’un catamaran moderne, compact, au ticket d’entrée compétitif. Le 38 remplit cette mission. Les coûts de développement sont élevés, mais le retour d’image pour la marque est essentiel. » Selon lui, la cadence cible de 100 unités par an est réaliste, avec une répartition 50 % loueurs, 50 % Propriétaires privés. Le prix de base annoncé est très compétitif pour ce segment de marché, avec une offre particulièrement attractive vu les prestations offertes. Pour Clément, lancer un petit catamaran est aussi un acte courageux de la part du chantier vendéen : la rentabilité est moindre sur ce segment par rapport à de plus grosses unités, mais c’est dans l’ADN de la maison que de servir tous les secteurs du marché.
Pour cet essai entre falaises de calcaire et eau turquoise, le leader mondial de la construction de multicoques a réuni un équipage éclectique et enthousiaste : Javier, skipper professionnel espagnol qui connaît les catamarans du chantier comme sa poche, une jeune seconde en charge des manœuvres, Quentin Beraud, chef de produit qui a déjà piloté le développement du 43, le tout jeune mais très affuté Barthélémy Mulliez, commercial fraîchement arrivé au service marketing, et enfin Serge, heureux Propriétaire d’un Lagoon 380 depuis quinze ans, venu jauger in situ la relève de son catamaran fétiche. Il nous manque juste Clément – il pourra nous observer à loisir, puisqu’il va naviguer de conserve avec nous à bord du Lagoon 43.
Parvenu sur le site, je m’inquiète du maintien de l’essai tant le Mistral est en forme. Les conditions sont en effet bien loin d’une simple promenade de santé : 20 à 25 nœuds établis dans les bouches, rafales à 30 assorties d’une petite houle courte qui heureusement n’a pas encore eu le temps de trop se former. Les organisateurs de l’essai se contentent intelligemment de concentrer les sorties l’après- midi – le vent est annoncé mollissant.
Nous avons donc affaire, pour une fois, à une météo qui devrait faire la différence entre un multicoque trop placide et un véritable voilier de voyage. Objectif de l’après-midi : descendre au portant vers la baie de Piantarella, mouiller pour une petite pause le temps d’appréhender la vie au mouillage, puis revenir au près serré vers le port de Bonifacio. Un parcours complet, permettant de tester le catamaran sur tous ses aspects, que ce soit en termes de confort ou de performance.
Descente au portant : au surf vers Piantarella !
Sortie de la passe, la grand‑voile est hissée haute et le foc autovireur déroulé à 100 %. Pas de chichi ! Dès la première abattée, les bouches de Bonifacio saluent l’équipage avec une rafale à 28 nœuds. Le Lagoon 38 répond par une franche accélération : 8, puis 9, et même 10,2 nœuds s’affichent sur le GPS. Le tout sans gîte excessive et avec un contrôle à la barre rassurant pour un petit multicoque. « On a l’impression d’être sur une unité bien plus grande », s’enthousiasme Javier, juché au poste de barre en semi‑fly qui concentre tout le plan de manœuvre autour d’un seul winch électrique. Les safrans accrochent bien, pas de décrochage dans les surfs : le retour d’information est étonnamment précis pour un multicoque qui dépasse à peine les 11,50 m.
A la demande de Quentin, nous laissons filer quelques centimètres d’écoute de GV pour abattre un peu plus : le catamaran se stabilise à 8 nœuds et les coques passent très bien dans le clapot court. Serge, qui connaît évidemment son 380 par cœur, lève un pouce approbateur : « on conserve la même douceur de glisse, mais avec un cran de nervosité supplémentaire. » Ce petit supplément d’âme, nous le devons au design des flotteurs, plus puissants et porteurs dans la brise. Ce n’est en effet pas le plan de voilure qui donne un coup de pouce au 38, puisque la surface totale dans cette configuration GV à corne + foc est égale à celle du 380, et encore, moins le poids – à la hausse de 41 %. Par bonne brise, la surface de voile est donc suffisante pour déclencher de vraies sensations.
Petit bémol concernant la qualité du jeu de voiles de base en Dacron, qui n’est pas à mon sens digne de la carène, notamment le foc ; les chutes ont du mal à se tenir et la voile ne donne pas l’impression d’être très durable.
