L'équipe des essayeurs de Multicoques Mag en rêvait depuis longtemps… Pouvoir réaliser des essais "longue durée", dans des conditions réelles de navigation, avec un bateau en ordre de marche, tous pleins faits, chargé de nourriture et d'affaire, et avec son équipage au complet : en fait le bateau tel que vous l'utilisez vraiment ! Voici donc l'essai "décortiqué" du Léopard 43 en version Moorings 4300…
Infos pratiques
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Un programme bien défini
A l'origine de la gamme Léopard, il y a à la fois un grand chantier Sud-Africain ayant une bonne culture du multicoque (Robertson & Caine), et le loueur spécialiste du bare-boat : The Moorings. Depuis maintenant une dizaine d'année, ce loueur a compris que le catamaran de croisière était "l'arme absolue", pour naviguer en famille dans les eaux chaudes des Antilles, du Pacifique ou de l'Indien. Moorings a donc établi un cahier des charges très précis, sur ce que doit être un catamaran de croisière : une excellente habitabilité, un grand confort au mouillage, de faibles contraintes d'entretiens, et une belle facilité en navigation… Le Léopard 43 est l'évolution du Léopard 42, dessiné par Alex Simonis et Voegd Design. Il est proposé par le chantier en version Léopard propriétaire et en version charter sous le nom de Moorings 4300. C'est cette dernière version qui nous est proposée pour une durée de cinq jours aux Antilles…
Avec des conditions variées allant jusqu'à 35 nœuds, nous avons pu vraiment explorer tout le potentiel du Leopard 43…
Un essai "longue durée"
Nous prenons possession de notre catamaran dans la marina d'Oyster Pond dans la partie française de l'île de Saint Martin aux Antilles. Il s'agit du numéro 18 de la série, immatriculé à Nice en 2005. Ce catamaran a été exploité en méditerranée en été, puis est parti rejoindre sa base Antillaise de St Martin où il est loué depuis par Moorings. Il a donc déjà beaucoup navigué, puisqu'il a fait l'Afrique du Sud - Nice, a été exploité en charter, puis a traversé l'Atlantique par la mer. Le premier contact est très positif : le bateau est comme neuf, ce qui laisse présager une excellente tenue dans le temps. Le grand plus des Léopard, c'est la très belle plate-forme arrière, très intelligemment conçue : le cockpit offre ainsi une table et des assises confortables pour 8, un poste de pilotage surélevé, et un large passage à l'arrière du cockpit permettant de passer d'un bord sur l'autre très facilement, même en navigation par mer hachée (voir plus loin…). L'intérieur n'est franchement pas en reste : la finition en hêtre du mobilier et du meilleur goût, tandis qu'au plafond, les spots halogènes distillent une agréable lumière réglable grâce aux interrupteurs - variateurs. Bien vu ! En entrant, on découvre face à soi sur le côté tribord la table du carré est ses (très) confortables coussins. Les enfants passeront le plus clair de leur temps en navigation à cet endroit, qu'ils ont immédiatement adoptés. Il faut dire que la ventilation du Leopard 43 est excellente, grâce aux hublots de face ouvrants. Même lors de nos navigations les plus musclées (rafale à 35 nœuds et mer de 2 à 2,50m), nous aurons navigué avec les hublots ouverts, sans que la moindre goutte d'eau ne rentre à l'intérieur… Sur le côté bâbord, la cuisine en U est un modèle du genre : on s'y cale parfaitement en navigation, les rangements sont nombreux et bien conçus. Le plan de travail en corian est pratique, très résistant (celui de notre bateau était comme neuf - sans marque ni rayure), et l'évier inox double bac équipé de son robinet mitigeur avec douchette extractible rend la corvée de vaisselle presque agréable. Petit bémol, seul le chef en charge de la cuisine (ou de la vaisselle) pourra officier dans la cuisine, l'espace étant insuffisant pour y travailler à deux… Pour mitonner de bons petits plats, on trouve une classique cuisinière deux feux inox avec four et grill Force 10. Au niveau sécurité, la coupure de gaz est à électrovanne avec commande au tableau électrique et voyant de contrôle en cuisine.
Le cockpit du Léopard devient une véritable aire de jeu ou de détente, dès l'arrivée au mouillage.