Le bord vers Piantarella se transforme rapidement en parfaite séance photo/vidéo pour mon drone : le soleil joue avec les embruns, les falaises de Bonifacio s’éloignent, et le catamaran avale les milles avec une vitesse moyenne tout à fait respectable. Le Lagoon 43, qui s’était établi sous voile un peu avant nous, a même du mal à nous distancer – pour le plus grand plaisir de Javier –, malgré ses quelques pieds supplémentaires. Côté visibilité, le semi‑fly fait merveille : nous pouvons barrer en surveillant les penons, en contrôlant la houle tout en gardant un œil sur l’équipage abrité dans le cockpit. Une incontestable réussite ergonomique.
Confort au mouillage
A l’heure de la pause, l’ancre se plante dans le sable du mouillage de Piantarella ; l’eau est incroyablement translucide, impossible de se rater ! La baie vitrée escamotable glisse dans son logement et efface littéralement la frontière entre intérieur et extérieur : carré et cockpit fusionnent en un vaste loft marin. La table du carré et celle du cockpit – quasiment adjacente – permettent d’accueillir 10 convives, et chacun se félicite de la ventilation naturelle. Même par 30 °C, aucune sensation d’étuve dans ce carré/cockpit.
C’est Nauta Design qui a signé cet intérieur lumineux, moderne, sans ostentation, mais avec une vraie montée en gamme sur les essences de bois et les textiles.
Serge, toujours en quête de comparaison, visite minutieusement les aménagements et semble conquis. Les hublots de coque, plus généreux que ceux du 380, baignent les cabines d’une lumière douce. La cabine Propriétaire occupe toute la coque bâbord ; elle bouscule un peu les codes avec son couchage à l’avant et sa salle d’eau XXL à l’arrière. Dans la coursive, un vrai bureau est installé. On découvre ici un volume et un confort complètement inédits à bord d’un multicoque de moins de 40 pieds.
Sur les jupes arrière allongées, la seconde de Javier déploie l’échelle de bain ; j’en profite pour aller inspecter la carène à la nage. Le composite, fourni par le site industriel du Poiré‑sur‑Vie, semble irréprochable. Au loin, l’archipel des Lavezzi se découpe à l’horizon, le vent commence à mollir légèrement. Il est temps de remonter vers Bonifacio, cette fois au près serré.
Retour au louvoyage
Nous tirons un long premier bord bâbord amure vers la Sardaigne pour faire une nouvelle séance shooting avec le drone, mais cette fois le long des Lavezzi. Le petit catamaran marche à 5 nœuds à 65 degrés de vent réel. J’avais eu l’occasion de naviguer sur un 380 aux Antilles en tant que bateau accompagnateur du Tour de la Martinique en F18 et dans mes souvenirs, nous ne naviguions pas plus haut malgré le génois à recouvrement. Nous tirons quelques bords pour observer les angles de remontée au vent, la manœuvre est particulièrement simple grâce au foc autovireur – même si celui-ci a parfois tendance à se coincer dans l’axe lors du virement. Quentin Beraud m’assure que le chantier travaille déjà à une amélioration du système. En revanche, maintenant que le vent mollit un peu, notre foc semble trop petit, mais il est encore trop tôt pour dérouler le Code 0. Du coup, le Lagoon 38 a du mal à se relancer dans le clapot : dans ces conditions, avantage au 380 et son génois à recouvrement ! En discutant après la sortie avec Clément Daël, celui-ci me confirme que c’est un choix assumé : « Nous préférons par défaut un plan de voilure rassurant pour les primo‑accédants et les flottes de location, les navigateurs désirant plus de « peps » disposent d’un Code 0 généreux de 54 m2 (contre 30 m2 pour le génois à recouvrement du 380 – NDLR) qui se met en œuvre très facilement. »
Malheureusement, les conditions météo et le timing ne nous permettront pas de tester cette voile lors de cet essai.