En se retournant, on trouve sur la paroi du cockpit, le groupe froid à bâbord (réfrigirateur-congélateur de 225 litres avec groupe Seafrost 12 v) s'ouvrant par deux portes frontales en inox brossé du meilleur goût et surtout très pratique. Sur la version de notre essai, dépourvue de panneaux solaires, nous devions faire tourner le moteur deux heures par jour pour alimenter le groupe froid en énergie. Compte tenue de la température aux Antilles (plus de 30°C) et de la quantité de nourriture à tenir au frais (8 personnes pendant cinq jours), cela est plutôt raisonnable. Enfin, toujours dans le carré, en face de la table, on trouve côté tribord la table à carte et le panneau électrique. La table permet de ranger ses documents de navigations et les CD de musique du bord… Guère plus. Le tableau électrique est quant à lui très complet, et permet de bien gérer sa consommation électrique. Mais on ne restera pas des heures à la table à carte, qui n'est même pas équipée d'un siège : on profitera des (grandes) tables intérieurs ou extérieurs pour préparer sa nav, permettant ainsi à tout le monde de donner son avis… Pour en finir avec le côté électrique, notez que le Léopard 43 est équipé de deux batteries de service de 180Ah type cycle long et de deux batteries de démarrage de 95 Ah. Avec deux heures de moteur par jour, nous n'avons jamais réussi à venir à bout de nos batteries. Et pourtant, l'eau chaude, le groupe froid, mais aussi les ordinateurs portables et appareils photos numériques ont beaucoup fonctionnés… Au niveau confort, notre Léopard 43 était équipé de la clim : un plus à la marina, que nous n'aurons jamais utilisé…
Les marches permettent un accès facile au roof. Seul manque une baille à bouts…
Le Moorings 4300 de notre essai est une version charter, soit équipé de quatre cabines doubles et quatre salle de bains indépendantes. Les couchettes sont de belles tailles (1,40 x 2 m) et les finitions en hêtre vernis très belles. Les penderies et équipets avec étagères sont nombreux, et permettent de remiser facilement la garde-robe classique d'une semaine en croisière dans les mers chaudes. En revanche, dans le cas d'une navigation au long cours ou nécessitant des vêtements chauds, le rangement deviendra plus délicat. Les salles de bains sont de belles tailles, offrant chacune des wc marins, et un accès direct depuis la cabine. Douche, lavabo et placard avec miroir sont classiques et de bonne facture. Facile à utiliser les salles de bain sont aussi très faciles à nettoyer. A noter les deux chauffe-eau d'une capacité de 45 litre en tout largement suffisant. Avec 780 litres d'eau embarqué, le Leopard offre en standard une bonne autonomie. A vivre, le Leopard 43 est un vrai bonheur…
Au fur et à mesure de notre essai, chacun trouvera sa place préférée. ici le préposé à la pêche !
En mer pendant 5 jours
Et oui, car pour une fois, nous n'essayons pas un catamaran "préparé" par le chantier et à vide d'eau et de pétrole, mais un bateau dans les conditions réelles de navigation. Pour cet essai, nous serons donc huit à bord, avec le plein d'eau (780 litres), le plein de fuel (360 litres), les vêtements et la nourriture pour cinq jours. Un catamaran dans sa configuration en charge, soit 14,5 tonnes… L'objectif est de tester aussi bien le bateau en navigation, que la qualité de la vie à bord. Après la mise en main du cata, nous quittons la marina d'Oyster Pond avec à notre bord deux marins de Moorings qui hisse la grand-voile avant de débarquer et de nous montrer le chemin (assez tortueux) qui permet passer le chenal. Cette première navigation est agréable : 25 nœuds bien établis nous amènent rapidement à 9 nœuds vers St Barth. A 25 nœuds, le loueur conseille deux ris dans la grand-voile et 3 tours au génois. Après plusieurs essais, nous trouverons que le bateau est très bien équilibré avec un ris dans la grand-voile et le génois entièrement déroulé. Il faut dire que la mer est encore calme (ça ne va pas durer), et que le Léopard ne semble vraiment pas souffrir dans ces conditions. Dans ces conditions de mer, les manœuvres de prise de ris qui s'effectuent en pied de mât sont très faciles. Les winches Lewmar 44 (un pour hisser la grand-voile, l'autre pour la prise de ris) sont suffisamment dimensionnés, et les larges marches devant les hublots du roof permettent de bien se caler. Il manque cependant une baille à bout en pied de mât, et gare à l'imprudent qui n'aura pas lover parfaitement la drisse de grand-voile et les prises de ris… En navigation, le Léopard 43 est très simple : le réglage du chariot de grand-voile est d'une facilité déconcertante, et ne nécessite que très peu d'efforts. On choisit le côté vers lequel doit aller le chariot (tribord ou bâbord), on enclenche la manivelle de winch et on tourne. Comme on ne voit pas ce que l'on fait (le chariot est situé sur le bimini rigide), il faut un peu d'habitude pour connaître ses réglages. Rapidement on prend le pli, et l'on sait que X tours de manivelles permettent de bien positionner le chariot. Au niveau des regrets, on notera le réglage de la bordure de grand-voile : le bout d'étarquage étant situé en pied de mât, seul un équipage motivé ira régulièrement s'occuper de ce réglage pourtant important… Enfin, nous avons eu toutes les peines du monde pour trouver la bonne position pour wincher, aussi bien à bâbord qu'à tribord… Difficile en effet d'être bien calé, tout en ayant la bonne position pour wincher efficacement. Après avoir tout essayé, nous avons finalement trouvé une solution acceptable (voir photo), mais que les propriétaires de Léopard ayant mieux à nous proposé n'hésitent pas à nous contacter…
Les manœuvres en pieds de mât se font très facilement, même par mer creusée.