A quelques milles de l’entrée du port, nous décidons de « motoriser » pour ne pas rentrer trop tard. Les deux Yanmar de 29 ch ronronnent à 2 000 tr/min en régime de croisière. Le GPS stabilise la vitesse à 5 nœuds face à une houle résiduelle de l’ordre de 1 mètre. Dans le carré, nous mesurons 60 dB à hauteur de tête, ce qui est très raisonnable. Serge n’en revient pas : « Sur mon 380, à régime égal, il faut hausser un peu plus la voix. » En face, l’avis de Charles‑Etienne Devanneaux ne manque pas d’intérêt non plus ; Naos Yachts, qu’il a fondée en 2009 à Los Angeles, s’apprête déjà à recevoir ses premières unités. La société a bâti sa réputation sur un accompagnement clé en main : vente, gestion locative, formation, convoyage. Avec dix‑sept collaborateurs désormais répartis entre Los Angeles, San Francisco, San Diego et Hawaii, Naos pèse désormais lourd dans le réseau Bénéteau‑Lagoon aux Etats‑Unis. « Le marché californien adore les bateaux simples,familiaux, pas trop grands pour trouver sa place dans les marinas, mais suffisamment marins pour rallier les îles le week-end », explique Charles‑Etienne. « Il est génial, ce catamaran ! s’exclame-t-il. Le 38 coche donc toutes les cases. Marin, confortable et robuste – ce qui correspond à la philosophie du chantier –, il conserve une taille raisonnable pour répondre à la problématique des ports de la côte ouest des Etats-Unis. » Naos prévoit d’organiser, dès l’automne prochain, un West Coast Lagoon Rally où plusieurs catamarans du constructeur pourront se mesurer amicalement. Preuve supplémentaire que ce nouveau 38 ne se contente pas de remplacer le 380 : il ouvre aujourd’hui, sur le plan mondial, un boulevard commercial sur un segment que d’autres constructeurs avaient quelque peu délaissé.
Conclusion
Au terme de cet après-midi d’essai passé à tirer sur les écoutes, à tester les moteurs et à disséquer chaque recoin du catamaran, le verdict est limpide : le Lagoon 38 ne se contente pas de remplacer le 380, il redéfinit le concept même de catamaran compact de croisière. Plus vif, plus lumineux, mieux pensé, il ajoute cette touche de modernité qui manquait aux petites unités de la décennie précédente. Les chiffres bruts – surface de voile, volume habitable, devis de poids – confirment l’intérêt de s’offrir le gennaker, mais c’est bien l’émotion ressentie à la barre qui scelle la conviction. Après cet essai, je n’ai aucun doute que le 38 fera aussi bien que son illustre aîné !

Lagoon 380 : Le catamaran accessible

Le plus petit des Lagoon : ils l’ont testé
Serge, en bon Propriétaire expérimenté, me confie en fin de journée : « Je craignais que le remplaçant du 380 s’embourgeoise et s’empâte. Au contraire, Lagoon a réussi à conserver le côté baroudeur du catamaran tout en améliorant son confort. Si je devais changer aujourd’hui, je signerais sans hésiter. »
Javier, qui additionne des milliers de milles sur des Lagoon de toutes tailles, souligne un autre point : « Le poste de barre sur semi‑fly est idéal. On est surélevé, protégé, mais jamais coupé du reste de l’équipage. Et puis, un seul winch électrique pour tout gérer, c’est un vrai élément de sécurité pour les jeunes Propriétaires et les loueurs. »
Quant à Quentin Beraud, il rappelle la genèse du projet : « Il y a eu une vraie démarche industrielle pour concevoir et produire ce petit catamaran en s’inspirant des évolutions apportées par le Lagoon 43, mais en conservant des coûts de production raisonnables afin d’être compétitif sur ce segment de marché. »
Enfin, Clément Daël conclut la séance : « Nous n’avons pas cherché le coup marketing. C’est notre devoir de proposer un catamaran d’entrée de gamme qui donne envie de naviguer plus loin, plus souvent, avec sa famille ou ses amis. Vu les sourires à bord, je crois que nous y sommes parvenus. »
L’ergonomie du cockpit de manœuvre
L’impression d’être sur une unité bien plus grosse
La qualité du jeu de voile livré en standard
Ne pas avoir pu tester le Code 0 !
Descriptif technique
Architecte : VPLP Design
Design extérieur : Patrick Le Quément
Design intérieur : Nauta Design
Longueur : 11,38 m
Largeur : 6,65 m
Tirant d’eau : 1,26 m
Tirant d’air : 18,48 m
Déplacement lège : 10,24 t
Grand-voile : 50,2/55,7 m2
Foc autovireur : 22 m2
Code 0 : 54 m2
Motorisation : 2 x 29 ch
Carburant : 400 l
Eau : 300 ou 500 l
Couchages : 6 à 10
Homologation CE : A8/B12/C16/D20
www.catamarans-lagoon.com
Prix version 3 cabines, 2 salles d’eau, 2 x 29 ch Yanmar : 342 000 € HT
Principales options en € HT :
Pack Essentiel : 44 000
Pack Confort (inclus Essentiel) : 50 000
Pack Électronique Raymarine : 12 560
Code 0 + accastillage : 9 630
Panneaux solaires bossoirs (3 x 300 Wc) : 6 900
Climatisation : 14 350
Dessalinisateur : 14 500
Prix de la version essayée : 540 500 € HT