Au fur et à mesure de notre périple, nous avons eu l'occasion de parfaire notre connaissance du Léopard 43, jusqu'à obtenir un bon compromis vitesse/confort à la mer. Il faut dire que les conditions rencontrées durant notre périple n'avaient rien de bien agréables. 25 à 35 nœuds de vent et une mer hachée, devenant même casse bateau dans les canaux entre les îles et atteignant les 2 à 2,50 mètres. Dans ces conditions, le Léopard offre deux visages : agréable si on cherche avant tout le confort, en limitant les navigations au près au strict minimum, et en se limitant à une vitesse raisonnable en fonction de la mer. En revanche, si vous souhaitez naviguer systématiquement à plus de 10 nœuds, dans une mer assez forte, et si en plus vous allez contre le vent, alors là préparez-vous à souffrir. Au près serré, avec 35 nœuds de vent, nous avons tenté une navigation d'une quinzaine de milles entre St Barth et Tintamarre. Avec deux ris dans la grand-voile et 6 tours dans le génois, le bateau était bien équilibré, et avançait correctement à une dizaine de nœuds. Mais la mer croisée, déferlant par moment, et les coups de butoir sous la nacelle nous ont fait rendre la main. Pourtant le bateau avançait bien, et il n'y avait vraiment rien de dangereux à continuer. Mais pour le confort des passagers, et l'agrément de la croisière, il a fallu réagir. En abattant, le Léopard a retrouvé une allure plus agréable, et les passagers les moins amarinés ont retrouvé le sourire. En débordant le chariot de grand-voile, et sous la même voilure, en surfant les vagues et à une vitesse contenue entre 8 et 9 nœuds, notre catamaran est redevenu très agréable… A noter que dans ces conditions assez dures, le Léopard n'a jamais montré le moindre signe d'enfournement, et que le tangage est resté très raisonnable. Un bon point pour la carène d'Alex Simonis.
Le chariot de grand-voile situé sur le bimini rigide se manœuvre aisément depuis le cockpit
Un cata à vivre
Le Léopard 43 est un catamaran de croisière qui annonce clairement son programme : des navigations familiales ou entre amis dans des mers chaudes, avec une vraie capacité à naviguer loin. La preuve ? Le catamaran de notre essai a déjà beaucoup navigué, puisqu'il est parti d'Afrique du Sud, pour le sud de la France, avant de traverser l'Atlantique pour rejoindre les Antilles. Le mode d'emploi du Léopard 43 est facile à trouver : il faut trouver le bon équilibre et surtout ne pas le forcer, moyennant quoi, il sera à même de vous emmener où bon vous semble. Mais c'est dans la qualité de la vie à bord qu'il propose, que le Léopard devient vraiment très intéressant… Sans être révolutionnaire, on sent que tous les détails des aménagements ont été pensés, réfléchis, et à l'usage, cela fait toute la différence… Les espaces de vie sont bien séparés, et au fur et à mesure de notre navigation, chacun trouvera une place qui lui convient, pour lire, se reposer, pêcher, plonger… La passerelle passant derrière le cockpit devient ainsi une fabuleuse zone de jeu ouvrant vers une piscine aux dimensions uniques : la mer des Caraïbes. Les jupes du Léopard sont larges, facilitant ainsi l'embarquement et le débarquement de l'annexe, où l'accès à l'eau turquoise et à 30°C. Les larges passavants, les marches permettant d'accéder au roof et au bimini, le trampoline confortable, tout a été pensé pour offrir de multiples espaces de jeu ou de repos. A l'intérieur, le Léopard offre de belles cabines très confortables, bien ventilées, et seule l'accessibilité aux lits des cabines avant pourrait être plus facile. Pour un catamaran de grande série, le Léopard est véritablement luxueux, avec un équipement de confort au top : des variateurs pour régler l'intensité lumineuse dans le carré, aux marches éclairées dans les coursives, en passant par la poubelle intégrée au plan de travail de la cuisine, tout est réfléchi et conçu pour procurer à la fois le confort et faciliter la vie à bord. Avec ses quatre cabines doubles et les deux pointes avant plus le carré transformable, le Léopard est capable d'accueillir jusqu'à 12 personnes dans un confort exceptionnel. Idéal pour une croisière entre amis ou à deux familles dans les eaux chaudes des Caraïbes ou de l'Océan Indien… Dans sa version propriétaire, le Leopard 43 offre une gigantesque coque propriétaire, avec une véritable chambre et une très belle salle de bain. Dans cette version, le choix d'un Léopard pour réaliser une année sabbatique au soleil devient tout à fait intéressant, d'autant plus que le prix de base du léopard est plus que compétitif…
Après de nombreux essais, voici la meilleure position pour wincher…
LES PLUS
- Le cockpit est une plate-forme à vivre au mouillage très bien conçu. - Manœuvres faciles en équipage familial. - Les aménagements sont fonctionnels et agréables à vivre. - Le luxe de l'intérieur et le bon goût des matériaux.
LES MOINS
- Le bimini rigide : s'il protège efficacement du soleil, il est vraiment grand et enveloppant. On s'y cogne souvent et le tout petit toit ouvrant au dessus du poste de barre ne permet pas vraiment de voir ses voiles. - La hauteur sous nacelle est trop faible, et le cata tape trop rapidement dans la mer formée. - Des bailles à bouts en pied de mât et aux winches seraient les bienvenus.
Près : mode d'emploi
Pour réussir à tenir un cap correct avec un Léopard, rien de plus facile : la bôme doit être très basse, à 30 cm du rail (il faut bien tendre la chute de GV) et ensuite on remonte tranquillement le chariot jusqu'à un bon mètre sous le vent de l'axe… Avec un bon 20 nœuds de vent, on se cale alors tranquillement à 8,5 - 9 nœuds à 50° du vent réel, sans trop dériver ni tangage. La difficulté apparaît avec le clapot, où si le vent apparent descends sous les 10 nœuds : il faut alors s'aider d'un moteur… cqfd !
MOORINGS service plus
En "empruntant" la version Moorings du Léopard 43, nous en avons profité pour tester les services du loueur. Un accueil très agréable, un briefing personnalisé et très complet sur la zone de navigation, et un personnel toujours à l'écoute et prêt à nous aider à la moindre demande, que ce soit par VHF ou par téléphone. Et puis surtout, une flotte de bateaux (catamarans et monocoques) en parfait état ou quasi neuf et parfaitement équipé… Un service au top !
Construction
Comme tous les bateaux de la gamme, le Léopard 43 est construit en sandwich de la tête au pied. Seul les liaisons pont-coque, les redans et liaisons aux ailerons sont en monolitique. Les liaisons pont/coque sont collées, boulonnées, et stratifiées aux endroits stratégiques. Les cloisons sont collées aux coques. L'âme est en balsa, préféré à la mousse pour sa résistance, même si on perd (un peu) en poids sur cette partie-là. Le chantier utilise du nid d'abeille pour réduire le poids dans certaines parties non-structurelles, comme, par exemple, la grande cloison des toilettes. La mise en œuvre est classique sous vide : gelcoat et résine sont passés sans pistolage, ce qui réduit l'utilisation de solvant, les micro-bulles d'air, et permet de mieux contrôler l'épaisseur. Les tissus sont imbibés par contact, et sont soigneusement ébullés à la main, pour éliminer les bulles et l'excédent de résine... Opération gourmande en temps de main d'œuvre, s'il en est ! Mais le résultat est un stratifié effectivement léger et très homogène. Le résultat est un catamaran très solide, rigide et finalement pas si lourd que ça… (annoncé à 14 tonnes en charge par le chantier - ce qui semble cohérent).
LEOPARD 43 - MOORINGS 4300
Longueur hors tout : 12,95 m Longueur flottaison : 11,50 m Largeur : 6,93 m Tirant d'eau (à vide) : 1,22 m Tirant d'eau (à mi charge) : 1,30 m Tirant d'eau (en charge) : 1,39 m Hauteur sous nacelle (à vide) : 0,60 m Hauteur mât : 19,20 m Déplacement lège : 8 630 kg Déplacement mi charge : 12 210 kg Déplacement pleine charge : 14 480 kg Capacité de chargement : 5 850 kg Surface voiles : Grand-voile : 76 m2 Génois : 44 m2 Eau douce : 780 l Fuel : 360 l Motorisation : 2 x 29 cv Prix : 305 000 euros HT départ chantier
La version Moorings 4300, avec quatre cabines doubles et les deux pointes aménagées.
La version Léopard 43, offre une coque propriétaire.